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Petit Outillage


Petit Outillage à l'exposition de Liège 1905

Un des modes d'amélioration du sort des classes moyennes réside dans la diffusion de l'emploi d'un petit outillage perfectionné, capable de réduire le prix de la main-d'oeuvre, tout en laissant à l'artisan l'exercice de sa libre individualité.

Le Gouvernement s'est appliqué à favoriser la création et l'achat de ce petit outillage, particulièrement en ces dernières années. Tout d'abord, il réduisit considérablement les impositions frappant les moteurs de la petite industrie; il favorisa ensuite de tout son pouvoir l'organisation de syndicats pour l'achat de machines. Comme nous le verrons plus loin, en parlant du Pavillon des Métiers, un nombre important d'associations de ce genre ont été fondées en Belgique, spécialement dans les régions industrielles. Les artisans et les petits industriels qui désirent participer aux subsides accordés par l'Etat pour l'amélioration du petit outillage doivent y être affiliés.

Pour obtenir un subside, l'intéressé doit consentir à montrer les appareils à ceux de ses collègues qui lui seraient adressés par le service technique de la petite bourgeoisie.

Outre les expositions temporaires de petit outillage, le Gouvernement a organisé des conférences expérimentales qui sont données dans tout le pays par un ingénieur spécialiste, à l'aide de machines achetées aux frais de l'Etat. Lorsque les études des spécialistes signalent une lacune dans l'outillage d'un métier bourgeois, il peut y avoir profit à stimuler les recherches des constructeurs par l'institution d'un concours. C'est dans ce but que le Gouvernement donna son patronage au concours ouvert par le Syndicat des Patrons Boulangers d'Anvers, pour la recherche d'un bon pétrin mécanique adapté aux besoins de la petite boulangerie. Un appareil satisfaisant à toutes les conditions requises pu ainsi être primé.

Enfin, le Gouvernement attache une importance particulière à la création de musées professionnels. Il a notamment accordé son patronage au Musée provincial de l'Enseignement industriel et professionnel de Charleroi, en engageant l'administration compétente à s'inspirer des exemples donnés à l'étranger et à compléter son œuvre par l'organisation d'une section spéciale d'outillage pour les métiers bourgeois. Cette section fonctionne et rend beaucoup de services.

L'étude du prêt à l'outillage a été poussée très avant par le Gouvernement sur des bases analogues à celles des sociétés pour la construction d'habitations ouvrières.

Les petits industriels et les artisans seront mis ainsi en mesure d'acquérir un outillage perfectionné qu'ils payeront par versements mensuels, au moyen des bénéfices réalisés grâce à cette installation.

Une Exposition internationale du petit outillage avait été organisée à Gand, en 1904. Cette Exposition, la première de ce genre, obtint un succès très vif. Des congrès professionnels furent tenus à cette occasion et un nombre considérable de petits industriels y prirent un vif intérêt.

Cependant, en raison même de sa nouveauté, l'Exposition de Gand présentait des lacunes. Largement représenté pour certaines professions, le petit outillage était insuffisant ou faisait même défaut pour d'autres.

C'est ce fait qui incita le Gouvernement à organiser à l'Exposition de Liège une section spéciale pour l'outillage des métiers bourgeois, section conçue d'après un plan méthodique et comprenant une série d'ateliers modèles, où se trouveraient, autant que possible, les outils les plus perfectionnés pour chaque profession ou groupe de professions.

Les sections des classes moyennes du Département du Ministère de l'Industrie et du Travail étudièrent, à cette occasion, les moyens propices à réaliser ces desiderata.

A la suite de cette étude, les principes suivants furent adoptés:
1° L'exposition de l'outillage aurait un caractère exclusif d'enseignement professionnel et serait organisée directement par le Ministère.
2° Elle se rapprocherait plutôt du type d'ateliers modèles que du type de collectivité de constructeurs d'outillage. Et afin de mieux attirer l'attention des intéressés, elle serait placée dans un pavillon spécial, en dehors du hall des machines.

Un comité de patronage fut nommé pour collaborer à l'organisation du pavillon.

Ce comité remit le soin d'en étudier les détails à un comité exécutif qui réunit dans son sein les personnalités les plus compétentes pour ce travail.

La présidence de ce comité exécutif fut dévolue au savant et dévoué directeur de l'Institut Electro-technique Montefiore, à Liège, M. Eric Gérard.

Deux vice-présidents, MM. Jean Stevens, ingénieur, directeur de l'Enseignement industriel et professionnel au Ministère de l'Industrie et du Travail, directeur du Secrétariat de l'Institut international des Classes moyennes, secrétaire de la Commission nationale de la Petite Bourgeoisie, et Thonet, directeur de la Société belge d'Entreprises et de Travaux, à Liège, lui apportèrent leur précieux concours. Ils eurent, comme secrétaire et secrétaire-adjoint respectivement MM. De Walque, ingénieur à la Section teclinique de la Petite Bourgeoisie au Ministère de l'Industrie et du Travail, et Henri Demonceau, ingénieur, à Liège.

MM. Béer, Boty, Brassinne, Janssen, Lambrechts, Lonneux et Timmermans furent nommés membres de ce comité. Construit primitivement à l'emplacement que lui avait désigné la Société de l'Exposition, derrière le Palais des Fêtes, le Pavillon du Petit Outillage fut ensuite rebâti dans une situation plus favorable au Jai'din d'Acclimatation, auprès du Pavillon des Métiers.

Malgré ce contretemps, son ouverture put se faire dans les premiers jours de juillet.

Ce pavillon qui, s'étendant sur une longueur de 50 mètres et une profondeur de 10 mètres, occupait une superficie de 500 mètres carrés, avait été construit par la Décoration artistique de Gand, sous la conduite de l'architecte Van Hoecke-Dessel, qui en avait élaboré les plans.

Deux corps de bâtiments, en forme de halls d'usines, flanquaient de chaque côté la partie centrale du pavillon, en saillie. Dans celle-ci, s'aménageait l'entrée. Au-dessus, un tympan, dii au pinceau de M. Bertrand, artiste-peintre à Gand, représentait le travail pénible d'hier et le travail d'aujourd'hui où les machines effectuant la grosse et rude besogne, ne laissent à l'artisan que le soin de guider leurs efforts et l'exécution de travaux plus fins, où se révélera son génie personnel. Un artiste-sculpteur, M. Desmedt, de Gand, avait exprimé cette même idée par deux bas-reliefs modèles à droite et à gauche du pavillon. Au gracieux clocheton d'usine surmontant le portail, s'accrochaient
deux figures personnifiant de nouveau l'aspect de la petite industrie moderne.

C'est dans ce pavillon original, dont la tonalité claire se mariait harmonieusement aux teintes fraîches des frondaisons proches, que furent installés un certain nombre d'ateliers modèles se rapportant aux professions suivantes:
Les métiers du travail du bois, des peintres, des plombiers-zingueurs-chaudronniers, des brossiers, du travail du fer, des charcutiers, des imprimeurs-relieurs, des tailleurs, confectionneurs, chapeliers, des horlogers, des boulangers-pâtissiers.

Le Ministre avait également installé dans le pavillon deux ateliers centraux, plus importants, représentant les installations que pourraient, dans certains cas, monter pour ses membres une association professionnelle. Ces ateliers se rapportaient aux métiers du travail du bois et à la cordonnerie. L'atelier relatif à cette dernière profession était la reproduction de l'atelier central installé à Berlin par une association de patrons cordonniers, la seule façon pour eux de soutenir avec succès la concurrence de la fabrication mécanique des chaussures. Chaque cordonnier, tout en conservant son individualité professionnelle, fait exécuter à l'atelier central de sa corporation les travaux que lui confie sa propre clientèle.

Il ne sera pas inutile d'indiquer brièvement ici la composition de l'outillage réuni dans chacun des ateliers du pavillon.

Atelier des Travailleurs du bois. — Un moteur à pétrole, de 5 HP, actionnant une scie à ruban, une toupie, une scie circulaire; un moteur électrique, de 4 HP, actionnant une raboteuse dégauchisseuse.

Atelier des Peintres. — Un moteur électrique, de 3 HP, actionnant une machine à mélanger les couleurs, un broyeur conique à entonnoir, une broyeuse à cylindre.

Atelier des Plombiers-Zingueurs. — Un moteur électrique, de 2 HP, actionnant une machine à découper et à planer les métaux, une machine à marteler. Cet atelier comportait encore une machine à plier, à rouler, à baguetter, et une série d'autres petites machines et appareils pour les travaux des plombiers-zingueurs.

Atelier des Brossiers. — Un moteur électrique, de 2 HP, actionnant une machine à fabriquer les mèches, une machine à monter les brosses, une machine à tondre les brosses.

Atelier des Travailleurs du fer. — Un moteur à gaz, de 5 HP, et un moteur électrique, de 4 HP, actionnant une machine à fraiser, une scie à froid, une foreuse de précision, une machine à limer, une machine à tailler les limes, un petit étau-limeur, une foreuse à colonne, un tour-revolver, une machine à affûter les mèches, une foreuse portative à commande électrique directe, un tour américain à fileter.

Cet atelier comportait encore un. perçoir-cisaille à commande électrique directe, une machine à cintrer les cercles de roues, des forges portatives avec ventilateurs électriques, un rapide-lime.

Atelier des Boulangers-Pâtissiers. — Deux moteurs électriques, de 2 HP, deux pétrins mécaniques, une machine à battre les sacs, une machine à diviser la pâte, une machine à gaz pour faire les gaufres, un broyeur d'amandes et une émondeuse, une machine à faire les biscuits dits « spéculations », une machine à couper les pains d'amandes.

Atelier des Tailleurs, Confectionneurs, Chapeliers, etc. — Une machine pour faire les boutonnières, une machine à broder, à coudre, une machine à coudre la paille des chapeaux, une machine à coudre la bonneterie.
Ces diverses machines étaient mises en mouvement par un moteur électrique de 2 HP.

Atelier des Imprimeurs-Relieurs. — Une presse à imprimer à pédale, une machine à numéroter, une machine à perforer le papier, une machine à arrondir les coins, une cisaille, une rogneuse, une presse à balancier pour repousser, une presse à dorer, une machine à arrondir les dos des livres, une machine à brocher au fil de fer rond et au fil de fer plat, une machine à coudre les boîtes au fil de fer rond.

Atelier des Bouchers-Charcutiers. — Une machine à découper la viande en tranches, des poussoirs à saucisse, un appareil à cuire les jambons, des hache-viande à main, des hache-viande à commande électrique directe, un hachoir dit berceuse, un malaxeur, un cutteur hache-viande. Tous ces appareils étaient actionnés par un moteur électrique.

Quant aux ateliers centraux pour le travail du bois et pour la cordonnerie, ils renfermaient une série complète des machines perfectionnées en usage dans les grands ateliers.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905