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République Dominicaine



Tout au fond de la Section internationale, son exposition se dissimule un peu à l'écart comme par une sorte de coquetterie volontaire. Bien curieuse, bien gentille est la petite exposition d'une nation qui vient de loin, mais qui tient à montrer que dans la chaîne de ses montagnes aussi bien que dans ses plaines luxuriantes vit et travaille un peuple libre et actif, intelligent et brave.

Christophe Colomb la découvrit en 1492 et les Espagnols, en 1495, bâtirent San Domingue, qui peut revendiquer la gloire d'être la première ville européenne née en Amérique. L'histoire de cette république est tourmentée et orageuse, car elle connut les heures de gloire et de détresse. Domptée par la domination étrangère, elle en subit toutes les amertumes, mais se barricada dans un patriotisme ardent jusqu'au jour où elle tailla en pièces l'expédition que Bonaparte, premier consul, lança contre elle pour la contraindre à l'obéissance et où elle baptisa sa liberté dans le sang de ses enfants et proclama son indépendance sur les corps de ses héros.

Dans l'archipel des Antilles, son pavillon flotte superbement sur 53.344 kilomètres carrés.

Le stand est surtout remarquable par une multiplicité échantillons de bois dont la seule nomenclature constitue un catalogue forestier: grenadier, mûrier, cèdre, acajou de rose, palissandre, chêne, mora capa, mancenillier et tous ces jolis bois des îles aux noms exotiques dont l'ébénisterie locale tire si grand profit.

Les Haciendas nous ont expédié leurs florissantes plantations: les cafés de Saint-Domingue qui tiennent à justifier leur réputation, les cacaos dont la culture se généralise fort, les sucres qui font vivre plus de cent usines, les tabacs qui croissent avec une facilité si prodigieuse qu'on en fait deux récoltes par an.
Si la République dominicaine est essentiellement agricole, l'industrie minière nous montre qu'elle participe énergiquement à la prospérité du pays et elle aligne devant nous des sables aurifères, des blocs de sel gemme, de minerais de cuivre, de fer, tandis que la savonnerie et la cordonnerie s'efforcent de nous prouver qu'elles peuvent toutes deux rivaliser avec celles de l'Europe.

Les diverses Chambres de Commerce et les particuliers qui ont eu la louable initiative de nous apporter cette exposition charmante, intéressante et instructive, ont réussi au-delà de toute espérance.

Si la République dominicaine a voulu montrer à la petite Belgique que les petites nations sont capables de grandes énergies et de hautes visées, nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre, puisqu'elle nous a permis de retrouver en elle ces qualités et ces vertus qui font notre mérite comme elles sont le sien.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905