Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

Arts Décoratifs et Industriels Modernes

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


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Art et Industrie de la Pierre

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L’organisation de cette classe a été conçue selon les principes qui ont présidé à l’élaboration des parties les plus diverses de l’exposition. C’est ainsi que les matières premières ont été bannies du programme, en tant que présentation sous forme d’échantillons.

Aussi bien, les arts et les industries de la pierre ne se sont pas manifestés en entassant dans des galeries d’énormes pierres taillées, qui nous auraient tous laissés bien indifférents. Par contre, on trouve de magnifiques travaux de marbre, exécutés par la Fédération marbrière de France, dans la somptueuse galerie Plumet. Le marbre est encore représenté à l’exposition par des revêtements et carrelages, tels que ceux du pavillon de la Maîtrise (Galeries Lafayette), de la Ville de Paris, de Sèvres, etc... La pierre de décoration a trouvé sa place dans des carrelages devant la cour des métiers et dans différents socles et mobiliers de jardin ; la pierre de sculpture est largement représentée dans la galerie des sports.

Quant au granit, il a sa place dans le cimetière du village moderne, où plus de vingt monuments funéraires, dessinés d’après les grands principes de la décoration moderne, sont exposés.

Les stucs polis ou à ton de pierre, ainsi que les staffs, sont répartis sur la plupart des pavillons, de même que les agglomérés et matériaux reconstitués. L’exposition constitue, d’ailleurs, une très importante application de ces matériaux destinés aux constructions légères et peu durables. Enfin, la classe de la pierre comprend encore les grès et les schistes, ceux-ci étant employés pour les couvertures et pour certains dallages coupés de mosaïques d’or.

Après ce rapide coup d’œil sur l’ensemble de la classe, revenons un peu sur l’industrie marbrière, qui était, autrefois, une des gloires de la France et qui occupe, encore aujourd’hui, une place de premier plan dans la construction et le bâtiment. Deux stands de cent soixante-dix mètres de longueur lui sont réservés : l’un à droite d’une des avenues de l’exposition, où les visiteurs admireront les marbres français des Pyrénées, du Jura, du Var, du Boulonnais, etc..., et l’autre faisant face au premier, où figureront les marbres étrangers les plus réputés, provenant de Belgique, d’Italie, de Suisse, ou de Grèce. Les galeries sont formées par cinquante-six piliers en marbre rouge du Languedoc. Les murs sont partagés par vingt-quatre pilastres taillés dans le marbre. Les ouvertures (portes et fenêtres) sont séparées les unes des autres par des trumeaux de trois mètres vingt de largeur et de quatre mètres quinze de hauteur, portant en revêtement huit tranches d’un marbre différent pour chaque trumeau. Un trumeau est donc constitué par un pilastre et deux panneaux symétriques comportant chacun quatre tranches de marbre. Le veinage est disposé de façon à établir une correspondance et à prendre un aspect harmonieux. Le pilastre se détache du fond par le marbre très différent avec lequel il est constitué. Chaque trumeau, tout en faisant partie d’un ensemble, constitue un élément décoratif et représente une variété de nos richesses marbrières nationales.

En outre de ces deux immenses galeries, nous avons déjà dit quel large emploi était fait de ce magnifique matériau dans toute l’exposition. Le pavillon de la Ville de Paris est revêtu d’une magnifique parure en marbre jaune de Sienne. La Société des Éditions Crès n’a pas hésité à faire construire un escalier en marbre pour son pavillon. Enfin, M. Forestier, conservateur du Bois de Boulogne et architecte des jardins, a fait exécuter en marbre jaune et port or les bassins, qui apportent de la gaieté et de la fraîcheur au cœur même de l’exposition.

Pour en terminer avec cette belle industrie, signalons une innovation très curieuse., celle de l’emploi du marbre découpé en feuilles très minces pour l’éclairage des salles. Le marbre employé sur une épaisseur d’un demi-centimètre seulement et finement poli devient extrêmement translucide, et, lorsqu’on l’interpose devant une ampoule électrique, il laisse voir ses magnifiques colorations et toute la structure de sa cristallisation. Les somptueuses galeries de marbre prennent alors, la nuit venue, un aspect féerique.
Nous avons pensé que nos lecteurs s’intéresseraient davantage à la mise en œuvre d’une carrière de marbre qu’à la reproduction pure et simple de quelques feuilles taillées ou à leur emploi décoratif. C’est pourquoi nous donnons ici une vue d’une des plus belles exploitations de marbre de Carrare. On remarquera que la carrière semble entaillée de la même façon que les mottes de beurre chez nos crémiers. Il n’y a pas lieu de s’en étonner exagérément, puisque le procédé employé pour détacher quelques hectogrammes de beurre est analogue (toutes proportions gardées) à celui qui permet d’arracher aux carrières des tonnes de marbre. Avant la guerre, on massacrait cette belle matière en utilisant des explosifs pour l’extraire du sol, mais, aujourd’hui, on se sert d’un fil qui se déroule à la vitesse de quelques mètres à la seconde et qui entaille le marbre à la façon, précisément, du fil à couper le beurre...

©La Science et la Vie - 1925