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Luxembourg



Il y a des coins bénis où la nature dans ses caprices et ses fantaisies semble avoir accumulé la munificence de ses dons, entassé la joaillerie de ses beautés, égrené le romantisme de ses sites, sculpté la sauvagerie de ses vallées, ouvragé le pittoresque de ses coteaux, comme si elle s'était complue dans une besogne qui devait lui faire grand honneur.

Nous avons près de nous une Suisse qui vaut presque l'autre, la vraie, et nous ne nous en doutons guère. Elle a des vallées qui s'étirent sur un lit d'émeraudes et dont les flancs ruissellent de vignes, la Moselle, l'Alzette, l'Attert, la Syre, la Sure, dont la grâce et la coquetterie valent bien celles de leurs sœurs helvétiques, et nous courons au loin à la recherche de ce qui est proche de nous, dans un hallali d'impressions neuves et originales.

Le Grand-Duché de Luxembourg est trop à notre portée.

Ce doit être son seul défaut.

Heureusement, nous commençons à nous corriger et à nous dépouiller de ce sot préjugé. Nous apprenons chaque année à le mieux connaître et à l'aimer davantage.

Et ainsi, par les crochets de nos voyages, nous nous rapprochons d'un peuple dont le coeur bat à l'unisson du nôtre et dont la vie s'écoule, paisible et heureuse; dans l'exiguïté d'un
territoire qui semble se pelotonner sur lui-même comme s'il youlait se faire oublier dans la modestie de son cadre et se remparer derrière sa neutralité contre les tempêtes et les crises diplomatiques qui secouent parfois la carte de l'Europe, la bouleversent, bousculant empereurs et nations.

On ne peut demander à un prince le faste et l'apparat d'un roi. Le Luxembourg n'a eu d'autres ambitions que de figurer en place très honorable dans le cortège des nations et il se présente plein de tact, de correction et de simplicité, avec un air d'élégance et de bel aloi qui lui va à ravir.

Il ne cherche pas à nous apparaître sous des aspects neufs qui nous feraient découvrir un Luxembourg inédit et ignoré. Il nous vient tout simplement avec ses produits qui ont solide réputation, ses vins de Moselle, ses roseraies, ses grès, ses ardoises, ses porcelaines, les unes et les autres présentées avec goût dans un joli ensemble d'une tonalité discrète et distinguée.

Les vignobles luxembourgeois ont très vieille renommée. Ils n'ont peut-être pas des généalogies glorieuses comme certains bourgognes ou certains bordeaux à la pourpre sombre, mais ils chantent clair dans la blancheur du verre, ils coulent limpides dans l'estomac avec une fraîcheur légèrement acidulée qui invite aux lampées bienfaisantes quand le soleil de l'été flamboie de toutes ses ardeurs et que les treilles épandent sur les buveurs la complicité de leur ombre douce.

Du vin et des fleurs. Toutes les chansons nous les donnent comme les deux grandes joies de l'existence et le Luxembourg nous signale, dans le catalogue de ses rosiéristes, les Ketten, les Lamesch, les Soupert et Notting, les Gemen et Bourg, des collections de 2.600 variétés de roses, de quoi inspirer tous les poètes de l'avenir et donner du courage aux jeunes latinistes qui s'évertuent à décliner « rosa ».

Elles sont là couchées comme dans un armoriai. On croit les voir superbes, fières, éclatantes, portant blasons, drapées de velours et de satin, titrées de noms célèbres, frémissantes d'orgueil et de vanité; fleurs altières créées pour le luxe et dont la destinée est de mourir après avoir exhalé leur âme avec leur dernier parfum, par un soir languissant de fêtes dans l'atmosphère chaude et énervée des salons.

L'industrie compte 20 exploitants de ces carrières luxembourgeoises qui se laissent arracher les magnifiques blocs de pierres de taille pour sculpture et constructions, les grès rouges et les grès de Gilsdorf et de Dilligen, les grès blancs de Born que l'on recherche tant pour leurs belles qualités. Il y a aussi des compteurs d'eau, système Stern et la Société des Forges d'Eich expose un système refroidisseur et épurateur de gaz de hauts-fourneaux dont les spécialistes disent grand bien.

L'instruction est représentée par des programmes de gymnases de Luxembourg, Diekirch, Echternach, des écoles professionnelles, industrielles et commerciales de Luxembourg et d'Esch-sur-l'Alzette, des cartes de routes~et du réseau téléphonique du Grand-Duché, des ouvrages d'enseignement et de vulgarisation, des rapports de l'inspection du travail. Et tout cela bien précis et bien coordonné, nous montrant que dans ce domaine l'activité ne se ralentit pas un instant et s'efforce de se hausser à tous les progrès.

Un salonnet abrite des meubles fort coquets, des orfèvreries inédites composées avec talent, tandis que des porcelaines blanches et bleues indiquent un art qui n'a pas de servilisme avec les poteries d'autres pays.

Un grand panneau peint nous représente un homme s'arcboutant pour soulever des rocs qui laisseront libre passage à la cascade d'eau bouillante frangée d'écume qui doit guérir notre pauvre humanité; c'est Mondorff-les-Bains, station thermale de l'Etat, dont je n'ai pas mission de vous exalter les vertus et les bienfaits contre des maladies dont on se dispense avec un plaisir dosé d'égoïsme.

Telle quelle, l'exposition du Grand-Duché de Luxembourg vaut d'être louée en toute sincérité. Elle est un peu comme l'image et l'esprit de sa population avenante et honnête, qui n'a d'autre ambition que de vivre dans la paix et dans le travail, certaine que si elle n'y trouvera pas de rêves qui leurreraient sa sagesse et fausseraient son jugement, elle y trouvera le calme, le repos, la quiétude qui permettent de progresser lentement et sûrement. Elle a bonne estime de soi parce que les autres lui confèrent ce droit.

Avec l'intelligence du coeur, elle a l'intelligence du bonheur et elle est pleinement heureuse, puisque suivant le mot du poète:
Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905