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Métiers Bourgeois


Métiers Bourgeois à l'exposition de Liège 1905

Un fonctionnaire du Ministère que nous avons déjà eu l'occasion de citer, M. Hector Lambrechts, délégué spécialement pour l'étude du problème économique des classes moyennes, résumait ainsi le résultat de ses recherches :
« Le problème économique des classes moyennes s'est posé à notre époque avec tous les caractères perturbateurs de la période de transition. Il est né de deux faits: du développement du machinisme dans l'ordre de la production, du développement de l'association dans l'ordre de la production et de la vente ».

Après avoir montré quel caractère aigu revêt cette situation, M. Lambrechts conclut que « l'association professionnelle apparaît, en toutes choses, comme le remède initial et la mesure de première nécessité ».

Et le fonctionnaire éclairé précise ainsi:
En mettant le public consommateur en contact avec la petite production que distinguent tant de qualités sérieuses et durables, le syndicat montrera les inconvénients de certaines formules économiques à la mode, ne visant qu'à un bon marché excessif, incompatible avec la qualité, la solidité de la marchandise.

Le rôle du syndicat sera de mettre en lumière ces vérités. Pour cela, il organisera des collectivités à toutes les Expositions internationales où la petite industrie peut trouver sa place; il s'efforcera de laisser de son passage dans un pays étranger la trace durable d'un bureau commercial ou d'un magasin de vente. Car la participation des petits producteurs aux grandes World's Pair, auparavant impossible à cause des frais qu'elle nécessitait, devient aisée grâce à l'association syndicale.

Une bonne partie du programme ainsi assignée au syndicat avait été réalisée au Pavillon des Métiers, à Liège.

Celui-ci, placé sous le haut patronage de M. Gustave Francotte, Ministre de l'Industrie et du Travail, avait été entrepris directement par le Syndicat des Métiers à l'aide du capital social, des avances que certaines administrations avaient faites et avec un subside de l'Etat couvrant la somme à payer à la société concessionnaire pour l'emplacement et le droit de vente.

Les membres du Conseil d'administration de ce pavillon ne négligèrent aucun moyen propre à le mettre en valeur. Le président, M. Charles Vandercruyssen, le secrétaire, M. Henri Wauthoz, les membres, MM. Gustave Pierre, Georges Ceuninck, Gausset-Ransy, les commissaires, MM. Hector Lambrechts et François Alexandre, l'adjoint M. Pierre Crahay, méritent sous ce rapport les éloges les plus vifs.

Le but poursuivi fut pleinement atteint: l'aspect agréable du pavillon attirait les visiteurs; oeux-ci s'intéressaient à l'importance et à la variété des collections exposées, le caractère syndical de cette exposition lui conférait une particularité idoine à la mettre en relief.

Le Pavillon, conçu par l'architecte Van Hoecke-Dessel, s'érigeait dès l'entrée de l'Exposition par le Jardin d'Acclimatation, le long de rallée gauche. Grand bâtiment assez simple,: percé à son centre d'une large entrée en retrait où dans le noir se perdait un escalier montant.

A droite de cette entrée, se trouvait un salon de dégustation, à gauche, la grande boulangerie modèle dont nous aurons l'occasion de parler plus loin. Ses baies s'agrémentaient de vitraux sortant des ateliers Julien Zoppi, de Liège; quelques ornements en relief achevaient la décoration de sa façade.

Après avoir gravi l'escalier d'accès, on se trouvait tout d'abord dans un hall d'entrée où des vases, des sièges, une table avaient été disposés. Deux lustres originaux étaient appendus aux solives.

De ce hall, un escalier orné d'une rampe en fer forgé, exécuté par M. Alexandre de Marcinelle, conduisait à l'étage où se trouvaient les pièces aménagées par les différentes associations professionnelles participant à cette exposition des métiers bourgeois.

Nous examinerons la participation à l'oeuvre commune de chacune d'entre elles.

Le Syndicat des Maîtres Tapissiers, Fabricants d'ameublement de l'agglomération bruxelloise, fondée en 1900, avait installé un gracieux salon Louis XVI, créé par M. Georges Ceuninck, administrateur fondateur du Syndicat, et un membre de celui-ci, M. Léon De Gauquier.

Dans ce salon de dimensions usuelles, se remarquaient la bonne ordonnance de la décoration du plafond et des murs, les tentures des fenêtres et des murs d'une jolie correction, les meubles et les sièges complétant harmonieusement cet ensemble. Divers collaborateurs avaient coopéré à l'ameublement de ce salon. L'ornementation des murs et du plafond était due à M. Goffe, la lustrerie était de M. Pilate, les passementeries de M. Debacker, les rideaux en dentelles et broderies de M. Stroobant-Boogaerts, les tapis de M. Van Wylick et Zollikofer, le foyer à gaz de M. Pelsmackers, les bronzes d'art de M. Van Aerschot.

Le Syndicat des Tapissiers d'Anvers, également fondé en 1900, compte 45 membres. En 1904, il organisa une école professionnelle modèle. Ce syndicat s'occupa de l'établissement et de l'ornementation d'une chambre à coucher en pur style Louis XVI.

Les meubles coquets, mariant leur grâce, leurs tonalités blanches et bleues, formèrent un ensemble à la fois intime et séduisant. Les collaborateurs principaux de ce travail furent MM. Adriaenssens, Blockx, Caers, De Lie, De Nys, Geysen, Roelants, Tervooren, Vandevelde, M. Blind et M. Coryn, de Bruxelles.

Une des principales salles du Pavillon des Métiers fut réservée au style historique si gracieux connu sous le nom de Louis XV liégeois. Cet art délicat a un caractère bien tranché: il est gracieux, clair, reposant dans sa préciosité tant il est harmonieux. Aujourd'hui encore, Liège compte quelques fabricants de meubles soutenant la bonne renommée établie par de magnifiques meubles dont beaucoup sont à l'étranger, mais dont on peut encore voir de bons spécimens dans les vieux palais de Liège.

Le Syndicat des Fabricants d'ameublement de Liège avait créé une salle commune destinée à la réunion de famille. On y retrouvait les anciens bahuts de composition capricieuse, avec leurs rocailles s'entremêlant à des feuilles contournées et enrichies de fleurs. Une cheminée en marbre Saint-Remy, fouillé à souhait, surmontée d'un cadre en bois sculpté, comportant dans le bas une glace et dans le haut une pastorale aux teintes fanées, d'une charmante naïveté florianesque rehaussait l'impression d'agréable confort produit par les lambris et le cuir de Cordoue des murs. Le regard, calmé par les teintes neutres de cette salle, aimait à errer, rêveur, des sièges confortables au grand fauteuil trônant, bonhomme, à la large table familiale.

Les membres du Syndicat qui participèrent à l'oeuvre commune furent MM. G. Abels, J. Colsoul, J. Crahay, F. Fincoeur, J. Gausset, A. Joffin, Th. Koenig, A. Schoonbroodt, H. Van Bellinghen.

Le Syndicat des Tapissiers de Gand, fondé en 1899 et qui s'adjoignit immédiatement une école de tapissiers-garnisseurs, était représenté dans le pavillon des Métiers par un tea-room érigé par MM. Vandercruyssen frères, de Gand. Cette pièce, en style moderne, se faisait remarquer par la simplicité et la sévérité de sa décoration. Une table massive, un divan, des sièges très sobres, un socle surmonté d'une statuette se plaçaient dans le jour d'une basse et large verrière. En retrait, dans une obscurité intime, se trouvait le foyer; auprès, une table légère, un siège.

Le Syndicat général des Patrons Plombiers, de Bruxelles, créé en 1874, réorganisé en 1897, avait montré depuis lors une activité des plus dignes d'intérêt. A son exemple, Anvers, Liège, Charleroi, fondèrent des écoles professionnelles de plomberie.

Ce Syndicat construisit la salle de toilette et de bains du pavillon.

Le Syndicat s'était préoccupé spécialement de préserver les murs et le parquet de l'humidité, de construire ses appareils au moyen de matières sur lesquelles l'eau n'a nulle prise. La baignoire était en faïence anglaise, le lavatory en marbre de Scyros, les parois de la salle étaient recouvertes de zinc-émail. Le water-closet, la baignoire, la douche en cercles, le lavatory offraient les derniers spécimens du confort moderne.

Enfin, la salle était chauffée au moyen d'un foyer à gaz à récupération, du système Pelsmackers. Le Syndicat avait également construit les égouts du pavillon en conduits de grès.

La Grande Boulangerie modèle, qui occupa le rez-de-chaussée et la terrasse du Pavillon des Métiers, était la sixième du genre installée dans des Expositions belges.

Elle était exploitée par une société momentanément constituée entre un certain nombre de membres de la Fédération des Patrons Boulangers.

L'exposition du petit outillage pour boulangerie, organisée par le Ministère de l'Industrie et du Travail, était placée entre les deux salles du rez-de-chaussée.

Dans ce pavillon exposaient encore diverses associations dont il importe de dire quelques mots.

La Boissellerie artistique d'Ardenne, fondée à l'initiative de M. l'ingénieur civil de Sébille, a un double but: le relèvement d'une industrie d'art et la création d'un métier propres à rendre lucratives les heures de morte-saison, si nombreuses dans la haute Belgique.

Dès novembre 1903, sur la prise en considération de M. le Ministre de l'Industrie et du Travail, des cours ambulants furent organisés dans quatorze communes de l'arrondissement de Neufchâteau. En 1904, une école permanente de boissellerie fut fondée à Villers-devant-Orval; en 1905, on créa un cours pour les enfants de l'Orphelinat Sainte-Anne, au Bestin, près Tellin.

Dans l'entretemps, les succès remportés aux Expositions à Arlou et à Liège, étaient venus récompenser les premiers efforts. A l'Exposition de 1905, les objets sculptés, provenant de diverses écoles et de quelques exposants isolés furent admirés, soit pour leur plastique, soit pour leur caractère agreste et original. On y remarquait des têtes de caractères, des animaux, des consoles, des porte-plumes, des thermomètres.

Les succès obtenus décidèrent le Gouvernement à créer, à Paliseul, en décembre 1905, un musée national de modèles. Ceux-ci sont mis à la disposition des élèves. Enfin, à côté d'une société de patronage qui s'honore du haut appui de S. A. R. le Prince Albert et qui comprend les plus grands noms de la province de Luxembourg, il s'est fondé une société coopérative qui procure des débouchés aux sculpteurs. Des objets sculptés, représentant une valeur de plusieurs milliers de francs, ont déjà été vendus par son entremise.

Le Syndicat général des Voyageurs, Employés et Patrons, fondé en 1891, compte actuellement 10.000 membres et 32 sociétés affiliées.

Ses services généraux comprennent notamment une caisse d'accidents de transport et de travail, une caisse de pension, un service de prêts pour la construction ou l'achat d'habitations (Maison du syndicataire), un service de banque mutuelle (Le Crédit populaire), un service gratuit de placement pour toute la Belgique. Enfin, dans dix sept sociétés affiliées, se donne un enseignement professionnel comportant les langues, la comptabilité et le droit commercial, la sténographie et la dactylographie. Nombre d'entre elles possèdent des services de mutualité et ont organisé le prêt à l'outillage, des cercles d'études commerciales et polyglottes, des consultations juridiques gratuites, des
sections d'intérêts professionnels pour chacune des catégories de leurs membres. Des graphiques exposés dans la salle des conférences constituaient la participation de ce Syndicat au Pavillon des Métiers.

La Chambre syndicale du Bronze, de l’Eclairage et des Industries qui s'y rapportent, créée en 1893, sous le titre de Chambre syndicale des Appareilleurs à gaz et gaziers, prit bientôt son titre actuel par suite de l'entrée dans son sein des représentants des branches d'industries formant la corporation du Bronze et de l'Eclairage.

Aucune question intéressant ses membres ne la laisse indifférente, mais elle s'occupe surtout de la question délicate de la propriété des modèles.

Elle a organisé notamment des conférences publiques relatives aux différents systèmes d'éclairage et de chauffage exploités par ses membres ainsi que des causeries sur des sujets juridiques intéressant ces derniers.

Leur participation au Pavillon des Métiers fut peu apparente, étant éparpillée.

Nous la décrirons succinctement. L'éclairage extérieur du pavillon fut assuré par de puissants foyers d'incandescence par le pétrole, du système Washington. M. Bosselaer donna aux poteaux supportant ces lampes un aspect décoratif. A l'extérieur et en annexe, un élégant petit chalet abritait les appareils générateurs d'acétylène et les appareils de M. De Bruyne. Ceux-ci servaient à l'éclairage de la Grande Boulangerie modèle. Les conduites de gaz acétylène et les appareils d'éclairage étaient de MM. Divé frères. L'éclairage ornemental du hall d'entrée du Pavillon avait été confié à M. J. Roger, de la firme « La Lustrerie liégeoise », qui avait composé quatre appareils en style « art nouveau ».

La fabrication des petits plafonniers ornant le tea-room, avait été assumée par le même.

La salle à manger liégeoise fut complétée par un lustre eréé spécialement par M. A. Rousseau.

Les foyers garnissant la cheminée de cette salle furent exposés par la Société « Chaleur et Lumière ».

M. Blind assura l'éclairage discret de la chambre à coucher au moyen d'un joli petit lustre et d'une élégante lampe de nuit à l'électricité.

MM. Pilate et Van Aerschodt ornèrent et éclairèrent le salon Louis XVI. Le premier y installa un lustre à cinq lumières, le second y plaça d'élégantes girandoles et des petits bronzes du meilleur goût.

L'éclairage de la grande salle des conférences avait été effectué par la Lustrerie liégeoise qui installa des branches sur lesquelles M. Brandel plaça des becs à gaz, d'un système nouveau, avec manchons à incandescence de sa fabrication. Dans cette salle, la Compagnie belge de l'Acétylène fit des démonstrations de son système de générateur si apprécié.

L'installation générale du gaz dans le pavillon fut faite par MM. Divé frères, et celle de l'électricité par MM. Joos et Rocher. M. Pelsmaeckers se chargea du chauffage de la salle des bains.

Ainsi se résume la part de collaboration apportée par la Chambre syndicale du Bronze, de l'Eclairage et des Industries qui s'y rapportent, à l'Exposition du Pavillon des Métiers. C'est aussi le dernier syndicat dont nous ayons à résumer l'activité.

Plusieurs congrès se tinrent au Pavillon des Métiers. Nous citerons les congrès de la Boulangerie, des marchands-tailleurs, des métiers du bois, des imprimeurs, des coiffeurs, des horlogers, des pâtissiers, des plombiers, des tapissiers et fabricants d'ameublements, des voyageurs et employés de Belgique.

De plus, afin de compléter l'enseignement donné par les Pavillons des Métiers et du Petit Outillage, et afin de bien marquer son intention de donner à ce dernier un caractère d'enseignement professionnel, M. Francotte organisa plusieurs séries de conférences expérimentales ayant pour but de montrer aux associations professionnelles et aux petits patrons isolés les avantages de l'amélioration de l'outillage.

Ces conférences, données au Pavillon des Métiers, tant en flamand qu'en français, furent suivies d'expériences faites au Pavillon du Petit Outillage, sur les machines
exposées.

Il y eut: 4 conférences sur les métiers du bois; 2 sur les métiers du fer; 4 sur la Boulangerie et la Pâtisserie; 4 sur la Boucherie et la Charcuterie; 4 sur la Cordonnerie; 2 sur la Plomberie-Zinguerie; 2 sur la Brosserie; 2 sur la Peinture en bâtiments; 2 sur l'Imprimerie et la Reliure.

Ces conférences furent suivies par un grand nombre d'auditeurs. Leur effet utile fut démontré par les nombreuses acquisitions d'outillage perfectionné qui se firent dans la suite.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905