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Palais de l'Horticulture Belge



Si la Belgique est avant tout une nation pratique, elle n'a jamais omis de mêler l'agréable à l'utile. Cette constatation trouve surtout sa preuve dans la faveur dont l'horticulture a toujours joui dans notre pays. C'est depuis la proclamation de notre indépendance que cette industrie d'agrément et de luxe prit un nouvel essort. L'influence d'hommes tels que les Jacob-Makoy, les Van Geert, les L. Van Houtte, les R. Courtois, les Ch. Morren, les Drapiez, les Dumortier, les. J. Kickx et tant d'autres y contribua puissamment au début et depuis, la science et la pratique ne cessèrent de joindre leurs efforts pour donner à l'horticulture belge la situation honorable qu'elle occupe actuellement sur le continent.

Cet élément de la prospérité nationale vient de s'affirmer de nouveau à l'occasion de la World's Pair liégeoise. Au groupe VIII incombait le soin de mener à bien tout ce qui concernait l'existence des serres et des jardins. Il avait l'insigne fortune d'être présidé par le regretté comte de Kerchove de Deiiterghem, dont la perte récente causera un vide sensible au pays tout entier, mais plus encore au monde horticole. Si l'amour de cet éminent citoyen pour sa patrie avait dirigé son activité vers la politique où sa clairvoyance, sa grande connaissance des affaires et surtout l'aménité et la finesse de son caractère lui assurèrent une place au premier rang parmi nos hommes d'Etat, son attachement indéfectible pour sa chère ville de Gand en avait fait un Mécène éclairé de la botanique et de l'horticulture. Jamais il ne marchanda sa collaboration quand il s'agissait de contribuer à l'organisation de solennités ou de fêtes où les plantes avaient quelque rôle à jouer; il savait payer de sa personne et certes, il a dû modérer plus d'une fois l'expression de ses regrets lorsque la maladie l'empêchait d'assister aux réunions préparatoires des exhibitions horticoles qui se sont succédées à Cointe. Il ne lui fut donné, hélas! de présider aucune de ces assemblées.

Par bonheur, le Gouvernement avait eu la prévoyance 'd'adjoindre au président du groupe VIII un Comité digne de suppléer à sa tâche. L'énumération de tous les noms bien connus que l'on y voit figurer serait trop longue; cependant on ne peut passer sous silence ceux de MM. A. de Rosen, A. Gravis, J. Closon, A. De Smedt, Gonthier, Polet, Belot, Burvenich, etc., qui, jusqu'aux derniers temps de l'Exposition, travaillèrent saris relâche au succès de sa partie horticole. Guidé par la longue expérience et les sages avis du Commissaire spécial du groupe, M. J. Cartuyvels-van der Linden, inspecteur général de l'agriculture, assisté d'un secrétaire d'élite, M. Van Male de Ghorain, stimulé par le zèle ardent d'un Comité organisateur composé de spécialistes liégeois et pénétré du désir de bien faire, le Comité officiel ne pouvait ne pas réussir.

Son organisation avait d'ailleurs été complétée par l'établissement de plusieurs classesdont les attributions étaient plus spéciales. L'une, la classe 43, avait pour objets les matériel et procédés de l'horticulture et de l'arboriculture; une autre les plantes potagères, la suivante les arbres fruitiers et les fruits; la classe 47 s'occupait des plantes de serre; enfin, la dernière, 48, devait veiller à tout ce qui avait rapport aux graines, semences et plantes de l'horticulture et des pépinières.

Le plateau de Cointe offrait un emplacement hors de pair au point de vue du site et de l'espace indispensable. Le Comité Exécutif, avec l'empressement qui l'a caractérisé en toutes circonstances, fit édifier, dans la plaine des jeux, au sommet de la colline qui domine Liège vers le sud, un pavillon spécialement affecté aux expositions internationales temporaires horticoles et paré, pour ce motif, un peu pompeusement peut-être, du nom de Palais de l'Horticulture.

Malgré la sobriété excessive de cet édifice, au point de vue architectural, que de richesses, que de beautés, que de nouveautés ne s'y sont pas abritées au cours des quatre concours qui rassemblèrent en ce lieu les produits belges et des pays circonvoisins ! A peine achevé, le Palais de l'Horticulture fut occupé dès le 7 mai par un concours de floriculture où tous les lots, disposés avec art, rivalisaient de charmes et de mérites.

Ici, le regard s'arrêtait sur des fougères aux frondes majestueuses évoquant le souvenir d'une flore antédiluvienne; là, d'élégants palmiers, depuis les délicats cocos jusqu'aux phénix les plus vigoureux se disputaient les suffrages des visiteurs; plus loin, se profilaient les formes symétriques d'araucaria divers, les uns rigides semblant marquer leur dédain pour leurs congénères plus flasques dont les rameaux s'abaissent humblement vers la terre. Mêlés à d'autres plantes vertes aux tons variés, lauriers, crotons, dracoena, musa, strelitzia, maranta, tacca, aspidistra, phornium, etc., ces robustes spécimens de la flore des serres offraient à la vue une verdure chatoyante pour se reposer des impressions multiples que provoquait l'étalage ménagé avec goût de superbes collections de plantes fleuries qui occupaient le centre du vaste hall : calcéolaires, pélargoniums, cinéraires, cytises, réséda, boronia, erica, azalea et d'autres, parmi lesquelles d'intempestives chrysanthèmes à grandes fleurs témoignaient à quel point l'art de l'horticulteur peut violer les lois de la nature ! — Cette floraison exubérante se présentait tantôt sous ,forme d'immenses nappes concolores du plus réjouissant effet, tantôt comme des bigarrures où se combinaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Sur des tables latérales trônaient des corbeilles, des gerbes, des bouquets et des couronnes de fleurs de dimensions et de composition les plus diverses. Non loin de là, quelques primeurs, pressées de voir le jour, notamment des poireaux et des fraises aux proportions phénoménales, avaient osé affronter la société des merveilles de la floristique.

Mais, qu'y a-t-il dans cette annexe où règne une atmosphère de mystère et de respect? C'est le caldarium. C'est comme un sanctuaire renfermant tout ce que l'horticulture
compte de plus précieux dans l'objet de ses soins. Ici, seulement, il convient de parler merveille! Car, sans compter les aroïdées et les broméliacées que l'hybridité parvient à modeler de toutes les façons, y a-t-il rien qui surpasse en qualités de toutes sortes, si ce n'est en rusticité, hélas! les admirables joyaux vivants que sont les
orchidées? Aussi, voyez avec quels soins jaloux on les enterre. Telles que de précieuses reliques conservées dans des châsses, plusieurs collections de ces délicats représentants du règne végétal sont exposés sous des abris en verre pour les préserver, semble-t-il, du contact incongru des visiteurs indiscrets.

A noter, hors de pair, ces beaux groupes d'orchidées exotiques tirées des cultures de l'amateur passionné qu'est M. Firmin Lambeau et de l'habile praticien bien connu, M. Peeters. C'était, sans conteste, le clou de cette exhibition que le public a pu admirer pendant quatre jours.

Le seconde réunion de ces assises florales eut lieu du 25 au 27 juin. Elle était consacrée aux concours de roses et de fleurs coupées. Elle a parfaitement réussi grâce à l'appoint des divers envois de plantes, de primeurs, etc.

A côté de trente-quatre lots de fleurs dont les roses aux parfums les plus suaves et aux coloris les plus délicats formaient le plus gros contingent et dont deux lots de près de cent variétés différentes de pivoines constituaient le groupe le plus saillant, s'étalaient vingt-deux lots de légumes et de fruits plus appétissants les uns que les autres et une cinquantaine de collections de plantes ornementales et à fleurs, depuis les orchidées aristocratiques jusqu'aux populaires héliotropes. Cette fois, les rosiéristes luxembourgeois furent les principaux vainqueurs de ces joutes paisibles et particulièrement MM. Soupert et Notting, dont les produits, occupant le huitième des quelque deux cents mètres de tables aménagées pour la circonstance, firent sensation.

Après une trêve de trois mois, le branle-bas du combat retentit de nouveau dans le camp horticole. C'était au tour de la pomologie, de la culture maraîchère et de la viticulture de revendiquer leurs droits. Ces concours devaient avoir lieu du 1er au 3 octobre. Tout avait été prévu avec soin. La pomologie devait siéger à l'intérieur du
grand hall, en compagnie des produits de nos vignobles, tandis que les légumes seraient installés dans les jardins situés au devant du pavillon. Malheureusement, on avait omis d'éprouver les écluses du ciel qui, bien intempestivement, vinrent déverser leurs torrents la veille et l'avant-veille du jour désigné. Ce fut donc dans un terrain détrempé qu'on dut se résigner à étaler les gigantesques légumes que le mauvais temps ne permit pas, de grouper suivant la lettre du programme. Néanmoins, leur exposition, malgré toutes ces conditions défavorables, fait honneur à nos maraîchers qui ont eu l'occasion, une fois de plus, de soutenir leur réputation. Les cent soixante-quinze prix qu'ils ont remportés en font foi. Naturellement, les concours de pomologie, vu leur situation à l'abri, eurent plus de succès vis-à-vis du public; d'ailleurs, rien de plus réjouissant que le spectacle de ces pommes et de ces poires colossales, étalées en quantités innombrables sur d'interminables tréteaux; que ces pêches, ces prunes et surtout ces raisins dont les grappes énormes semblaient avoir été cueillies aux vignes de Chanaan. Si, lors des précédentes exhibitions, la vue et l'odorat avaient pu se délecter de la beauté et du parfum des fleurs, ici, il n'était pas permis à nos palais d'apprécier la valeur gustative de ces mirifiques produits de l'arboriculture. L'imagination seule devait suppléer à nos sens devant les cent trente-et-un lots de fruits disposés avec art.' Des deux cents participants de ces journées d'octobre, tant maraîchers que pomologues et viticulteurs, cent cinquante eurent la satisfaction de voir primer leurs produits, répartis en trois cent-vingt lots.

Fixés d'abord du 12 au 15 novembre, les concours de chrysanthèmes et de plantes ornementales devaient coïncider avec les derniers jours de notre World's Fair. Mais comme on décida ensuite que celle-ci fermerait ses portes le 6 novembre, force fut d'avancer ce meeting de quelques jours, du 4 au 6 novembre. Il n'eut pas lieu à Cointe, comme ses devanciers, mais dans la plaine de Fragnée. Cette circonstance ne fut pas sans nuire quelque peu au cachet esthétique dont était susceptible une exhibition de
ce genre et malgré tout l'art mis en oeuvre par M. J. Maréchal, qui fut l'architecte de tous ces concours temporaires, les impressions partielles et successives ressenties par le visiteur n'étaient pas de nature à le satisfaire: les yeux demandaient un espace entier, vaste, permettant d'embrasser d'un seul coup d'oeil l'ensemble de ces collections aussi variées que bien fournies de chrysanthèmes, si malléables, au lieu des horizons par trop bornés qu'offraient les multiples compartiments en lesquels se divisait le Palais de l'Agriculture.

Soixante lots de chrysanthèmes, soixante de plantes vertes, neuf de plantes fleuries et neuf d'orchidées appartenant à cinquante-et-un concurrents, tel fut le bilan des récompenses décernées en ces derniers jours.

En somtne, pour les quatre concours temporaires réunis, six cent soixante-dix huit prix furent distribués à la grande majorité des trois cent cinquante-cinq exposants qui avaient répondu à l'appel du Comité organisateur. Indépendamment de cela, ceux d'entre eux qui, par l'importance de leurs apports, avaient le plus contribué au succès de ces réunions, se virent octroyer, par le Commissaire général, des prix généraux au nombre de cent neuf dont entr'autres dix-neuf diplômes de grand prix et douze diplômes d'honneur.

Ces résultats font honneur à l'horticulture belge et à l'horticulture liégeoise en particulier qui, dans un superbe effort, a montré toute l'étendue de son pouvoir. Rendons aussi hommage aux spécialistes étrangers: la Hollande, le Grand-Duché de Luxembourg, l'Allemagne, la Suède et même le lointain Japon ont vu de leurs produits se porter aux divers rendez-vous fixés par les Commissions liégeoises. Mais, ici encore, comme dans bien d'autres domaines, la France s'est particulièrement distinguée par la part brillante qu'elle a prise, notamment dans les concours de primeurs et de pomologie. On se rappellera de longtemps les merveilleux légumes envoyés à Cointe au mois de mai 1905 par le syndicat des primeuristes français, à côté des fraises colossales, véritable tour de force exécuté par M. F. chevalier de Rosny, les admirables collections de fruits de saison des maisons Nomblet-Bruneau, de Bourg-la-Reine, et Baltet, de Troyes, de la Société régionale de Montreuil et de bien d'autres encore. On ne pourrait, à moins de les citer tous, insister sur les mérites de nos voisins du Sud.

Malgré les contretemps que la meilleure prévoyance ne peut éviter, malgré la coïncidence regrettable d'autres expositions horticoles, celles de Liège ont donc été un
succès à l'actif de leurs laborieux et compétents promoteurs.

Ce succès constitue également un reflet de la puissance de notre industrie florale belge. Le meilleui critérium' de cette puissance réside évidemment dans le chiffre d'affaires réalisés par le commerce des fleurs, chiffre qui se traduit par millions. Si l'on s'en tient au trafic avec l'étranger, on constate que 'la Belgique exporte pour un peu plus de huit millions de francs! de plantes vivantes et de fleurs naturelles, par an. Dans cet ordre d'idées, ce sont la France, l'Angleterre et l'Allemagne qui tiennent la tête avec environ deux millions ; puis viennent les Pays-Bas, les Etats-Unis, la Suisse, le Portugal, etc., qui sont plus ou moins loin de faire pour un million de francs d'achats chez nous.

Mais ces nombres varient souvent beaucoup; car le commerce horticole est sujet à de grandes fluctuations annuelles. L'exportation vers l'Angleterre paraît surtout capricieuse: en 1889, elle s'élevait à 3.675.000 francs; l'année suivante, elle descendait à 942.000 francs, pour tomber, en 1892, à 613.710 francs, chiffres officiels.
Depuis lors elle s'est notablement relevée et oscille actuellement autour de deux millions.

Depuis nombre d'années, ce commerce s'est principalement concentré à Gand et aux environs. Cette antique cité, si célèbre dans les annales de l'histoire, s'est acquise une célébrité nouvelle : elle est le premier marché horticole de l'Europe qui l'a dotée du surnom de Ville des Fleurs. Ce titre de gloire lui revient à bon droit. Sans compter les nombreux horticulteurs de renom disséminés dans toute la Flandre Orientale et particulièrement à Wetteren, le chef-lieu de la -province y compris sa banlieue comprend
près de six cents établissements horticoles, exactement cinq cent soixante-six, s'occupant pour ainsi dire exclusivement de l'élevage et du commerce des plantes de luxe.

Beaucoup parmi eux sont honorés d'une réputation universelle. Les Van Houtte, les Pynaert, Van Geert, les Spae, les Vervaene, les Bedinghaus, les De Smedt, les Burvenich, les Vanden Bosschere et tutti quanti constituent de véritables dynasties horticoles connues depuis longtemps. La plupart de ces praticiens distingués font partie de la Société royale d'Agriculture et de Botanique et dont la fondation remonte à 1808 et qui vient d'être, coup sur coup, cruellement éprouvée dans les dernières années de son
premier siècle d'existence. Nous avons salué plus haut la mémoire de l'illustre président qu'elle a perdu en la personne du comte Oswald de Kerchove de Denterghem qui en
dirigea les destinées depuis 1866 et suivit de près dans la tombe le secrétaire général Fierens et, d'un peu plus loin, le secrétaire de Meulenaere.

Ces pénibles circonstances n'empêcheront sans doute pas cette puissante société de célébrer avec éclat le centenaire de sa création, en organisant des floralies surpassant encore en splendeur leurs devancières et notamment les quelques dernières auxquelles les noms des trois disparus resteront attachés indissolublement. Quel est, en effet, l'ami de Flore qui n'ait entendu parler de ces somptueuses fêtes des fleurs qui attirent tous les cinq ans, à Qand, une foule d'amateurs et d'horticulteurs venant de tous les points de l'Europe et même de l'Amérique? Tel est le succès de cet événement qu'à cette époque, il n'est pas jusqu'aux maisons particulières qui n'hébergent de ces nombreux étrangers que les hôtels n'ont pu recevoir, faute de place. La plume se refuse à traduire l'impression ressentie à la vue de ce prestigieux déploiement d'une végétation exotique distribuée avec un art consommé dans les vastes installations hémicycliques du Casino.

Ces célèbres concours des horticulteurs européens qui réunissent tout ce que leur expérience a produit de plus exquis et o\x dominent surtout les azalées et les orchidées, se sont, sauf au début, régulièrement répétés de cinq en cinq ans depuis 1813, et ont contribué, pour une large part, à l'énorme expansion actuelle de l'horticulture nationale. C'était là, d'ailleurs, le but vers lequel tendait le sens pratique de nos pères en instituant ces floralies quinquennales. Plus tard, cependant, on sentit la nécessité de redoubler d'efforts dans la même intention. C'est pourquoi fut créée, en 1881, la Chambre syndicale des horticulteurs belges dont le siège est à Gand. Elle fut présidée, pendant treize ans, par Aug. Van Geert, qu'a remplacé depuis lors M. O. Bruneel et elle comprend dans son sein des représentants des différents centres horticoles. Cet important organisme a pour objet de régler les rapports de nos nationaux avec l'étranger et étendre son action dans la défense des intérêts matériels de l'industrie qui nous occupe.

Celle-ci n'est pas uniquement localisée à Gand. Bruges et ses environs constituent également une région importante à ce point de vue. Les établissements Vincke-Dujardin, Sander, Coppieters, Somerlinck, etc., sont des mieux connus. Il en est de même de ceux de MM. De Meyere et C'^ et de M. Kerkvoorde, à Wetteren, des maisons Wyns de Berchem, Berckelaers d'Anvers, De Laet de Contich, Mees, Peeters, Draps, etc., de Bruxelles ou des environs, auxquelles il convient d'ajouter entr'autres les anciennes et importantes firmes liégeoises Jacob-Makoy et Joiris frères. Beaucoup de ces cultures se sont confinées à des spécialités; c'est ainsi qu'aux environs de Bruges on cultive plus spécialement les lauriers; les azalées et les rhododendrons obtenus à Gand ne trouvent pas leurs pareils dans aucun autre pays; dans cette dernière ville ainsi qu'à Bruges,
encore certains producteurs se bornent à y élever des palmiers et des araucarias; les cactées sont l'unique soin de la maison de Laet de Contich; à Bruxelles, plusieurs spécialistes ne s'occupent guère que d'orchidées, et des roseraies constituent le champ d'action de quelques autres.

Ce qui démontre encore combien le culte des fleurs est populaire en Belgique, c'est le nombre relativement élevé des sociétés d'horticulture qui s'y trouvent. L'enquête officielle, effectuée en 1903, a révélé l'existence de cent soixante-cinq de ces groupements, comptant près de vingt-huit mille membres. Sentant que leur isolement était une cause de faiblesse, ils désiraient s'unir et s'entendre en vue de faire progresser la science et la pratique horticoles. Dès l'année 1902, un Congrès, tenu à Huy, les 8 et 9 juin, décida la création de la Fédération des Sociétés horticoles de Belgique. Organisée sur des bases sérieuses, elle réunit rapidement la grande majorité des sociétés dont cent cinquante en font actuellement partie. Comme elle vise aussi l'organisation d'un service commercial pour la production, la vente des produits et l'achat en commun des choses nécessaires à cette branche de l'activité nationale qui l'intéresse, il y a lieu de prévoir que celle-ci y puisera un stimulant de plus pour son développement.

Au surplus, le Gouvernement belge a toujours encouragé l'horticulture par des procédés à action directe et immédiate. Telle est l'appréciation que nous tirons d'une revue étrangère qui énumère ensuite toute une série de mesures que nos gouvernants ont mises en pratique et parmi lesquelles elle signale, entr'autres, la création d'écoles d'horticulture officielles ou patronnées auxquelles sont alloués de nombreux subsides. Les principales de ces écoles sont celles de Vilvorde et de Gand, fondées en 1849, de Tournai, en 1860, de Mons, en 1863, de Liège, en 1891 et de Carlsbourg. Comportant deux ou trois années d'études, l'enseignement qu'on y donne comprend toujours une partie
pratique et une partie théorique. Celle-ci ne se borne pas simplement à l'exposé des principes de culture, mais est basée généralement sur la connaissance des sciences naturelles appliquées aux pratiques culturales. Les jeunes gens qui sortent de ces écoles sont en situation de devenir, après quelques mois d'apprentissage, de parfaits horticulteurs, sachant mettre au serviice du métier les données de la théorie, ou bien, après avoir étendu leurs connaissances scientifiques, soit par des voyages, soit par des études subséquentes, les plus capables ou les plus favorisés pourront augmenter le nombre de ces excellents professeurs dont l'horticulture belge est dotée. C'est d'ailleurs déjà, en partie, la réalisation de ces effets qui est cause du magnifique essor que nous y constatons, aussi bien au point de vue de la production manuelle que du travail intellectuel.

Ces écoles produisent en même temps des hommes au courant de tous les perfectionnements, apportés à la culture maraîchère, à l'arboriculture fruitière et aptes à faire avancer ces branches dans la voie du progrès. C'est qu'elles ont pour notre pays une importance capitale: N'a-t-on pas entendu préconiser l'abandon des grandes cultures agricoles pour les remplacer par la culture en grand des plantes potagères ou par de vastes prairies-vergers? Notre pays deviendrait ainsi le jardin potager de l'Europe! Son chiffre d'exportations qui monte à près de 30.000.000 de francs, rien qu'en fait de légumes, lui vaudrait déjà presque ce titre dès maintenant. Donc la culture maraîchère occupe une place importante dans l'agriculture. Sans parler de celle qui entoure les grandes villes et qui porte sur les produits les plus divers, nous signalerons celle qui se spécialise et qui a une tendance à occuper une région. C'est ainsi que les fraises sont cultivées à Namur, à Beirvelde et en bien d'autres endroits. Les oignons, les choux-fleurs et autres . légumes se trouvent dans les pays d'Alost, de Louvain et de Malines. Autour de cette dernière ville existent aussi de vastes champs d'asperges. Les pommes de terre précoces sont produites principalement dans les cantons de Contich, Heyst-op-den-Berg, Lierre, Duffel, Malines et Assche. Cette spécialité, qui a pris naissance à Wavre-Sainte- Catherine et à Hoboken, donne actuellement lieu à un trafic important vers l'Allemagne:
la gare de Hever seule en expédie journellement, de fin juin à fin août, une moyenne de quinze à vingt wagons de dix tonnes. La culture de la chicorée Witloof ou chicorée de Bruxelles a eu pour lieu d'origine la commune de Schaerbeek. De là, elle s'est étendue progressivement à toute la région s'étendant entre Bruxelles et Vilvorde et même au-delà. Ce serait sortir du cadre assigné à cette note que de décrire les singuliers procédés mis en oeuvre pour l'obtention de ce légume; disons seulement qu'on en exporte de grandes quantités en France, en Angleterre et dans d'autres contrées. Certains syndicats de producteurs en envoient au loin, en pleine saison, au moins vingt mille kilogrammes par jour!

Les produits excellents que fournit la culture maraîchère belge a fait s'établir chez nous une industrie déjà florissante des conserves alimentaires, en voie de surpasser les articles similaires venant exclusivement de l'étranger. Les diverses usines du pays ont livré soixante mille cinq cents caisses de cent boîtes d'un demi-litre chacune, en 1903, et, à part quelques rares exceptions, tous ces légumes fabriqués sont de provenance indigène.

Si nous étendons notre relevé à la culture fruitière qui souvent va de pair avec la culture potagère, on remarquera que Liège donne des pêches, Huy, Hoeylaert et Overyssche des raisins. Qui ne connaît, au moins de réputation, ces immenses prairies-vergers qui s'étendent dans le Brabant, le nord du Hainaut et le sud du Limbourg?

Des villages entiers, dans ces régions, sont dissimulés entre les dômes féconds d'essences fruitières où, pour des sommes considérables, viennent s'alimenter, tous, les
ans, les commerçants allemands, anglais, russes et français. Ces débouchés semblent cependant ne pas suffire à l'emploi des fruits récoltés sur notre sol; car, depuis quelques années, plusieurs confiseries fournissent au commerce des fabricats de premier choix; il est vrai qu'elles utilisent, en outre, en grande partie des fruits tirés de l'étranger.

Les quelques pages qui précèdent pourront nous convaincre que, dans les branches connexes de l'agriculture: horticulture, culture maraîchère et arboriculture fruitière, notre patrie montre au moins autant d'activité que ses voisines et qu'il y avait lieu pour elle de soutenir sa renommée à cet égard, ainsi qu'elle l'a fait en attribuant à ces branches une large place dans l'Exposition universelle de Liège.

Cependant, nous ne pouvons terminer ce chapitre sans rendre un hommage mérité à la part énorme que les voisins avaient prise pour rehausser l'éclat de notre Fête des Nations, par la décoration permanente de ses jardins. Chacun se souvient des magnifiques parcs de rosiers qui égayaient les rives de la Meuse et de l'Ourthe où les avaient plantés les rosiéristes les plus renommés du Grand-Duché de Luxembourg, du jardin japonais aux arbres nanifiés qui s'étageaient pittoresquement sur les bords de l'étang du Jardin d'Acclimatation, et surtout des apports de la Ville de Paris consistant en superbes massifs de conifères les plus rares disséminés aux abords de l'entrée monumentale des halls, en ces beaux parterres de fleurs de toutes sortes, tulipes, iris, canna, géraniums, pensées, résédas, propres à reporter vers les charmes de la nature l'admiration des visiteurs qui venait de se concentrer sur toutes les merveilles de l'industrie humaine, et enfin des irréprochables rangées d'espaliers où couraient des rangées de cordons les plus fantaisistes et où l'imagination des arboriculteurs s'était donné libre cours. Ici encore les Français s'étaient surpassés et, avec l'un d'eux, nous pourrions dire que l'Exposition de Liège confirmait, mieux que jamais, ce fait qu'ils n'exposent jamais aussi bien chez eux qu'à l'étranger.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905