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Palais n°18 (dit des Industries Diverses)


Palais n°18 (dit des Industries Diverses) à l'exposition de Liège 1939

© Jacoby
Architecte(s) : Montrieux, Rousch, Selerin et Snyers

Ces quatre palais, 17-18-19-20 dits « de la Belgique », étaient construits le long du jardin d'eau. Ils formaient un des ensembles les plus réussis de l'Exposition. Quoique traitée avec simplicité, la composition architecturale décelait beaucoup de recherche dans l'équilibre des masses, dans la bonne distribution des pleins et des vides. Les matériaux de revêtement des façades furent judicieusement choisis. Les idées originales ne manquaient pas, tels ces grands auvents surplombant les toitures, supportés par d'élégantes poutrelles Grey dont la nudité soulignait la hardiesse de la composition. Citons également ce graphique du commerce belge, courant à travers les grandes verrières, lequel, par son seul tracé, suffisait à faire vivre celles-ci. Les vitrages, composés de verres « Thermolux », avaient leur ossature principale franchement accusée, ce qui rompait la monotonie de cet immense quadrillage. Les entrées, en forme d'avant-corps ou de rotonde, encadrées de hauts pilastres, étaient rehaussées de bas-reliefs, oeuvres des sculpteurs Van Neste et Wybaux. Il nous parut que, pour la rotonde, une fresque décorative eût été mieux à sa place que les trois figures un peu perdues sur cette grande surface.


- L’Eau dans les Industries (cl. 15)

La classe 15, primitivement prévue pour présenter au visiteur le matériel et les procédés mettant en relief le rôle technique spécial de l'eau dans l'industrie, vit, par la force des choses, son domaine se développer considérablement. Des industries extractives aux industries alimentaires, en passant par les industries chimiques, électrochimiques, elle s'étendit aux industries diverses telles que le tabac, le cuir, ainsi que la brochure et la reliure. De plus, par une tendance bien naturelle, les exposants donnèrent une importance plus grande à leurs fabricants plutôt qu'aux appareils spéciaux en liaison avec la technique de l'eau dans leur industrie.

Il n'est donc pas étonnant que l'on n'ait pas trouvé dans cette classe une orientation définie, ni une unité de présentation. Cependant, pour le visiteur, la nature des objets exposés fut une révélation sur le rôle joué par l'eau dans des domaines où son intervention ne se manifeste pas toujours d'une manière apparente.

Le palais réservé à cette classe était celui portant le n° 18, auquel il faut ajouter le n° 17 affecté uniquement à l'alimentation. De nombreuses participations étaient encore installées ailleurs et notamment au Palais des Industries Lourdes.
Nous synthétiserons l'effort de ces exposants belges en les reprenant par catégorie d'industrie ou mieux, suivant les sept sections de la classe.

Dans les INDUSTRIES EXTRACTIVES, et spécialement les charbonnages, les points de contact avec l'eau sont nombreux. Les participations belges dans ce domaine, aussi nombreuses qu'intéressantes, étaient groupées au Palais n° 18.

La Fédération des Associations charbonnières de Belgique, en collaboration avec l'Administration des Mines, présentait des documents et maquettes relatifs à l'exhaure, à la protection contre les eaux de mines et à l'utilisation de l'eau dans les charbonnages. En plusieurs stands individuels ou collectifs, nombre d'industriels exposaient un matériel fort bien mis au point comprenant : des appareils de lavage et débourbage des charbons et des minerais, des dispositifs pour le traitement par flottation, des procédés de protection contre les eaux, de creusement de puits par congélation, cimentation, etc., des pompes diverses (pompes d'exhaure, de flottation, de remblayage, de lavage, de circulation, pompes hydrauliques, etc.), jusqu'aux bains douches, armoires et lavabos indispensables à l'hygiène du personnel d'exploitation.

A cette section se rattachait aussi l'utilisation rationnelle des combustibles, notamment pour la vaporisation de l'eau dans les générateurs. Nombreux étaient les appareils présentés sous cette rubrique tels que : dispositifs de préparation des briquettes, grilles mécaniques, dépoussiéreurs, etc.

Accessoirement, un stand important avait groupé plusieurs constructeurs spécialisés dans la fabrication du petit matériel de mines et carrières (matériel de transport, marteaux, lampes, etc.).

Dans un autre domaine, le Groupement des Carrières et Fours à Chaux de la Vallée de la Meuse avait tenu à se faire représenter.
Le problème du développement et des perspectives des INDUSTRIES ÉLECTROCHIMIQUES ET ÉLECTROTHERMIQUES mérite qu'on s'y arrête un peu. Les pays comme le nôtre, riches en combustibles mais pauvres en houille blanche, n'avaient guère jusqu'en 1914 développé leurs industries de ce genre. Il a fallu les circonstances économiques de l'après-guerre pour engager quelques industriels entreprenants à donner un essor à ce département des industries chimiques et métallurgiques, en utilisant l'énergie électrique provenant du charbon. De nombreuses fabrications furent mises en train à l'échelle semi-industrielle, notamment pour utiliser le courant des centrales aux heures creuses. A ce propos, on peut penser que l'extrême souplesse de l'énergie électrique ouvre un avenir nouveau dans notre pays à des industries électrochimiques très spécialisées, de moyenne ou petite envergure descendant même jusqu'à l'unité artisanale. Comme il en a déjà été question un peu plus haut (voir au n° 1, classe 13), la multiplication d'industries de ce genre ouvrirait à l'électricité des débouchés intéressants.

A l'Exposition, la participation la plus remarquable dans ce domaine était celle de l'Association des Centrales électriques industrielles de Belgique et du Comité belge de l'Electrothermie et de l'Electrochimie où le problème était envisagé dans son ensemble. Notons également le stand de la Société belge d'Electrochimie productrice de cyanamide calcique et de carbure de calcium par fours électriques, et quelques participations moins importantes se rapportant surtout au matériel des entreprises sous rubrique.

Les troisième et quatrième sections de la classe étaient consacrées respectivement aux INDUSTRIES CHIMIQUES ET DE SYNTHÈSE.
Les résidus des anciennes alunières, une des caractéristiques les plus curieuses de la vallée de la Meuse liégeoise, attestent à suffisance de l'ancienneté des industries chimiques belges. Notre pays a d'ailleurs joué un rôle prépondérant dans le développement de certaines fabrications. Pour le prouver, il suffit de citer les noms de Solvay et de Fourcault, parmi les nombreux autres. Actuellement, notre industrie chimique est digne de son brillant passé et contribue en moyenne pour 15 % au volume total de nos exportations.

D'autre part, les industries de synthèse, parmi lesquelles on range généralement celles qui réalisent la fabrication des produits chimiques par combinaison d'éléments simples, se sont aussi largement développées chez nous, grâce à l'importance de notre production charbonnière.

Dans toutes les fabrications, l'eau intervient tantôt comme matière première, tantôt comme véhicule dissolvant ou transporteur, même comme source de chauffage. Moyen de réfrigération, sous forme liquide ou de glace, l'eau agit dans des tours de lavage, condenseurs, radiateurs divers, dans des dispositifs pour chambres frigorifiques ou dans des appareils ménagers. D'un autre côté, on voyait figurer dans divers stands une série d'appareils tels que les délayeurs, les tamiseurs et les broyeurs de toute espèce qui, par leur degré de perfection, ont permis des progrès énormes, par exemple en cimenterie et dans les industries céramiques. On trouvait également des pompes spéciales pour la circulation des liquides corrosifs tels que les acides ou les eaux acides et salines utilisées couramment dans les industries chimiques.

Mentionnons également les appareils dessicateurs (presses déshydrates) pour l'élimination de l'eau de certaines matières telles que charbon, argile, terres diverses, etc., ainsi que les différents filtres destinés à la séparation des solides et liquides.
Les industries chimiques avaient eu soin de faire figurer dans leurs stands les nombreux produits organiques ou minéraux de leur fabrication. Le visiteur pouvait ainsi se rendre compte, par l'examen des divers acides, engrais, produits pharmaceutiques, gélatines, colles, savons, insecticides, etc., du degré de perfection auquel le travail à l'usine permettait de présenter les matières préparées.

Parmi les participations réalisées avec le plus de bonheur, nous devons citer en première place celle de la Collectivité des Industries du Cuir. En une série de stands aussi attrayants qu'instructifs, il y était présenté les diverses phases de fabrication des principales industries du cuir, en portant l'accent spécialement sur le rôle primordial joué par l'eau dans la préparation des peaux. Pour la documentation du visiteur, des spécimens soigneusement sélectionnés des principaux articles de cuir étaient exposés.

Notons également, toujours au Palais n° 18, un beau stand de la Fédération belge de l'Azote voisinant avec celui de la Société belge de l'Azote et des Produits chimiques du Marly. Citons aussi le joli pavillon édifié dans les jardins par la Collectivité cimentière belge, groupement de tous les producteurs belges des différentes catégories de ciments : Portland, métallurgiques, métallurgiques sursulfatés et de laitier,- et celui d'une firme de produits de lessivage et d'entretien ménager (Société Persil). Enfin, il se trouvait au Palais n° 21 une petite section des encres, colles et divers articles de bureau.

Les INDUSTRIES GAZIERES faisaient l'objet de la cinquième section de la classe. L'eau peut y jouer un rôle digne d'intérêt notamment dans la production du gaz à l'eau, dans la récupération des sous-produits et comme réfrigérant dans l'extinction des cokes. Dans la distribution du gaz, elle peut jouer un rôle néfaste par l'humidification des conduites.

Force nous est de constater qu'aucun des aspects de ce problème n'avait fait l'objet d'une étude à l'Exposition. Si, sous l'égide de l'Association des Gaziers belges, les entreprises intéressées occupèrent un stand important au Palais n° 18, cette participation était consacrée entièrement à la présentation des appareils, surtout domestiques, fonctionnant au gaz. C'était là un stand qui manquait d'allure scientifique ou didactique et qui se confinait à une pure publicité commerciale.

Une remarque semblable peut être faite en ce qui concerne les INDUSTRIES ALIMENTAIRES reprises à la sixième subdivision de la classe. Malgré l'étendue de leur participation qui remplissait tout le Palais n° 17, il ne s'y découvrait aucune tentative de démonstration technique. Il convient d'ailleurs d'ajouter que la participation des boissons (surtout les vins et liqueurs) était dominante et qu'il s'agissait là d'une matière sans rapport direct avec le Programme. Celui-ci, dans la branche des produits alimentaires, ne pouvait concerner que les industries de fermentation. Or, celles-ci ne s'y trouvaient guère.

Le Palais de l'Alimentation était fort heureusement aménagé. Une belle frise décorative, à la gloire du vin, formait le fronton du stand collectif des exposants de vins et liqueurs. Elle dominait agréablement toute la vue intérieure et donnait la note de circonstance à la visite des étals de biscuits, chocolats, sirop, conserves, etc.

Enfin, la septième section groupait les INDUSTRIES DIVERSES. Elle comprenait une participation importante, vraiment à sa place, de la Ville d'Eupen (au Palais n° 18) qui présentait la maquette du nouveau barrage en construction sur la Vesdre, à Eupen. Cet ouvrage est destiné à fournir l'eau à toutes les industries nouvelles qui ne manqueront pas de s'installer dans la région. En plus de cette participation remarquable, il y a lieu de citer celle de la Société intercommunale belge d'Electricité qui, dans son pavillon particulier, avait tenu à attirer l'attention sur ses installations de distribution de vapeur dans la région de Venders. C'est une formule nouvelle de fourniture d'énergie qui peut offrir un intérêt considérable dans certaines régions du pays.
Mentionnons également les Sociétés Hamon et Sobelco, spécialisées dans l'installation de réfrigérants industriels et de traitements d'eau pour tout usage, qui exposaient dans leur pavillon commun et au Palais 18. De même sont à citer ici les stands de la collectivité des tabacs (Palais 18) et de la collectivité de la reliure et de la brochure (Palais 21).

La classe 15 était peut-être une des classes les plus caractéristiques de l'Exposition, tant par son intérêt au point de vue de la réalisation du programme fondamental, que par la diversité et la valeur des industries ressortissantes. D'une manière générale, tous les exposants belges s'y montrèrent à la hauteur de leur tâche aussi bien par la qualité des objets que par le soin donné à la présentation. Comme nous l'avons dit au commencement de cette notice, il était fatal que la grande variété d'industries représentées rendît difficile, sinon impossible, toute tentative de coordination ou de synthèse dans les démonstrations mises à la portée du visiteur. Toutefois, celui-ci ne pouvait manquer d'être frappé par la remarquable vitalité de ces entreprises, sur les progrès considérables qu'elles ne cessent d'accomplir. Il est regrettable que dans ce vaste panorama de notre production nationale, les industries textiles qui constituent une de nos principales activités industrielles et dans lesquelles l'intervention de l'eau se manifeste d'une manière souvent prépondérante (rouissage du lin, par exemple), se soient abstenues de prendre place.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939