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Turquie


Turquie à l'exposition de Liège 1905

Un voyageur qui flâna sur le grand pont de Galata qui relie par-dessus la Corne d'Or, Stamboul à Péra, la Constantinople des fils du Prophète, des d'jamis, des turbés à celle des ambassadeurs et de la Banque ottomane, dit que c'est de ce pont, carrefour des races errantes, suprême rendez-vous des nations qui en sont à leurs derniers hommes que l'on a de la Turquie le plus merveilleux tableau du plus grand maître qui soit.

C'est ici, dit-il, où par excellence opère l'enchantement dans la perspective des trois villes qui sur trois avenues de terre forment Constantinople, l'amphithéâtre de Péra où scintillent les jeux de lumière, Stamboul qu'enferment les antiques murailles de Byzance, Scutari d'où l'islamisme s'est dirigé vers l'Europe avec son grand cimetière tout sombre sur le fond clair de Bithynie.

Sur le pont, le burnous blanc de l'Arabe se frotte à la fustanelle de l'Albanais et du Bulgare, la veste saphir du Monténégrin brodée sur toutes les coutures, flamboie à côté du cafetan chaudron d'un vieux Musulman ; le turban de mousseline tordue croise la coiffure d'astrakan en forme de tour du Kourde, l'Arménien, le Géorgien, le Syrien, le Maltais, le nègre de Nubie défilent:..

C'est bien une vision d'Orient, de cet Orient sur l'azur profond duquel les mosquées, les minarets découpent leur blancheur immaculée, demeurant les gardiens farouches et les témoins fidèles d'une civilisation qui se laisse à peine entamer par l'assaut de l'Occident et qui, sur un territoire de 3.180.000 kilomètres carrés, pauvrement peuplés de 25 millions d'habitants, vit dans la tour d'ivoire d'une littérature originale et dans la gloire
d'une architecture qui n'éclipse pas celle des Grecs et des Romains.

La Turquie est une bonne cliente pour la Belgique. Elle lui achète bon an mal en pour une quarantaine de millions d'acier, de fer, de locomotives, de voitures de chemins de fer et si nous lui rendons une dizaine de millions, ce n'est guère en achats de ces somptueux et royaux tapis qu'elle nous montre dans l'enchantement d'un pavillon blanc à arcades délicates, à colonnades fuselées, une miniature d'architecture ottomane délicieusement fouillée, légère et élégante.

C'est une débauche de couleurs, une symphonie de tons que ces tapis, ces carpettes, ces étoffes qui sont autant de chefs-d'oeuvre que l'industrie tapissière a engendrés avec une longanime patience et un génie si particulier.

Il semble que ce mot « Tapis d'Orient » désigne la perfection d'un produit dont l'art n'a plus de secret pour les Turcs et sur lequel ils veillent traditionnellement.

Et quelle variété dans cet amoncellement bigarré, quelle magnificence dans cette montagne d'étoffes, quelle gracieuse légèreté dans ces malles et ces babouches qui semblent des écrins de soie piqués de fleurs.

Les joyaux de la tapisserie traînent par terre dans ces carpettes que l'on foule du pied sans vergogne, dans ces merveilleux tapis qui arborent au mur le chatoiement de leur beauté, voisinent avec ces étoffes de soie souple, fine, exquise, mouchoirs menus, boléros tapageurs, rideaux amples semés de broderies d'un goût délicat, d'une insigne adresse. Et les fleurs entrouvrent leurs corolles, s'épanouissent, les arabesques décrivent leurs caprices comme si les brodeurs avaient subtilement glissé dans l'écheveau de leur soie la vie et la lumière.

Voilà, avec des meubles superbement incrustés de nacre, des colliers ravissants, des parures de sequins qui font entendre comme un cliquetis de sonnailles, des métaux portant l'empreinte d'un travail artistique très raffiné, des tabacs à l'arôme grisant, tout ce qui évoque le plus en notre imagination ce prodigieux sanctuaire du passé qu'est la Turquie.

Des produits de la distillerie d'Omourdja, des farines, semoules et son de la Société anonyme ottomane de Salonique, des spécialités pharmaceutiques et de la confiserie de Constantinople viennent compléter cette section si intéressante.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905