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URSS


URSS à l'exposition de Paris 1925

Architecte(s) : Konstantin Melnikoff

On est obligé de reconnaître que le pavillon de l’U. R. S. S. (en russe C. C. C. F.), se distingue tout à fait des palais des autres nations. Il semble que la jeune république prolétarienne ait voulu, de parti pris, prendre le contre-pied de tous les usages en cours dans les pays moins révolutionnaires. Autant il y a de luxe étalé, autant il y a de dorures, de staff, de matériaux divers sur béton armé le long du Cours la Reine, autant il y a peu de moyens mis en œuvre pour un édifice fait de bois apparent peint d’une couleur neutre.

Le pavillon de l’U. R. S. S. a été mis, l’an dernier, au concours par le gouvernement de Moscou entre tous les architectes russes.

Le programme était :
1° De ne pas dépasser un crédit plus que modeste et qui était fixé d’avance, en heures de main-d’œuvre et en valeur de matériaux ;
2° Avec ces moyens très réduits, l’architecte devait exprimer au maximum le caractère de l’art prolétarien de l’U. R. S. S.

L’architecte primé a été M. Melnikoff (pardon, le « camarade » Melnikoff) qui, contrairement à la plupart des architectes officiels, est très jeune, ce qui ne l’empêche pas d’avoir été déjà primé plusieurs fois par le gouvernement des soviets pour d’autres projets mis au concours. C’est à lui que fut confiée l’exécution d’un marché de Moscou, et d’une succursale de la « Pravda ». Il nous a affirmé que ces concours, en Russie, étaient très ouverts et jugés avec la plus entière indépendance, sans parti pris, ni esprit de parti.

Le « camarade » Melnikoff a bien voulu nous exposer la justification pratique de sa conception.

Le programme du concours, très sommaire, se contentait d’indiquer, en plan, les dimensions du terrain à utiliser sans aucune donnée relative à son emplacement dans l’exposition, à la masse des monuments qui l’entoureraient, à ses orientations relatives. Il s’agissait d’éviter qu’il fût écrasé par ses voisins. Il y avait donc avantage à imaginer un plan se prêtant sans modification essentielle à des variantes, pour permettre, sur place, le choix d’une position définitive des différents volumes de l’édifice, selon le voisinage.

M. Melnikoff a jugé que, dans ces conditions, ce n’était point la façade proprement dite, mais la diagonale de l’édifice qui devait être l’essentiel de son pavillon. Et il a distribué son plan symétriquement par rapport à la diagonale du rectangle d’implantation.

Cette diagonale coupe en deux le bâtiment, à la hauteur du premier étage, par un palier en forme de passage, prolongé par deux escaliers-perrons d’extrémité qui permettent d’arriver à sa hauteur.

On peut dire que la façade du bâtiment est intérieure et non extérieure à ce dernier, ce qui la rend nettement indépendante du voisinage. De plus, elle utilise la diagonale, c’est-à-dire la plus grande dimension linéaire que l’architecte avait à sa disposition, ce qui permet un effet relativement imposant avec les moyens les plus simples et les plus honnêtement sains de l’art architectural : disposition de la toiture, escalier extérieur.

De plus, en raison de cette symétrie oblique, le bâtiment pouvait être exécuté selon quatre orientations différentes sur le même terrain, avec la plus grande souplesse d’utilisation (quatre variantes par symétrie, deux par rapport aux axes naturels du rectangle, deux par rapport à la diagonale).

L’architecte a écarté d’une manière absolue toute ornementation, tout souci d’école. L’effet qu’il a obtenu n’est dû qu’à un jeu de plans et de volumes, et le thème qu’il a choisi est celui de l’opposition de deux plans en pentes symétriques ; les toitures des deux corps de bâtiment sont en pentes inversées, et la couverture du couloir central est composée de panneaux entrecroisés. C’est simple et ingénieux.

Afin de donner une ligne en hauteur au bâtiment, de ne pas le laisser écraser par ses voisins, il est flanqué d’un haut pylône triangulaire à treillis en bois, dont la construction est aussi simple que celle des mâts-grues des chantiers parisiens. C’est un campanile dans sa plus schématique expression. Sa seule ornementation est faite encore de quelques plans à inclinaisons différentes, développement en hauteur du thème des toitures. Ce pylône est d’une utilité précise. Il faut qu’un pavillon soit reconnu de loin et que l’on sache ce qu’il expose. Or, au sommet de ce mât, se détachent des lettres romaines rouges et sobrement décoratives qui sont les initiales russes C. C. C. F.

Le premier étage, coupé en deux par le passage surélevé dans l’axe de la diagonale, se compose de deux corps distincts symétriques par rapport à cette diagonale. Le rez-de-chaussée est, au contraire, d’une seule venue.

De nombreux poteaux en bois portent le plancher du premier étage, mais ils ne sont aucunement gênants pour la distribution intérieure. Ils servent, au contraire, à diviser le local en plusieurs stands, chaque république de l’Union soviétique ayant son exposition séparée.

L’éclairage est assuré par de larges surfaces vitrées sur toutes les faces.

Les panneaux extrêmes de la couverture du couloir diagonal sont soutenues respectivement, d’un côté par le pylône campanile et, de l’autre, par un emblème en lettres russes accompagnant la faucille et le marteau, d’un agencement tout à fait original, et qui utilise, à la manière chinoise, l’effet décoratif de l’écriture.

Le technicien impartial est obligé de reconnaître que la jeune république, récemment reconnue en France, semble avoir eu à cœur, pour ses débuts, d’être infiniment raisonnable dans une exposition où, quelquefois, la raison est un peu sacrifiée à la vanité et à l’amour-propre. Entre les trop sommaires baraquements de la Foire de Paris et les palais d’un luxe trop lourd de cette grande manifestation, il y a, sans doute, une leçon de simplicité esthétique à retenir.


LE PAVILLON LE PLUS ORIGINAL DE L’EXPOSITION : CELUI DE L’UNION DES RÉPUBLIQUES SOVIÉTIQUES

Pour utiliser au maximum remplacement disponible, son architecte, le «. camarade » Melnikoff, a orienté sa façade suivant la diagonale du terrain concédé. Cette diagonale coupe en deux le bâtiment, à la hauteur du premier étage, par un palier en forme de passage auquel on accède, de chaque côté, par un escalier-perron. Ce palier est abrité par un curieux toit de panneaux inclinés, contrariés.

©La Science et la Vie - 1925