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Autriche


Autriche à l'exposition de Liège 1905

L'Autriche s'est mise en grands frais de coquetterie. Elle a de la variété dans le pittoresque, de l'éclectisme dans le choix. Elle est artistique, commerciale, industrielle avec un judicieux discernement. Les envois ont été triés avec un soin jaloux et l'arrangement s'est complu à les disposer avec goût. Si bien que tout un chacun ayant mis du sien et rivalisé de galanterie charmante, la section autrichienne s'est trouvée sous les armes dans un joli défilé de parade.

Point de devanture écrasante, de façade tarabiscotée qui blesse et violente le regard ; mais du léger et du pimpant. Un extérieur de bois teinté en rouge clair à peine parsemé d'or sur lequel une guirlande de grappes de raisins court en frise délicate et ajourée. Les drapeaux de l'Empire tombant droits du plafond, lui font une sorte de ciel d'emblèmes bariolés et chatoyants.

Au fond, la ville de Vienne tient salon.

Il y a deux capitales en Europe qui rivalisent d'élégance et de luxe, c’est Paris et Vienne.

Elles ont toutes deux leurs fervents passionnés et leurs admirateurs irréductibles aussi intransigeants dans leur amour, mais nous préférerons les aimer l'une autant que l'autre. Vienne nous apparaît dans tous ses enchantements et les aquarelles signées d'artistes en renom nous la dévoilent à vol d'oiseau, nous révèlent ses hôtels de ville, nous profilent l'architecture de ses églises, de ses édifices, de ses monuments publics.

Des vues curieuses nous parlent de sites fameux: Schoenbrun, le Kahlenberg, la Wachau avec la ruine du château de Durntein-Moedling, le Schneeberg et le Raxalpe qui sèment autour de Vienne la joaillerie de leurs beautés. Les effigies de Beethoven, de Mozart, de Bruckner, de Brahms, de Schubert, de Strauss, en marbre, en bronze, en peinture, sont là comme des témoignages de l'admiration filiale que Vienne a vouée au culte de ses immortels musiciens.

Si Vienne a voulu que nous pénétrions dans le sanctuaire de ses souvenirs avec tout ce qui lui tient au cœur par les choses du passé et les traits du présent, elle nous initie aussi à sa vie intellectuelle et à ses catégories d'écoles dont les albums et les brochures disent éloquemment l'intensité de l'enseignement dans toutes les branches de la science.

De quelque côté que le regard se porte, il est arrêté par les verreries. Vases à reflets métalliques qui semblent avoir gardé le feu de la fusion et emprisonnent dans leurs flancs des gerbes de lumière; verres de Bohême, de M. Tschernich et 'verres de la cristallerie de Carlsbad, taillés, gravés, plaqués d'or, s'irradiant de teintes jaunes, mauves, vertes, séduisantes, élégantes et splendides, une gamme de pierres précieuses serties dans la blancheur du cristal, tous proclamant une suprématie verrière qui remonte le cours des siècles et dont le sceptre n'est pas près de s'abaisser. C'est de l'art transmis par la tradition comme ces fines céramiques d'une facture particulière, ces porcelaines « Vieux-Vienne » si somptueusement décorées de peintures à la main, ces grès aux teintes adoucies, presque effacées, ces terres-cuites qui dénotent une compréhension d'art qui, pour être tournée vers le bibelot, n'en est pas moins de l'art, ces bronzes aux lignes gracieuses, ces cuivres repoussés qui ont du cachet.

La maroquinerie et le mobilier ont été de tous temps l'apanage de l'Autriche. Les fabriques de meubles s'éparpillent nombreuses sur le sol autrichien; on les trouve partout où les chutes d'eau les alimentent gratuitement, où la main-d'œuvre est basse et les matières premières abondantes.

Elles sont très habiles, produisent énormément à bon marché et elles savent à ravir faire ressortir du hêtre rouge ces mobiliers à bois courbé d'aspect si agréable et que l'on a baptisés du nom de mobilier viennois.

La maroquinerie viennoise en a le monopole sans conteste. C'est un article à elle, bien à elle, depuis le cuir souple que l'on dépose sous une forme de valise dans le filet du wagon, jusqu'au cuir dur, frappé, gaufré, enluminé, imagé de figurines botticellistes ou d'ornementations généralement gothiques.

Les industries sont quelque peu sommaires, le carbonundum et l'électrite, en cristaux, en limes, en meules, triomphent de l'émeri par la dureté; des isolateurs électriques en porcelaine défient l'accumulation des volts; un stand d'appareils et de produits de la laiterie toujours chère aux Viennois; un lot d'instruments de musique rappellent, si besoin était, que la valse fleurit sur les bords du Danube bleu. Le Tyrol a exporté un vieil intérieur tyrolien. Scène de reconstitution toujours intéressante par son mobilier fruste taillé à même le bois, ses acteurs drapés dans d'authentiques costumes, cet archaïsme fleurant les siècles défunts et qui contraste si violemment avec la banalité de nos maisons et la monotonie de nos habits.

Un syndicat de négociants, d'industriels et d'hôteliers, qui a des ramifications dans le pays, invitent les touristes par une active propagande de panoramas et de brochures à péleriner vers la splendeur des sites autrichiens.

L'exposition de l'Autriche, dans son ensemble soigné, instructif et seyant, est bien faite pour inciter la curiosité et diriger nos sympathies vers ce pays florissant, riche de par ses industries, ses manufactures, ses mines, ses forêts, ses vignobles et dont la dynastie des Habsbourg au blason chargé de siècles porte le lourd poids d'une gloire qui fut éclatante, mais assombrie par la mélancolie et la douleur des infortunes.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905