Retour - Liste Pavillons

Serbie


Serbie à l'exposition de Liège 1905

La Serbie adhéra officiellement la première a l'Exposition de Liège.

Elle s'installa, comme le Monténégro, sous les grandes allées du Parc de la Boverie.

J'ignore si tous les monastères serbes sont identiques au pavillon qui enferme l'Exposition de la Serbie ou s'ils ont simplement un air de parenté avec celui-ci. Peut être nous a-t-on délégué le type le plus achevé et le plus gracieux aux seules fins de nous inciter au regret de n'avoir pas su déserter la bataille de la vie et nous réfugier dans le calme et la douceur du cloître pour y couler ces jours tissés d'or et de soie dont nous parle la sagesse antique.

Le pavillon serbe est le fac-similé d'un monastère du pays. Il a du cachet et du caractère avec ses murs blancs, coiffés d'une tour carrée, étoiles d'oeils-de-boeuf, échancrés de fenêtres, capuchonnés de tuiles rouges et sa colonnade de marbre formant devanture, sous laquelle deux soldats serbes en faction ajoutent à l'illusion.

On fait le tour de cette exposition avec intérêt, on l'examine avec curiosité, on constate avec satisfaction combien elle contient de choses intéressantes.

Il y a, du capitaine Danilovitch, une carte de la péninsule des Balkans très soigneusement dressée.

On n'est pas fâché de s en remémorer la géographie exacte, car cette péninsule des Balkans se transforme tous les vingt ans avec une régularité presque mathématique.

La diplomatie européenne et les ferments de races diverses y produisant constamment ces déchirements et ces ébullitions dont l'Orient a la spécialité et le secret.

Ainsi la Serbie a fait beaucoup parler d'elle en ces derniers temps, mais nos esprits occidentaux sont de mauvaise portée pour juger ce qu'il nous plaît d'appeler « tragédie », et ce que la Serbie qualifie simplement « d'incident » qui ride à peine sa vie normale.

La Serbie est grande productrice de céréales et elle a le droit d'être fière de son agriculture qui la pourvoit de ses froments, de ses orges, de ses seigles, de ses avoines, de ses maïs, de ses tabacs de si belle venue et de si bon rendement. Elle produit aussi des vins, des spiritueux célèbres comme la Slivooitza (eau-de-vie de prunes). Ce sont bien là les produits d'un peuple d'agriculture et de paysans, rudes tâcherons plies sur le sillon et les labours, dont la forte race aime insensément cette terre qui les nourrit, et qui sera leur linceul.

Ils sont ardents à la peine, durs à l'épreuve, courageux à l'extrême et constituent une population rurale qui, en temps de guerre fournit de vaillantes milices, et durant la paix travaillent énergiquement à la prospérité du royaume.

Mais la Serbie a d'autres instruments de richesse encore, ses minerais sont variés et nombreux. Elle nous échantillonne des minerais aurifères, des minerais de mercure de plomb, de cuivre, de molybdène, de bismuth, d'antimoine, de chrome avec une prodigalité qui fait envie et qui pourtant ne lui coûte pas beaucoup, car elle possède un sol qui abrite dans ses profondeurs une succession de fortunes industrielles.

Un pays dispose toujours de grandes ressources et de fécondes promesses d'avenir quand il a pour réservoir un sol matelassé de riches gisements et lambrissé de luxuriantes récoltes, et la Serbie possède ces éléments.

Rappelons que plusieurs sociétés belges ont été constituées pour exploiter ces richesses, notamment la Société des Cuivres de Maidenpek, les Charbonnages d'Alesinat.

Qui dit Orient, dit tapis et tissus. En voici de Pirot et d'Ujitze dont les habitants, paraît-il, ont un mystère pour leur garder un coloris éternellement vif et une fraîcheur incomparablement jeune. Ils sont à double face, généralement rouges, et on prétend qu'ils sont vierges de tout machinisme.

Où elle est vraiment la Serbie au coeur national, c'est dans ses costumes régionaux, dans ses étoffes et ses bijoux anciens, dans ses armes particulières, dans ses tabacs exquisement odorants.

C'est là qu'il faut aller la chercher, l'évoquer, parce que là est toute la suite de ses traditions dans le pittoresque de son caractère, dans l'originalité de sa nationalité.

Chez tous les peuples de la terre, l'histoire de ses costumes et de ses armes, c'est l'histoire de toutes ses passions, de ses préjugés et de ses croyances, de ses adorations et de ses haines; elle porte le reflet de la couleur de leur ciel et de leur amour, c'est le miroir où passent en ombres légères et profondes leur vie paisible ou tumultueuse, calme ou sanglante.

Et le Serbe n'échappe pas à la loi commune. Son caractère altier, sauvage, indépendant, a marqué de son empreinte les vêtements qui le protègent, les armes qui le défendent, les bijoux dont il se pare.

Un salonnet artistique que domine un beau portrait du roi Pierre, donne asile à des sculptures et à des tableaux signés d'artistes serbes, et cette galerie qui a de l'attrait appartient au roi Pierre et à la reine Nathalie, veuve de l'ex-roi de Milan.

La destinée a des rapprochements ironiques et inattendus, les expositions de ces voisinages qui ne redoutent pas les incidents diplomatiques.

De la sorte, la Serbie nous fait toucher à son activité et à son particularisme, elle nous confie ses désirs et ses espoirs, ses aptitudes et ses buts.

Longtemps- elle a vécu sous les armes, piétinant un sol qu'elle arrosa largement du sang de ses concitoyens chaque fois qu'il lui fallut lutter pour son indépendance et si les moissons poussent si dru sur les champs serbes, c'est peut-être qu'ils ont été tant ensemencés des corps de ses héros.

Une nouvelle Serbie est née du fracas des armes, du tumulte des révolutions, une nouvelle Serbie qui se souvient des leçons du passé pour se tailler un avenir fécond, durable, dont les qualités populaires d'énergie, de bravoure et d'endurance n'ont pas dégénéré, mais s'aiguillent de plus en plus vers ces chemins de paix et de bravoure où les nations trouvent la prospérité et les peuples le bonheur.

Ainsi apparut la Serbie nouvelle à l'Exposition de Liège et cette participation dut gagner bien des sympathies à ce pays trop ignoré encore de beaucoup.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905