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Arts Contemporains



Faisant suite au Grand Palais des Fêtes, le Palais des Artistes Contemporains ou de l'Art vivant déployait sa modeste mais charmante façade.

Il était d'une blancheur éclatante et marquait par la simplicité de ses lignes architecturales. De minces colonnettes formaient un péristyle d'entrée d'une rare élégance.

Il avait été conçu par le Service d'architecture de l'Exposition.


Le Comité des Beaux-Arts avait d'abord décidé de s'en tenir, dans la célébration du thème de l'eau en peinture et en sculpture, à son évocation par les grands maîtres du passé. Il apparaissait en effet que, en se limitant à une exposition rétrospective, on avait plus de chance d'intéresser le grand public qui, depuis 1930, montre un regain d'intérêt pour les œuvres des primitifs et des renaissants. D'autre part, le Comité évitait ainsi de résoudre le dilemme qui se pose nécessairement à tous les organisateurs de salons d'art moderne : ou bien, ils accueillent hardiment les novateurs et s'exposent, comme ce fut le cas à Bruxelles, en 1935, à une incompréhension du public et à des mouvements d'opinion qui, traduits dans la presse, se résolvent en fin de compte en contre-propagande,- ou bien, ils prétendent départager les esthétiques et imposer leurs lois aux artistes et tombent dès lors, et nécessairement, dans l'arbitraire. On se disait aussi que les artistes modernes dont la collaboration était largement requise dans tous les domaines de l'Exposition, auraient d'amples occasions de montrer leurs œuvres en dehors du Palais des Beaux-Arts. Enfin, par leur rapprochement dans un palais commun, on craignait de voir les sections ancienne et moderne se faire mutuellement tort.

Les organisateurs de l'Exposition mirent la section des Beaux-Arts à l'aise en offrant de bâtir un second palais destiné aux artistes vivants. D'autre part, on s'aperçut que, si généreuse qu'eût été la direction générale à l'égard des artistes, il n'était pas possible de donner à tous ceux qui en étaient dignes, l'occasion de montrer leur talent dans l'enceinte même de l'Exposition. Enfin, on fit réflexion que bien des artistes d'aujourd'hui avaient apporté, dans le domaine du paysage surtout, des interprétations si nouvelles et si originales du thème de l'eau, qu'il eût été injuste, et même dommageable, de ne pas montrer leurs œuvres dans une exposition consacrée à l'eau.

C'est pourquoi il fut décidé d'organiser une section contemporaine. Restait à chercher les modalités qui permettraient d'éviter les écueils auxquels s'étaient heurtés tant de prédécesseurs. A l'égard des sections étrangères, la solution fut aisément trouvée. Des personnalités éminentes, investies de la confiance de leur Gouvernement et des artistes nationaux, furent chargées d'organiser, avec l'aide parfois d'une sous-commission, leur section particulière. Le système s'avéra excellent. Les organisateurs, piqués d'émulation, sentant leur responsabilité engagée, soucieux surtout de mettre leur art national en situation de supporter le plus brillamment possible de périlleuses comparaisons, obtinrent des concours auxquels nous n'aurions pu prétendre et nous offrirent des ensembles d'une rare qualité. Nous y reviendrons tout à l'heure.

Pour ce qui est de la section belge, on décida tout d'abord d'éviter les formalités du jury d'admission. La Commission des Beaux-Arts prit, non point seulement nominalement, mais en fait, l'entière responsabilité du salon. Elle dressa une liste d'invités, mais prit soin de se montrer largement éclectique et accueillante afin que toutes les écoles, toutes les tendances, toutes les expressions artistiques pussent y déléguer leurs artistes les plus représentatifs.

Le résultat fut exceptionnellement bon. Dans un palais situé au seuil de la roseraie et qui, pour n'offrir point des déploiements d'espace du grand palais des sections rétrospectives, avait néanmoins belle et harmonieuse allure, on vit défiler nombre de visiteurs qui témoignèrent, par leurs éloges, de l'intérêt qu'ils avaient trouvé à cette vue d'ensemble de l'art vivant, représenté par une abondante section belge et par onze sections étrangères.

Parmi ces dernières, la plus brillante, la plus attirante, la mieux composée fut incontestablement la section française. Elle était l'œuvre, pour la plus grosse part, de M. R. Burnand, délégué de l'Administration française des Beaux-Arts. Il est équitable de signaler cependant que notre compatriote Robert Massart, statuaire à Paris, fut également, par son obligeance et son dévouement, un des bons artisans du succès de cette section. Quarante peintres et quatre sculpteurs y représentaient l'art français. A l'encontre de tant de salons moins favorisés que le nôtre, non seulement les plus beaux noms de la peinture française figuraient aux cimaises, mais les œuvres qui les représentaient étaient de qualité et... de dimensions, ce qui nous changeait des cartes de visite habituelles.

Nous ne saurions les citer tous. Qu'il nous suffise de signaler que Balande, Bonnard, Braque, Brianchon, Chagall, Dunoyer de Segonzac, Eberl, Friesz, Kisling, Marquet, Matisse, Utrillo, Van Don-gen, Venet, Vlaminck, Warocquier, et parmi les sculpteurs, Despiau et Poisson, y montraient des œuvres de tout premier choix, pour que ceux qui n'ont pas eu la chance de visiter cette exposition se fassent une idée de l'éclat d'une école conduite par de tels maîtres.

La section hollandaise était également fort remarquable. Elle était l'œuvre du Docteur Martin, directeur du Mauritshuis et de M. Willy Sluiter, commissaire du Gouvernement hollandais, qui y montrèrent à la fois leur compétence, leur expérience et leur amabilité. Ils durent être récompensés de leurs efforts par le bel aspect de leur section qui comportait vingt et un peintres et trois sculpteurs, et la bonne opinion qu'on y prit de l'art néerlandais moderne.

La section suédoise méritait également de grands éloges. Nos visiteurs y trouvèrent l'occasion d'apprécier une école qui nous est généralement trop peu connue. Il faut en dire autant de la Lettonie et du Danemark dont les arts florissants attestent la vitalité et la haute culture. Enfin, la Suisse et l'Allemagne, l'une avec douze peintures, l'autre avec sept peintres et deux sculpteurs, achevaient d'intéressante façon, ce panorama de l'art européen dont un Espagnol, un Luxembourgeois et un Russe élargissaient encore l'ampleur.

Quant à la section belge, elle fut à la hauteur de notre réputation passée et présente. Soixante et un peintres et neuf sculpteurs donnaient, de la plus heureuse façon, tous les aspects et toutes les tendances de l'art d'aujourd'hui. Les artistes avaient d'ailleurs fait un effort tout spécial en sa faveur, et les Liégeois notamment, parmi lesquels il faut citer : Crommelynck, Dupagne, Finette Dupont, Fabry, Hallet, Hock, Jamar, Mambourg, Martin, Mataive, Scauflaire et les sculpteurs Dupont, Massart et Salle, avaient tenu à profiter de l'exceptionnelle occasion qui leur était donnée pour prouver de la plus éclatante façon que leur apport dans l'école nationale est de la meilleure qualité.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939