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Gay Village Mosan


Gay Village Mosan à l'exposition de Liège 1939

© Sentroul
Architecte(s) : Duesberg, Hallen, Jeanne, Marchot, Minguet, Thirion et Toussaint

Situé à l'extrême nord de la rive droite, en contre-bas de la chaussée longeant la Meuse, le Village mosan campait ses maisonnettes parmi un très vieux verger. Habilement tracé, il ménageait des perspectives amusantes, des coins charmants, des places ravissantes. Le ruisseau artificiel serpentait adroitement à travers le village. De petits ponts, pleins de poésie, le sautaient de-ci, de-là.

Les créateurs avaient conduit leurs études de manière à montrer les différents caractères de l'architecture rurale de la Hesbaye, des bords de la Meuse, du plateau de Hervé et des Ardennes. Si l'on rencontrait beaucoup d'exemples de constructions anciennes, entre autres du Louis XVI liégeois, on pouvait admirer certaines réalisations modernes d'un goût parfait. L'ensemble de la Place Communale avec, au centre, le perron traditionnel, était particulièrement bien réussi. Les façades des cabarets et maisons de commerce, agrémentées de lanternes en fer forgé et d'enseignes très amusantes, présentaient un caractère original. La place de l'Eglise, commandée par un petit pont plein de charme, était ravissante. L'Eglise, de composition moderne, avec sa petite tour carrée et ses abat-sons ancrés à chaque angle, démontrait l'obligation pour l'architecture rurale de s'adapter aux nécessités imposées par la construction actuelle.

La ferme démonstrative en était un parfait exemple,- construite avec les matériaux du pays, elle nous montrait une étude répondant aux lois du confort et de l'hygiène. C'était de la très bonne architecture agricole moderne.


Le Gay Village mosan était dirigé par un comité composé comme suit : M. François Capelle, président, MM. George Laport, André Leplat, Edouard Libotte, Henri Reners, membres et M. Georges Fivé, secrétaire. L'architecte en chef était M. Albert Duesberg.


1. - Conception

Le Gay Village mosan de l'Exposition internationale de Liège 1939 fut conçu sous une forme et sur un plan nouveaux. Il n'avait rien de commun avec le Vieux-Liège, le Vieux-Bruxelles, le Vieil-Anvers des expositions précédentes. Ces reconstitutions en toile et en carton-pâte donnaient l'effet d'un décor de théâtre, ce que l'on chercha soigneusement à éviter au Village mosan. On voulut laisser au visiteur l'impression qu'il se trouvait dans un réel village, pareil à tant d'autres, mirant ses toits violets dans les flots calmes de la Meuse. Et pour entretenir cette illusion, le Village mosan fut édifié dans un ancien verger garni d'arbres centenaires. On les laissa subsister, de sorte que le hameau apparut dans un îlot de verdure.

D'un autre côté, on tint à ce que cette partie de l'Exposition ne fût pas la reproduction d'un lieu déterminé, mais formât la synthèse de toutes les agglomérations appartenant au bassin de la Meuse. Et l'on reproduisit des maisons propres à chaque région du pays wallon : demeures en briques et en calcaire du Pays de Hervé, mandons en moellons du Condroz, façades recouvertes d'ardoises de Malmédy, habitations en pisé de l'Ardenne, forges des canonniers de la Vesdre, hôtels aristocratiques de villettes ardennaises telles Theux et Spa, monotones retraites des journaliers de la Hesbaye. Les types furent choisis avec soin, chacun constituant un des plus coquets spécimens de l'endroit évoqué.


2. - Description

Le Gay Village mosan était situé sur la rive droite de la Meuse, un peu en amont du barrage de Monsin. Il couvrait une superficie de près de 3 hectares.

On donna aux bâtiments l'allure de réelles habitations. Les uns furent bâtis en briques, les autres eurent un soubassement en moellons, enfin certains furent recouverts d'un moulage de pierres, ce qui contribua à rendre le village tout à fait vivant. Comme toutes les époques devaient être représentées, on n'a pas craint d'y faire figurer une maison en béton, discrète dans son ordonnance, qui ne rompit en rien le charme archaïque de l'ensemble. Le pittoresque ne fut point négligé : des reproductions de niches, de chapelles murales ornèrent des pignons qui eussent paru monotones.

L'hôtel de ville, bâtiment imposant de style mosan, rappelait l'ancienne maison communale de Visé. L'édifice était coiffé d'une écrasante toiture d'ardoises, dominée par un clocheton bulbeux du plus heureux effet. Il comportait trois pièces meublées, à titre gracieux, par la Chambre syndicale de l'Ameublement de Liège.

La salle du conseil fut conçue dans un très beau style Louis XIV liégeois. Aux murs, différents tableaux du peintre Robert Cromme-lynck. L'un d'eux, vaste composition intitulée « La Ducasse du Village », s'harmonisait parfaitement avec le cadre et la destination du local. Les autres toiles figuraient des paysages de la Fagne, des reproductions de portraits du XVIe siècle et une délicieuse image très romantique d'une fillette du XIXe siècle, copie d'une toile de Nyssens par Mlle Kips.

Le cabinet du bourgmestre était plus solennel avec son mobilier en marqueterie sobre et élégante.

Enfin, une troisième chambre, comportant un mobilier rustique, était destinée aux administrateurs du Village mosan. Des exposants dévoués et désintéressés voulurent bien prêter les tentures, les napperons et divers objets de décoration.

Devant la maison communale, se dressait un perxon, symbole des libertés et franchises de la principauté. C'était un moulage du perron de Theux.

L'église était conçue en style moderne, peut-être trop moderne même pour un édifice de cette importance, dans un ensemble aussi archaïque. Son auteur, l'architecte Duesberg, voulut rappeler un monument du pays malmédien et puisa son inspiration parmi les églises de Rhénanie. Le but fut atteint : la construction marquait nettement les tendances de l'architecture germanique. La tour carrée, avec ses abat-sons disposés aux angles, en accentuait l'allure.

Des moulures de pierres tombales garnissaient un des murs extérieurs. L'intérieur était d'une grande simplicité. L'ambon, relié à une des sacristies par un escalier intérieur, était un peu massif et manquait de caractère.
Le plafond, orné de rondins de bois, constituait une heureuse trouvaille et donnait à l'édifice une allure rustique.
Le chœur était éclairé par trois grandes fenêtres garnies de vitraux. Se rapportant au thème de l'eau, les sujets avaient été choisis par l'auteur de ces lignes. C'étaient :
1° La barque transportant le cadavre de saint Lambert à Maastricht, est assaillie par un orage. La voile du bateau, arrachée, plane quelques instants, puis va se poser sur un tertre indiquant que le martyr voulait être honoré à cet endroit. Là fut bâtie l'église de Herstal;
2° Fuyant le château de Chèvremont assiégé par son fils adoptif Goduin, sainte Begge est guidée par une biche qui lui montre le gué de la Vesdre;
3° Saint Materne, après avoir évangélisé les habitants de Namêche, les baptise dans le fleuve et ordonne au dieu Nam de se précipiter dans les eaux de la Meuse.
Les cartons furent peints par M. Joseph de Falloise, les vitraux exécutés par la Maison Osterrath, de Liège.
Les Ateliers d'Art de l'Abbaye de Maredsous avaient décoré gracieusement l'église en envoyant un autel en marbre gris des Ardennes et en marbre noir de Golzinne, ainsi que des fonts baptismaux couverts d'une cloche en métal repoussé de beaucoup d'élégance. En outre, ils décorèrent l'autel d'un christ et de luminaires en cuivre. Le Directeur des ateliers, dom Sébastien Braun, avait tenu à ajouter trois statues de saints au galbe très simple.

Mlle Henet exposa une très belle nappe d'autel ainsi que différentes broderies religieuses. Les Ateliers monastiques d'Ermeton-sur-Biert apportèrent huit images de baptême, un rituel manuscrit et un livre liturgique.

Les murs étaient ornés par des dessins grandioses de Servaes destinés au chemin de croix de l'Abbaye d'Orval, des peintures d'Irène Vanderlinden, deux tableaux de William Degouve de Nuncques « Jésus chez Joseph » et « Jésus au Jardin des Oliviers », deux tableaux de Joseph Gérard « Fuite en Egypte » et « Adoration des Mages », et par un fort beau panneau dû aux pinceaux de Julémont. On remarquait encore un crucifix, œuvre originale sculptée par le peintre J. Gérard.

Le Monastère de Chèvetogne-lez-Ciney fournit un moulage du christ miraculeux de Tancrémont. La Maison Hammond avait également installé des orgues électriques.

Chose curieuse, en creusant les fondations, on trouva un christ byzantin qui fut le premier objet religieux entrant dans le temple.
Une gracieuse maison du XVIIIe siècle, figurant le presbytère, fut occupée par les graveurs Jean Dois — élu mayeur du village par les concessionnaires - et Georges Comhaire. Jeunes artistes liégeois aux conceptions si différentes : Dois, tourmenté, fantasmagorique, dont l'art s'apparente à Brueghel; Comhaire, calme et serein, cherchant dans les contrastes de la lumière et de l'ombre, des effets propres à mettre son sujet en valeur. Là, ils travaillaient sous les yeux du public et montraient comment on obtient les différentes espèces de gravures.

Dans la maison patricienne, fut établi un théâtre de marionnettes rappelant les anciens établissements si populaires en OutreMeuse. La pièce resta dans les traditions bien wallonnes tout en contenant le plus savoureux esprit liégeois. Elle obtint le plus vif succès.

La forge des canonniers des bords de la Vesdre fut cédée à l'œuvre « La Lumière », le Village mosan n'ayant pu, faute de fonds, reconstituer les petits métiers. Des aveugles de guerre y travaillèrent devant les visiteurs.

Outre les sculptures déjà citées, signalons, à l'entrée du village, un beau groupe magnifiant les « Botteresses liégeoises », dû au sculpteur Jacques Lalou.

Devant l'église, se dressait une fontaine surmontée d'une nymphe de R. Massart.

Les autres maisons du village abritèrent des restaurants, brasseries, dancings, boutiques, tavernes.

Le Gay Village mosan eut aussi son ruisseau qu'enjambaient trois ponceaux.

Une commission, composée de M. G. Laport, président, et de MM. Duesberg et Libotte, baptisa les rues du village. Elle tint à conserver l'essence bien wallonne.

La place de l'hôtel de ville fut « Le Batty »; la grand'rue, « Le Grand Vinâve »,- un sentier longeant une prairie, « Le Chemin du Pahy » (chemin du pâturage) , la place bordée par le ruisseau, « La Place des Neveux » (en souvenir des hardis mariniers de la Meuse, de l'Ourthe, de l'Amblève et de la Vesdre). Des passages voûtés se retrouvent dans toutes les agglomérations de la région. L'un d'eux ne fut pas oublié, ce fut « L'Arvô de la Fontaine ». Il y avait encore « Le Passage du Prunier », celui « du Ruisseau » et de « Derrière l'Hôtel de Ville », enfin « L'Avenue du Téléphérique ». Cette dernière dénomination apparaissait comme un néologisme, mais il ne fallait point négliger les progrès auxquels sont soumis les villages les plus reculés...

Le pont donnant accès à la Ferme démonstrative fut le "Pont du Taureau". Le pont central, « Pont Saint-Christophe » : une des rampes étant agrémentée d'une statue due au sculpteur Louis Dupont et représentant saint Christophe portant le Christ. Le troisième pont fut celui « de l'Arche ».


3. - La vie du village

L'Administration engagea une fanfare qui chaque jour (vendredi excepté) répandait des flots d'harmonie au long des venelles du village. Les musiciens portaient l'archaïque costume wallon : casquette de soie, sarrau, pantalon à carreaux. Et, tard dans la nuit, les cramignons (farandoles de Wallonie) déroulaient leurs arabesques sinueuses justifiant au hameau la qualification de « gay village ».

Le village eut également son casino, théâtre pouvant contenir huit cents personnes. Pendant toute la durée de l'Exposition, le Théâtre de l'A.B.C. de Paris vint y donner, chaque semaine, des représentations qui assurèrent le succès de l'entreprise.

M. Crescent, commissaire général de la Section française, y organisa deux galas et l'Association pour l'Extension et la Culture de la Langue française et les Amitiés françaises conçurent quatre récitals avec le concours de Mmes Mila Cirul, de Valmalète, Lucie Vautrin, MM. José Germain et Pierre Bernac.

Il y eut aussi de nombreuses séances de conférences, de concerts dirigés par le compositeur belge Simar, le défilé des Provinces françaises : toutes manifestations qui ne cessèrent de tenir le public en éveil.

L'Administration du Gay Village Mosan projeta quatre grands galas. Ceux-ci devaient avoir lieu au Grand Palais des Fêtes. Deux seuls virent le jour : les ballets de Loie Fuller et la représentation de Maurice Chevalier. La fermeture prématurée de l'Exposition empêcha la réalisation complète de ce programme.

La nuit, le village était éclairé d'une façon originale et nouvelle. Sur une tour de 56 mètres de haut, était placé un disque de 7 mètres de diamètre, projetant la lueur d'un million de bougies électriques. Cette réalisation figurait l'éclairage produit par la lune.

Plusieurs fêtes animèrent encore le Village mosan : le défilé des drapeaux, la reconstitution d'une noce à Trois-Ponts sous l'ancien régime, la musique des Dagenham-girls-pipers, la journée du jambon, des courses du plateau et combien d'autres.

Des crochets furent organisés en plein air et attirèrent chaque fois de nombreux participants.

Le village reçut diverses visites officielles : le Roi des Belges, la Reine de Hollande, la Grande-Duchesse de Luxembourg, le Prince Félix de Bourbon-Parme, la Reine Elisabeth, la Duchesse de Vendôme, le Prince Charles de Suède, et de nombreuses personnalités de marque.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939