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Salon des Arts Décoratifs Appliqués à l'Industrie



Si le Salon de France, par son atmosphère chaude et colorée, paraissait fait pour la pleine lumière de l'été, propice à faire éclater les alternances rutilantes de ses tapisseries et la gaîté de sa décoration claire, le salon des Arts décoratifs appliqués à l'industrie, par contre, évoquait plutôt l'hiver et le charme spécial des chambres sombres, partiellement éclairées, aux pénombres de rêves, aux coins de pleine et discrète intimité.

Ce salon, spécimen et type d'art moderne, avait une superficie de 100 mètres carrés. Situé dans la même travée que celle occupée par le Salon de France, il le suivait presque immédiatement. Deux portes placées dans l'axe de la galerie y donnaient accès. Haut de six mètres et voûté, il était éclairé par des lampes électriques qui y répandaient une lumière tamisée. C'était un charme et un repos pour les yeux de s'y attarder. Le centre du salon, très clair, semblait convier à l'examen des vitrines qui, au milieu de cette pleine lumière, contrastant avec l'ombre des encoignures, prenaient une apparence de choses précieuses sur lesquelles devait se porter l'attention du visiteur. Tout autour brillaient faiblement, avec la douceur d'un coin perdu de chapelle, les cuivres repoussés, les frises d'or, les grès flammés.

Une grande partie de l'ameublement de ce salon avait été dessinée par Bellery-Desfontaines. Près de l'entrée, à droite et à gauche, une fontaine de grès par Bigot et une cheminée également en grès par Gentil et Bourdet, reposaient sur des foyers en grès flammé; celui-ci était léché par de curieux reflets de feux.

La cheminée d'une blancheur de stalactite mouillée d'eau, était surmontée d'un haut-relief en cuivre repoussé, exécuté par Schenk; les reliefs sous la lumière atténuée se dessinaient çà et là par des reflets, piqués comme des étincelles perdues. Tout le soubassement formant lambris jusqu'à une hauteur de l^SO avait été exécuté par la « Lincrusta Walton française ». Le motif consistait en une haie d'églantiers, accompagnée d'oiseaux, sur un fond doré que la lumière faisait apparaître en saillie tandis que les motifs y semblaient taillés en creux. Au dessus de ce lambris, sur un fond camaïeu, jaune, blanc et or se détachaient en brun, avec une apparence de vitraux assombris, huit panneaux de Bellery-Desfontaines, symbolisant les industries du bois, du fer, du verre, du papier, des étoffes, de la céramique, des métaux précieux et de la couture.

Entre ces panneaux, huit cuivres repoussés par Schenk représentaient les outils de ces industries.

Au dessus de cette frise jusqu'à la voûte, les murs étaient tendus d'une étoffe de soie brochée en trois tons de la maison Cornille de Paris, tandis que sur le sol reposaient deux tapis d'Antoine Jorrand d'Aubusson.

Au plafond, était suspendu un lustre en fer forgé de Robert, décoratif avec discrétion; comme des morceaux de glace que le pâle soleil d'hiver emplit de reflets, huit gros cabochons des verreries de Jeumont l'entouraient. A l'intérieur du salon, sous la pleine et douce lumière des lampes électriques, se trouvaient d'élégantes vitrines. Derrière leurs vitres, des objets divers, harmonieusement groupés, attiraient les regards.

Deux d'entre elles renfermaient les envois de la Fabrique nationale de Sèvres. Ils consistaient en des reproductions en porcelaine fine d'oeuvres célèbres, en coupes et vases de toute beauté décorés par des artistes connus, en superbes vases à cristallisation.

D'autres vitrines contenaient encore les livres, superbement édités et enluminés, de l'Imprimerie nationale (cette vitrine était en fer forgé par Pigeât), les médailles de la Monnaie signées par Chaplaîn, Vernon, Bottée, etc., et par ce délicieux et grand artiste qu'est Roty, les objets des collectivités de Bronzes d'art, de la joaillerie, les coffrets et les reliures artistiques de Saint-André de Lignereux ainsi que les superbes grès de M. Georges Hoentschel. Les innovations les plus belles et les plus hardies, réalisées dans le domaine de l'art industriel par ces artistes modernes étaient présentées dans ces collections précieuses.

Tel était ce Salon des Arts décoratifs appliqués à l'industrie dont on peut dire qu'il sut, dans cette décoration d'art nouveau, éviter l'écueil de beaucoup de salons de ce genre: l'extravagance et le souci d'une originalité forcée et voulue à laquelle l'art reste étranger.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905