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Elégance (Mode)


Elégance (Mode) à l'exposition de Paris 1925

Architecte(s) : Fournez

Edifié à l’Exposition des Arts décoratifs par l’habile architecte Fournez, le Pavillon de l’Elégance est l’expression même de la forte originalité de cet artiste. Ce [ n’est point, en effet, une fantaisie destinée à séduire le regard ; c’est, avant tout, à qui veut s’en rendre compte, la preuve faite que la grâce d’une demeure n’en exclut point le côté pratique.

Ce palais charmant est habitable et l’on peut commodément y vivre, s’y constituer un « home» harmonieux au milieu des meubles exquis de Rateau, et dans une fête continuelle de la lumière et du soleil dispensés généreusement par les grandes verrières et les jeux d’éclairage, savamment étudiés pour toutes les heures du jour et du soir.

Tel quel, riant et simple en sa magnificence, avec son net atrium, sa galerie légère, ses dégagements parfaits, ses retraits et ses salons disposés avec tact dans un jeu perpétuel de la divine clarté, il était digne d’abriter la haute sélection que représentent, dans la mode : Callot, Jenny, Lanvin et Worth.

Ces quatre maisons, si différentes comme style, expriment pourtant, dans leur ensemble, un tout parfaitement accordé où vit l’âme de l’élégance et du bon goût français.

Leur manière, très personnelle à chacune, de « traiter le chic » et de « faire de la beauté » ne se heurte jamais ; il émane au contraire de leur accord une harmonie suave qui est comme une sorte d’apothéose de l’art de vêtir.

Les artistes de la mode, habitants passagers de ce palais éphémère, expriment une pensée identique, et le fait de les y voir réunis prouve par l’exposition animée de leurs modèles que la femme peut être à la fois belle et sage, que l’harmonie n’exclut point la simplicité, que la somptuosité sied à toutes et que le chic n’est pas l’excentricité. C’est une leçon de charme, de tact, qui est donnée subtilement à la féminité. Nul doute que cet effort n’ait sur les époques futures un heureux retentissement.

Comment après la délicatesse des broderies de Callot, la pureté des lignes de Jenny, le style des robes de Lanvin, et la douceur caressante des coloris de Worth, accepter quelque chose qui ne soit pas exquis et harmonieux.

Savoir se vêtir est un talent qui ne peut être développé que par des artistes.

Or, des pieds à la tête, la grâce a besoin de s’étudier ; c’est dans la recherche des « Ensembles » que s’affirme l’harmonie chez la femme moderne.
Pour ne donner qu’un exemple, voyez la mariée de Worth que toutes les jeunes filles admireront. Peut-on allier à la fois plus de candeur et de somptuosité, de simplicité et de séduction ? Et les toilettes du cortège, avec quelle maîtrise elles sont réunies, exprimant la grâce de chaque âge en des coloris d’une suavité inexprimable, depuis le doux bleu pour la très jeune femme au doux gris pour une maman élégante, en passant par les originalités caressantes d’un cyclamen nuancé. Tout cela flou, façonné avec une personnalité savante, un choix de détails tenant du merveilleux et l’ensemble si adroitement combiné qu’il apparaît d’une simplicité grandiose devant laquelle on éprouve une admiration réelle !

— Chez Callot, Mme Gerber, artiste de talent et coloriste distinguée, a su mettre en relief la vraie beauté féminine. Elle s’inspire surtout de l’Orient, ses broderies et ses tonalités harmonieuses reflètent le rêve mystérieux des grands ciels clairs et la richesse infinie de la chaude et vivante lumière. La forme, chez Callot, est pure, sans heurt et sans inutiles ornements. Les impressions riches, rutilantes et douces à la fois, forment une symphonie réjouissante, fête des yeux.

— Jeanne Lanvin, artiste née, doublée d’une âme* exquise, charme par l’inspiration émouvante de son génie. Qu'elle habille la femme, la jeune fille ou la fillette, on sent dans ses toilettes la recherche de la pureté des lignes et le soin du détail. Tous les pays, tous les siècles, tous les arts lui servent de champs d’étude, elle recherche sans cesse la perfection, aussi est-elle sans cesse renouvelée, tout en demeurant toujours elle-même.

Le style Lanvin, impeccable et harmonieux, domine le monde élégant et l’on y découvre à chaque saison le cachet de personnalité, d’originalité, qui ne s’imite point et qui marque l’aristocratie de l’esprit affiné, le parisianisme épuré et discrètement averti.

— Jenny, enfin, précurseur de la ligne droite, souple et simple, et des tons délicatement pastellisés, inspiratrice de la petite robe si vraiment féminine, a su s’imposer par le monde. Aux quatre coins du globe, sa signature modeste et gracieuse est célèbre. Tout est jeune, atténué, suave, pur en son inspiration.

Artiste cultivée, d’esprit équilibré et sobre, Jenny se retrouve personnifiée en chacune de ses créations. Son grand charme est la netteté, l’harmonie, avec, pourtant, d’exquises recherches de teintes, d’émouvantes oppositions, d’adorables fantaisies.

On peut dire, en résumé, que le genre de Jenny est, avant tout, très femme, et c’est là le plus bel, le plus subtil éloge qui lui puisse revenir.
Avec de tels symbolistes, notre industrie de la Haute Couture gardera son prestige sur le monde et notre belle gloire française n’est pas prête d’être éclipsée.

©L’Illustration - 1925