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Pays-Bas


Pays-Bas à l'exposition de Paris 1925

Architecte(s) : J. F. Staal

Revenons à la Hollande qui, du moins sur le Cours-la-Reine, voisine avec la Tchécoslovaquie. Evidemment, le pavillon des Pays-Bas n’est pas la copie exacte d’une de ces vieilles maisons qui bordent les canaux d’Amsterdam ou qui dorment autour du Vivier à la Haye. Je me rappelle encore la moue des architectes en compagnie de qui je visitais la Hollande, l’an dernier et qui, me désignant des maisons modernes, mais de style archaïque, les caractérisaient du mot de « renaissancistes ». Non, le pavillon construit par M. Staal au bord de la Seine n’est pas renaissanciste. Et c’est là ce qui distingue l’esprit de 1925 de celui de 1900.

En 1900, l’architecte hollandais, comme les autres architectes de la rue des Nations, se serait cru obligé de pasticher un ancien modèle. En 1925 l’architecte hollandais, comme ceux des autres pays qui se sont donné rendez-vous à Paris, agit d’une manière synthétique. Il n’énumère pas, il suggère. Il ne donne pas une traduction littérale, mais par équivalence. Ainsi procédait le peintre Van der Heyden, au dix-septième siècle, quand il peignait un paysage de ville. Voulant donner l’impression du canal de Heerengracht, de ses quais et de ses maisons, il n’en dessinait pas le panorama intégral et minutieux, mais il montrait seulement un morceau de façade en briques roses se reflétant dans l’eau, à l’endroit où le canal se détourne pour s’enfuir et se cacher sous l’arche unique d’un pont. De même M. Staal n’est pas tombé dans le travers de reconstituer une habitation de la ville qu’il connaît si bien, mais il a su évoquer un effet type en donnant, avec de vrais matériaux, solides et durables, l’idée de la demeure du passé, qui a résisté au temps et aux hommes, en amenant à pied d’œuvre, par péniche, les briques de son pays, en les rejointoyant comme on sait rejointoyer là-bas, en créant, grâce à l’épaisseur des murs, à la couleur des boiseries, à la profondeur des vitraux, une intimité vraiment digne de l’idéal hollandais, en creusant devant la demeure deux bassins sertis d’un parapet de briques de la même nuance, et dans l’eau desquels se contemple, ainsi qu’en un miroir, le visage moderne de la Hollande. Par de tels moyens, plus encore qu’en sculptant au haut du pignon rose les armoiries brillantes et polychromes des Provinces-Unies, il est parvenu à évoquer celles-ci.

©L'Illustration - 1925

Le pavillon de la Hollande, situé au Cours la Reine, n’est pas un lieu d’exposition, mais une démonstration de la synthèse des arts décoratifs, sous l’égide de l’architecte (M. Staal). Plusieurs sculpteurs, verriers, ferronniers, céramistes y coordonnent leurs efforts. Ce pavillon est remarquable par sa haute toiture, ses murs en brique rouge, une petite pagode qui se mire dans deux bassins rectangulaires.

Quant aux différents objets d’exposition : meubles, verrerie, céramique, textiles, livres d’art, etc., ils sont placés dans les salles de l’Esplanade et du Grand Palais, aménagées par l’architecte Wydeveld, qui s’est efforcé d’harmoniser tous ces éléments hétéroclites.

Près de cent cinquante artistes hollandais réputés participent à l’exposition pour les arts décoratifs proprement dits. L’art industriel n’a pas, nécessairement, réuni autant d’auteurs, mais, s’il n’est pas aussi bien représenté, par contre, les quelques spécimens exposés sont, il faut le reconnaître, tout à fait réussis.

©La Science et la Vie - 1925