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Roumanie


Roumanie à l'exposition de Liège 1905

D'égales conditions politiques et la parenté des familles régnantes ont établi entre notre pays et la Roumanie, qu'on dénomme parfois la Belgique de l'Orient, un courant de vives sympathies. La province de Liège, spécialement, est connue là-bas d'une façon très intime. Faut-il s'étonner quand on considère que le nombre de fils des meilleures familles roumaines viennent faire leur études à notre université et que des rapports fréquents s'établissent entre les industriels de Roumanie et les nôtres.

C'est ainsi que dernièrement la Société Cockerill fournit le matériel à l'administration des chemins de fer roumains.

De tels rapports commerciaux et moraux devaient inciter les Roumains à participer à notre Exposition universelle. Cependant, malgré les vives sollicitations et un voyage à Bucarest de M. G. Simonis, consul de Roumanie à Liège, l'intervention du baron Beyens, ministre de Belgique à Bucarest, la Roumanie avait décidé de ne pas participer à l'Exposition liégeoise. Des considérations économiques et la nécessité de se réserver pour la possibilité éventuelle d'une Exposition jubilaire en 1906, à l'occasion du XIe anniversaire du règne de S. M. le
Roi Charles, l'en empêchaient.

Le baron Beyens, le distingué et actif ministre belge près le gouvernement roumain, dont on ne pourrait assez faire l'éloge, s'adressa alors aux diverses administrations et rencontra chez M. C. Alimanestiano, directeur de l'Industrie, du Commerce et des Mines au Ministère de l'Agriculture, de l'Industrie, du Commerce et des Domaines, l'appui le plus autorisé et le plus actif.

Le baron Beyens pensa alors que si la participation de la Roumanie était limitée à un produit qu'elle avait tout intérêt à faire connaître, puisqu'elle a besoin des capitaux étrangers pour l'exploitation, à un produit digne d'attirer l'attention des financiers et des industriels des autres nations, c'est-à-dire au pétrole destiné certainement à devenir dans le royaume danubien l'objet d'une grande exploitation industrielle, il serait peut-être possible de décider le gouvernement roumain à figurer à l'Exposition de Liège où l'abstention complète de la Roumanie aurait été des plus regrettables.

D'accord avec lui, M. Alimanestiano, qui avait pour la Belgique une admiration que suffirait à expliquer la présence chez nous de deux de ses plus jeunes frères en qualité d'étudiants, l'un à Liège, l'autre à Gembloux, établissait que la Roumanie pouvait participer d'une façon partielle à notre Exposition et y représenter, par exemple, toute l'importance et la vitalité de l'industrie pétrolifère qu'il connaissait plus que tout autre, en sa qualité de président de l'Association des Exploitants et des Fabricants de pétrole de Roumanie.

Ils parvinrent à rallier à leurs vues MM. Bratiano, ministre des Affaires étrangères et Stoicesco, ministre de l'Agriculture, de l'Industrie, du Commerce et des Domaines, qui obtinrent de M. Stourdza, président du Conseil, outre la promesse d'un subside, son consentement à ce que l'Association des Fabricants et Exploitants de Pétrole de Roumanie organisât, avec l'appui du Gouvernement, l'exposition du Pétrole roumain à Liège.

La chose semblait donc décidée, quand, en décembre 1904, le parti libéral fut remplacé au pouvoir par le parti conservateur ; ce changement inattendu paraissait compromettre à jamais le projet d'une participation roumaine à l'Exposition de Liège.

Cependant, dès mars 1905, notre Ministre à Bucharest et M. Alimanestiano qui, fin 1904, avait donné sa démission de Directeur au Ministère, ne se découragèrent pas et reprirent ce projet avec une ardeur dont les Liégeois lui savent gré. Ils menèrent une vigoureuse campagne, obtinrent l'approbation précieuse de M. Take Jonesco, ministre des Finances, de M. J. Lahovari, ministre des Domaines.

Grâce à ces hautes influences, la participation roumaine à l'Exposition universelle de Liège fut définitivement décidée, un subside de 25.000 francs accordé et versé à l'Association
des Fabricants et Exploitants de Pétrole en Roumanie.

Des compétences et des dévouements s'occupèrent alors de son organisation rationnelle.

Citons tout d'abord M. Alimanestiano qui s'aida du puissant concours de M. le professeur universitaire docteur L. Mrazec, membre de l'Académie roumaine, de M. le Dr Edeleano, directeur du Laboratoire de chimie du Ministère des Domaines, des membres de la Commission du pétrole dont il convient de citer spécialement M. V. Bratiano, de tout le personnel de la Commission et du Laboratoire et enfin de M. N. Mancas, secrétaire de l'Association et de notre dévoué Consul à Bucarest, M. Jaumotte.

Le Comité de l'Exposition roumaine était composé de MM. Eugène Mavrodi, ministre de Roumanie à Bruxelles, Georges Simonis, consul de Roumanie à Liège et commissaire de cette Exposition, Max Lohest, professeur à l'université de Liège, baron Forgeur, Alfred Ancion et Fernand Petit, secrétaire du congrès du Pétrole, tous habitant la Belgique; MM. C. Alimanestiano, ingénieur en chef des Mines et président de l'Association, O. Jaumotte, consul de Belgique à Bucarest, également Commissaire de la section, G. Boamba, administrateur-délégué de la Steana Romana, G. Olie, directeur général de l'Internationale, Max Schapira, administrateur-délégué de la Société Bouschtenari, Joseph Dupont, directeur du Crédit Belgo-Roumain, et N. Mancos, secrétaire del'Association, tous résidant à Bucarest.

A Liège, ce fut M. Q. Simonis qui, avec une activité, un dévouement qu'on ne peut assez admirer quand on songe aux multiples et absorbantes occupations qu'il assuma, s'occupa de l'érection du pavillon roumain et de l'organisation de la section, puissamment aidé par son collègue M. Jaumotte (dans les premiers temps surtout), que ses occupations rappelèrent par après à Bucarest. En quelques semaines, le Pavillon fut édifié! OEuvre du jeune architecte roumain, M. G. Cerchez, il s'érigeait blanc et pimpant à l'entrée du pont des Venues. Un double escalier conduisait à l'étage où d'élégantes vitrines claires groupaient d'une façon très heureuse les divers produits pétrolifères du sol roumain et leurs différents états; les murs s'ornaient de photographies, de diagrammes, de graphiques, de cartes, de dessins, etc.

Dès l'abord et sans fatigue, on pouvait se rendre compte des utilisations de ce produit si utile, acquérir la notion de son développement en Roumanie, avoir en un mot tous les détails techniques qui pouvaient intéresser les commerçants internationaux, visiteurs de notre Exposition, tandis que pour ceux que la chose intéressait, diverses études dues à des spécialistes compétents permettaient de se rendre compte d'une façon très approfondie du développement pétrolifère.

L'une, due à la Commission du Pétrole dont fait partie MJVI. Alimanestiano, V. Bratiano et L. Mrazio, rendait compte de la géologie des régions à pétrole et de l'importance des diverses chantiers d'exploitation, tandis qu'une autre, due à MJVI. L. Edeleano et J. Tanesko, présentait une étude approfondie des qualités technologiques et industrielles des divers pétroles roumains.

Un manuscrit de la nouvelle charte géologique de la Roumanie, une collection de diverses formations géologiques du pétrole, complétée par des échantillons qu'obtinrent des sondages pratiqués dans différents puits et à des profondeurs diverses, une charte spéciale des régions pétrolifères, une collection des pétroles bruts des nombreux chantiers formaient l'élément géologique et savant de la formation du pétrole en Roumanie.

Les commerçants, les industriels pouvaient à leur tour étudier les qualités et les utilisations diverses de ce merveilleux produit du sol, en même temps que se rendre compte de la possibilité éventuelle de rapports commerciaux avec les fabricants de pétrole roumains.

Ce but fut atteint par une exposition intelligemment présentée de chartes industrielles du pétrole indiquant les centres d'exploitation, les pipe-lines, les routes et les lignes de transports, par terre et par eau, les points-frontières d'exportation, les stations de dépôts, etc. Des graphiques donnèrent une idée de la production totale et par chantiers, par formations géologiques depuis 1857, le nombre et l'importance des entreprises, les quantités exportées et les pays d'importation, les capitaux engagés dans cette industrie, le nombre, l'importance et la distribution dans le pays des raffineries à pétrole.

Divers documents s'y ajoutaient encore: photographies des divers chantiers et des principales sources en éruption, collection des produits des plus grandes raffineries, plan et photographies du puits à pétrole de Constantza, collection des brûleurs employés par la direction des chemins de fer et destinés à utiliser comme combustible les résidus du pétrole, dessins de ces brûleurs, photographies des locomotives et des grands bateaux du Danube et de la Mer Noire utilisant ces résidus, diagrammes des économies réalisées sur la dépense en houille par leur emploi, etc.

Enfin, une collection des produits du Laboratoire de chimie du Service des Mines qui exposait également des tableaux représentant les compositions chimiques des divers pétroles bruts ainsi que leur teneur en benzines légères, huiles lampantes, huiles à graisser, résidus et autres sous-produits achevaient de compléter tout ce qu'il était possible d'exposer concernant le gisement pétrolifère de Roumanie, son exploitation, ses utilisations, la facilité des débouchés, etc.

Nous ne pouvons mieux finir cette notice consacrée au pétrole roumain qu'en donnant sur son exploitation quelques renseignements historiques, puisés dans des documents officiels.

Depuis des temps immémoriaux, les habitants de Valachie et de Moldavie utilisent les suintements de pétrole; Monseigneur Bandinus, en 1640, Raicevich, en 1750, le comte A. Déminoff, en 1837, en font déjà mention.

Ce n'est cependant qu'en 1857 que les exploitations régulières commencèrent dans cinq départements: Prahova, Dambovita, Buzen, Râmnik-Sarat, Bacau. Il y eut alors une activité sérieuse: les chiffres de l'exportation en pétrole brut sautant de 41.018 fr. en 1851 à 1.685.545 fr. et en pétrole raffiné de 74.353 fr. en 1861 à 2.398.128 fr, en 1867 en constituent la preuve la plus péremptoire.

Malheureusement, la concurrence américaine et l'état misérable des voies de communication en Roumanie rendirent peu à peu vains les efforts des industriels roumains et l'exploitation, diminuée de plus en plus, devint bientôt nulle. En 1890, seulement, la constitution d'une « première société roumaine pour le commerce et l'industrie du pétrole, au capital de 4.000.000 de lei », marque l'accentuation d'une nouvelle reprise de l'exploitation.

Il y eut encore des tâtonnements, dus à l'inexpérience, mais dès 1900 l'exploitation était sur le pied d'une activité très grande et l'arrivée en Roumanie, en 1904, de 25 grandes banques et institutions financières, marque bien l'importance de l'exploitation des richesses pétrolifères dans la Belgique de l'Orient. Ce n'est du reste qu'un début, très beau, on put en avoir une preuve en visitant le pavillon roumain, et il est permis d'espérer que les produits de provenance roumaine s'assureront bientôt une place de premier rang sur les marchés internationaux.

Outre l'exposition pétrolifère, si complète et intéressante à tous les points de vue, désireux, aussi, de donner à leur très aimée reine Carmen Sylva un hommage très respectueux, les membres de l'Association des fabricants de pétrole avaient réservé une petite place dans leur pavillon à l'exposition d'une société de bienfaisance : « La Furnica » (la Fourmi), placée sous le haut patronage de S. M. la Reine Elisabeth.

Cette société exposait des broderies originales, oeuvre de l'industrie domestique de la paysanne roumaine, et celles-ci plurent tant aux visiteurs, et notamment aux Liégeois, qu'un débouché a été créé à Liège même. Il est vrai que des dames d'un beau dévouement pour tout ce qui ressort d'une intelligente philanthropie et d'un patriotisme éclairé, y employèrent toute leur activité persuasive. Ce furent surtout Mmes Bilcesco et Alimanestiano respectivement secrétaire et trésorière de la Société qui vinrent à Liège elles-mêmes pour en organiser l'exposition et furent puissamment aidées par Mme G. Simonis, femme de notre distingué concitoyen, consul de Roumanie, à Liège.

La Régie des Monopoles de l'Etat avait également été admise à exposer dans le pavillon ses tabacs bruts et manufacturés, qui obtinrent en notre ville un succès mérité et furent classés parmi les meilleurs par le Jury, puisque celui-ci lui octroya la plus haute distinction, le diplôme de Grand Prix.

Tel fut ce pavillon roumain qui représenta tant d'efforts, tant d'activités dévouées et dont le Congrès du Pétrole, tenu la même année à Liège, consacra le succès.

Il fait honneur au pays qu'il évoquait et à ceux qui coopérèrent à son érection.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905