Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

Arts Décoratifs et Industriels Modernes

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


Retour - Liste Pavillons

Ambassade

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Ambassade, coin du hall. Mallet-Stevens, arch. Panneau de Fernand Léger
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Vestibule. L. H. Boileau & L. Carrière, architectes. Bas-relief par J. Bern; plafond en vitrail par G. Laboureur; statue par Pompon
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Salon de reception. H. Rapin & P. Selmershiem, architectes. Sculpture par Cb. Hairon; portes en ferronnerie composées par H. Favier, exécutées par E. Brandt.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Salle à manger. H. Rapin, architecte. Peinture par R. La Montagne-Saint-Hubert; cache-radiateur par Subes; groupe en bronze par Silvestre.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

La Tour Eiffel. Peinture par Delaunay
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Salle de culture physique. Pierre Chareau
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Coin du hall. Mallet-Stevens, architecte. Panneau de Robert Delaunay.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Chambre de l'ambassadrice, par Groult. Tableau de Marie Laurincin.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Chambre de l'ambassadrice, par Groult.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Cabinet de travail. Pierre Chareau.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Petit salon intime, Dominique.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Ambassade à l'exposition de Paris 1925

Salon de repos, Pierre Chareau.
Architecte(s) : Michel Roux-Spitz, Pierre Selmersheim, Louis Sezille

Article paru dans "La Science et la Vie" de mai 1925

Les appartements de réception et d’intimité d’une ambassade

La Société des Artistes Décorateurs, qui est un des groupements d’artistes les plus actifs et les mieux organisés, avait, tout d’abord, renoncé à participer à, l’Exposition le 1925, estimant inutile de construire des pavillons provisoires. Cette attitude, tout en étant fort justifiée (par la maigre trésorerie dont peut disposer une collectivité d’artistes), aurait privé l’exposition d’un concours précieux. Dans le but d’obtenir un emplacement couvert, la société étudia et présenta un programme comportant la réalisation des appartements d’une ambassade. Les membres de la société se répartirent la tâche et choisirent eux-mêmes les meilleurs projets. Quand le programme fut bien mis au point, il fut soumis à l’approbation des hautes personnalités qui ont organisé l’exposition.

Sur les 1.350.000 francs de crédits votés par le Parlement pour venir en aide aux collectivités, un million fut accordé pour l’ambassade. Cette somme, qui peut paraître importante par rapport au total des crédits, était, en réalité, bien maigre pour répondre à un programme d’une certaine ampleur. Cependant, les artistes firent si bien que, malgré l’exiguïté de l’emplacement et la médiocrité des ressources, on peut encore envier l’ambassadeur qui aura la jouissance d’une telle ambassade. Nous ne donnerons pas ici la nomenclature des pièces composant l’ensemble ; ce serait sans grand intérêt.

Signalons seulement, parmi les réalisations les plus originales, le hall de Mallet-Stevens, le fumoir de Francis Jourdain, le cabinet de travail-bibliothèque de Pierre Chareau, le petit salon de Maurice Dufrène.

Le système d’éclairage du cabinet de travail, conçu par M. Pierre Chareau, est nouveau. Un plafond mobile masque dans le jour une coupole qui, le soir venu, inonde la pièce de lumière.

Le petit salon de Maurice Dufrène constitue un ensemble très chatoyant. lia décoration générale est en stuc blanc pailleté d’argent ; la pièce est dallée de marbre et les murs sont recouverts de soieries représentant des « jeux d’eau ». Un lustre a été exécuté d’après les dessins modernes de Chevalier, un de nos meilleurs spécialistes du luminaire. Enfin, les dessus de porte ont été exécutés par notre excellent peintre et ami Oudot.

Pour le bon renom du goût français à l’étranger et pour la cordialité des entretiens diplomatiques, il serait à souhaiter que toutes nos ambassades fussent aussi séduisantes.


Article paru dans "L'art vivant" de 1925

Dès l’entrée apparaît le défaut qui s’accentue plus ou moins suivant les pièces qui la composent : le manque d’unité, le manque d’accord. Défaut dont il faut chercher les raisons à l’origine de la commande elle-même. Confiée par l’État à un groupe de décorateurs, avec mission de répartir l’aide officielle entre eux et ceux qu’ils jugeaient dignes de collaborer à leur effort, il était impossible que cette tare ne se révélât pas. La rigueur impitoyable d’un maître de l’œuvre, responsable pour chaque pièce, eût pu seule l’écarter.

En compensation, il faut dire aussi l’émotion profonde de perfection que l’on éprouve à chaque instant de cette visite. Beaucoup l’ont atteinte par fragments, tous l’ont voulue et consciencieusement cherchée.

Nous noterons aussi une quantité insolite de vestibules, une salle à manger d’apparat qui n’est point de dimensions plus grandes que la salle à manger intime, et le caractère trop sévère donné à toutes les pièces où vit et travaille l’ambassadeur, qui n’est pas forcément un vieillard morose.

Le vestibule a une neutralité administrative. Une certaine qualité de discrétion générale, un accord terne entre les murailles, le ton des luminaires, des tentures, le caractérisent. Cet accord est malheureusement rompu par des fresques représentant, sans esprit et sans gaîté, les fables de La Fontaine.

Nous pénétrons dans le bureau de l’ambassadeur. Pièce austère qui pourrait s’intituler musicalement « Variation sur le triangle ». Les arêtes vives des chambranles, les lignes droites des baies, la frise composée d’éléments géométriques, les jupes de verre du lustre, tout l’évoque. Une galerie ajourée occupe toute la paroi gauche : le triangle se dispose en éventail, c’est le sourire de la pièce.

La plupart des meubles portent aussi la marque de cette recherche géométrique, telle, la grande bibliothèque disposée sous cette paroi ajourée et qui n’a guère qu’un mérite d’utilité. D’autres offrent, hélas, une disparate marquée. Exécutés par la même personnalité dont le talent si rare n’est pas ici mis en cause, on voit un canapé d’allure Directoire, un fauteuil Empire à dossier rond, une table dans laquelle se retrouvent des recherches de classicisme très pur.

Enfin, un piano précieux. Oublions, pour ainsi dire, le lieu de sa présence, car il semble bien dépaysé dans cette atmosphère, et examinons-le.

La caisse en est d’ébène de Macassar, et la partie ouvrante constituée par une incrustation de filets d’ivoire en losange sur du bois d’amarante. L’instrument est porté par cinq pieds cannelés extrêmement fins, gainés d’ivoire.

La pédale, qui est probablement la partie la plus cherchée, est toute en métal, d’une grande légèreté, j’écrirais presque, excessive, car elle évoque la rigueur fuselée de l’aéroplane.
L’ensemble du bureau est d’une tonalité extrêmement sévère. Les rideaux de peluche taupe, posent une note froide sur le mur blanc. Le tapis taupe est à peine égayé par une carpette dont l’harmonie rose et grise rappelle le brocart rose et argent des sièges.

Le décorateur a senti la nécessité de corriger la sévérité de cet ensemble par un motif gracieux. A cet effet, il a placé en face du sombre bureau de l’ambassadeur, une charmante statue de Joseph Bernard aux bras levés qui évoque « l’Éveil ».

La sensation de grâce et de joie, nous la retrouvons encore devant le mur de droite. Le fond en est occupé par un admirable meuble de Ruhlmann où se marque sa maîtrise unique.

Ce bahut d’apparat, complètement plein, aux portes non apparentes, nous présente d’abord l’éblouissement d’une matière incomparablement somptueuse. Sur une loupe d'amboine est incrusté un réseau irrégulier d’ivoire. Le centre du meuble est orné d’un panneau octogonal, délimitant un motif d’argent ciselé ! Le meuble est couronné par plusieurs plans en retrait. Un avant-corps considérable, deux étroits corps latéraux- composent son architecture de proportions parfaites.

On traverse un second vestibule dont on ne comprend pas très bien l’utilité et la destination, et où l’on trouve le meuble administratif déjà connu de M. Rapin. Et voici, à notre droite, le fumoir en laque de Jean Dunand. C’est l’ensemble le plus complet et le plus heureux réalisé jusqu’à ce jour dans la tendance cubiste. Il est d’une harmonie barbare et magnifique. Un plafond argenté, avivé de notes de laque rouge, et composé de plans successifs laisse tomber sans éclairage apparent, une lueur de songe sur les meubles polis et noirs, sur un tapis d’un blanc crémeux, et sur un panneau de laque rouge incrusté de motifs d’argent.

Par contre, le petit salon de Maurice Dufrène, qui fait face au fumoir, est toute grâce claire et fluide. Son atmosphère serait infiniment plaisante, s’il n’était gâté par deux-fresques d’une inspiration médiocre et de la plus indigente exécution.

Ici nous sommes dans le domaine de la courbe flexible. Le plafond de la pièce est profondément incurvé, et son incurvation est soulignée par des raies d’argent qui strient doucement sa blancheur. Une rampe lumineuse de verre blanc sert de corniche aux murailles où le stuc gris alterne avec de larges panneaux de satin du même ton.

La paroi gauche de la pièce est constituée par un vitrail qui est d’un flamboiement très doux. Des gemmes bleu intense, beige rosé, blanc gris, avec çà et là, une note bleue sombre, montent avec une allégresse légère. Un voile gris, placé devant le vitrail, achève de rendre le jour plus précieux.

Les sièges ont les courbes les plus heureuses. Le bois, chaud et clair, n’y joue que le rôle d’une armature discrète. Il encadre un brocart roux et crème d'une somptuosité délicate. Aux sièges s’ajoutent un guéridon, un petit meuble cubique de destination incertaine. Cette unique note géométrique est adoucie par les lignes souples du socle qui le porte. Une commode offre d’harmonieux renflements.

Le dallage de marbre gris et blanc est réchauffé par deux tapis dont l’un seul est à sa place ici. Son ornementation suit sa forme ronde. Au travers d’une sorte de réseau de lignes incurvées, on devine comme un second réseau plus pâle. Tenu dans une gamme de beiges cendrés de mauves et de verts éteints, c'est un accord mineur exquis. Détournons les yeux de celui qui jure auprès du vitrail et pénétrons dans le Salon de réception de l’Ambassade.

Malgré quelques critiques de détail ce salon est une réussite. Le problème de donner à une pièce un caractère d’apparat et d’affabilité ; un air de splendeur, et l’apparence d’être avenant et habité, problème quasi contradictoire, M. Rapin et ses collaborateurs l'ont résolu.

Nous sommes séduits d’abord par les dimensions heureuses de la pièce, par l'animation architecturale de ses murailles leur décoration discrète qui évite la banalité jusque dans les symboles officiels, leur tonalité claire sans froideur.

Le plafond est rompu en son centre par un évidement carré d’où tombe une lumière invisible. Il s'achève par une corniche à motifs géométriques d’un ton d’or très discret. A cette corniche, touche une haute frise toute blanche où alternent des groupes décoratifs immobiles et animés. Au centre des parois latérales du salon, des colonnes rondes portant cette frise, forment un léger décrochement. De droite et de gauche, en retrait, de hautes glaces s’élancent. Celles de gauche sont nues, cernées d’un trait d’argent discret, couronnées à leur faîte d'un léger dais de stuc blanc, celles de droite ont destination de portes. Elles portent une admirable armature de fer forgé argenté.

Plus loin, ce sont deux vitrines creusées dans l’épaisseur du mur, ne faisant pas saillie, animées d’objets précieux. Le fond de la pièce, coupé à droite et à gauche par deux portes basses, est occupé par un panneau décoratif de Follot dont la présentation architecturale seule est heureuse.

Pour le sol, l’on a trouvé un ton capucine véritablement admirable sur lequel chante le splendide tapis de Benedictus. Ce tapis rectangulaire, à pans coupés occupe tout le cœur de la pièce. Il est d’une composition raffinée; son inspiration empruntée il la fleur, l’utilise comme tache légère ou intense. Les valeurs fortes sont groupées à quelque distance des extrémités et comme enfermées en deux losanges qui se chevauchent. Tout autour d’elles, c’est le chatoiement des notes douces. Un cerne sombre isole cette œuvre dont la perfection technique répond à la magnificence de l’invention.

La soie des murailles — ces retombées de fusées or sur fond vieux rouge — est aussi d'une beauté remarquable. Le désaccord commence lorsqu’on examine les meubles. L’immense pièce en contient de fort beaux, malheureusement ils sont disparates. Face à face voici un bahut bas de Bouchet, couvert de marqueteries délicates qui décèle la recherche de la grâce et le respect de la tradition, et une bibliothèque-vitrine de Jallot, meuble admirable en soi, mais tout imprégné d’esprit géométrique.

Les sièges offrent la même choquante diversité.

Le grand canapé et les fauteuils de bois doré qui occupent le centre du salon ont été conçus dans un esprit tout classique et parfaitement défendable. Leurs lignes calmes sont belles, le brocart gris et rose qui les recouvre est de la plus noble harmonie. Derrière eux, contre la muraille, de petits fauteuils gris sont recouverts d’une tapisserie verte sur fond gris qui est un contresens criard. Enfin d’autres fauteuils — pleins de mérite — franchement modernes, avec de larges parties de bois doré et sculpté, sont recouverts d’une soie grenat qui se heurte au tapis capucine. Notons enfin l’erreur d’orner les murs d’un salon de réception officielle avec un dessin et des tableaux qui ne sont que des études. On a peine à croire à sa destination, lorsque, franchissant le seuil du Salon de réception, l’on pénètre dans la salle à manger dite d’apparat.

Ses dimensions exiguës pour une telle destination, l’incroyable vulgarité des fresques qui trouent la muraille, la laideur des appliques d’éclairage, la pauvreté du plafond de verre, le manque de gravité, sinon d’humour, des hauts-reliefs dorés de M. Max Blondat, enfin ce mobilier hésitant entre le Louis XV, le chinois et le rustique, tout nous déconcerte. Les objets qui ornent la table ont seuls quelque noblesse.

On passe, pour aller d’une aile dans l’autre, dans une galerie qui est une des parties les plus banales de toute l’Exposition, raccord maladroit décoré du nom de Hall de Collection que justifie seule la présence de quelques vitrines et de meubles distingués de Leleu et Dominique.

La qualité des objets enfermés dans les vitrines est préférable à leur présentation. Nous retrouvons les reliures de Rose Adler, Bonfils, Louise Germain, Mlle Langrand, l’orfèvrerie de Sandoz et de Puiforcat, les fines verreries de Goupy. Les œuvres des sculpteurs comme Pompon, Bouchard, voisinent les céramiques de Decorchemont, Lachenal, Rumèbe, etc.

Au centre de cette galerie s’ouvre une salle basse dans laquelle est exposée l'œuvre exceptionnellement importante du sculpteur Landowski.

Ce sont les fragments de la décoration d’un temple dédié à la grandeur de l'effort humain. Deux morceaux de ce projet titanesque sont exécutés en grandeur définitive : le Mur du Héros. Debout, paisible, un jeune athlète a terrassé l'hydre. Sa nudité, inspirée de la beauté antique, se détache sur un encadrement de figures en bas-relief.

L'allégresse toute mystique de Saint François et de Sainte Claire lui fait face. C’est l'heure ineffable du « Cantique au soleil ». L’on est surpris de voir traité dans une facture infiniment plus réaliste, les communiants de cette exaltation spirituelle. Autour de ces deux groupes, les maquettes du Mur des Hommes, du Mur de Prométhée, du Mur des Hymnes et du Mur du Christ, celle du temple enfin, dont ils seront les parois animées nous permettent d’entrevoir l'envergure michelangelesque du projet de M. Landowski, dont on ne peut que souhaiter l'achèvement.

Reprenant la galerie, nous y retrouvons avec joie, le magnifique paravent déjà exposé de Dunand et Waroquier.

Là s’ouvre une pièce qui, précédant l’entrée des appartements privés, a visiblement la destination d’une salle de collection. Deux frises en bronze argenté de Raymond Delamarre, d’inspiration antique, d’une composition très serrée, et de l’exécution la plus décorative, mettent dans cet ensemble un peu ingrat une note d’art très relevée. De beaux objets de collection : cuivres martelés de Jean Serrière, poteries de Massoul, orfèvreries de Daurat, laques de Dunand, tapisseries au petit point de Waroquier, reliures de Legrain, verreries de Maribot sont disposés harmonieusement dans les vitrines. Un beau bahut d’Adnet de grandes et nobles proportions, et dont la décoration sévère est empruntée au triangle, meuble la paroi centrale.

L’antichambre ocre et vert de Follot, maximum de somptuosité sobre, eût été une transition heureuse entre les appartements d’apparat et les appartements privés si les circonstances de lieu avaient permis de rapprocher les deux parties de l’Ambassade. Sou harmonie est renforcée par les sculptures qui ornent le tympan des portes, d’une parfaite justesse décorative, et que l’on doit encore à Raymond Delamare.

Un heureux hasard permet de pénétrer directement de cette antichambre dans la chambre de l'ambassadrice.

On aime à se représenter cette jeune femme parée de toutes les grâces de la nature pour être en harmonie avec la séduction d'un tel lieu.

L’ensemble gris et rose colchique réalisé par Groult est entièrement caractérisé par un sentiment de grâce retrouvée et de nouveauté audacieuse.

C'est du galuchat qui recouvre les lignes sinueuses de ce mobilier dépourvu d’angles, de ligues droites, et par cela même opposé à d’autres tendances modernes. Relié à la muraille par un baldaquin de soie rose, couronné d’argent, d’une extrême légèreté, et dont l'harmonie se retrouve dans, le décor de la fenêtre, le lit évoque des pétales de fleurs.

En face, l’on a placé la plus charmante petite commode à rehauts d’argent, d'un rythme tout classique. A droite, un secrétaire-vitrine de même matière que la commode, orné d’amazonite vert jade, est tout aussi pur et souple. Une lumière douce traverse des éventails de verre rose. Sur le mur gris, recouvert d’une soie brochée en camaïeu, deux tableaux de Marie Laurencin encadrés d’argent résument l’harmonie de cette chambre qui est un des sourires de l’Exposition.

La chambre de jeune fille qui lui fait suite est, par opposition, d’esprit géométrique, sans rien de trop rude cependant grâce à la matière précieuse du bois, et aux proportions mesurées des meubles. Une armoire à portes pleines, une petite psyché coiffeuse y sont particulièrement réussies.

De l’autre côté du discret boudoir de Mademoiselle, qui ne nous arrête guère que par le sourire d’une étoffe rose et lilas, s’ouvre le cabinet de toilette d’un esprit rébarbatif comme presque tous ceux de l’Exposition avec ses colonnes massives, sa toilette qui ressemble à une auge, sa baignoire qui fait songer à quelque abreuvoir.

Il semble que l’on ait mis dans la pièce où l’abandon se conçoit le mieux, toute coquetterie à fuir la grâce.

Mais voici une pièce véritablement féerique où s’est complu l’imagination la plus vive, la plus séduisante, et la mieux ordonnée.

Un brillant revêtement de stuc bleu de France, aux parois duquel s’élancent de grandes lames d’agate vert amande, un dôme allongé, troué de pierreries bleues, d’où coulent des gouttes de lumière qui semblent des étoiles, telle est cette halte de Mille et une Nuits où nous transporte M. Maurice Dufrêne.

A droite et à gauche s’ouvrent deux chambres (singulière disposition), celle de l’enfant et celle de l’Ambassadeur. Œuvre d’une artiste intéressante, la chambre de l’enfant paraît plus faite pour séduire le visiteur, que pour assurer le repos et la sécurité de son jeune hôte. Le mobilier comporte en puissance, plaies et bosses, grâce aune infinité d’angles. L’ensemble coloré est terne. Seul, un rideau de lit rose orangé y jette une note un peu plus aimable.

La chambre de l’ambassadeur est d’une recherche de sévérité qui atteint parfois au lugubre. Le ton noir des meubles, le lit informe dont le chevet évoque plutôt une étagère, la fausse note douloureuse des rideaux rouge brique, dans cet ensemble noir et gris, en accentuent encore l’aspect de tristesse. Des détails heureux d’architecture corrigent en partie ce que cette première impression peut avoir de péjoratif.

La pièce suivante, bien que sévère elle aussi (le bureau-bibliothèque de Chareau) nous dédommage amplement.

Sous une coupole blanche d’où rayonne la lumière et qui peut d’ailleurs très ingénieusement être cachée pendant le jour par un plafond mobile, le bureau occupe le centre de la pièce.

A droite et à gauche, montés sur une rainure dans laquelle ils peuvent glisser, des rayons supportent des livres. Ce dispositif mobile, d'une habile invention, isole le bureau proprement dit. Il permet de faire dans les deux angles, deux petites pièces indépendantes à l’usage de secrétaires. Cet ensemble est réalisé en bois de palmier aux fibres alternées et employé tantôt en petits, tantôt en grands éléments.

Les murailles, où ne se voit aucun ornement, disparaissent sous ce revêtement. Les portes d’accès sont masquées par des portières de soie brochée dont le brillant discret prolonge heureusement l’harmonie du bois, le restant des murs étant couvert des rayonnages que comporte toute bibliothèque.

On peut considérer que ce bureau est une des réussites les plus neuves, les plus ingénieuses qui aient été obtenues dans cet ordre de recherches. Il fait valoir, en même temps que les qualités de décorateur, celles d’architecte qui sont le privilège de M. Chareau.

Au-dessus du bureau une salle de culture physique avoisine une salle de repos. Celle-ci, grâce à un décor de ferrures peintes en noir, semble plutôt le cabinet du Docteur Goudron et du Professeur Plume.

Deux autres pièces : un salon et une salle à manger n’ont guère d’unité que dans leurs défectuosités. Même aspect triste, même incohérence. Certains meubles peuvent présenter isolément quelque intérêt, mais, leur juxtaposition annihile leurs qualités.

Après avoir traversé un gentil « corner » de M. Francis Jourdain qui serait mieux à sa place dans une maison de campagne, nous atteignons le hall de M. Mallet-Stevens qui arrive, selon son vœu espérons-le, à donner la plus vive impression de froideur rébarbative et d’indigence.

Les deux panneaux cubistes qui ont été si critiqués y sont admirablement à leur place, et accentuent encore l’aspect hostile de la pièce.
Un salon de musique assez terne sert de sortie imprévue à l’ambassade, où s’affirment, malgré quelques fautes apparentes, la sève créatrice, l’harmonie et le tact du génie français.