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Eaux et Forêts


Eaux et Forêts à l'exposition de Liège 1905

Puis, aboutissant à la rue de Fragnée, venaient les installations si curieusement intéressantes et attractions du groupe belge des Forêts et de la Chasse: c'était un très original pavillon renfermant des collections des produits de la sylviculture, une pépinière expérimentale, une série d'énormes troncs d'arbres, exposés par les firmes les plus connues du commerce du bois.

Le Pavillon de la Chasse et des Forêts, érigé à la plaine de Fragnée, vis-à-vis du Pavillon de l'Agriculture, a été l'un de ceux où là foule des visiteurs s'est rendue de préférence, pendant toute la durée de l'Exposition : il présentait un grand intérêt au point de vue des données techniques et statistiques réunies sur la matière spéciale des forêts, de la chasse et de la pêche, par le moyen de didramas suggestifs d'une grande véracité et d'une grande fraîcheur, qui ne manquent jamais de captiver la massé des; visiteurs.

Depuis que l'industrie a pris un grand développement dans' tous les; domaines, la consommation ligneuse a augmenté dans une mesure considérable.

La Belgique n'a pas échappé à la loi commune et ses besoins en bois .ont suivi une marche progressive, très rapide surtout les quinze dernières années.

En 1840, nous achetions seulement à l'étranger pour 4.698.000 francs. En 1890, pour 70.363.000 francs; en 1900, pour 134.651.000 francs; et, en 1905, pour 143 millions 453.000 francs! Et dans cette somme énorme ne sont pas compris les écorces et la pâte de bois (environ 13 millions), ni les allumettes, les bois de fusils, les bois pour mâts, vergues, les bois de teintures, les meubles, etc., le tout comprenant de 25 à 30 millions annuellement!

D'autre part, les nations voisines ne nous achètent guère du bois, chaque année, que pour 13 à 14 millions de francs, ce qui prouve bien que c'est pour nos besoins, pour nos industries, que nous utilisons cette quantité énorme de bois en sus de celle que nous produisons.

Cette considération suffirait, à elle seule, à justifier les efforts que fait le Gouvernement pour améliorer la production de nos forêts et pour boiser le domaine inculte, si considérable,
qui existe encore en Belgique.

Voici, d'après la statistique agricole de 1895, comment la propriété forestière belge se répartissait entre les divers propriétaires:


Etat……………………………………………………………25,041 hectares
Communes………………………………………………158,182 ‘’
Etablissements publics………………6,952 ‘’
Particuliers……………………………………331,320 ‘’
521,495 hectares

D'après le cadastre de 1850, l'étendue territoriale de la Belgique est de 2.945.506 hectares; la proportion des bois et forêts, en général, est donc, en chiffres ronds, d'environ le sixième.

Les bois de l'Etat représentent à peu près la 117e partie du territoire, ceux des communes et des établissements publics la 18e, ceux des particuliers la 9e.

La même statistique montre également qu'il se trouvait encore en Belgique 169.329 hectares de terrains incultes, dont 105.365 appartenant aux particuliers, 58.107 aux communes et aux établissements publics et plus de 6.856 à l'Etat.

Ces derniers comprennent les alluvions déposées par l'Escaut, les dunes côtières, les fagnes de l'Hertogenwald non encore reboisées à la date de la statistique, et les bruyères qui dépendent de certains établissements pénitenciers ou qui constituent les camps militaires de Beverloo et de Brasschaet.

La mise en valeur des landes appartenant aux communes échappe, en vérité, à toute action directe de l'administration forestière. Toutefois, celle-ci fait de grands efforts pour engager les communes à tirer profit de ces vastes étendues de bruyères qui peuvent, par une culture bien entendue, devenir la source de notables profits. Des subsides importants, atteignant au moins la moitié de la dépense totale, sont accordés aux communes qui procèdent au boisement de leurs terrains incultes.

D'autre part, les agents forestiers donnent annuellement des conférences sylvicoles qui ont surtout pour but d'activer la mise en valeur des landes.


CHASSE

L'exercice du droit de chasse est régi par la loi du 28 février 1882. Aux termes de cette loi, tout le monde peut chasser sur ses propres terres ou sur celles d'autrui avec le consentement du propriétaire ou de ses ayants-droit, à la condition de justifier d'un permis de port d'armes pour la chasse à tirer et d'un permis spécial pour la chasse au lévrier.

Les permis sont personnels et valables pour un an, du 1er juillet au 30 juin de l'année suivante.

Il est interdit de chasser en dehors des époques fixées, chaque année, par le Gouvernement, et ce, dans le but d'assurer la reproduction du gibier. Tout propriétaire a le droit de repousser, même avec des armes à feu, les bêtes fauves qui portent atteinte à son bien.

Enfin, un règlement du 14 août 1889 prévoit la destruction, la chasse, la vente, l'achat, le transport et le colportage des oiseaux insectivores, de leurs œufs ou de leurs couvées.


L’accroissement continu du nombre de chasseurs est évidemment une des causes principales de la diminution du gibier.



FORÊT

Les hauts plateaux de l’Ardenne se caractérisent par l’abondance des herbages et des litières, dues aux conditions climatiques de le région et à la composition du sol. Vers la fin de l’hiver, avant la reprise de la végétation, il suffit que le vent d’est ou du nord souffle avec quelque persistance, il suffit de quelques jours de soleil, pour que les herbes fanées et les bruyère se dessèchent et deviennent inflammables au plus haut degré. Le feu éclate et se propage dans les bois et les fagnes du cantonnement de Spa avec une facilité inouïe. Contre un mal aussi grave, il a fallu prendre de nombreuse mesures préventives dont voici les principales :

1. Pendant la période critique, des avis mettant le public en garde contre les dangers du feu sont répandus à profusion dans les bois soumis au régime forestier.

2. Recommandation aux préposés forestiers d’user largement de tolérance à l’égard des populations riveraines, pour lesquelles les bois sont une source de petits profits. En faisant aimer la forêt, on écarte d’elle la malveillance et on lui assure, en cas de danger, de nombreux et dévoués défenseurs.

3. Etablissement d'un réseau complet de chemins et de coupe-feu d'une largeur variant de 4 à 12 mètres. Les plus importants sont transformés en prairie par l'épan- dage de phosphate basique et le semis de graminées.

4. En cas de sinistres graves, impossibles à combattre par les moyens directs, recourir à un remède énergique: le contre-feu. On oppose à l'incendie très intense qui arrive, un incendie accessoire, étroitement surveillé, que l'on allume intentionnellement le long d'un coupe-feu placé en travers de la marche du sinistre. Le feu s'éteint faute d'aliments.

5. Dégazonnement d'une bande de terrain, de 2 mètres de largeur environ, le long des voies ferrées. Il serait désirable que ce travail fût exécuté annuellement avec grand soin, tout au moins dans les courbes et les fortes rampes.

6. Renforcement considérable de la surveillance dans les moments critiques.

7. Installation de postes d'observation sur les points culminants de la région ou au milieu du bois, dans la cime d'un arbre élevé. Pendant la période dangereuse, un garde s'y tient en permanence. A proximité, une équipe d'ouvriers, occupée à des travaux d'amélioration, est prête à porter secours à la première alerte.

Dans les bois de la ville de Spa, un agent cycliste est à la disposition des forestiers, afin de mettre rapidement en communication les différents postes de secours.

Parmi les intéressantes collections exposées au Pavillon des Forêts, nous devons signaler en première ligne celle d'une industrie créée récemment en Belgique, sous le nom « Boissellerie artistique d'Ardenne », à Paliseul.

Cette société coopérative, au capital minimum de 5.000 francs, dont le siège social est 210, rue Royale, à Bruxelles, fut fondée en mars 1904, pour favoriser le développement de l'œuvre de la Boissellerie, créée en juin 1903, par M. de Sébille, ingénieur, conseiller des forêts, à Framont, sous le haut patronage de S. A. R. Monseigneur le Comte de Flandre.

Grâce à l'appui du Gouvernement, de la Société centrale forestière et de généreux philanthropes, M. de Sébille organisa des cours ambulants de modelage, de dessin et de sculpture, dans quatorze communes de l'arrondissement de Neufchâteau, ayant pour centre Paliseul, où un musée national de modèles vient d'être fondé. Les premiers cours furent donnés pendant trois mois, tous les quinze jours pendant trois heures, dans chacune de ces communes. Les résultats furent concluants; plus de cent élèves suivirent ces cours et produisirent tout de suite de petits objets remarquables par leur originalité et leur délicatesse; les modèles étaient choisis dans la flore et la faune locales. Ils purent, dès la ' première année, imiter des sujets artistiques avec une fidélité si grande qu'ils en trouvaient immédiatement des débouchés.

Les cours reprirent en 1904-1905 et, actuellement, la Société est à même d'entre- prendre tous les travaux de sculpture qu'on lui confiera, tels que: lambris, chimères, gargouilles, porte-manteaux, cadres, cadrans, encriers, corbeilles, chevalets, porte-albums de photographies, etc., avec toutes espèces de bois, aux conditions les plus avantageuses.
A signaler également la belle exposition des Ponts et Chaussées, service spécial de la côte (M. le conducteur principal Van de Casteele, Blankenberghe), qui nous montre trois plans et un cahier de vues photographiques relatifs aux boisements des dunes domaniales.

Sous l'action incessante et prolongée des vents chassant devant eux les sables desséchés, il s'est formé, sur la côte belge, une série de dunes occupant une étendue totale de 5.000 hectares, dont la majeure partie appartient à des particuliers.

L'Etat possède les dunes s'étendant de Middelkerke à Heyst celles-ci sont ; soumises aux décrets du 31 mars 1806, du 14 décembre 1810, du 16 décembre 1811 et à l'arrêté royal du 27 mai 1817, qui assurent la fixation et la conservation des dunes.

Une Commission spéciale fut nommée pour étudier la question du boisement des dunes belges. En 1887, cette Commission fit un rapport très détaillé, et, dès 1888, le boisement fut commencé suivant les principes indiqués par cette Commission.

Dès la première année, on constata que les boutures empruntées aux plantations riveraines des dunes étaient beaucoup plus résistantes que celles venant de l'intérieur du pays, et l'on décida de créer des pépinières volantes dans les dunes mêmes.

Depuis 1889, les travaux de boisement ont été poursuivis avec persévérance et ténacité. L'Etat a établi dans le Zandpanne un champ d'irrigation, dans lequel on fertilise le sol des pépinières par le sewage de la ville de Blankenberghe.

Les travaux du parc Prince-Albert ont transformé 7 hectares de hautes dunes arides et dénudées en un grand parc.

L'expérience acquise pour l'exécution des travaux de boisement des dunes en Belgique a conduit aux règles suivantes:
1° Défoncer le sol à une profondeur minimurn de 11120 et percer la couche de tuf lorsque celle-ci se trouve à moins de lm50 sous le niveau du sol;

2° Couvrir le terrain défoncé de branchages, de terre forte ou de boues de rue pour empêcher l'enlèvement du sable par les vents violents;

3. Planter des boutures saines, robustes, de 0m08 à 0m10 de pourtour au gros bout et de 1m20 à 1m30 de longueur, les enterrer de manière qu'elles ne dépassent le niveau du sol que d'environ 0m10 et fixer le sable entre ces boutures;

4° Dans les parties basses abritées et bien préparées, on peut planter des aulnes blancs, des érables, des frênes, des chênes, des bouleaux, etc., mais la plantation par boutures de saules, de peupliers et de sureaux est la plus sûre;

5° Sur les versants nord et est des collines, on peut repiquer des plants semis de résineux. Les semis de deux ans de résineux donnent les meilleurs résultats. Le Pinus austriaca convient le mieux aux dunes belges. Le Pinus sylvestris et le Corsica viennent bien aussi;

6° Créer dans des endroits bien abrités, à proximité des routes et des chemins, des pépinières volantes qui réalisent dans les travaux de boisement, non seulement une économie très notable, mais qui mettent à la disposition du planteur, à proximité des futurs boisements, des plantes acclimatées, parmi lesquelles il peut faire un triage, et permettant d'effectuer toutes les opérations d'arrachage et de replantation en moins de vingt-quatre heures;

7° Amender les terrains à boiser, par l'addition de terres fortes ou de boues de rue.

Parmi les essences donnant les meilleurs résultats, il faut citer les peupliers et les saules.

Parmi les feuillus (dans les parties basses), nous mentionnons l'aulne blanc et le frêne, le saule marsault ; dans les parties plus élevées, le bouleau et l'érable ; sur les hauteurs et les versants, le tamarix, l'olivier de Bohême, le saule nain et l'hypophaë.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905