Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

Arts Décoratifs et Industriels Modernes

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


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Parfumerie Française

Parfumerie Française à l'exposition de Paris 1925

Architecte(s) : Raguenet et Maillard

Dans l’ensemble formé par le groupe de la Parure, une place spéciale (la classe XXIII) a été réservée à la Parfumerie française.

Comme l’a remarqué un publiciste distingué, M. Georges Bourdon, nul n’a songé à s’étonner aujourd’hui d’une telle initiative qui n’aurait pas eu de raison d’être si l’Exposition des Arts décoratifs avait été organisée il y a vingt ans. Pendant ces vingt dernières années, en effet, la Parfumerie française est devenue une de nos grandes industries nationales, elle n’a cessé de prendre une part chaque jour plus grande dans notre commerce d’exportation : le chiffre de ses ventes à l’extérieur est passé de
59.712.000 francs en 1913 à 77.150.000 francs en 1918,
217.440.000 francs en 1919, 679.942.000 francs en 1920,
et, sans vouloir fatiguer le lecteur par d’autres chiffres, il est permis d’espérer que, dans un avenir prochain, la Parfumerie fera entrer en France chaque année un milliard de francs de devises étrangères. Comme les autres classes du groupe de la Parure : la haute couture, la joaillerie, elle joue un rôle chaque jour plus brillant dans notre économie nationale, et ne peut plus être considérée comme une frivolité.

Ce que le monde entier demande à la France, ce sont de préférence ces produits de luxe et de goût qui ne peuvent être élaborés que dans les pays de très vieille civilisation où, depuis longtemps déjà, une série d’efforts ininterrompus a permis à certains arts de gagner une avance que ne sauraient rejoindre des nations plus jeunes, moins habiles à dégager, à présenter tout ce qui fait le charme et la beauté de la vie.

Comment et pourquoi la Parfumerie française a-t-elle pris dans le monde une place éminente qu’on ne peut lui ravir, nous allons tenter de l’expliquer.

La France doit d’abord à la nature de son sol, à la douceur de son climat, à la variété de ses aspects physiques, une flore qui, nulle part au monde, n’est plus riche en plantes à parfums. La Provence, surtout la région de Grasse, se montre à cet égard une terre privilégiée. On a essayé d’acclimater dans d’autres pays, aussi baignés de lumière et de chaleur, comme la Californie, certaines variétés de fleurs provençales : les résultats obtenus ont été magnifiques au point de vue du coloris et de l’aspect des fleurs, mais ces belles exilées avaient perdu leur âme, elles ne donnaient plus aucun parfum. On ne peut transplanter les ceps de Bourgogne, de Champagne et du Bordelais pour faire ailleurs des vins qui vaillent les vins de France ; il en est de même des fleurs provençales il n’est pas de contrée dans l’univers qui fournisse au parfumeur, pour composer ses créations, une palette plus riche en couleurs plus éclatantes et plus fines.

Ensuite, l’art des parfums, si bien servi chez nous par la nature, exige, de ceux qui l’exercent, un ensemble de qualités intellectuelles qui sont soit le résultat d’une vieille culture artistique nationale, soit le produit de recherches scientifiques particulièrement délicates. La grande difficulté de cet art, c’est la nécessité de réunir le goût, le sens de la mesure et de l’harmonie, qui, dans l’emploi, dans le dosage des essences naturelles, ces composés si complexes, permettent d’éviter les dissonances et de présenter un ensemble à la fois subtil et puissant.

A cet égard, le goût français est sans rival au monde, parce qu’il a été formé au cours de longs siècles de vie sociale policée et raffinée. La corporation des parfumeurs date chez nous de 1190, du temps où, sous le règne de Philippe-Auguste, venait d’être terminé le chœur de Notre-Dame de Paris. A la Cour de nos rois, spécialement depuis le seizième siècle et surtout sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, l’art des parfumeurs trouva le milieu d’élégance raffinée où il pouvait le mieux se développer. Depuis la Révolution, les progrès du bien-être n’ont cessé d’étendre l’usage des parfums, en même temps que les progrès de la chimie permettaient de mieux connaître les plantes, la façon dont la nature, le plus habile des chimistes, élabore ses parfums, dans le mystère chaque jour mieux compris des silencieuses existences végétales. On ne sait pas assez chez nous et à l’étranger quelle somme merveilleuse de recherches scientifiques ont été poursuivies dans notre pays depuis un siècle, et particulièrement depuis une trentaine d’années, pour permettre de tirer le meilleur parti de nos richesses florales. Nos savants, plus particulièrement nos chimistes, ont réussi dans l’étude des parfums aussi brillamment que les Allemands dans celle des couleurs, et leurs découvertes, obtenues par cette méthode à la fois claire, ingénieuse, patiente et précise qui est un de nos privilèges intellectuels, sont url des titres de gloire les plus incontestables que peut revendiquer la science française.

Enfin ces qualités de goût et de technique eussent été à elles seules impuissantes à obtenir, pour les produits de la Parfumerie française, la préférence mondiale dont ils sont l’objet, si une pléiade d’artistes ne fût venue apporter aux parfumeurs, pour présenter leurs créations, le secours de leur propre habileté et de leur talent. Nous faisons allusion en particulier à ces maîtres verriers qui ont complètement rénové, depuis une vingtaine d’années, l’industrie du flacon de cristal, et arrivent à produire à des millions d’exemplaires de véritables œuvres d’art. A côté d’eux, les maîtres imprimeurs et cartonniers ajoutent chaque jour avec une fécondité inépuisable d’inspiration, toujours maintenue dans les règles du goût le plus sûr, plus d’élégance à la présentation dés boîtes et des coffrets où sont enfermés les produits de nos grandes marques.

Pour toutes ces raisons, on Voit combien la Parfumerie était digne de la place qui lui a été faite au Grand Palais pendant l’Exposition des Arts décoratifs. Il est en effet peu d’industries qui puissent offrir une pareille synthèse des richesses naturelles de notre sol et des qualités intellectuelles de notre race. Son essor merveilleux est dû, pour la plus grande part, aux unes et aux autres ; il est dû aussi à l’effort industriel et commercial accompli par les chefs de nos grandes maisons. Toutefois au-dessus du légitime souci des intérêts personnels, qui s accordent si bien, nous l’avons vu en commençant, avec l’intérêt national, les parfumeurs français placent dans un esprit élevé de confraternité confiante et cordiale, la fierté de servir et de maintenir la réputation artistique de la France.

©L'Illustration - 1925