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Hongrie


Hongrie à l'exposition de Liège 1905

Elle est peut-être trop lapidaire et sommaire cette définition d'un voyageur résumant ses impressions par cette petite phrase simpliste: « De belles femmes, de beaux chevaux, du bon vin et de la musique tzigane, voilà la Hongrie ».

Il y a trois sourires de la vie là-dedans et on se contenterait à moins.

Mais la Hongrie a une littérature passionnée, véhémente, qui chante magnifiquement la gloire et les revers de la patrie, les transports et les navrements du coeur; des hommes politiques en qui s'incarnent le chevaleresque et l'honneur de la nation ; un patriotisme ardent, fougueux. Intransigeant, qui est son orgueil national et qui lui a fait toujours tenir tête haute quand les invasions balayaient le pays de leurs rafales sanglantes.

Indomptés ils furent, indomptables ils demeurent dans la fierté et le fanatisme de leur liberté.
« Quand ce nom de Hongrie frappe mon oreille, disait Henri Heine, mon gilet de flanelle allemande me devient trop étroit; c'est comme si une mer s'agitait en lui et je crois entendre le son des clairons. Dans mon coeur résonnent de nouveau les exploits légendaires oubliés depuis si longtemps, le chant bardé de fer des vieux âges, le chant de la ruine des Niebelungen ».

C'est le même labeur héroïque, ce sont les mêmes histoires de héros ; les hommes sont les mêmes, seulement les noms ont changé.

Il faut les remercier d'avoir apporté leur appoint à notre Exposition et d'avoir érigé pour nous une section particulière qui, pour n'être pas consacrée par la protection officielle, est d'une disposition avenante et intéressante.

A côté de l'exposition de l'Union de Viticulteurs qui dresse une collection de ces crus au bouquet si réputé, les eaux minérales naturelles hongroises qui sont légion, affichent leurs étiquettes diverses et croisent leurs noms multiples : Agnes, Csizi, Malnas, Salvator, Huyandi-Janos, etc.

L'industrie céramique a des vases à reflets métalliques gracieux, des formes coquettes, variées, charmantes et dont l'étalage est un arc-en-ciel. Le rouge, le bleu, le vert se mêlent, se fondent, se succèdent sans transition, sans heurt, tamisant, dégradant leurs lumières dans une sorte de mystère.

Beaucoup de broderies. La Hongroise l'aime comme un peu d'elle-même. Il semble qu'il y ait de son âme- légère, gracieuse, fantasque dans l'arabesque qui court et se contorsionne décrivant des courbes, emprisonnant des dessins. Et son goût naturel, sa science innée amalgament les couleurs avec une virtuosité surprenante.

Il y-a aussi des céramiques, des vitraux, des mosaïques, des maroquineries et des velours flambés, des lustres et du mobilier qui décèlent une jolie note d'art appliqué à l'industrie et au commerce et qui est comme la patine esthétique dont le Hongrois se plaît à décorer le pratique et l'utilitaire.

C'est ainsi que le caractère d'un peuple perce malgré tout en saupoudrant ses produits d'un impalpable vernis qui tombe à son insu de son tempérament même.

L'exposition de la Hongrie porte en soi sa caractéristique de grâce et d'élégance qui contraste singulièrement avec le compartiment de la Suède qui lui fait vis-à-vis et dont l'austérité et la sévérité lui sert d'opposition.

C'est bien l'exposition d'une race fine, nerveuse, amoureuse des arts, fervente de l'agriculture et de l'élevage et dont le tempérament est un rare alliage de chevaleresque et de pratique, d'héroïsme et de probité, de culte dans la tradition et de volonté dans le progrès.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905