Retour - Liste Pavillons

Studium-Louvre


Studium-Louvre à l'exposition de Paris 1925

Architecte(s) : A. Laprade

Le « Studium-Louvre », atelier d’art décoratif moderne des Grands Magasins du Louvre, occupe un des points cardinaux de ce quadrilatère que limitent, sur l’Esplanade, le double pavillon de Sèvres et le quai d’Orsay. L’édifice construit pour lui par l’architecte Albert Laprade est à dessein discret ; il comporte, au rez-de-chaussée, rayonnant autour d’un hall central, six alvéoles réservés à des « ensembles mobiliers » modernes ; à l’étage, un salon de thé. L’architecte, visiblement, a pensé qu’un cadre sobre fait valoir ce qu’il enferme, et qu’il est imprudent de présenter fût-ce un joyau dans un écrin fastueux. Il a placé dans une exécution parfaite les beautés que recherchent les connaisseurs, voulant que son pavillon fût digne des meubles, des tissus, des objets d’art et des brimborions d’élégance qu’y réunit le Studium.

Le Studium est de fondation relativement récente. C’est peu après la guerre qu’il s’est constitué ; les hommes qui le forment sont eux-mêmes des « jeunes ». Il ne traîne donc après soi le poids mort d’aucun passé, ne doit aux devanciers que ce que toute époque doit aux efforts antérieurs.

L’atelier du Studium est naturellement « moderne » ; il pense « moderne ». Aussi bien ses praticiens expriment-il avec naturel et sincérité l’esthétique nouvelle sans tomber dans l’artificiel ni dans le bizarre. Le principe auquel se conforment les André Fréchet, les Kohlmann, les Djo Bourgeois, les Maurice Matet, les J. et J. Martel, équipe que renforcent des collaborateurs occasionnels, consiste à composer des choses pratiques, bien exécutées pour échapper aux vicissitudes de la mode, sobres pour conserver leur agrément, modérées de prix pour répandre dans le grand public les bienfaits individuels et sociaux de la stabilité du foyer.

Le « Studium », d’ailleurs, ne prétend être ni un musée, ni une école. Il entend seulement satisfaire aux besoins d’une clientèle nouvelle de plus en plus étendue, qui se sent lasse de l’ancien et aspire à voir se former le « style » moderne qui traduira le sentiment que nous avons de la beauté.

L’exposition du Studium reflète cette conception rationnelle. Sans doute elle n’appartient pas à la production courante, aux mobiliers de série qu’édite normalement le Louvre : dans une confrontation où les trente nations rivales montrent les réalisations les plus importantes qu’elles aient imaginées, le gros des visiteurs, qui regarde superficiellement, ne saisirait pas l’intérêt, pourtant considérable, qu’offrirait un ensemble de meubles de série. Le Studium, cependant, ne voulait pas déguiser sa pensée. Il a donc tourné la difficulté : ce sont des modèles d’artistes qu’il expose, modèles enrichis de sculptures originales ou de recherches décoratives dont la pièce de série peut se priver sans perdre la beauté de ses proportions, ni la richesse de son effet. L’art, en l’espèce, consiste à composer des formes assez belles pour que l’élément décoratif qui accroît la valeur d’une œuvre originale ne soit pas l’unique condition de sa grâce.

Simple et calme est l’architecture des meubles du bureau que compose M. Djo Bourgeois, meubles d’acajou massif sculptés, par M. Malclès, de puissants reliefs à motif végétal, puissants non par une forte saillie que condamnerait le bon sens, mais par la franchise et la décision du dessin. Seul, le coffre à T. S. F., élément organique de tout mobilier moderne, est nu : affirmation significative du goût de simplicité qui gagne peu à peu. Quelques notes amusantes : le tapis encadré d’un décor géométrique orange, noir et blanc ; le fauteuil semi-cylindrique en cuir rouge ; la grosse Jampe de bureau ; une statuette de danseuse aux volumes systématiquement stylisés. Par-dessus tout, un plan des plus intéressants, non symétrique, formant des encoches et des redans au gré de la composition générale à laquelle il se subordonne pour recevoir ici le canapé, là quelque petit meuble. C’est là le principe qui se dégage des œuvres du Studium ; il est éminemment propre à les vivifier, témoin la chambre à coucher réalisée par M. Kolhmann. Ses meubles : l’armoire à glace et le lit bas décorés d’écoinçons sculptés par M. Leyritz, les fauteuils tendus d’un damas à dessins géométriques, le petit bureau dont le palissandre réchauffe le ton cendré d’un lambrissage soigneusement poli, ont leur place marquée dans les renfoncements et les incurvations du plan. Attenante à la chambre, une salle de bains créée par M. Laprade, architecte du pavillon, apporte une note nouvelle. C’est une cage de verre, illuminée de l’extérieur, entièrement construite en carreaux moulés par Daum et seulement animée d’une natte de filet et d’une portière, œuvre de Mlle Solange Patry, zébrée de grandes diagonales noires du plus beau caractère.

A MM. Fréchet, Lahalle et Levard sont dues les deux pièces contiguës qui font suite à la salle de bains : le boudoir et le salon, construits en citronnier verni. Le premier comporte, groupés autour d’un ingénieux petit guéridon carré à pied volumineux, le secrétaire, le canapé, quelques sièges à dossier sculpté d’une gerbe et, dans une niche, une cascade de perles, éclairée par l’intérieur, d’un effet charmant. Deux bucoliques, peintes par M. A.-E. Marty, complètent fort heureusement le caractère intime et gracieux de cette pièce très réussie. Le salon, des mêmes auteurs est conçu dans un esprit tout autre. Là règne une recherche un peu extérieure. Tapis, tentures et tissus d’ameublement sobres mais somptueux accompagnent une table médiane barlongue à dessus de marbre, supportée par deux pilliers massifs sculptés, par M. Malclès, de gros feuillages argentés. Une vitrine pareillement argentée contient les céramiques, les tabletteries, les bibelots élégants créés par le Studium. Les sièges de palissandre sont caractérisés par un judicieux rajeunissement des formes traditionnelles. C’est à M. Maurice Matet qu’est due la salle à manges^ l’un des plus expressifs des six ensembles du Studium. Par une série de décrochements, son plan obtient la diversité, tandis qu’un plafond circulaire à rampe lumineuse en regroupe les plans asymétriques, au sommet desquels court une haute frise présentant, gravées dans le ciment patiné, les représentations des sports. Dans les alvéoles ainsi ménagés, se logent un vide-poches, un dressoir d’amboine rehaussé d’ébène comme la table, et un canapé couvert, comme les chaises escortant la table, en peau de serpent. Telle est l’exposition du Studium. Elle ne témoigne pas seulement d’un savoir étendu et d’un goût parfait, mais aussi d’une conception très heureusement réaliste des besoins contemporains. Or, nous avons besoin d’un retour au réalisme.

©L’Illustration - 1925