Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

Arts Décoratifs et Industriels Modernes

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


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Céramique Moderne et l’Industrie Céramique

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Architecte(s) : L. P. Sézille, H. Rapin

La céramique se trouve représentée à l’exposition dans plusieurs classes. Cette dispersion s’explique par les destinations très diverses des produits céramiques. Il ne pouvait être question de grouper la céramique d’art, comprenant les services de table, les services à thé, à dessert et les pots et potiches de toutes formes, avec la céramique de bâtiment, d’un caractère plus industriel. Cette dernière comprend déjà des pièces de natures très diverses, telles que les briques, les dalles, la mosaïque et toute la céramique sanitaire.

La petite céramique, celle qui a le plus retenu jusqu’ici l’attention des décorateurs, est présentée dans le Grand Palais. La classe est présidée par M. Rouard, qui, depuis bien des années, s’est fait l’éditeur des céramistes modernes. M. Rouard a bien voulu nous conter quelques souvenirs illustrant la manière dont une fructueuse collaboration peut s’établir entre les artistes et les éditeurs d’art. Un jour, Hermann-Paul, le célèbre dessinateur et graveur, vint le trouver pour lui montrer une collection de quelques dessins représentant des vues du château et du parc de Versailles. Hermann-Paul suggéra à M. Rouard d’utiliser cette collection, fort belle, pour illustrer quelques vases et potiches. Mais l’éditeur d’art demanda à réfléchir, et quand Hermann-Paul revint, quelque temps après, s’enquérir de la suite donnée à sa proposition, M. Rouard lui présenta une magnifique assiette décorée d’une vue de Versailles. C’était le premier élément du service de table dénommé «Versailles», qui compte, aujourd’hui, parmi les plus curieux de notre céramique moderne.

La céramique de bâtiment occupe une partie d’un pavillon fort original, édifié par M. Woog tout à côté de la gare des Invalides. Des modèles fort séduisants de mosaïque moderne et de carrelages nous sont présentés, non pas comme des échantillons sélectionnés, mais comme des éléments indissociables du décor. Quant à la céramique sanitaire, nous en avions déjà vu quelques produits, conçus d’une façon moderne dans des expositions d’art décoratif. Nous avions vu aussi, par ailleurs, des baignoires et des lavabos ornés de décors dans les styles Louis XV et Louis XVI. C’est un contre-sens, qu’on ne rééditera sans doute plus maintenant, d’associer à des objets essentiellement modernes des éléments décoratifs d’époques glorieuses, mais périmées.


L’industrie céramique est, certainement, une des plus répandues et, de fait, des plus complexes et des plus variées dans ses manifestations, dans les procédés ou les éléments qu’elle met en jeu ; elle est aussi des plus ignorées.

La place occupée dans les salons par quelques vases, potiches ou bibelots divers ; la façon dont ils ont été présentés au public pour attirer ses faveurs, ont contribué à faire regarder par un trop grand nombre l’industrie céramique comme étant caractérisée par ces quelques pièces.

Ces pièces, dont certaines sont heureuses, soit du fait des hasards de fabrication, soit par une forme ou un décor bien compris, ne sont, en somme, que l’œuvre d’artistes qui ont manifesté leurs conceptions ou leurs fantaisies avec des matières : terres, émaux ou couleurs pris d’un côté ou d’un autre et qu’ils ont fait chanter ensemble, mais cela ne contribue nullement à un développement technique quelconque, ni à la formation de professionnels, dont l’industrie a le plus grand besoin et qui font particulièrement défaut pour la céramique.

Comme beaucoup de professions, la céramique a trouvé un concours efficace, pour la réalisation d’œuvres de grande production, dans les machines ou procédés des constructeurs spéciaux, mais il n’est personne qui envisage que, pour le travail de la terre, qui constitue la base de l’industrie céramique, on arrive à remplacer tout travail manuel par une machine quelconque. La variété des pièces, tant comme formes que comme dimensions, les besoins spéciaux auxquels il faut répondre, les études qu’il faut poursuivre pour réaliser des pièces répondant à des conceptions spéciales avant d’adopter un type que l’on pourra peut-être réaliser par des procédés comme le coulage ou la machine, réclameront toujours des hommes de métier.

Plus ces pièces seront des pièces d’exception, plus ces hommes de métier devront être de réels professionnels, mais aussi plus le travail mécanique se développera, plus les centres où ces professionnels devront être formés deviendront rares. Il faut donc faire des apprentis ; on peut en faire, mais, malheureusement, l’industrie céramique n’en trouve pas.

L’enfant se dirige vers la mécanique, l’électricité ou quelques autres professions dont on lui parle beaucoup ; il ne lui est pas conseillé ni ne lui vient à l’esprit de faire un apprentissage nécessitant de manier la terre.

A l’école, il fait quelques travaux manuels limités au contact du bois ou du fer, et l’emploi de ces matières constitue pour lui les industries types vers lesquelles il doit se diriger. Sans le vouloir, ces travaux orientent les enfants davantage vers le bois et le métal, au détriment des industries employant les matières plastiques.

La classe de l’enseignement de la céramique a donc pour but de montrer, autant qu’il est possible, la part du travail manuel, du travail de l’homme de métier, de Partisan, dans la véritable et noble acception du mot, pour la réalisation de la conception de l’artiste ou de l’auteur de l’œuvre. Elle poursuit donc un but très utile.

Les deux grandes écoles s’occupant actuellement, sous la direction de l’Enseignement technique, de la formation de personnel pour l’industrie céramique : l’École nationale de céramique de Sèvres et la section de céramique de l’École nationale professionnelle de Vierzon, fournissent une participation importante : les matières premières, le matériel sont présentés par des fournisseurs et des industriels, qui ont bien voulu confier quelques-uns des éléments servant à leur propre fabrication.

©La Science et la Vie - 1925