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Instruments et Procédés Généraux des Lettres, des Sciences et des Arts


Instruments et Procédés Généraux des Lettres, des Sciences et des Arts à l'exposition de Liège 1905

Le Groupe III se subdivisait en 6 classes dont nous aurons l'occasion de donner plus loin une ample description. Il occupait, sauf l'exposition des machines typographiques et lithographiques placées dans la section française du Hall des machines, la première moitié de la troisième travée de la section.

C'était un étonnement de trouver enclavés dans la participation de la photo- graphie, de la musique, de la librairie, ces appareils effrayants de chirurgie et ces instruments de précision d'un caractère nettement scientifique. Le titre du groupe justifie cette apparente intrusion; et, de plus, un double fait, émanant des conquêtes modernes, aurait pu l'expliquer. C'était la photographie ajoutant à son caractère jusqu'alors scientifique, la qualité d'art et par contre, depuis les travaux de l'illustre Claude Bernard, la médecine, jusqu'alors dénommée un art, s'établissant comme une science de pur raisonnement. Le visiteur, arrivant par la longue galerie centrale des halls, trouvait d'abord la photographie à laquelle succédaient les instruments de musique, puis les instruments de précision, de médecine et de chirurgie, puis la librairie et la reliure et, enfin, clôturant l'espace réservé au groupe III, la typographie.

Cette topographie générale établie, nous suivrons, pour la description de ces diverses subdivisions, l'ordre numérique des classes.

La classe 11 comprenait les typographies et les impressions diverses.

Cette classe se subdivisait en deux parties, l'une documentaire, réunissant divers ouvrages d'imprimeurs et lithographes, occupait le compartiment extrême du groupe; l'autre groupant les grandes machines à imprimer et à lithographier, lesquelles étaient exposées dans le hall des machines, à proximité de la force motrice nécessaire pour les mettre en mouvement.

Le compartiment, réservé aux travaux de la typographie et des impressions diverses, était, non seulement intéressant pour les spécialistes, mais encore pour le visiteur que retenaient surtout les reproductions d'œuvres d'art, d'une beauté souvent prenante.

Outre de nombreux travaux d'imprimeurs, dans lesquels on remarquait tout au moins la netteté de l'impression et le bon goût de la disposition typographique, de nombreuses reproductions lithographiques captivaient les regards.

Dans des compartiments oii le souci commercial d'une représentation éclectique et complète, avait réuni des factures, des modèles d'obligations et d'actions, saillaient, avec toute la puissance de leur beauté, de superbes affiches du maître Cheret. On connaît ces longues femmes, aux vêtements légers comme des fumées, roses, bleu opalins, gris, s'envolant autour du corps comme l'émanation propre de la fleur précieuse qu'est son corps de Parisienne, corps déformé par un lointain assujettissement aux modes, qui est à l'anatomie rationnelle ce que la fleur de serre est à la fleur des champs, mais qui cependant, dans son artificialité, possède le charme le plus suggestif, le plus sensuel, le plus raffiné.

Les reproductions d'œuvres d'art, conçues cependant par le peintre sans la pensée de l'éventualité de leur mise dans le commerce de la librairie, serraient, le plus près possible, le charme du tableau original et même parfois le métier personnel de l'artiste. On remarquait des reproductions de tableaux de Guillaume, de G. Doré, de Lucien Simon, de Melle De la Salle, un bon « grand canal » de Ziem, etc.

On notait encore des épreuves définitives d'eaux-fortes, en noir et en couleurs, des albums de caricaturistes connus, des modèles de caractères d'imprimerie, se signalant par le bon goût de leurs types, des plaques gravées, des encres, des autocopistes, etc. Les machines à imprimer et à lithographier possédaient pour le public un intérêt que justifie la popularité actuelle du journal, grand.ou petit.

Toutes ces machines fonctionnaient sous les yeux du public émerveillé. On remarquait, parmi elles, les presses à trois couleurs, les grandes rotatives à deux bobines pour journaux, les presses à retiration, à encrage cylindrique, pouvant employer le papier en rames ou en bobines, les presses en blanc, les presses lithographiques, les petites presses à pédales et enfin une machine coloriant les teintes en un seul passage du papier sous les zincs, découpés suivant la délimitation des couleurs. La plupart de ces machines fonctionnaient activement, soit pour les ouvrages faits ordinairement dans l'usine d'où elles provenaient, soit pour des travaux relatifs à l'Exposition.

La classe 12 groupait tout ce qui avait rapport à la photographie.

Ceux qui se souvenaient de l'Exposition de Paris de 1900 purent constater que, depuis cette époque, la photographie avait fait des progrès susceptibles de provoquer l'étonnement. Deux des inventions les plus remarquables du siècle dernier, le cinématographe et le phonographe s'unissaient pour constituer un appareil merveilleux: le chronophone qui, simultanément et synchroniquement, reproduit avec une régularité et une précision déconcertantes le son et le mouvement.

On remarquait encore le périphote, réduction du grand photorama, des grands inventeurs MM. Lumière de Lyon, appareil pratique, permettant au simple amateur de prendre un panorama complet, c'est-à-dire embrassant le tour de l'horizon entier.

En général, les appareils photographiques marquaient des progrès énormes: leur construction devenait plus rationnelle, plus précise, plus scientifique à mesure que les moyens dont dispose l'industrie moderne permettent d'en réduire le volume et le prix. Ces perfectionnements de chaque jour sont apportés par les Bellieni, les Mackenstein, les Richard, les Demaria, les Korsten, aidés puissamment d'ailleurs par les efforts constants des opticiens dont l'œuvre a été particulièrement féconde dans ces derniers temps.

Dans le domaine de la chimie photographique, les progrès réalisés durant ces dernières années ne sont pas moins considérables. On signalait dans cet ordre d'idées, les plaques orthochromatiques « Integrum » donnant sans écran la gamme complète des couleurs dans leurs nuances les plus subtiles, les plaques « Radio-Brom » corrigeant les écarts de pose, enfin une nouvelle émulsion très rapide et de nouveaux papiers émulsionnés à la base de collodion.

Enfin, la maison Lumière, exposant les résultats de ses essais persévérants, nous montrait ces résultats tels qu'on pouvait, sans optimisme, affirmer que la photographie des couleurs née d'hier sous l'inspiration du savant professeur français Lippmann, sortira demain du domaine du rêve pour entrer dans la pratique journalière, et lutter victorieusement avec la peinture, du moins avec celle qui s'attache à la reproduction exacte et matérielle des formes et des couleurs, ne voyant dans le paysage qu'un décor alors qu'il est une ambiance.

Pour tenir le public des pratiquants de la photographie au courant de tous ces perfectionnements, la publication de revues et d'ouvrages spéciaux s'impose. Cette presse spéciale, on la voyait également représentée à Liège par la Photo-Revue, familière à tous les amateurs de photographie, en même temps que les autres publications, spéciales au commerce et à l'industrie photographiques, de M. Charles Mendel : Photo-Magazine,l’Information Photographique, la Revue des Sciences Photographiques, la bibliothèque générale de photographie embrassaient la totalité des connaissances actuelles en matière de photographie.

Le Photo-Club de Paris exposait également ses belles publications d'art qui ont eu une si grande influence sur le développement du mouvement artistique en photo- graphie: La Revue de Photographie, l’Esthétique de la Photographie.

La photographie artistique était représentée par l'exposition collective du Photo-Club de Paris, qui comprenait 45 exposants. C'est à ce groupement d'amateurs que la France doit de posséder une école des plus réputées. Les œuvres exposées à Liège et signées par MM. Bergon, Bourgeois, Bisson, Bucquet, Demachy, Grimpel, Hachette, Le Bègue, Puys, Roy, Wallon, Mme Binder-Mestro, etc., étaient bien faites pour convaincre de la possibilité de mettre la caractéristique de sa personnalité dans l'œuvre photographique.

Les envois des photographes professionnels n'étaient pas moins nombreux ni moins remarquables. On retrouvait les plus belles oeuvres des grands maîtres parisiens: Paul Boyer, Pierre Petit, Otto, Nadar, Moreau, Braun et Clément Vallois, l'importante collectivité de la Chambre syndicale de la photographie ainsi que de nombreux et remarquables envois de photographes professionnels moins connus.

A la classe 13, ressortissaient les librairies, les éditions musicales, la reliure, les journaux, les affiches. Une délimitation bien visible ne s'établissait pas entre la classe 11 et celle-ci. Les affiches, par exemple, rentraient indifféremment dans les attributions de l'une ou l'autre ^classe, suivant le point de vue sous lequel on les envisageait, soit comme exécution exclusivement lithographique, soit comme élément de l'industrie générale de la librairie. Ce que nous avons dit des affiches de Cheret aurait donc dû rigoureusement se trouver à cette place. La représentation de la librairie fut divisée en deux sections d'exposants: les uns désireux de concourir pour des récompenses, exposèrent individuellement, les autres au contraire n'ayant pour but que de donner une preuve de sympathie à l'Exposition, ne figurèrent que collectivement.

Cette participation d'un haut intérêt était comprise, dans une belle salle formant rectangle complet, décorée avec goût, d'une nuance vert clair, gaie et plaisante aux yeux. Les livres étaient présentés dans une série de vitrines adossées aux murs. Un second rectangle, à double face, avait été disposé au milieu et formait, au moyen d'épis, dans la partie centrale, des petits salonnets à trois côtés qui donnaient à l'ensemble un caractère moins uniforme tout en augmentant la surface mise à la disposition des exposants.

Cette classe était chère aux lettres. Parmi toutes les grandes maisons qui y exposèrent nombre de livres édités par leurs soins, on remarquait les noms universellement connus de Hachette, Marne, Plon-Nourrit, Didot, Hetzel, Delagrave, Masson, Belin, Berger, Lévrault, Colin, Chapelot, Carteret Doin, Alcan, Gauthier-Villars, Heugel, Durand, Lemoine, Larousse, Le Vasseur, Schmidt, Magnier, Hautecœur, Engel, et d'autres, sans compter les maisons de création plus récente mais pleines d'avenir.

De superbes éditions d'art étaient serties, ça et là, dans des essaims de livres moins luxueux. C'eût été un vrai régal de bibliophile de feuilleter les livres, édités avec faste, de Gustave Flaubert, Pierre Louys, Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Georges Rodenbach, et cette merveille de la libraire française qu'est la « Sainte Bible », illustrée par James Tissot.

De très belles éditions musicales mettaient encore en relief les noms de Massenet, Vincent d'Indy, Gabriel Pierné, Francis Thomé, Claude Debussy, etc.
Parmi les publications d'art, l'une d'entre elles, due à l'éditeur Floury, groupait les meilleures eaux-fortes du maître wallon Félicien Rops; un légitime orgueil de clocher nous faisait encore remarquer de délicieux albums pour enfants du dessinateur Georges Delaw.

De bonnes publications périodiques s'offraient encore ça et là, c'étaient les nouveaux magazines, genre américain : La Vie au grand air, Je sais tout, Fémina, Musica, etc., et les anciennes et sévères revues: La Revue historique, La Revue des deux Mondes, La Gazette des Beaux-Arts, L'Economiste français, L'Illustration, etc.
Dans la participation de la reliure, un seul nom figurait pour les cuirs d'art, M. Saint-André de Lignereux, mais les travaux de celui-ci étaient de toute beauté.

La classe 14 succédait tout de suite à la librairie. Sous ses attributions: cartes et appareils de géographie et de cosmographie, etc., on remarquait les noms des éditeurs Delagrave, Delalain, Hachette, Lebègue, Larousse, Taride, etc.

D'aspect plus sévère et par conséquent intéressant moins le gros public, se présentaient ensuite les classes 15 et 16. Elles comprenaient, l'une, les instruments de précision et les instruments relatifs aux monnaies et médailles, l'autre les appareils de médecine et les instruments de chirurgie. Leur intérêt était donc purement technique et leur description ressortissait étroitement aux journaux scientifiques et médicaux.

Cependant, le souci de la documentation, la plus complète possible, nous contraint de citer certains de ces instruments, eu égard à leur nouveauté ou à leur importance.

La classe 15 groupait, en général, les instruments d'optique, les instruments de précision pour la géodésie et la topographie, les objectifs astronomiques, les cercles à calculer, etc.

On remarquait, parmi ceux-ci, des intégraphes, des statoscopes enregistreurs servant à indiquer la marche des ballons, des galvanomètres thermoélectriques et des lunettes pyrométriques donnant une connaissance précise des températures dans les opérations effectuées dans des fours chauffés; l'électroscope à filament de charbon et l'arc au mercure et au fer, tous deux de Villard, des tachéomètres autoréducteurs, etc.

La classe 16 pouvait se diviser comme suit:
Stérilisation et matériel sanitaire;
Médecins non fabricants et enseignement médical
Chirurgiens non fabricants;
Instruments de chirurgie;
Art dentaire;
Orthopédie et bandages herniaires.

La stérilisation, de si grande importance dans la médecine et la chirurgie modernes, était représentée par une série d'instruments des plus intéressants, tels que ceux destinés à la stérilisation de l'eau dans les salles d'opération, des auto-claves, des ampoules-seringues, des ligatures chirurgicales stérilisées, des boîtes à pansement, etc.

Un groupement nouveau, non encore nettement mis en relief dans les expositions précédentes, figurait à Liège et réunissait les appareils inventés par des médecins, mais non fabriqués par eux. Les grands noms de la médecine moderne, Roux, Molinié, Boix, etc., s'y coudoyaient. M. Zûnd-Burget, préparateur, en 1900, du laboratoire de phonétique expérimentale du Collège de France présentait les appareils si ingénieux et si délicats dont il se sert pour l'analyse scientifique du langage aussi bien que pour la correction des vices de prononciation.

Le groupe des chirurgiens non fabricants nous montrait les nouveaux perfectionnements réalisés dans les instruments si ingénieux employés par la chirurgie. Le docteur Harmonie, de Paris, y présentait une série d'instruments de chirurgie génitourinaire et un nouveau brise-pierre, et M. Saint-Georges Laurens ses appareils d'hémato- inspiration, ingénieuse application du principe du « vacuum-cleaner » aux nécessités de l'hémostase dans l'action respiratoire en général et, en particulier, dans les opérations si minutieuses de la chirurgie oto-rhinolaryngique.

Le docteur Charles Renault exposait ses appareils relatifs au traitement des affections respiratoires, par l'introduction dans l'arbre bronchique complet de vapeurs sèches médicamenteuses.

Parmi les divers instruments employés par la chirurgie, les uns sont en métal, les autres en gomme, d'où deux catégories de fabricants. En outre de nombreuses maisons, universellement connues, exposaient divers appareils en gomme; l'une d'entre elles avait même cherché à tirer parti des fils d'araignées de Madagascar pour l'établissement de ses sondes.

L'art dentaire nous montrait les derniers perfectionnements réalisés dans ce domaine récent. Le docteur Chompret, dentiste de l'hôpital Saint-Louis, exposait une collection de moulages établissant l'histoire complète de l'avarie buccale.

Les appareils orthopédiques et les bandages herniaires sont assez connus pour que nous nous dispensions d'insister sur leur participation à la classe 16. Quoique restreinte, celle-ci était au point de vue scientifique de la plus haute importance.

Venait enfin la classe 17 réunissant les divers instruments de musique, avec la subdivision : matériel, procédés et produits. L'aspect de cette classe intéressait au plus haut point, le public musicien et profane. Elle se révélait de loin par les sons bruyants de ses orgues-orchestres; c'était un peu l'impression éprouvée à l'approche de quelque fête foraine. Le public aimant la gaieté bruyante y était invinciblement attiré. Adossés au fond de la classe, deux grands orgues-orchestres fonctionnaient; les postures peinturlurées faisaient des gestes secs, frappant des cymbales ou des timbres, un tambourin résonnait d'une vigoureuse et inlassable chamade. Au-dessus de tout cela, les tuyaux d'orgues déversaient leurs sons flûtes, pleins ou déchirés dans les notes graves. Les ors des reliefs éclataient parmi les teintes rouges, jaunes, vertes des boiseries. Malgré tout, cela possédait un certain charme, peu raffiné peut-être, mais dont la brutalité seyait bien à l'impression de grande fête populaire que donnait l'Exposition.

Dans les intervalles, un grand phonographe « Dutreih » faisait entendre des airs d'opéras ou des chansons de café-concert, des monologues comiques du genre « Dernier cri de Paris ».

Contre les cloisons opposées, s'adossaient des vitrines réservées aux fabricants d'instruments de musique à vent, à cordes, etc. On y remarquait tous les instruments de fanfares, bugles, pistons, trompettes, etc., les violons, altos, violoncelles, contre-basses, basses de violes, avec tous les accessoires de ces instruments, enfin des diapasons divers, l'outillage complet de l'accordeur et du finisseur de pianos; des cordes d'acier pour piano dont la grande résistance leur a valu une utilisation imprévue : celle d'être choisie pour armer le ballon dirigeable au moyen duquel un explorateur aniéricain va tenter d'atteindre le Pôle Nord. Des deux côtés de l'espace réservé pour le passage du public, des surfaces surélevées, limitées par de gros câbles tressés, groupaient les pianos droits et à queue, les harmoniums, les grandes harpes des principaux fabricants français, parmi lesquels on remarquait les célèbres maisons Erard, Qaveau, Pleyel, Staub, etc. Quelques-uns de ces pianos étaient remarquables par leur luxe et la beauté de leur ornementation. On remarquait surtout un grand piano à queue, d'une teinte blanc crème, au panneau supérieur orné d'une peinture genre XVIIIe siècle. Plus sobres, les pianos en palissandre, en acajou, n'étaient pas moins luxueux ni moins décoratifs. Tel était ce compartiment réservé aux instruments de musique, finissant le Groupe III, et dans lequel un musicien aurait éprouvé les sensations les plus variées et les plus contradictoires.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905