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Salons de la Ville de Paris et du Département de la Seine



L'Exposition spéciale de la Ville de Paris et du Département de la Seine occupait trois grandes salles de l'aile droite de la section française des halls, à l'une des entrées principales de cette section.

Leurs grandes fenêtres épousaient le coude de la galerie extérieure de la façade droite des halls. Ce coude de galerie était délicieux; de grands palmiers, par les longs doigts de leurs palmes ouvertes sur le ciel, adoucissaient la brusquerie du tournant, des glycines, s'enroulaient autour de la balustrade; au-delà, un massif d'arbrisseaux, noisetiers, houx, chênes, rafraîchissait l'atmosphère et' jetait une bonne odeur de taillis humide dans la buée chaude qui montait du gravier poussiéreux. Par les trouées du feuillage apparaissaient des morceaux riants de la façade blanche du Palais des Fêtes. On aurait pu se croire sous quelque arcade ombreuse de cour mauresque. Les grandes baies vitrées du salon, formant miroir, reflétaient cette magie d'un coin de nature allié à une création: artificielle et cependant charmante.

.Le panneau décoratif de l'entrée, ainsi que la frise qui faisait le tour des salons et qui représentait, en imitation de velours ancien, les armoiries de la Ville de Paris, et celles des principales corporations des métiers parisiens, avaient été exécutés par M. Jambon, d'après les dessins de M. Roger Bouvard, avec la collaboration de M. Vincent, .architecte, inspecteur de l'Exposition de la Ville de Paris. Les deux premières salles se succédaient d'enfilée; la troisième formait angle droit avec les deux premières. Au milieu de celles-ci, d'élégantes vitrines contribuaient à diminuer . cette sensation, d'isolement que donnent- les pièces vides à leur centre; dans la troisième, des châssis remplissaient cet office. Aux murs, des photographies, des tableaux, des diagrammes, des documents de toute nature permettaient un examen rapide. A chaque angle des deux premières salles, des statues blanches se dressaient, doucement voilées de palmes vertes.

Un heureux silence régnait ordinairement dans ces salles où le bruit des pas s'atténuait grâce à l'épais tapis posé sur le plancher. Dans cette atmosphère propice à l'étude, on aimait à feuilleter longuement quelques livres ou à examiner ces photo- graphies louches du service anthropométrique que l'on s'attardait à considérer avec une terreur inconsciente, rendue délicieuse par la certitude raisonnée de sa parfaite sécurité.

La Ville de Paris et le Département de la Seine auraient pu disséminer dans les différentes classes les curieux éléments qu'ils groupaient ici; telle qu'elle fut comprise, l'exposition de ces deux administrations permettait aux visiteurs, grâce aux dispositions adoptées, de se faire une idée très nette de l'ensemble des divers services qui composent leur énorme organisme.

L'organisation et l'installation de cette Exposition très judicieusement, très claire- ment et très complètement présentée, était due principalement à M. J. Bouvard, directeur des services d’architecture, des promenades et des plantations, de la voirie et du plan de Paris, Commissaire général des Fêtes et des Expositions municipales. M. Bouvard fut secondé par MM. R. Falcon, chef du Secrétariat de la Direction des Services d'architecture, des promenades et des plantations, et Roger Bouvard, architecte diplômé du Gouvernement, et délégué pour les installations à Liège.

Dans la première salle, une vitrine centrale attirait les regards. Le Conseil municipal de Paris était rappelé ici par de volumineux livres, luxueusement édités, contenant les relations des fêtes organisées par la Municipalité de Paris à l'occasion de quelques visites augustes ou de manifestations dont l'ampleur, la signification particulières étaient dignes d'être mises en évidence et immortalisées par le livre pour les générations futures. On y relevait, par exemple, la réception de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice de Russie, de S. M. Edouard VII, des savants explorateurs Nordenskiold et Nansen, les fêtes du centenaire de Michelet et surtout cette grandiose manifestation nationale à l'occasion du centenaire de Victor Hugo.

D'autres fêtes, comme celle de l'Adolescence, inaugurant un nouveau mode de réjouissance, d'une beauté antique et moderne à la fois, y étaient aussi relatées.

A côté de ces livres, des casiers vitrés montraient les dos de nombreux volumes dus à divers auteurs, exposés par le service des Travaux historiques et renseignant d'une façon très complète, sur l'histoire générale de Paris et l'histoire de Paris pendant la Révolution.

D'autres livres et documents, provenant du Cabinet du Préfet de la Seine, rensei- gnaient encore le visiteur sur les nombreuses et très riches bibliothèques populaires de la grande ville.

Le service des Beaux-Arts était représenté dans cette salle par des éléments décoratifs seulement. Mais à l'extérieur, dans les jardins, en face du salon, s'érigeait sur le fond de verdure d'un massif les Premières Funérailles de Barias, puis, auprès de cette allée montante qui conduisait au pont de Fétinne, on remarquait un Victor Hugo, en grès flammé de Georges Bareau, fragment du grand monument La Vision du Poète, du même sculpteur.

Mais rentrons dans le salon. Les statues dont nous avons déjà parlé en décrivant son aspect général et qui adoucissaient la dureté des angles des deux premières salles, étaient La Charmeuse, de Michel Béguine, La Source, de Causse, Lully enfant, de Gaudez, L'Echo des Bois, de Plé, et une délicieuse évocation de prime adolescence pleine d'émoi et de fraîcheur. Le Premier Frisson, de Roufosse.

Aux murs, des gravures et des eaux-fortes reproduisaient des panneaux décoratifs de Gervex, de J. P. Laurens, de Bonna, de Besnard, de Puvis de Chavannes, etc. A côté de celles-ci et sur des tablettes disposées contre les murs, le service de l'Enseignement avait exposé de nombreux travaux d'élèves très remarquables. On y notait non seulement des dessins au fusain d'après nature et d'après l'antique, mais encore des travaux d'élèves d'écoles spéciales: application des Beaux-Arts à l'industrie,

arts et industrie du mobilier, du livre, du fer, du bois.

La seconde salle à laquelle on accédait immédiatement, était surtout riche en documents, manuscrits, diagrammes, reproductions, tableaux, cartes, etc.

Au milieu, une vitrine en étoile montrait, sur des fonds de velours, les insignes et les écharpes de Conseiller municipal de Paris et de Conseiller générai de la Seine, ainsi que des médailles relatives à la Ville et au Département, signées Bottée, Bovy, Chaplain, Degeorge, Dupuis, Lagrange, Levillain, Merly, Prudhomme, Roty, et exécutées par les soins du Services des Beaux-Arts.

Gomme dans la première salle, les murs de celle-ci étaient couverts de documents. Différents renseignements étaient donnés sur le service de l'hygiène et sur le service de l'architecture, des promenades et plantations, de la voirie et du plan de Paris. On y remarquait des plans et vues des principaux établissements municipaux, des principales avenues et promenades, des places, des rues, des quais, etc., de Paris, en photo- graphies, en peintures et en dessins au fusain de Pierre Vauthier, le tout complétant le plan et l'atlas de Paris.

Au service des Eaux et de l'assainissement (eau de source, égouts, vidanges), succédait celui des Travaux de Paris avec des plans de machines à fabriquer le pavé de bois, des tonneaux d'arrosage, ainsi que le plan du Métropolitain qui nous montrait notamment les travaux souterrains, si intéressants, exécutés sous les places et les rues et sous la Seine.

Les autres documents complétant l'Exposition comprise dans la seconde salle, étaient d'un intérêt moins général. Ils se rapportaient aux services de l'Assistance publique, du Mont de Piété, des asiles, prisons, etc., ressortissant des attributions du Conseil général de la Seine.

La troisième salle était occupée tout entière par le Service général de la Préfecture de Police.

Parmi les. divers services de celle-ci, celui de l'anthropométrie ou de l'identification judiciaire attirait surtout l'attention du visiteur. Bien qu'il eut des rapports -très étroits avec les faits divers des feuilles populaires, les feuilletons sensationnels de leur rez-de-chaussée et les mélodrames genre Ambigu, la véracité des documents- qu'il- exposait, prenait le visiteur le plus blasé. Un grand album mural, de petits albums, un modèle de démonstration, des albums de recherche contenant LOOO photographies de profil ou de face de récidivistes, groupaient des têtes dignes d'entrer dans quelque collection de cet étrange physiologiste qu'est Lombroso.

Plus loin, un agrandissement photographique en couleurs, initiait à la découverte d'un assassin par la confrontation des empreintes digitales laissées sur les lieux du crime par les doigts tachés de sang. L'examen de ce document provoquait un frisson instinctif; beaucoup ne s'étaient jamais trouvés aussi près de toute l'horreur détaillée d'un crime. A côté de ces documents, une vitrine contenait les appareils de photographie et de mensuration utilisés par le service d'identité judiciaire.

Le laboratoire municipal montrait les appareils destinés à analyser les liqueurs et les denrées alimentaires, le laboratoire de toxicologie, une trompe à mercure et des appareils pour l'extraction des gaz du sang et l'analyse des gaz.
Au centre de la salle, 96 planches mobiles sur 3 pivots fixés au sol se couvraient de photographies _ relatives aux divers services de la.Préfecture de. Police. Qn y remarquait de nombreuses vues d'hôtels de police, d'hôtels de préfets, des sapeurs-pompiers, des gardes, républicains, des gardes municipaux en uniforme,, dans l'exercice de leurs diverses fonctions. Le service des explosifs était représenté' par la photographié d'une voiture servant; au transport des engins, par une scène nous montrant l'ouverture de ceux-ci dans des baraquements spéciaux, etc.

On remarquait encore, pour le pittoresque des documents qu'ils exposaient, le service de l'inspection de la circulation, et des transports avec omnibus taximètres, tramways, surveillance de la Seine, docks flottants, etc., et le service de l'inspection des halles et marchés. Celui-ci faisait penser au Ventre de Paris, à la vie toute particulière des halles et des marchés depuis l'arrivée des maraîchers de la banlieue par l'aube frileuse et grise jusqu'à la jolie animation de la matinée.

On y voyait, en photographies, différents bancs de vente de poissons, de volailles, de beurre, de fromage, puis encore des forts de la halle, des marchandes d'un caractère très pittoresque, puis enfin, ces jolis marchés : « marché aux pommes, marché aux fleurs », dont l'arôme délicieux évoqué faisait plaisir après toute la louche et l'horrible vision flottant, comme une buée rouge et fade, au-dessus des documents relatifs au service judiciaire.

Telle était cette exposition de la Ville de Paris et du Département de la Seine. Un étonnement admiratif saisissait le visiteur devant cette machine énormément compliquée qu'est le service administratif d'une des plus grandes villes du monde — service dont on nous montrait le plus petit rouage dans un tableau merveilleusement complet.

Mais à côté de l'organisation de ces salons, la Ville de Paris avait encore entrepris de manifester son initiative sur un autre terrain où l'on peut dire tout de suite qu'elle remporta un triomphe.

Nous voulons parler de ces merveilleux et décoratifs jardins qui furent dessinés et créés devant le grand hall par M. Vacherot, jardinier de la Ville de Paris et jardinier en chef de la Section française. Les végétaux qui servirent à former les massifs de ces jardins furent tous apportés à Liège des établissements horticoles de la Ville de Paris.

Ces salons étaient reposants et instructifs à visiter. Leur décor extérieur de verdure d'une beauté prenante vous charmait. Puis, fertile en impressions variées, ce groupe- ment général des divers services de la grande Ville constituait dans la participation générale de la France une section d'un intérêt tout particulier.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905