Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris 1925

Arts Décoratifs et Industriels Modernes

28 avril 1925 - 25 octobre 1925


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Moyens de Transports

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Les galeries des moyens de transports s’étendent le long du quai d’Orsay, entre le pont de l’Alma et celui des Invalides.

Le principal intérêt de ces galeries se trouve concentré sur un train entier qui est exposé sur un véritable tronçon de voie ferrée, dans une cuvette de cent cinquante mètres de longueur.

Mais ce n’est pas un train ordinaire que l’on y voit ; les wagons ont été aménagés. d’une manière nouvelle et originale. C’est ainsi que nous reproduisons ci-dessus un wagon-fumoir qui ne le cède en rien, par le confort, aux voitures américaines les plus luxueuses.

Le luxe n’exclut pas, cependant, tout souci artistique. Le wagon que l’on voit ici est dû à l’un de nos meilleurs décorateurs, Francis Jourdain, qui ne s’est pas, ici, contenté d’être un artiste ; son wagon est, en effet, admirablement conçu au point de vue pratique.

©La Science et la Vie - 1925


Il y a sur la rive gauche de la Seine une suite de baraquements vivement coloriés, qui s’étendent du pont des Invalides au pont de l’Alma et qui abritent la classe dite des transports. On y trouve des wagons des diverses compagnies de chemins de fer, des carrosseries d’automobiles, des aménagements de paquebots. Regrettons seulement que, sur la Seine, dans le bassin avoisinant, on n’ait pas tenu la promesse de nous montrer des yachts. Il ne peut être question, ici, de régionalisme. Comme un central téléphonique, un bureau des postes et télégraphes, un transformateur d’énergie électrique, un bungalow, une automobile, un paquebot sont d’une époque, non d’un pays.
Peut-être y a-t-il un régionalisme des voitures, et nous serait-il facile de citer certaine marque qui, fabriquée dans le Sud-Est de la France, convient plus particulièrement à la route des Alpes. Quant aux bateaux à voiles, tous ceux qui ont parcouru la Méditerranée savent que la forme de leurs nefs et de leurs voiles dépend des vents dominants de telle ou telle zone maritime et qu’ils portent des noms différents, suivant les cas. La question ne se pose pas pour le chemin de fer, où l’ingénieur donne à l’architecte une merveilleuse leçon de logique.

L’Illustration a plusieurs fois signalé l’intérêt des installations récentes de la Compagnie du Nord, de ses nouvelles gares, de ses nouveaux ateliers, de ses nouvelles cités-jardins. Voici son nouveau wagon. Dans les anciens, une boîte à allumettes, le cercueil, suivant l’expression terriblement pittoresque des cheminots, était posé sur un châssis de fer. En cas de tamponnement, le châssis résistait à la pression violente; mais les compartiments de bois volaient en éclat, blessant les voyageurs de leurs échardes, prenant feu. Dans le nouveau, les cloisons des compartiments sont en tôle d’acier, ne faisant qu’un avec le châssis. La forme étroite des fenêtres, qu’on pourrait critiquer, vient de ce qu’il s’agit d’un wagon de troisième classe pour train omnibus; il doit, par conséquent, être muni d’une porte par compartiment pour faciliter la montée et la descente des voyageurs à chaque station, d’où l’impossibilité d’avoir des fenêtres larges qui seraient possibles dans un wagon de train rapide, pourvu d’une porte à chaque extrémité du couloir.

La Compagnie P.-L.-M., comme celle de l’Etat et celle des Wagons-Lits, surtout préoccupées, sans doute, d’améliorations ou de perfectionnements techniques, ne semblent pas s’être souciées de quelque effort de présentation nouvelle et ne se sont pas mises en grands frais pour nous montrer ici quelque chose de neuf. Le réseau de l’Etat, cependant, nous montre une voiture de banlieue d’une disposition excellente.

Le succès va à la Compagnie d’Orléans qui expose une voiture admirable. Elle porte deux compartiments de ire classe, identiques à ceux du réseau, mais aussi un fumoir aménagé par Francis Jourdain et un salon de dames installé par Maurice Dufrène. On y a accès, sans supplément de prix, avec un billet de ire classe. Le salon de dames, ses boiseries en sycomore gris, encadré d’amarante, son plafond en érable, son cabinet de toilette avec ses glaces multipliées, séduiront beaucoup les voyageuses. Quant au fumoir, aux lambris en gû d’Indochine, au plafond d’érable blanc, aux fauteuils de cuir, il donne une impression d’élégance masculine et forte. Des tables de jeux, un haut-parleur, des appareils d’éclairage bien disposés, sauf les lampes de table trop anguleuses, achèvent de nous persuader de la réalité d’un art plein de sollicitude. Un ingénieux appareil, d’Index routier, au moyen d’une bande de papier se déroulant avec la marche du train, renseigne les voyageurs sur la contrée qu'ils traversent et sur les points remarquables du paysage.

L’aménagement d’une cabine dans un paquebot est un problème analogue. Quelques-uns de nos décorateurs l’ont résolu, René Prou, parmi les premiers. On l’a vu à l’œuvre sur le paquebot De-Grasse, de la Compagnie Générale Transatlantique. La même Compagnie s’occupe actuellement d’aménager un navire de 44.000 tonnes (11.000 de plus que le Paris) et qui sera mis en service dans deux ans sur la ligne du Havre à New-York. Elle expose dans la galerie des transports quelques-uns des appartements de ce nouveau navire. Sauf quelques erreurs, on y sent une longue habitude de ces questions qui requièrent de la part de celui qui les traite plus de personnalité et de sûreté que la connaissance traditionnelle et relativement facile des styles anciens. N’est pas moderne qui veut, et il y faut, comme au reste, plus qu’au reste, une longue et délicate préparation. La Compagnie des Messageries maritimes, dans l’appartement de luxe qu’elle prépare pour le Mariette-Pacha, en service sur la ligne des Echelles du Levant, ne témoigne pas de la même sécurité. Tenons-lui compte de son adhésion.

©L'Illustration - 1925