Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


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Manufacture de Copenhague

Manufacture de Copenhague à l'exposition de Paris 1925

La pavillon de la Manufacture Royale de Copenhague
Architecte(s) : Helveg Muller

Manufacture de Copenhague à l'exposition de Paris 1925

Vue intérieure du pavillon de la Manufacture de Copenhague
Architecte(s) : Helveg Muller

Manufacture de Copenhague à l'exposition de Paris 1925

Pavillons de la Manufacture Royale de Porcelaines de Copenhague et de la Manufacture de Faïence de Copenhague
Architecte(s) : Helveg Muller

Article paru dans "L'Illustration" de 1925

Le joaillier s’attarde souvent à soigner l’écrin et c’est sur un velours moelleux de nuance délicate qu’il présente la perle. Bing et Grôndahl, dans la section danoise du Grand Palais, ont offert à la curiosité du public les précieux bijoux et les véritables chefs-d’œuvre de leur production d’une diversité infinie, au milieu de l’appareil le plus simple, le plus froid, le moins attirant pour ainsi dire. Etait-ce une gageure? Peut-être, mais ils l’ont gagnée.

La foule n’a cessé de se presser devant leurs porcelaines étincelantes d’un éclat doux, leurs «pâte tendre», d’une finesse de grain inexprimable, leurs grès flammés, d’une richesse et d’une variété de coloris où dominent les notes de la pureté et de la fraîcheur, les saisissantes sculptures que taille dans la roche céramique le Français Jean Gauguin, un des premiers parmi leurs maîtres collaborateurs, et enfin ces troublantes merveilles que sont les porcelaines sculptées, œuvres de ciseaux féminins, maniés par les mains habiles, les mains de fée, patientes et savantes aussi, de Mlle Hegermann Lindencrone, de Mlle Garde et de Mme Jo Locher.

La célèbre Manufacture de porcelaine Bing et Grôndahl, de Copenhague, dignement représentée à Paris par le maître céramiste Rouard, date du milieu du dix-neuvième siècle. Elle fut créée pour reproduire en biscuit les œuvres d’un sculpteur danois qui fut illustre et dont le nom demeure : Thorwaldsen. Ce fut à partir de 1884 qu’elle donna surtout à son effort une tendance novatrice et moderne. A cette époque, elle était dirigée par Ludwig et Harald Bing. Harald Bing possédait ce don rare d’être un découvreur d’hommes.

Il découvrit Willumsen, le détermina à appliquer à la céramique son merveilleux talent et son intuition prodigieuse, le dirigea d’une volonté ferme, par une critique fraternelle, soutint et conduisit ses essais et fit de lui le directeur artistique de la Manufacture. Les grands, les véritables chefs savent seuls s’entourer de grands collaborateurs ! Willumsen fut le précurseur incontestable de l’art décoratif danois. Ses travaux antérieurs à 1900, audacieux, éclatants de foi dans l’avenir, semblent, quand on les considère, le fruit des principes auxquels on se prend seulement aujourd’hui à obéir.
Un des mérites de Bing et Grôndahl est de chercher autour d’eux les jeunes talents et non pas seulement de les accueillir, mais de les cultiver pour les aider à mûrir, de permettre à l’étincelle de devenir foyer.

C’est ainsi qu’ils accueillirent, arrivant adolescent de sa province de Fionie, inconnu, sans appui, Kai Nielsen dont la mort en 1924 fut pour le Danemark et son art national une perte sensible. Ils acquirent ses premières œuvres et l’on peut dire que ce fut à l’action d’Harald Bing sur sa vie d’artiste que Kai Nielsen a dû de devenir un des plus grands sculpteurs danois de tous les temps. Son aptitude à manier le kaolin, sa maîtrise à plier la fécondité ardente de son inspiration aux conséquences du jeu capricieux de la lumière sur le poli de la porcelaine et l’ampleur de sa production ont abouti à établir combien la céramique était capable de satisfaire aux exigences de la grande sculpture. Et ce n’est pas une révélation technique négligeable.

Son chef-d’œuvre fut la Mer. Il l’acheva sur son lit de malade. Aucun mot ne saurait donner une idée de la beauté absolue de ce travail d’une porcelaine moulée d’un blanc pur de lait. La mer féconde et nourricière y est figurée par une jeune femme couchée. Deux de ses enfants s’allaitent à ses seins et d’autres s’ébattent autour d’elle chevauchant des tritons.

La découverte de la « pâte tendre », une des spécialités de Bing et Grôndahl, fut le fruit d’une conversation entre M. Harald Bing et le conservateur du Musée des Arts décoratifs de Copenhague, M. Emil Hannover. La « pâte tendre » est remarquable à la fois par son grain et par sa faculté de garder de la cuisson une merveilleuse fraîcheur de coloris. Les premiers résultats qu’elle a permis d’obtenir avaient été réservés à l’Exposition des
Arts décoratifs. Ils y ont été extrêmement admirés.

Mais l’une des gloires de Bing et Grôndahl sera, sans aucun doute, d’avoir permis au bel artiste français, Jean Gauguin, fils du peintre estimé de ce nom, en lui ouvrant dès 1920 leurs ateliers, en mettant à sa disposition le concours de leurs chimistes, de créer, après de nombreux essais laborieux et un effort considérable, cette « roche céramique », matière artificielle qui, par la dureté et l’inaltérabilité que lui donne la cuisson, offre, pour la décoration extérieure des immeubles et des jardins, les mêmes garanties que le marbre ou la pierre et assure en même temps à l’artiste la faculté unique en art céramique d’achever l’exécution tout entière de son œuvre, sans qu’aucun élément étranger intervienne entre sa conception et la réalisation définitive de celle-ci.

Il faut admirer dans son inspiration cette puissance qui l’a fait créer la matière qu’il sentait nécessaire à l’interprétation de ses rêves ou de la vie, et louer la fertilité de son imagination quand il s’abandonne au rêve, la pénétration de son œil quand il observe la vie. Son taureau blessé de roche céramique, se couchant dans l’arène pour mourir, percé de la mince épée du matador, est d’une vérité saisissante.

Mais il y aurait tant à dire de tant d’autres créations ou spécialités de Bing et Grôndahl sur lesquelles il nous fout maintenant glisser ! Il est pénible de ne pouvoir s’étendre sur leurs grès de grand feu, nés de la collaboration du chimiste Hallin et de feu Cari Petersen, maître céramiste, obtenus en des ateliers où l’on vit penché sur l’antique four du potier, anxieux des résultats, craignant les hasards du feu et ses caprices. Des volumes seraient à écrire — et lus avec intérêt — sur leurs porcelaines sculptées, leur nouvel émail mat, doux au toucher comme un épiderme d’enfant et qui convient à la fabrication de bibelots menus d’une incomparable délicatesse, sur l’art prestigieux avec lequel ils traitent la porcelaine sous émail.

Et comme nous le considérions, l’autre jour, au Grand Palais : « Comment donc, avons-nous demandé... comment donc obtenez-vous cette saillie du motif décoratif sur le fond de l’objet ? »

On sourit et on nous invita à juger au toucher. Aucune saillie n’existait. Le beau vase était absolument lisse.

N’est-ce pas au peintre grec Apelle que quelqu’un disait : « Soulevez donc ce voile qui m empêche de voir votre tableau » ? Or, c’était le voile même, peint, qui formait tout le tableau.
Et c’est ainsi qu’en toute ingénuité, en toute sincérité aussi, a pu être rendu à une œuvre maîtresse de Bing et Grôndahl le même hommage involontaire, mais combien éloquent, qui salua jadis le génial Apelle.


Article paru dans "L'art vivant" de 1925

La Manufacture Royale de Porcelaine de Copenhague, fondée en 1779 par la reine Juliane Marie qui encourageait les artistes et favorisait les arts, a tenu à présentera l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes un ensemble digne de sa célèbre réputation et capable de la faire distinguer encore parmi des concurrents présentant aussi des objets particulièrement artistiques.

La Manufacture Royale a fait édifier deux pavillons symétriques par M. Helveg Muller, architecte danois réputé. Ces deux pavillons sont reliés par une terrasse précédée d’un double perron, l’un est dit pavillon du roi et est consacré plus particulièrement à la porcelaine, l'autre nommé pavillon de la reine est réservé à la faïence. Dans le premier, on voit le buste du roi Christian coiffé d’un grand bonnet à poils et dans l’autre celui de la reine Alexandrine; ces deux bustes sont en porcelaine blanche. L’architecte a eu une excellente idée de séparer ces deux pavillons car la foule s’y presse littéralement et après être resté un certain temps à admirer les produits exposés dans le premier pavillon on peut aller respirer sur la terrasse avant d’entrer dansée second où la foule est aussi dense.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer M. Dalgas administrateur en chef de cette fabrique et celle de M. Helveg Muller lors de leur passage à Paris; il faut avoir fréquenté des Danois pour apprécier leur extrême amabilité. Mademoiselle Dalgas a tenu à nous faire visiter elle-même les pavillons de la manufacture qu’administre son père avec M. Chr. Joachim connue directeur artistique. Cette gracieuse jeune fille a été pour nous un guide précieux car elle connaît non seulement fort bien la fabrication, mais aussi le français et c’est avec aisance qu’elle nous a présenté les objets exposés en employant des termes exacts pour nous faire remarquer les difficultés surmontées et les résultats obtenus. Elle nous a avoué qu’elle était très heureuse de pouvoir rester six mois à Paris parce que cela lui permettrait de parler mieux encore notre langue.

L’architecte a tenu à une grande simplicité dans la forme et la couleur des pavillons. Ils sont de forme rectangulaire avec façade principale légèrement ronde et toute vitrée pour former une devanture coupée par une grande porte d’entrée à deux vantaux garnis de glaces et munis de tiges de cuivre qui protègent ces dernières ; une seule porte latérale également à deux vantaux garnis de glaces permet, de la terrasse, l’accès à chaque pavillon. Les deux bâtiments sont de ton gris très pâle avec soubassement en gris très foncé comme les marches des escaliers des portes et celles des perrons; cette couleur grise est rompue par le ton vert pomme des portes et des parties basses des bancs de la terrasse qui ont eux-mêmes leur partie supérieure peinte en gris foncé comme les piédestaux des statues et des vases ornant les salles et cette terrasse. Les façades sont surmontées d’un étroit bandeau de couleur bleu vif sur lequel se détache en lettres minces en relief et dorées le nom de la manufacture. Aucun ornement autre que les armes du Danemark, surmontées de la couronne royale sculptées, peintes et dorées ornant la porte principale de chaque pavillon. Ces deux constructions sont couvertes par une toiture plate avec large saillie sur la façade vitrée pour la protéger de la pluie et du soleil.

Chaque pavillon forme une salle unique d’une beauté aussi sobre que celle des extérieurs. Les vitrines non fermées sont d’un ton gris perle avec plinthes et bandeaux en gris foncé, elles sont surmontées d’une partie pleine formant frise d’un ton crème extrêmement clair soutenu de marbrures dorées.

Les façades des pavillons sont bien en rapport avec l’aménagement et la décoration simples des salles d’exposition. L’élégance sobre des intérieurs 11e peut que faire valoir la beauté des objets exposés sous une lumière tamisée par l’auvent surmontant la façade arrondie et entièrement vitrée. On ne peut que féliciter l'architecte. M. Helveg Muller de son heureuse inspiration car l’ensemble donne l’impression d’un style moderne délicat et sans prétention.

Sur un piédestal placé en avant, au milieu sur la terrasse s'élève une statue assez, haute "le Potier" par M. Jais Nielsen jeune artiste attaché à la manufacture.
Nous voyons tout d’abord dans les pavillons les animaux en porcelaine blanche inimitables que nous avons si souvent admirés et qui sont si connus, quelques-uns dûs à M. K. Khyn, qui s’est spécialisé comme animalier et surtout dans les singes.

A citer également deux grands vases en porcelaine blanche décorés sous émail. L’un représente des barques de pêche danoises sur une mer calme, sous des nuages longs et est signé par M. Benjamin Olsen ; l’autre avec un vol de cygnes en perspective de grandeur de plus en plus forte est signé par M. V. Th. Fischer.

Les petits vases en porcelaine flammée par M..Proschowskv sont particulièrement remarquables : les uns sont en porcelaine blanche avec parties couvertes de givre exactement semblable à celui des vitres en hiver.

Les porcelaines blanches ou grises, craquelées, décorées sur l’émail sont représentées par des plats, des bols et des coupes avec ornementation ou fleurs en or fin et par de jolis petits vases à décoration dorée et personnages en grisailles rehaussée d’or, dûs à M. Thorkihd Olsen.

Dans la porcelaine grise décorée sous l’émail au grand feu, d’un tou presque blanc nous mentionnerons un vase très riche de forme et de décor avec couvercle à filets, â guirlandes de fleurs et médaillon d’un ton gris fer avec une légère pointe de bleu, des grands plats avec une plante très détaillée au premier plan se détachant sur un paysage également du même ton gris légèrement bleuté, ces jolies choses composées et exécutées par M. Olut Jensen et des statuettes représentant des personnages costumés, décorées dans le même genre dues à M.Georg Thylstrup, sculpteur.

Sur les tables sont exposés de très beaux services en porcelaine blanche décorée sur émail dus à MM. Ch. Joachim. A. Maliwosky, leur décoration est bleue ou dorée.

Pour terminer avec la porcelaine nous citerons d’une façon particulière deux objets d'art qui ont retenu longuement notre attention, ce sont les admirables groupes en porcelaine blanche décorée sur émail de M. Gerhard Henning avec parties mates et brillantes.

La manufacture royale s’est attachée enfin à faire des porcelaines de céladon comme celles qui étaient, il y a mille ans, en grande faveur en Chine ; ce sont des vases unis ou des objets sculptés d’une couleur rappelant celle de la feuille du pêcher, c’est-à-dire vert amande très doux, MM. O. Mathiesen et M. Jais Nielsn rivalisant dans ce genre.

Depuis 1863 la manufacture a installé une autre fabrique qui s'occupe plus particulièrement de la faïence décorée, d'un aspect, vif, gai, rutilant aux tons de pierreries, M. Chr. Joachim artiste de talent s'est consacré aussi à cette intéressante fabrication et est devenu grâce à ses connaissances et à son habileté technique directeur artistique des deux manufactures, par ses soins les établissements ont obtenu des succès considérables et c’est ainsi que nous pouvons admirer à l’Exposition les petites statuettes de Nielsen rappelant les dessins d’animaux de Granville.

Ces services de table en faïence Tranquebar sont généralement utilisés avec les verres en demi-cristal, en verre blanc et verre blanc teinté pour les vins fins fabriqués en collaboration avec la Verrerie de Holmegaard.

Les services à thé en faïence dits roses roses décorés de petites roses sur feuillages d’un vert très riche voisinent avec des jardinières ornées de fleurs énormes et de gros feuillages, rehaussées de fruits sculptés aux tons riches et vigoureux.

Nous remarquons particulièrement des plats et des vases ornés d’oiseaux et de paons aux riches couleurs tranchant sur des feuillages élégamment composés.

L’exposition se complète par la série des grès, parmi ceux-ci, un hamadryas d'un ton gris vert avec des coulées de grenat placé sur la terrasse, des grès au grand feu flammés au ton lie de vin dit sang de bœuf (sang de drague comme le nomment les Italiens) par M. P. Nordstrom, des grès en gris sombre, d’autres presque vert-de-grisés. Nous retrouvons ici M. Nielsen avec ses grès décorés sous l’émail au grand feu de couleur très sombre presque de celle du fer ou à l’apparence de l'ardoise avec couvertes en parties réservées, ces couvertes décorées toujours par des sujets religieux datant du commencement de l'époque romane ; ses grès sont des produits céramiques remarquables, mais pourquoi nous montre-t-il à l’Exposition des Arts décoratifs modernes des sujets d’un dessin si ancien ?

Beaucoup de grès ont des montures et des couvercles en bronze forgé dus au talent véritable de M. G. Thystrup.

L’exposition de la manufacture royale de porcelaine de Copenhague est dans son ensemble et dans ses détails particulièrement remarquable.