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Monténégro


Monténégro à l'exposition de Liège 1905

Il y a toujours plaisir à voir le pavillon d'un petit pays.

Il semble que les grands pays soient, en quelque sorte, obligés de venir à une Exposition. Ils doivent à eux-mêmes, à leurs nationaux de ne point faire défection en pareille circonstance et ils sont là autant pour eux que pour nous; tandis que les petits, leur participation leur impose de plus lourds sacrifices, aussi leur présence est-elle une marque d'extrême courtoisie et de réelle sympathie. Dans une corbeille d'hommages, les bouquets de violettes à deux sous vous causent souvent une joie aussi intime que les gerbes d'orchidées gaînées de rubans éclatants.

Le Monténégro participait pour la première fois à une Exposition. Son pavillon gracieux, frais et élégant, cousinait avec celui de la Serbie, établissant entre leurs architectures des liens de parenté comme il en est entre les deux gouvernements.

Modeste, coquet, il apparaît sous le dôme de verdure que lui font les grands arbres du Parc, d'un style serbe modernisé, arborant sur le clair de sa toiture l'aigrette bariolée de son drapeau sur lequel veille, en son costume de Petiatrik, un superbe soldat, type remarquable de sa race.

Pour décorer intérieurement ce pavillon, oeuvre de M. Carbonaro, artiste de Venise, S. A. R. le prince Danilo, héritier du trône, et le Ministre président, le Voivode Petrovitch, ont prêté une superbe collection d'armes orientales digne d'un musée, car on ne la conçoit pas autrement que derrière le rempart fragile de la vitrine, loin du toucher indiscret et faite seulement pour la joie de l'oeil. Pièces rares, curieuses, devant lesquelles les amateurs tombent amoureux.

Pour compléter la décoration, il y avait aussi des tapis, des étoffes, des broderies et des costumes attestant que tous ces Orientaux ont un instinct merveilleux pour mélanger les couleurs, les assortir, les combiner, faire jaillir les contrastes, nouer les broderies en arabesques osées et délicates.

La « Régie Co-intéressée des tabacs du Monténégro », organisation nouvellement créée, a apporté des tabacs d'or pâle dont on doit presque avoir le regret de faire évanouir la couleur blonde en volutes bleues et aromatisées.

Et à voir les nuances de ces feuilles et le choix de ces cigarettes bien roulées, on comprend les fumeurs d'Orient qui ont l'air d'observer les rites d'une religion vénérée, quand, s'adonnant au détachement et à la nonchalance du fumeur de Tchibouk, ils déroulent en spirales longues et odorantes ces tabacs dont leurs palais s'enivrent!

Plus loin, des échantillons de pyrètre, de lanioc et de laine représentaient les produits du sol.

Puis, quelques tableaux et des photographies montraient divers aspects de ce pays si caractéristique. Enfin, une brochure de 100 pages sur le Monténégro achevait d'édifier le visiteur.

Et l'on sortait de là en songeant longuement à ce patriarcal Monténégro où les femmes sont si belles et les hommes si farouches, où l'amour de la liberté ne se sent pas jugulé sous un pouvoir large, paternel et débonnaire, où le prince ne veut être qu'un citoyen comme tous les fiers habitants de ses montagnes, avec une grande maison pour palais au lieu de la chaumière de ses sujets !

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905