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Hollande


Hollande à l'exposition de Liège 1905

On le retrouve un peu partout ce sourire confiant et calme de la jeune souveraine en qui la Hollande a mis tous ses espoirs et ses aspirations. Les portraits d'elle, accrochés ça et là, ou enfermés dans des cadres somptueux, les bustes qui mettent dans le bariolage de la section leur tache claire et frissonnante sont d'époques diverses, mais le sourire reste éternellement le même, ni figé, ni stéréostypé, gardant son infinie douceur et sa radieuse jeunesse, le sourire d'une femme qui se sent entourée d'une solide affection qui monte du coeur même de la race, sourire d'une souveraine dont la pensée vit en communion avec celle de ses sujets.

Il semble qu'il plane sur la section, flotte de ce vieux cabaret des Pays-Bas, tout imprégné d'archaïsme où le vieux Batave tire philosophiquement de savoureuses bouffées de sa longue pipe en dégustant béatement, en fin connaisseur, l'eau-de-vie qui scintille en son verre, à cette frégate, pointant ses 70 canons, merveilleuse reproduction en argent délicatement ouvragé du dernier vaisseau que commanda au XVIIe siècle, l'amiral de Ruyter, qui rêvait de conquérir pour sa belle Hollande la suprématie de la mer.

Ce vieux Batave et ce vaisseau sont les deux personnifications de ce peuple pétri des plus nobles traditions de fermeté et de bravoure, fidèle jusqu'à l'héroïsme, qui ne se reprend plus quand il s'est donné et dont la vie se tourne sans cesse vers cette Mer du Nord qui lui sert de frontière naturelle et qu'il aime de ce même amour violent et farouche qui emporta jadis les ancêtres vers de lointaines colonies que la mère-patrie considère comme ses filles.

La Hollande n'est pas franchement industrielle, elle est maritime, agricole.

L'industrie s'y est implantée par la force même des choses, surtout parce qu'il fallait mettre en valeur les innombrables produits rapportés des colonies et tirer profit des richesses naturelles du pays; elle est plutôt un accident de nature que la manifestation d'un besoin réel et d'une nécessité économique.

Elle est seyante à ravir cette exposition, si pimpante, si coquette. La minutie et la propreté hollandaise si réputées en sont les grandes ordonnatrices.

La collectivité de la « Chambre frisonne » ressuscite avec un goût parfait une chambre de cette contrée de Frise dont les habitudes et les moeurs se gardent religieusement à travers les vicissitudes des temps et de la mode.

Chef-d'oeuvre de mobilier rustique, fouillé au canif avec quel amour! Vieux lustres aux formes si archaïquement jolies! Cuivres martelés, repoussés, qu'on dirait de l'or bruni et, dans une vitrine, bijoux d'or et d'argent dont l'exécution est un modèle et qui sont là comme des reliques aux mains des belles Frisonnes qui aiment à se parer comme des châsses quand les jours de fête épandent leur gaîté sur la nappe féconde de la plaine frisonne.

Et voici les faïences à l'imitation de Delft dont le bleu rayonne sur l'émail clair.

C'est du moderne, du contemporain que des usines proches de nos frontières livrent chaque jour au commerce. Services de table, vases, colonnades, tout ce que le caprice ou le talent d'artistes crée en porcelaine, étale devant vous la délicatesse de ses pâtes et la finesse de sa décoration. Les potiers d'aujourd'hui
valent bien ceux d'hier et les Hollandais progressent toujours dans cet art de la céramique où ils sont des ancêtres, témoins ces panneaux de céramique décorative qui évoquent coins et types de la vie hollandaise.

Majoliques et céramiques de Maestricht décorent superbement le stand et donnent cette impression que les collectionneurs ont peut-être tort de pourchasser de si vieilles choses, quand il leur serait si facile de laisser leur admiration en arrêt devant les majoliques et les céramiques modernes qui font très bravement la nique à leurs aînées et ne redoutent certes aucune comparaison désavantageuse. La Hollande est maritime, disions-nous, quoi de plus naturel que ses colonies exposent la diversité de leurs produits. Les grosses maisons de Hollande étalent à l'envi café, chocolat, sucre, sagou, riz, céréales, tabacs, girofles, muscades, de tous grains, de tous poils, de toutes qualités, de toutes senteurs et de toutes provenances. C'est, en définitive, la richesse exotique du pays. Les fabriques de Schiedam tiennent haut le drapeau de leur vieille réputation et d'autres maisons s'enorgueillissent à juste titre du millésime de leur création. Les beurres de Frise et les fromages rappellent l'excellence de l'agriculture de ce pays; des modèles de dragueurs puissants, disent la technique des ingénieurs hollandais. Il y a aussi des instruments de précision d'une sensibilité remarquable, des instruments de musique provenant d'une fabrique qui se classe parmi les premières du monde, de l'orfèvrerie qui ne manque ni de goût ni de cachet. N'oublions pas un coffre-fort gigantesque, au mécanisme particulièrement ingénieux, quelque chose comme un grand cuirassé dans la flotte des coffres-forts et qui prouve que si le Hollandais est tenace, travailleur, économe, il tient à mettre ses économies à l'abri des pinces-monseigneurs.

Et sur ce charmant assemblage de curiosités, de produits, le sourire de la Reine erre sans cesse et semble dire au passant: « Tu n'as ici que des aperçus solides et sommaires de la vie et de l'intelligence d'un petit peuple, mais son loyalisme et sa probité sont proverbiaux et l'histoire te dira combien est ardent son amour de la liberté et profond le culte de son pays ».

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905