Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

Arts Décoratifs et Industriels Modernes

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


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Théâtre moderne

Théâtre moderne à l'exposition de Paris 1925

Le théâtre vu de la terrasse des invalides
Architecte(s) : A. G. Perret et A. Granet

Théâtre moderne à l'exposition de Paris 1925

Vue prise du haut d'une des quatre tours monumentales Plumet
Architecte(s) : A. G. Perret et A. Granet

Théâtre moderne à l'exposition de Paris 1925

Intérieur du théâtre - Les gradins
Architecte(s) : A. G. Perret et A. Granet

Théâtre moderne à l'exposition de Paris 1925

La salle vue de la scène
Architecte(s) : A. G. Perret et A. Granet

Théâtre moderne à l'exposition de Paris 1925

Entreprise générale par les établissements Lapeyrère; éclairage par la Société Quartz & Silice; Fauteuils par Maison
Architecte(s) : A. G. Perret et A. Granet

Théâtre moderne à l'exposition de Paris 1925

Perspective axonométrique montrant l'intérieur du théâtre
Architecte(s) : A. G. Perret et A. Granet

Article paru dans "La Science et la Vie" de mai 1925

Si l’Exposition des Arts Décoratifs a voulu son théâtre, ce n’est pas qu’elle ait songé un seul instant à faire une concurrence quelconque aux nombreux théâtres de la capitale, mais bien plutôt pour disposer d’une sorte de laboratoire des arts du théâtre, où toutes les nouveautés scéniques et autres seraient expérimentées et présentées au public dans un cadre approprié.

Les frères Perret, à qui nous devons déjà le célèbre théâtre des Champs-Élysées, ont conçu le théâtre de l’exposition d’une manière totalement différente et qui répond admirablement au caractère provisoire d’une exposition. Ils se sont rappelés qu’ils avaient construits, il y a environ un an, le Palais de Bois, près de la porte Maillot. Un palais, c’était peut-être beaucoup dire, mais ils construisirent une confortable galerie, bien éclairée, répondant parfaitement aux desiderata des artistes auxquels cette construction était destinée. Le théâtre a été bâti presque entièrement de bois. Ce matériau a, d’une façon générale, été trop négligé à l’exposition. Son usage aurait dû être prescrit pour beaucoup de bâtisses trop solidement construites et qui coûteront fort cher à démolir. Les frères Perret ont tiré un excellent parti de cette matière ; l’ossature de leur théâtre est constituée par trente-quatre gros poteaux de bois, qui seront récupérés après l’exposition. Le béton n’a été employé que pour les poutres à longue portée, dont les extrémités sont fixées sur les poteaux de bois. Ceux-ci sont doublés de façon à former un point d’appui extérieur et intérieur au théâtre. Cette disposition présente un double avantage :
1° Pas de crainte d’écroulement immédiat, en cas d’incendie ;
2° Effet décoratif obtenu grâce aux poteaux prenant extérieurement l’aspect d’une colonnade.

La scène est supportée par douze colonnes, susceptibles d’être, en tout ou partie, masquées par les décors. Ces colonnes peuvent, en outre, servir de points d’appui pour la division de la scène en trois secteurs indépendants, permettant aux auteurs des spectacles les combinaisons les plus diverses. On peut utiliser les trois secteurs soit alternativement, soit simultanément, ou encore se contenter du secteur formant le milieu de la scène, qui donne un effet tout à fait analogue aux scènes des autres théâtres. Enfin, des galeries disposées dans la salle peuvent être, au besoin, mises en communication avec la scène pour permettre les dispositions scéniques préconisées par Gémier et consistant à rapprocher par moment acteurs et spectateurs par des défilés dans la salle.

Une galerie de service communiquant avec la scène a été installée au-dessus de l’amphithéâtre. Cette heureuse innovation permet à l’électricien chargé du jeu d orgue de dominer complètement la scène, de pouvoir régler admirablement ses effets lumineux, sans gêner en aucune façon le public, comme il arrive fréquemment avec les projecteurs disposés dans les salles.


Article paru dans "L'art vivant" de 1925

Les éléments qui participent à l’Exposition internationale des Arts décoratifs, en ce qui concerne le théâtre, sont répartis entre le groupe des arts du théâtre ; le théâtre proprement dit, l’édifice nouveau auquel toutes ces classes, par une singulière ironie, sont étrangères et accessoirement l'escalier de Letrosne du Grand Palais, utilisé pour des représentations, et de cet effort, pour organiser d’une manière nouvelle l’architecture, la mise en scène, les décors et costumes, qu’est-il sorti ?

Un article du règlement exclut d’une manière rigoureuse les copies, imitations et contrefaçons des styles anciens. De ce point de vue, l’architecture de MM. Auguste et Gustave Perret apparaît comme un essai tout à fait original pour adapter le répertoire ancien et moderne aux besoins actuels d’une époque soucieuse de reconstituer le passé suivant des méthodes scientifiques, et de le rendre vivant.

L’idée de cette salle de spectacle a été de fournir la matière la plus appropriée pour jouer les pièces du théâtre antique médiéval et moderne.
Pour l’antiquité, quoique les gradins réservés aux spectateurs et l’orchestre soient conçus d'une manière très différente des hémicycles grecs et romains, la scène permet du moins de donner l’illusion de celles d’Athènes et de Rome. Conçue comme un triptyque et divisée en trois parties dont les deux latérales peuvent être supprimées, soutenue par douze colonnes apparentes, au milieu desquelles on peut représenter une pièce sans décors, d’un caractère simple, elle permet aux acteurs d’évoluer sans difficulté, tout en étant sous des différents points de la salle.

Les mystères du moyen âge, si l’idée venait de les présenter au vingtième siècle comme autrefois, trouveraient une scène en trois parties, bien appropriée à la pluralité des sujets joués en même temps. Au lieu de changements successifs de décors, on peut, grâce aux deux baies latérales, représenter simultanément différents lieux où se passe l’action. A l’unité de lieu nécessitée par un seul décor peut se substituer la juxtaposition de scènes différentes, côte à côte. On pourrait même ajouter un étage, pour diviser la scène en deux parties en hauteur afin d’augmenter son champ. Ces lieux nombreux juxtaposés ou superposés peuvent affecter des formes différentes, rondes, en croissant, et la scène se prête à tous ces contours.

Pour le théâtre moderne, dont les premiers essais importants datent du milieu du XVIIIe siècle, surtout depuis le théâtre de l'architecte Louis à Bordeaux, plusieurs problèmes se posent toujours, que l’on essaye de résoudre en tenant compte des progrès de la science. Il s'agit de trouver dans un espace restreint une disposition telle que tous les spectateurs puissent voir, entendre, circuler et de l'autre côté du rideau.il faut assurer des dégagements suffisants pour faciliter le placement des décors, édifier des loges d'artistes, et leur permettre de se mouvoir sans entraves. Il faut tenir compte aussi de l’aération de la salle et de son éclairage.

C’est à toutes ces exigences que répond la construction de MM. Perret, que l’on a appelée une sorte de laboratoire dramatique, car c’est un essai, en bois, béton et acier, un ouvrage éphémère destiné à servir de modèle à un édifice plus important. Son armature est formée de trente-quatre grosses colonnes de sapin, sur lesquelles repose une enrayure de béton de mâchefer.

A l’extérieur apparaît une colonnade à longue portée dépourvue de toute imitation antique, très moderne et dont les éléments ont pour but d’assurer la solidité de l'assemblage des poutres. A l’intérieur, après avoir franchi un péristyle, on accède dans la salle par un atrium, d’où partent des escaliers à paliers peu élevés. Une série de portes protègent des courants d’air.

La scène, comme on l’a vu. est divisée en trois sections, une centrale et deux latérales, une à droite et l’autre à gauche, avec des trappes et des rideaux à l'italienne, indépendants les uns des autres. Dans le fond, devant l’arrière-scène, se détache un panorama en blanc réservé aux décors; tout à fait en avant, un proscenium démontable, en trois parties, que l’on peut remplacer par un orchestre pour les musiciens. La scène communique avec la salle par des galeries, pour permettre aux acteurs de préparer leurs entrées ou leurs sorties dans la salle, en rendant ainsi plus étroit le contact avec le public, qui participe librement au spectacle.

Par un système ingénieux d'éclairage, un plafond lumineux donne l’illusion de la lumière du jour. Dans une galerie supérieure, où sont installés une série de lampes, de projecteurs et d’appareils électriques, on arrive à donner les mêmes couleurs, la même intensité de clarté ou d'ombre pour la scène que pour la salle. Sur la scène, aux rampes qui n’éclairaient que le bas des personnages est substitué un système plus puissant qui environne de lumière les artistes jusqu'au-dessus de la tête.

Un tel appareil, où dominent de nombreux plans cubiques, souligne le fait que l’architecture théâtrale repose sur trois dimensions et ne peut pas se borner à deux, comme on le faisait en abusant des trompe-l’œil.

Les conséquences qui résultent de cette disposition si originale peuvent être très importantes pour la rénovation de la mise en scène. C’est d’abord la suppression de ce décor peint en simulant le relief, que l'on obtient par des procédés habiles d’éclairage. Au lieu de ce truquage, il faut maintenant la vérité sans altération. Une colonne par exemple, ne doit pas être peinte en trompe-l’œil : il faut employer une colonne véritable. Il ne s’agit pas là d’un principe de décoration cubiste, mais des formes simples, non torturées comme dans les théâtres italiens qui pendant si longtemps ont exercé leur influence en France.

Un des résultats obtenus par cette architecture si neuve, c’est qu’elle réalise une harmonie parfaite, non seulement avec les décors et les costumes des acteurs, mais aussi avec ceux du public.

Bien que l’édifice de MM. Auguste et Gustave Perret et André Granet soit provisoire, compris entre les voûtes du Métropolitain et l’esplanade des Invalides, ce qui limite sa hauteur, on est frappé du travail préparatoire dont il est la résultante : MM. Perret nous ont montré leurs différentes études préparatoires. Ils ont tenté de suivre l’histoire des salles de spectacle à travers les âges.

Pour que cette conception si intelligente trouve une réalisation pratique, il .était nécessaire de choisir un répertoire d'œuvres intéressantes, mises ainsi en valeur par ces nouveaux procédés techniques. Point n’était besoin de dénicher des auteurs inconnus pour essayer d'utiliser cette construction originale. Il suffisait de rajeunir les chefs-d'œuvre de notre répertoire français et étranger en l’adaptant à une curiosité plus éclairée. Le but pouvait être double : reconstituer le passé d’après des données scientifiques exactes et fondées sur des documents graphiques, et en même temps le rendre vivant et actuel.

L’association française d’expansion et d’échange artistique, patronnée par le ministère des Affaires Etrangères et celui de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, se proposait un plan assez ambitieux. Son idée consistait, après une enquête auprès des différents membres du corps diplomatique ainsi qu’auprès de ses correspondants, à accueillir toutes les manifestations d’art des étrangers dans un local mis à leur disposition. Ce n’est point sa faute si malgré les promesses qui lui ont été faites, les diverses vedettes des différentes troupes de tous les pays du monde ont reculé devant les prix des moyens de transport et des frais d’installation et de séjour que ces déplacements impliquent.

Il faut souhaiter qu’on réalise durant les dernières semaines de l’Exposition toutes les espérances fondées sur cette mise en commun de pièces diverses constituant un véritable répertoire international. Dans un article des « Annales» d’avril dernier, M. Brussel a indiqué beaucoup de ses désidérata.

Il est inutile d’en ajouter d’autres, car ces entreprises exigent des sommes considérables et nécessitent un renouvellement perpétuel de spectacles qui ne durent qu’un jour ou deux.

Il faut compter sur l’expérience de l’excellent administrateur qu’est M. Camoin pour résoudre toutes les difficultés que peut susciter l’absence d’une troupe régulière, d’une pièce jouée quotidiennement, et l’on peut formuler le vœu qu’une habile direction réussisse à orienter non seulement la mise en scène, mais aussi le goût public vers des formes d’art pur. Tous les éléments de cette rénovation ont été étudiés et préparés soigneusement par la classe 25, qui a tâché de choisir les modèles les plus intéressants de décors et de costumes qui lui ont été soumis en grand nombre et qui dénotent parfois des talents très personnels. Malheureusement, l’inauguration du groupe des Arts du théâtre a dû être retardée par suite de délais qui ont dû être accordés à l’architecte chargé de ce stand, l’éminent M. Trouchet.

L’escalier de Letrosne. dans le Grand Palais, doit être aussi considéré comme pouvant servir de scène pour des fêtes ou des représentations telles que les comprenaient Reinhardt et Gémier. II est superflu de souligner l’utilité maintenant bien connue d’un escalier, surtout lorsqu’il est à paliers et très élevé, pour insister sur le parti qu'on peut en tirer pour faire évoluer une quantité de personnages et laisser une impression de grandeur et de mouvement.

C’est un vœu que vont exprimer bientôt tous les directeurs de théâtre. Le public, épris surtout de pièces à spectacle, la concurrence du cinématographe, le besoin de mouvement que l’on recherche, l'esprit critique qui s’applique à reconstituer jusque dans les moindres détails les costumes et les décors du temps passé, la nécessité de s’appuyer sur l’histoire trop longtemps dédaignée, tous ces signes font présager que les théâtres modernes vont entrer dans un perpétuel devenir.


Article paru dans "L'Illustration" de Janvier 1925

L’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes vaudra, en 1925, à toutes les attractions parisiennes abondance de visiteurs. Tous les théâtres de la capitale s’efforceront de mettre leurs programmes à l’unisson d’une manifestation mondiale. Le Commissariat général n’en a pas moins pensé que l’art dramatique avait des rapports trop étroits avec tous les arts appliqués pour qu’il n’y ait pas, dans l’enceinte de l’Exposition, une salle de spectacle officielle, accueillante aux trouvailles concernant la mise en scène, le décor, le costume et cette plastique décorative vivante que sont les danses et les ballets.
Ce théâtre se construit sous la direction de MM. Auguste et Gustave Perret et André Granet. Pour une entreprise provisoire, dotée de crédits restreints, on ne pouvait faire immense et compliqué. Il fallait d’autant moins songer à établir une machinerie scientifique avec « dessous et dessus » qu’il était interdit de descendre dans le sol ou de s’étendre en hauteur. En creusant, on eût rencontré presque aussitôt la voûte du Métropolitain. En montant, on aurait détruit les perspectives de l’Esplanade.

Les architectes s’arrêtèrent à l’idée de constituer un laboratoire dramatique, un atelier d’essais conçu d’une façon économique tout en permettant les utilisations les plus variées. Pour le réaliser, ils ont ingénieusement marié le bois, le béton et l’acier. La structure générale est en pan de bois. Pour franchir les larges espaces interviennent les poutres de béton lorsqu’une forte charge est à prévoir. Dans les parties qui n’ont à répondre qu’à un poids moindre et constant, dans les toitures par exemple, on se contente de poutrelles d’acier. Alliance intelligente de tous les systèmes de bâtir en vue de l’établissement d’un ouvrage éphémère. Le sapin supporte ici le béton. La sagesse de cette apparente anomalie éclate lorsque l’on considère que les deux matériaux ont la même résistance à la compression (40 kilos par centimètre carré). L’emploi du moins dispendieux s’indiquait, puisque, si le bois est de durée plus limitée, le facteur est négligeable en la circonstance.

L’ossature de l’édifice est constituée par 34 gros poteaux de sapin sur lesquels repose une enrayure de béton de mâchefer, — moins durable peut-être, mais aussi moins coûteux que le béton ordinaire. Conception logique pour une exposition, puisqu’à la démolition on retrouvera tout le bois et tout le fer et que, seule, l’enrayure en béton devra être sacrifiée.

Pour qu’il ait plus de chances de rester en place en cas d’incendie, l’assemblage des poutres de béton est fixé sur des poteaux doublés, les uns se trouvant à l’intérieur et les autres au dehors. On obtient ainsi à l’extérieur une colonnade à longue portée d’un caractère très moderne et qui n’emprunte son ornementation qu’aux organes mêmes de la construction.

Fénelon — dont on n’attendait peut-être pas tant , d’autorité en matière d’architecture — a émis dans son discours de réception à l’Académie une maxime que M. Auguste Perret aime à citer, en y conformant ses travaux : « Il ne faut pas admettre dans un édifice aucune partie destinée au seul ornement ; mais, visant toujours aux belles proportions, on doit tourner en ornement toutes les parties nécessaires à soutenir un édifice. »

Le théâtre de l’Exposition sera l’illustration de ce principe. Sur les façades, un revêtement de lithogène, qui présente l’aspect et le grain de la pierre, restera complètement uni. Seuls, les châssis ouvrants, les portes, la frise de ventilation et la corniche seront utilisés pour en rompre harmonieusement la monotonie.

Du péristyle, où seront logés les bureaux de location et les lavabos, on pénétrera dans le théâtre par six tambours permettant l’accès d’un atrium sur lequel donnera un vestibule qui contiendra les vestiaires et d’où jailliront les escaliers. En ce lieu, des paliers peu élevés se prêteront à l’étalage des élégances. Ce genre de foyer sera précédé de trois portes, indispensable précaution si l’on veut éviter les courants d’air. Une quatrième porte devra être franchie avant de parvenir à la salle, ainsi parfaitement préservée.

Le théâtre se scinde en deux parties étroitement liées : la scène avec ses dépendances d’une part, la salle proprement dite d’autre part.

La scène, elle, est comprise à la manière d’une abside de temple. Son plafond est soutenu par douze colonnes susceptibles de rester apparentes et au milieu desquelles on pourrait jouer sans décor. Ces points d’appui sont distribués de telle sorte qu’il est facile de diviser le vaste plateau en trois secteurs indépendants : une scène centrale et deux scènes latérales. Dans le but d’augmenter pour les auteurs dramatiques le nombre de combinaisons à tirer de ces dispositions nouvelles, plusieurs rideaux seront installés. Tout d’abord, en avant du proscenium, un rideau droit fermant les trois scènes sera monté à l’italienne, sur une équipe démontable pour le cas où la mise en scène de certains spectacles l’exigerait. De plus, chaque scène sera munie de deux rideaux, l’un s’ouvrant à l’italienne, l’autre montant. Une équipe pour rideaux spéciaux restera en attente d’inventions scéniques ou décoratives.

Les rideaux des trois scènes pourront se lever simultanément ou alternativement. Pour obtenir une scène semblable à celles du boulevard, il suffira de fermer les baies latérales.

Le rideau de fond sera constitué par un panorama en blanc d’environ 34 mètres de développement, sur lequel seront projetés des décors. Ce panorama coupera la scène à peu près au milieu, à 5 mètres environ du rideau, à 10 mètres du bord extérieur du proscenium. Ce dernier, démontable en trois parties, fera place, lors des solennités musicales, à une fosse d’orchestre de 50 à 60 musiciens.

Pour en terminer avec l’organisation de la scène, ajoutons que, malgré la présence du métro dans le sous-sol, en tenant compte de l’élévation du plateau au-dessus des fauteuils d’orchestre les plus bas, les architectes ont pu créer un étage de « dessous » de 2 m. 60 de haut.

Derrière le mur du lointain seront situées les loges d’artistes, superposées sur trois étages.

Des communications de la scène avec des galeries en principe affectées aux spectateurs laisseront liberté de faire passer des acteurs dans la salle. Si M. Gémier veut déployer une mise en scène selon sa formule, il aura la faculté de noyer l’assistance dans son spectacle.

La salle comprendra un orchestre comportant, sur un plan fortement incliné, trois masses de fauteuils, l’une parallèle au proscenium, les deux autres parallèles aux scènes latérales disposées en oblique. Au fond, des loges découvertes formeront corbeille. Au-dessus d’elles, l’amphithéâtre s’étagera jusqu’au faîte du vaisseau, surmonté seulement par une galerie de service s’étendant jusque sur la scène et établissant une liaison pratique entre celle-ci et la salle. Dans cette galerie seront centralisés — précieuse innovation — tous les services d’électricité. De cet observatoire, l’électricien du jeu d’orgue dominera à la fois la scène et le public. Il sera comme un capitaine sur son navire. L’existence d’une telle galerie évitera les déplorables installations de projecteurs au milieu du public. Elle offrira, au point de vue de la surveillance par les pompiers, des avantages considérables. .Au surplus, en certaines occasions, des chœurs pourraient être massés dans ces hauteurs.

Sur les côtés, à un niveau légèrement supérieur à celui du plateau et communiquant avec lui, les galeries-promenoirs faciliteront aux artistes et à la figuration l’enveloppement d’une partie de l’auditoire. Au-dessus, a mi-hauteur de l’amphithéâtre, — se trouvera une autre galerie à laquelle il serait possible d’accéder de la scène et, selon les besoins, ouverte ou fermée au public.

L’aération est assurée par une frise de ventilation placée juste en dessous de la galerie d’électricité et composée de demi-tuyaux emboîtés les uns dans les autres, ne laissant pas filtrer la lumière, mais autorisant le passage de l’air. Ces éléments cylindriques, alignés sans solution de continuité, couronnent d’un motif typique ce théâtre où rien n’est ornemental, où tout est décoratif.