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Norwège (Norvège)


Norwège (Norvège) à l'exposition de Liège 1905

Est-ce par pressentiment d'un divorce subit avec la Suède, avec laquelle elle vivait depuis longtemps en mésintelligence, qu'elle situa son exposition loin de celle de sa compagne? Peut-être bien, car à quelques mois de là, le conflit Scandinave s'aiguisait en crise irrémédiable, la Norwège ressaisissait son autonomie et sa personnalité.

Et ce déchirement se fit sans dresser des barricades ni allumer des révolutions, sans tempêtes de bouleversement, ni choc des armes, comme si la Scandinavie avait voulu donner à l'Europe cette fière et sereine leçon de philosophie politique en accomplissant sagement un acte si viril et si décisif qu'en tout autre pays il eut été le prélude d'événements tragiques teintés du sang de nombreux citoyens.

Les deux pays ne pouvaient plus être frères, mais ils restaient amis, parce que, malgré les divergences d'opinions et l'acuité de leurs dissentiments, ils ont trop vécu accolés dans la même étreinte pour que leurs deux coeurs n'aient pas à certaines heures des battements communs.

Elle est donc le plus jeune Etat d'Europe avec un territoire plus grand que dix fois la Belgique, maîtresse d'une flotte et d'une armée puissantes, d'un commerce prospère et florissant. Les Norwégiens sont gens de mer et de forêts; la nature les a taillés pour cela en leur donnant 20.000 kilomètres carrés de baies sauvages et de golfes dentelés, des forêts d'une beauté incomparable dans lesquelles ils puisent la vie à pleine cognée.

Ils sont l'avant-garde de l'Europe vers le Pôle Nord, aussi nous ont-ils apporté tout ce qui rappelle les neiges et les fjords, les forêts et la mer.

Le pavillon norwégien? Une maison en bois, basse, trapue, enluminée de rouge et de vert, toits singulièrement inclinés, fenêtres vers l'extérieur, auvent protégeant l'entrée, toute en défense contre les rafales de vent qui hurlent furieusement et les tourmentes de neige qui se ruent à l'assaut des maisons.

Et si coquette dans sa rustique simplicité ! !

Des collections de patins et de skis sont appendues aux murailles. De tous modèles et de toutes élégances; en chêne ou en frêne, en acier ou en aluminium et sans lesquels le Norwégien ne serait qu'un éclopé quand il doit traverser les champs de neige qui déroulent leur désespérante monotonie ou glisser le long des pentes armées de glaces.

C'est un peuple de pêcheurs habitué à jouer son existence sur l'Océan. Tout le proclame ici, fanons et huile de cette baleine qu'il traque depuis des siècles, huiles de morue et de phoque, conserves de sardines, d'anchois, de harengs dont les premières marques s'étagent en hautes pyramides, car les fabriques de conserves qui sont légion là-bas ont fait tous les envois imaginables, depuis les selles de rennes et les truites fumées jusqu'aux confitures d'airelles.

N'est-elle pas le grenier d'abondance où le monde entier se ravitaille de conserves!

Et les bois du Nord que les gigantesques forêts fournissent sans s'appauvrir, ne partent-ils pas vers toutes les destinations en tas énormes ou en pâte de bois qui sera plus tard du papier.

Divers meubles assurent la sûreté du goût de l'ébénisterie norwégienne, deux cheminées en saponite sont curieuses, des tapisseries de valeur sorties des écoles et ateliers appartenant à l'Etat sont d'un dessin et d'un fini remarquables; des mi;;erais de fer, de cuivre et de nickel gracieusement offerts à notre Université et des photographies
relatant les phases de l'exploitation des carrières, complètent dignement une installation qui, ramassée sur elle-même, est intéressante à tous les points de vue dans ses coins et
ses détails.

Et, par dessus tout, des diagrammes qui sont autant de chants de victoire, nous donnent des renseignements précieux et réconfortants sur le recul nettement marqué de l'acoolisme en Norwège. En 25 ans, la consommation a dégringolé de 9 litres à 2,46 et c'est par là même que le Norwégien se montre incomparablement supérieur, puisqu'il a vaincu ce fléau de l'alcoolisme dont les races sont gangrenées jusqu'aux moelles.

L'exiguïté de ce compartiment a forcé divers exposants à chercher refuge dans les halls. Il y a là un assortiment de traîneaux, des échantillons de fabriques d'allumettes chimiques, des filigranes ravissants et des émaux transparents sertis dans un métal doré qui sont comme du rêve renfermé dans la pâleur des pierres.

Heureuse nation qui n'a pas encore eu le temps d'avoir une histoire; que la rudesse du climat et la détresse du pays condamnent à l'isolement et à la solitude; peuple hardi, entreprenant, économe, ouvert à toutes les idées nouvelles et sachant se les assimiler, dignes fils de ces Vikings au coeur cerclé du triple airain dont parlent les légendes en strophes enflammées et belliqueuses.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905