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Bulgarie


Bulgarie à l'exposition de Liège 1905

L'ancien royaume bulgare, bien connu dans l'histoire générale du moyen-âge, resta cinq siècles sous la domination ottomane; son indépendance ne date que de 1878.

Celle-ci fut reconnue à la suite de la guerre que, le 12 avril 1877, la Russie déclara à la Turquie. A cette époque, le Gouvernement impérial russe ayant pris en main la cause bulgare, affirmait, dans une note qu'il faisait remettre aux représentants des grandes puissances à Saint-Pétersbourg, avoir épuisé tous les moyens pacifiques pour mettre fin à la situation intolérable des Bulgares sous le joug ottoman et annonçait qu'il déclarait la guerre à la Turquie.
La Turquie vaincue, un premier traité signé à San Stefano, près de Constantinople, reconstitua la Bulgarie dans les limites qu'elle possédait au moyen-âge. Mais le traité de Berlin, signé le 13 juillet 1878, les restreignit considérablement et une importante province, la Macédoine, resta notamment sous la domination turque.

La Bulgarie n'a donc que vingt-cinq années d'existence autonome, et pourtant que de progrès elle a déjà accomplis!

Dans ces contrées où naguère vivaient des raïas attachés à la glèbe, grandit aujourd'hui un peuple dont les aptitudes pour le progrès, pour les sciences et l'industrie ont déjà donné des résultats très appréciables. Des villes entières ont été construites, des chemins de fer sillonnent le pays en tous sens, des routes nationales bien entretenues relient les plus petites bourgades, indices péremptoires de la marche de la civilisation dans tout pays neuf.

Des ports, construits selon toutes les exigences modernes, ouvrent, pour la Bulgarie, les meilleures perspectives de développement du commerce maritime. Près d'un milliard a été dépensé pour ces différents travaux, mais plus encore que l'argent dépensé, la grande somme d'énergie déployée contribua à mettre un pays absolument inculte et arriéré, au niveau de la culture européenne.

En effet, le traité de 1878 ne changea pas seulement la condition politique de la Bulgarie, mais sa vie sociale elle-même. Il fallut créer tout d'une pièce une administration nouvelle, car rien de l'ancienne administration ne pouvait être utilisé. On se heurta tout d'abord à des difficultés sans nombre, par suite de l'effervescence que produisit dans le pays la transformation complète des institutions; on tâtonna, on trébucha, mais finalement la persévérance dans la voie du progrès fut couronnée de succès.

Désireuse de prouver à l'Europe son souci de se mettre au niveau de la culture générale des principaux, pays d'Occident, et d'affirmer par là ses droits à une existence nationale, la Bulgarie participe dans la mesure de ses moyens, à toutes les entreprises internationales de progrès.

C'est ainsi que dans notre pays, notamment, elle prit part à l'Exposition d'An- vers 1894. A l'Exposition de Liège, sa participation fut très importante et même une des plus brillantes et des plus remarquées.

Avant d'envisager les différents aspects sous lesquels se montrait à Liège le pays bulgare, donnons quelques renseignements sur le pays lui-même et sa population.

La principauté de Bulgarie représente, au point de vue orographique, une combinaison heureuse de hautes chaînes de montagnes entourant des plaines vastes et fertiles. Au pied de gigantesques montagnes dont les
sommets atteignent plus de deux mille mètres d'altitude, s'étendent, à perte de vue, des vallées dont le niveau moyen est de deux cents mètres au dessus de la mer.

Sur ces montagnes, la végétation est assez abondante; elle comprend surtout des chênes et des hêtres auxquels viennent parfois se joindre le charme, l'orme, le platane, le sapin, etc. ; dans les campagnes ainsi que sur les hauteurs moyennes, il n'existe pas de forêts; on y voit des arbrisseaux, des broussailles, des épines de toutes espèces; les plus caractéristiques de ces sortes de maquis sont d'immenses massifs de lilas.

Depuis quelques années, de sages efforts, en vue du reboisement, sont faits dans le pays.

L'autre aspect de la Bulgarie, c'est la plaine; la plus importante est la plaine du Danube.

Ce fleuve puissant a une largeur de lit variant entre 700 et 1.200 mètres, il possède de nombreux affluents dont un, l'Isker, traverse de part en part la Stara-Planina, formant par les montagnes, une série de cascades du plus riant aspect. Les eaux dévalent de toutes les hauteurs, recueillies par les roues à godets de primitifs moulins qui trouvent là une force motrice peu coûteuse.

Mais les eaux de l'Isker s'avancent bientôt dans la plaine où elles ralentissent leur marche et approfondissent leur lit.

La Maritza est le fleuve de la Bulgarie du sud ; tout d'abord impétueux comme l'Isker, il ralentit son cours à partir de Tatar-Pezardjik; on en profite pour y effectuer le transport des bois qui, liés grossièrement, sont conduits comme des embarcations primitives.


Les productions de la Bulgarie sont très variées; la Bulgarie du sud, protégée contre les vents du nord par la Stara-Planina, est riche en plantes méridionales; le mûrier, la vigne, le riz, le maïs y croissent abondamment; dans les autres parties du pays, on cultive le blé, l'orge, le seigle, l'avoine, le' millet, l'épeautre, le coton, l'anis, le pavot, ainsi que les roses dont on extrait une essence très réputée.

La faune n'est pas moins variée; c'est ainsi qu'on trouve au milieu des hautes montagnes et des terrains inhabités, des ours, des loups, des chacals, et un peu partout des renards, des sangliers, des chats sauvages.

Le gibier y est celui de nos pays; les animaux domestiques sont les nôtres, sauf cependant le buffle que nous ne connaissons pas et qui est employé là-bas comme bête de somme.

Tel est l'aspect général du pays; voyons à présent quelle est l'origine des peuples qui l'habitent. Lorsqu'on étudie l'histoire des peuples de la péninsule balkanique, la première difficulté qu'on rencontre est la question des races. D'après l'opinion la plus répandue et la plus autorisée, la Bulgarie était habitée primitivement par les Thraco- Illyriens, les Thraco-Macédoniens, et les Thraco-Daces. Au IIIe siècle, les Slaves passèrent le Danube et vinrent s'installer dans la plaine comprise entre le fleuve et les montagnes des Balkans; plus tard, ils s'avancèrent vers le sud et formèrent partout des colonies parmi les Thraco-Illyriens, les Romains et les Grecs. Au VIIe siècle, une tribu de race ougro-finnoise vint s'établir sur les rives du Danube, entre ce fleuve et la Mer Noire. C'étaient lu les Bulgares ou Bulgares, auxquels les Slaves avaient déjà donné leur langue et leurs mœurs, mais qui se distinguaient d'entre ceux-ci par leurs rares qualités d'énergie et leur talent d'organisateurs.

Le royaume ainsi fondé s'agrandit et devint même très puissant. Un événement très important marque la fin du IXe siècle; c'est l'apparition des frères Cyrille et Méthode, les pères de l'alphabet cyrillien adopté de presque tout le monde slave, sans en excepter le peuple russe. Les bases d'une culture nationale se trouvaient ainsi jetées; aussi voyons-nous, à partir de cette époque, se dessiner un mouvement littéraire en Bulgarie.

Le pays atteignit son apogée sous le règne du Tsar Siméon ; l'autorité de celui-ci s'étendait non seulement sur la Bulgarie actuelle mais encore sur la Valachie, sur une partie de la Hongrie et de la Transylvanie, sur une partie de l'Albanie, sur l'Epire, la Macédoine et la Thessalie.

Malheureusement, des luttes intestines divisèrent les forces du pays; de nombreuses guerres eurent lieu; parfois la nation semblait renaître mais bientôt elle retombait sous le joug étranger; enfin, en 1393, la Bulgarie perdit pour longtemps son indépendance politique et devint une simple province ottomane.

Nous venons de dire à la suite de quelles circonstances elle redevint indépendante et quels progrès elle accomplit dès lors, principalement pendant le règne d'un prince éclairé, S. A. R. Ferdinand !«, prince de Bulgarie.
Nous avons précédemment rappelé que c'est à Anvers, en 1894, que la Bulgarie participa pour la première fois à une Exposition belge.

En venant exposer à Liège les produits de son sol, de son commerce et de son industrie, elle montrait encore les sentiments de sympathie qu'elle a pour notre pays, et témoignait de l'importance qu'elle lui accorde au point de vue du commerce international. Son magnifique pavillon avait été édifié en face du Palais des Beaux-Arts et du Pavillon du Canada, par une équipe d'ouvriers bulgares envoyés de Sofia. Il occupait un emplacement de 600 mètres carrés et était l'œuvre de M. Anton Torneff, architecte au Ministère des Travaux publics, à Sofia.

Formé des éléments typiques des maisons de Bulgarie, ce pavillon lui-même constituait un objet d'exposition.

Surgissant avec ses couleurs chaudes de bois bruni et* sa façade vert d'eau, sur un fond de peupliers au feuillage aminci et grouillant de reflets, il attirait les regards par sa masse un peu trapue, son toit à versants peu inclinés surmontés d'une sorte de belvédère large et bas. On remarquait à sa façade ses balcons en encorbellements, ses fenêtres à trois baies, à vitraux, ses coins de terrasse taillés à même la masse du bâtiment. Le Commissaire général de la Bulgarie à Liège, était M. Georges Vernazza, directeur des affaires politiques au Ministère des Affaires étrangères et des Cultes à Sofia. Il s'était entouré en qualité d'adjoints de MM. Georges S. Guineff, chef-adjoint de la section du Commerce au Ministère du Commerce et de l'Agriculture, Marino V. Lascoff, directeur du Musée commercial et industriel bulgare à Sofia, et enfin, en qualité d'attaché honoraire, de M. Georges Kousseff, industriel à Sofia.

Le Commissariat général avait comme secrétaire M. l'ingénieur Krestu Boyadjieff et M. Georges Tabakoff, comme secrétaire-adjoint.

Dès l'entrée dans ce pavillon, une délicieuse odeur d'eau de rose, fraîche en elle-même et chaude par le paysage ensoleillé qu'elle évoquait, imprégnait le visiteur, en même temps que son regard était attiré par les couleurs vives des tapis et par l'agencement qui avait présidé au groupement des produits agricoles.

La vue d'une frise d'un beau jaune d'or formée de plantes de maïs, l'odeur délicieuse des roses, la clarté de l'intérieur du pavillon suscitant une idée de grand air, contribuaient à donner une impression de bien-être physique, frais et reposant.

Le rez-de-chaussée du pavillon groupait les céréales, les farines, les tabacs, les vins, l'essence de rose, la sucrerie, les peaux et chaussures, le mobilier, les produits des mines et des carrières.

Les céréales, dont l'importance en Bulgarie ressortait objectivement de la décoration de l'intérieur du pavillon, se trouvaient contenues dans des sacs ou dans d'élégants vases posés sur des étagères garnies elles-mêmes d'appliques en paille et entourées de plantes vertes.

On y remarquait le blé dur et tendre, le blé de printemps et le blé d'automne, le seigle, l'orge, l'avoine, les vesces, le maïs, le froment, le millet, les haricots et les lentilles, le colza, le riz, le sésame, les pois, etc.

En Bulgarie, les trois quarts des terres productives sont consacrées aux céréales et un quart seulement aux autres catégories de cultures, dont la plus importante est celle des fourrages. La récolte annuelle des céréales est évaluée à trente millions d'hectolitres.

Le Ministre du Commerce et de l'Agriculture ne cesse d'encourager activement l'introduction des instruments et des machines les plus perfectionnés. Ses efforts sont secondés, sous ce rapport, par la Banque Agricole Bulgare et par la Société Nationale d'Agriculture.

A côté des céréales, on remarquait des étalages de farines, de tourteaux, d'huiles de diverses provenances.

Puis, les vins et les liqueurs se groupaient en un amusant fouillis de bouteilles réunies en kiosque. Ça et là émergeaient de cet essaim décoratif une grappe de raisin, des feuilles vertes; des rubans, réunissant entr'eux des récipients, donnaient aux liquides qu'ils contenaient un air de chose précieuse et rare. On se figurait ces bouteilles posées pieusement sur la table débarrassée des débris du banquet et savourées, les yeux clos, dans l'apaisement d'une heureuse digestion.

Sur leurs étiquettes élégantes, on lisait : cognac, anisette, absinthe, vermouth, eau-de-vie de cerises, vin « Mavroud », vin Muscat, liqueur de café, eau-de-vie de framboise, chartreuse, bitter, malaga, etc.

Tout un compartiment s'offrait d'ailleurs à l'attention pieuse des gourmets. A côté des liqueurs, les compotes de cerises, de prunes, les pruneaux, les noix, les conserves de piment, de concombres, les saucissons de Bulgarie, des nougats, des sirops, des marmelades, des gelées, des bonbons, des confitures, s'offraient en des étalages très savoureux.

En compagnie de grains de pavot, d'huile de grains, de tourteaux, on notait encore du miel et des cocons de vers à soie. La sériciculture vient de prendre naissance là-bas, et une société, la « Svila », s'est constituée en vue de l'exploitation rationnelle du ver à soie.

A différents endroits du pavillon, des feuilles séchées, du tabac coupé, des cigarettes, incitaient le visiteur à déguster ce produit qui avait ici l'arôme délicat des tabacs d'Orient:
La culture du tabac est particulièrement répandue dans les départements du sud et dans les départements de Silistra et de Kustendil. On évalue à 3.000 hectares la superficie totale des plantations de tabac et la production à L600.000 kilos. Les trois quarts de cette production sont consommés par la population indigène; le quart seule- ment est destiné à l'exportation.

Au point de vue de la qualité, les tabacs bulgares peuvent se comparer aux tabacs turcs, de Macédoine et de Enidjé.

Quelque intérêt que puissent offrir les expositions des produits que nous venons d'énumérer, ceux-ci ne pouvaient empêcher le visiteur, flatté par une pénétrante odeur de rose, de se diriger immédiatement vers le lieu d'où semblait provenir ce parfum.
C'était vers le centre du pavillon, sous une grande niche qu'occupait dans un fouillis de roses dont la clarté s'atténuait de palmes vertes, une «Nymphe qui se baigne », de Spiridonoff. Celle-ci, dans un geste alangui, pressait, au-dessus de sa tête, une éponge. Des gouttes d'eau de rose en tombaient, descendaient le long de sa joue, accusaient la courbe harmonieuse du cou, du corps frais pour dessiner ensuite par reflets la ligne voluptueusement assouplie des jambes et tomber enfin, goutte par goutte, dans une vasque à moitié pleine.

Derrière elle, un paysage s'étendait, rose, lumineux, immense. Ça et là, on apercevait le blanc mouchoir de tête d'une moissonneuse on pensait à une fantaisie ; XVIIIe siècle. Cette scène champêtre aurait rencontré les sympathies de quelque Madame de Maintenon.

En Bulgarie, la culture des roses, par son importance numérique, vient immédiatement après celle du tabac. Les roses sont employées exclusivement à la distillation de cette fameuse essence bulgare, connue et estimée dans le monde entier.
La culture des roses est limitée à 148 communes des départements de Philippopoli et de Strara-Sagora et occupe une superficie totale de 5.094 hectares.

L'abondance et la qualité de l'essence dépendent beaucoup des conditions atmosphériques au moment de la floraison et de la récolte. La production, en 1900, atteignit 5.346 kilos pour une valeur de 3.707.943 francs. L'essence de rose, qu'il ne faut pas confondre avec l'eau de rose, se rencontrait dans le pavillon, renfermée en des flacons de cristal taillé à facettes et noués de faveur.

Quelques vitrines en contenaient pour de grandes sommes; la province de Liège, tout entière, aurait pu en être parfumée.

Etranges auprès de ce joli décor qui semblait ravi à quelque tableau de Watteau et au milieu duquel Boucher aurait consenti à faire vivre ses « amours », des minerais se montraient aux visiteurs, groupés en des entassements frustes.

La Bulgarie possède une réelle richesse minière non encore utilisée très active- ment, mais dont les débuts d'exploitation sont pleins de promesses.

Les gisements miniers qui semblent avoir joué un rôle très important dans les temps anciens, étaient complètement abandonnés jusqu'à ces^ dernières années. Les recherches auxquelles on a procédé depuis dix ans, ont mis à jour de vieux travaux datant des Romains, des amas considérables et des tas de scories sont les vestiges de ces exploitations d'autrefois; il semble même que quelques-uns des travaux de l'époque romaine ont été repris au XIVe siècle par les Saxons. L'abandon de ces gisements est dû, en partie tout au moins, à l'infériorité des méthodes anciennes de traitement, car nombre d'entre eux actuellement exploités, fournissent du minerai de bonne qualité, en quantité très appréciable.

?La première mine, exploitée par l'Etat, le fut en 1879; actuellement, tout en s'étant réservé différentes mines et deux grands bassins lignitifères, l'Etat Bulgare a cédé à des particuliers quinze concessions de charbon de terre quatre
; concessions de minerais de cuivre; deux concessions pour les minerais de manganèse ; quatre concessions pour les minerais de fer; pour les minerais de plomb, de cuivre et de zinc mélangés pour les schistes bitumeux.

L'exploitation des carrières suit la même marche.

Les minerais exposés en échantillons dans le pavillon étaient surtout lanthracite, les houilles, le fer, le zinc, le cuivre, le manganèse, le plomb argentifère; dans les produits de carrières, on remarquait les pierres lithographiques de Negochevo, des marbres et des calcaires.

Le rez-de-chaussée du pavillon s'augmentait encore de deux pièces, situées derrière le panneau occupé par le groupe décoratif de l'industrie de l'essence de rose.

Elles groupaient les expositions de la métallurgie et du mobilier.

La métallurgie était représentée par quelques vases, quelques plateaux en cuivre battu et en argent, des haches et des ustensiles; c'était la première utilisation pratique des richesses minières du pays.

Actuellement une question de réelle importance pour l'avenir de la Bulgarie est celle de savoir si ce pays doit rester un pays agricole ou s'il est destiné à suivre la voie des pays industriels. Il y a sept ou huit ans que le problème est posé, et les économistes bulgares ne sont pas encore parvenus à le résoudre.

Un grand nombre d'entre eux prétendent cependant que la Bulgarie, ne possédant pas les qualités nécessaires au développement d'une industrie nationale, restera toujours un pays agricole. Néanmoins, les partisans d'une Bulgarie agricole reconnaissent aussi que la force invincible du progrès universel imposera à la Bulgarie la production industrielle, parallèlement avec la modernisation de l'agriculture, ainsi que cela s'est passé dans d'autres pays, tels que la France, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, etc.

Telle est la question qu'évoquaient les quelques instruments de fabrication industrielle bulgare.

L'industrie du mobilier se manifestait par des meubles de luxe et ordinaires, envoyés par le Musée Commercial et Industriel de Sofia.

Ce musée, ainsi que les Musées Commerciaux établis dans d'autres villes, a pour but de contribuer au développement de l'industrie locale et de faciliter le trafic avec l'étranger. Ceux-ci montrent encore aux commerçants qui lui envoient des échantillons de leurs produits, les perfectionnements dont ils sont susceptibles et de les mettre en relation avec les acheteurs. Les musées se chargent de chercher des acquéreurs pour les produits de qualités supérieures, capables de concourir avec les produits similaires fabriqués à l'étranger. Les collections de machines et d'outils achetés à l'étranger sont toujours à la disposition des intéressés qui peuvent ainsi prendre connaissance des perfectionnements et des facilités à apporter dans leurs spécialités.

En outre, le Musée Commercial et Industriel Bulgare, de Sofia, fait des avances aux petits industriels; il achète pour son propre compte certains produits de l'industrie locale, vend aux agriculteurs des machines et autres instruments aratoires, au meilleur marché possible, protège certaines industries telles que la chapellerie, la coutellerie, les tapisseries, etc.

Le Musée Commercial et Industriel Bulgare, de Sofia, ressortit au Ministère du Commerce et de l'Agriculture et est, d'ailleurs, dirigé par un fonctionnaire de ce département.

Des tapis, que l'on retrouvait surtout ornant la galerie du premier étage, se montraient également ici; la plupart étaient de genre persan, en laine ou en poils de
chèvre ; cependant l'Ecole des Tapisseries exposait un tapis style exécution et d'un dessin originaux. Enfin, l'examen de quelques galons brodés, de tabliers de couleurs, de chaussures en cuir indigène permettait au visiteur, qui dès lors avait vu le rez-de-chaussée, de se rendre par un double escalier, au premier étage du pavillon. Une grande galerie l'entourait; sa balustrade était découpée originalement. Ça et là des baies s'ouvraient et permettaient de se rendre dans les différentes pièces. La pénétration orientale dans l'élément bulgare s'avérait dans l'une d'elles, par une exposition de soie, de tapis, de passementerie, d'étoffes couvertes de filigranes.

Non loin, une belle collection de costumes nationaux nous montrait entr'autres, une jolie fille rieuse et un peu sauvage avec le mouchoir de tête rouge et jaune jeté sur ses cheveux noirs, un corsage largement échancré, d'où sortaient les manches amples d'une chemise à broderies rouges.

Le groupe de l'Education et de l'Enseignement était largement et clairement représenté par des photographies, des graphiques, des travaux d'élèves. Outre les nombreuses écoles primaires et moyennes, on remarquait l'Université de Sofia, qu'un cartogramme nous indiquait, débutant avec 40 élèves et arrivant rapidement à une fréquentation scolaire de 500 unités.

L'Enseignement spécial d'une si grande importance à l'heure présente, est là-bas très florissant.

L'Enseignement agricole y est donné dans quatre écoles; à chacune d'elles est annexée une ferme destinée à l'enseignement pratique.

Outre les photographies de ces écoles, le Ministère de l'Instruction publique avait exposé à Liège des collections de céréales, de liqueurs et de soies provenant des fermes susdites.

L'Enseignement industriel et commercial est également en pleine prospérité. Outre l'Ecole commerciale de l'Etat, les écoles de menuiserie, de poterie, de modes, de fleurs artificielles, de boiserie, de confection, nous étaient représentées dans le pavillon par des travaux d'élèves exécutés avec soin et ayant un caractère réellement original.

L'Enseignement spécial artistique était représenté par l'Ecole des Beaux-Arts de Sofia; quelques travaux d'élèves étaient remarquables, et il semble que les noms de quelques-uns d'entre eux compteront dans les Expositions internationales d'Art. Ils ne feront du reste que continuer la tradition de leurs aînés dont les toiles occupaient un compartiment spécial du Palais des Beaux-Arts.

Dans toute exposition à laquelle il participe, un pays se révèle dans ses grandes masses, documentairement et objectivement; de l'exposition bulgare, un enseignement émanait limpide: les efforts de la Bulgarie pour se mettre au niveau des premières nations modernes, tout en s'attachant à conserver son caractère nettement national.

C'est là un programme splendide, digne de l'intelligence la plus large et la plus éclectique.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905