Retour - Liste Pavillons

Suède


Suède à l'exposition de Paris 1925

Architecte(s) : C. S. Bergsten

Déjà nous avions remarqué à l’Exposition coloniale de Marseille, dans le palais de l’Afrique Occidentale française, l’effet décoratif qu’on peut obtenir avec des cartes géographiques en couleurs, à grande échelle. M. Ollivier, l’architecte de ce palais, en avait tiré un heureux parti en décorant la coupole de ce palais dont il avait fait une sorte de mappemonde, mais vue de l’intérieur. Les Suédois ont repris à leur compte un procédé qui, du seul point de vue artistique, en vaut un autre et qui a de plus le mérite de développer l’image de la patrie, d’en révéler la grandeur par une représentation saisissante.

A vrai dire, la fresque du vestibule suédois s’inspire plutôt des anciennes cartes, des vieux portulans, voire des pourtraicts de ville gravés au seizième et au dix-septième siècle et dans lesquels les pays semblent aperçus à vol d’oiseau, en relief atténué. Elle évoque l’énorme atlas de Blauw, édité au seizième siècle, sauf erreur de mémoire. Je me fais un malin plaisir de signaler ce qu’il y a de délicatement, de délicieusement rétrospectif dans cette partie d’une exposition dont le règlement prétendait exclure, avec une sévérité jacobine et un peu naïve, les œuvres d’inspiration ancienne. Ce qui prouve qu’on peut, qu’on sait être moderne en interprétant les ouvrages du passé, que ceux-ci se transforment à travers le prisme de leur interprète et qu’il faut être totalement dénué de savoir ou de sensibilité pour supposer un instant que le contraire puisse se produire.

La manière dont les Suédois nous convainquent de leur personnalité est plus détournée. L’allure svelte, un peu gourmée de leur bâtiment ne rappelle pas l’architecture régionale de la Suède, mais elle nous aide à comprendre une certaine manière d’être aristocratique et intimiste qui se révèle aussi bien dans les meubles élégants de Malmsten que dans les verreries d’Orrefors, dans les tapis de laine aux couleurs végétales que dans les colonnes ou les vases de fonte. Un promeneur superficiel s'étonnera sans doute de ce que le dessin des verreries d’Orrefors, comme celui des vases de fonte pour lesquels cette industrie essentiellement suédoise a fait appel aux meilleurs artistes de là-bas, s’inspire d'une mythologie païenne. A la réflexion, mon promeneur ne manquera pas de conclure qu’en effet les habitants, qu’un hiver de huit à neuf mois replie sur eux-mêmes, cherchent à s’évader par l’imagination de la prison des neiges et subissent l’enchantement qui a toujours entraîné les hommes du Nord vers les pays du soleil. Que si le même promeneur pousse au Grand Palais, dans la salle où l’on a rassemblé les maquettes, plans et photographies de l’hôtel de ville de Stockholm, il verra en ce chef-d’œuvre de l’architecture moderne un palais nettement suédois par sa forme, sa couleur, son harmonie avec le décor naturel de la ville.