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Grèce



Pour visiter la Section grecque, il est inutile de dresser dans notre mémoire les souvenirs qu'une éducation classique a pu y laisser, ni d'évoquer les mânes des illustres guerriers dont les noms emplissaient l'univers.

Ce serait bagage plutôt encombrant et embarrassant.

La Grèce contemporaine a déjà assez de mal de vivre et à faire bonne figure sans qu'on l'humilie à tout propos d'une gloire, défunte depuis des siècles, qui eut ses ensoleillements incomparables et ses splendeurs uniques et dont le rayonnement s'est projeté à travers les temps, pour envelopper de ses lueurs mourantes de déclin la Grèce actuelle, qui ne peut que veiller pieusement au culte d'Achille, d'Hector et d'Hélène, sans songer à les faire revivre.

L'histoire des peuples ne traverse jamais deux fois le même orbe de gloire. Elle ne connaît qu'un jour cette extase indicible faite de toutes les lumières et de toutes les clartés du triomphe, puis l'ombre descend, s'épaissit, la nation quitte le zénith qu'elle avait escaladé, rentre dans le cycle ordinaire dont une autre se détache pour ascensionner à son tour.

Pour juger les hommes d'aujourd'hui, il faut nous délivrer de nos préventions.

A travers le prisme de notre imagination et dans le recul de l'histoire, les héros antiques nous apparaissent grandis, démesurés, surhumains.

Nous leur prêtons toutes sortes de vertus qu'ils n'eurent peut-être pas, nous les enrichissons de qualités dont ils ignoraient peut-être l'existence, nous ne les entrevoyons que taillés dans le Paros ou le granit, le front nimbé de lauriers, et non pétris dans la pauvre argile. Si bien que les Grecs d'aujourd'hui en paraissent amoindris, rapetisses, abâtardis, dégénérés presque, alors qu'ils supportent avec une belle vaillance des détresses qui les accablèrent, des revers qui les frappèrent, des désastres qui les culbutèrent.

Il ne faut voir en cette exposition qu'un catalogue de produits : tabacs et cigarettes, huiles d'olives, savons et huiles, broderies et chaussures, chapeaux et cuirs tannés, parfums, tapis et vins, et songez que ce ne sont là que des éléments disparates d'une activité agricole et industrielle qui, sans allure prétentieuse, va doucettement son petit bonhomme de chemin.

Là viticulture y est extrêmement florissante, elle constitue même une source inépuisable de richesses, puisqu'elle donne dans les 400 millions de litres bon an mal an. La Grèce a des carrières de marbre qui ont une réputation universelle, des mines de fer et de magnésie très productives, des huileries et des tanneries qui exportent en grande quantité .

Il y a surtout chez elle un effort sérieux et méritoire à s'élever, à chercher dans les ruines du passé de quoi établir un présent et préparer un avenir. Lourde tâche qui réclame impérieusement toutes les bonnes volontés.

Le passé n'est qu'un linceul si l'on s'y accroche trop désespérément, c'est l'avenir qu'il faut regarder hardiment et résolument.

C'est vers ce port d'espérance que la Grèce doit appareiller ses voiles.

Là est le salut, là est la vie!

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905