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Travail


Travail à l'exposition de Liège 1939

Architecte(s) : J. Plumier

Il devait s'ériger au delà du Mémorial au Roi Albert et servir d'écran aux installations du port. L'implantation à peine terminée, certaines circonstances déterminèrent un changement de programme. Le corps du bâtiment principal fut supprimé et l'on chercha un emplacement pour ce qui restait, un beffroi gigantesque, de 50 mètres de haut. On finit par le construire tout contre le Palais des Universités qu'il écrasa de sa masse imposante. Sur ce terrain étriqué, l'architecte fit l'impossible pour y placer les locaux indispensables devant abriter notamment la participation du Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale.

Par un système de terrasses et d'escaliers très bien étudiés, il parvint à souder son palais à la chaussée principale. L'architecture était audacieuse et puissante. La grande verrière, construite à redans, s'étageant sur les ailes latérales, s'imposait aux regards. Elle était sertie d'un élégant cordon. Il nous a paru cependant que les angles de la tour eussent pu descendre en masse pleine jusqu'au niveau du sol.

L'entrée principale, inscrite dans la verrière, avec sa porte en fer forgé, était de belle composition. Un groupe sculptural la précédait. Il était dû au ciseau de G. Petit et représentait un ouvrier et un intellectuel fraternellement unis dans le travail. Citons également une œuvre du peintre Scauflaire décorant la rotonde d'honneur.


- LA CLASSE 25 (ŒUVRES SOCIALES. - LÉGISLATION. DOCUMENTATIONS DIVERSES ET PRESSE)

On pourrait alléguer que l'objet de cette classe n'était pas en relation directe avec le thème fondamental. La même remarque serait à faire au sujet de la classe suivante ayant trait à l'organisation des entreprises. Cependant, il y a lieu de considérer que toutes les expositions internationales, qu'elles soient générales ou spéciales, rentrent dans le même cycle. Toutes, elles constituent une étape, elles marquent un échelon dans la voie du progrès humain vers la réalisation d'une vie meilleure. Et, s'il s'impose que les expositions spéciales comprennent uniquement les activités humaines en rapport avec l'objet de leur spécialité, il semble indispensable qu'elles présentent ces activités sous tous leurs aspects. L'Exposition proprement dite s'ouvrait à tous les produits du travail de l'homme, sous quelque forme que ce soit, pour autant qu'ils aient une relation avec l'élément liquide. Malgré cette restriction, elle a pratiquement appelé le concours de la plupart des branches
industrielles et commerciales. Cette manifestation n'aurait pas été complète si une place n'y avait été faite au travail, à son organisation et à sa protection et, dans un autre ordre d'idées, à la documentation concernant les problèmes économiques et sociaux tels qu'ils se posent dans les entreprises modernes. C'était là l'objet des classes 25 et 26 de la Classification générale.

La participation belge à la classe 25 comportait quelques expositions particulières que nous citerons en premier lieu. Il s'agissait surtout d'éléments de documentation générale. C'était le cas de l'Association générale de la Presse belge qui avait édifié un petit pavillon individuel, de l'Office du Commerce extérieur (Ministère des Affaires étrangères) qui avait installé un bureau d'information dans le Palais des Industries Lourdes, du Journal « Le Soir » qui avait construit un petit pavillon de publicité. De même, l'Association Belgique-Canada avait aménagé un chalet rustique dans un but de propagande également. En outre, quelques œuvres sociales avaient monté un stand commun dans un des grands palais (n° 21).

Mais la participation de la classe 25 se manifesta surtout au Beffroi National du Travail qu'elle partagea avec la classe 26 (organisation des entreprises) dont nous parlerons plus loin (voir la section C de ce chapitre).

Comme le disait M. le Ministre Delfosse, le jour de l'inauguration, « dans nos villes flamandes et wallonnes, les beffrois attestent que depuis des siècles nos ancêtres ont trouvé dans le travail la seule arme capable d'assurer leur indépendance, et dans la liberté, l'unique moyen d'accroître le bien-être de tous. »

Symbole du travail et de la liberté, le beffroi de l'Exposition dressait majestueusement sa haute tour sur la rive gauche du fleuve. Il abritait des stands dont le thème général était l'union intime de tous les facteurs de production en vue d'améliorer et d'augmenter la production au bénéfice de tous.

Le Palais s'ouvrait sur un salon d'honneur où Ton évoquait la Belgique au travail en une vaste composition décorative portant la signature d'un de nos meilleurs peintres. Deux tables monumentales « La Belgique, Terre de Travail et de Progrès social » énuméraient la longue suite de lois sociales dont s'honore le pays.

En ce qui concerne spécialement la classe 25, les éléments exposés étaient les suivants.

Une première section se rapportait à l'orientation et à la formation professionnelles. On y voyait des travaux importants effectués dans nos établissements d'enseignement professionnel. La haute couture, la mode, la verrerie, la céramique, la reliure, l'orfèvrerie, les industries de la T. S. F. et d'autres encore, étaient représentées. Signalons qu'un stand était consacré à la documentation pédagogique, qu'un bureau de planning évoquait la fabrication en grande série et que des machines de tous genres complétaient l'ensemble.

Une place importante avait été faite ensuite aux éléments de la protection du travail : une synthèse des méthodes employées était présentée par le Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, en collaboration avec des industriels.

La section suivante, consacrée à l'étude de la réparation des dommages résultant des accidents du travail, comprenait quatre stands dans lesquels étaient traités respectivement : les premiers secours, le traitement chirurgical, la médecine physique et le service national de prothèse. Il avait été fait appel à la collaboration de nombreux spécialistes et de fabricants qualifiés pour la production des appareils appropriés.

Le problème des allocations familiales était envisagé ensuite dans un stand particulier où d'ailleurs se faisait la distribution au public d'une brochure exposant l'état de la question en Belgique.

De même, un autre stand contenait une documentation abondante sur les mutualités avec la collaboration de tous les grands groupements belges intéressés.

Une section spéciale était affectée aux habitations à bon marché avec de nombreuses statistiques se rapportant aux interventions des pouvoirs publics dans la construction des habitations ouvrières.

Enfin, les questions relatives aux pensions de vieillesse et des veuves, aux services du placement et du chômage, à la documentation, aux œuvres et à la presse étaient développées d'une manière fort suggestive dans trois stands séparés.

Cet ensemble qui constituait l'essentiel de la participation belge à la classe 25 était encore complété par quelques apports dignes d'être mentionnés. C'est ainsi qu'un stand était consacré à la place occupée par l'industrie du diamant dans l'économie belge et que l'on relevait une contribution importante des œuvres sociales de la Ville de Liège.

On peut regretter que cette participation, du reste abondamment documentée et dans laquelle chaque section représentait un effort très méritoire de collaboration entre les services officiels et de nombreux industriels, ait manqué d'unité. La seule tentative de synthèse était limitée au rappel général de nos principales lois sociales, sur les panneaux du salon d'honneur. On s'était trop préoccupé du souci d'être complet et il était malaisé au visiteur d'en tirer une leçon d'ensemble. Bien entendu, il y avait un gros intérêt à faire ressortir tout ce qui a été fait en Belgique au point de vue social. Le visiteur, tant belge qu'étranger, devait avoir son attention attirée sur les progrès que nous avons réalisés dans ce domaine. Encore eût-il été d'un plus haut intérêt d'établir la liaison de ces diverses activités sociales, soit entre elles, soit avec l'économie belge dans son ensemble et de montrer comment elles s'y intègrent pour en accroître le rendement et la prospérité. Il eût été intéressant de démontrer que toutes les initiatives d'ordre social, qu'elles soient publiques ou privées, si méritoire que chacune soit en elle-même, doit être en rapport direct avec la productivité du pays et avec le standard de vie de ses habitants.

- LA CLASSE 26 (ORGANISATION DES ENTREPRISES)

Cette classe dont toute la participation était groupée au Beffroi National du Travail qu'elle partageait avec la classe 25, avait réalisé une manifestation scientifique et éducative dépassant largement en importance et qualité le rôle habituellement dévolu à une présentation temporaire.
Grâce à l'esprit de coopération scientifique qui animait ses promoteurs et dirigeants, des concours financiers et des apports techniques entièrement désintéressés lui furent acquis.

Elle s'était spécialement attachée à faire ressortir le principe suivant: ORGANISATION, FACTEUR DE PROGRÈS ÉCONOMIQUE ET SOCIAL.

L'organisation de l'entreprise moderne était résumée tout entière dans un grand tableau lumineux occupant le centre de la paroi du fond. Un écran figurant un cerveau humain représentait la direction. A droite se ramifiaient les services d'étude et d'état-major (service juridique, recherches et méthodes, secrétariat, personnel) ; à gauche, les trois directions divisionnaires et leurs services d'exécution : direction technique (achats, production, assemblage), direction commerciale (publicité, vente, livraison), direction financière (comptabilité, crédits, budgets, prix de revient). Une belle installation lumineuse animée montrait les liaisons entre les différents services et faisait apparaître une succession de textes et de dessins relatifs aux problèmes qui font intervenir les diverses activités de l'entreprise.

Dans la salle, les stands étaient établis suivant la même disposition. C'est ainsi qu'à gauche, en entrant, on trouvait les services d'exécution c'est-à-dire, d'une part, la production et la distribution, et d'autre part, l'administration.

La production et la distribution sont des services qui ne présentent logiquement entre eux aucune solution de continuité. C'est pourquoi ils étaient réunis dans un seul stand. De l'achat des matières premières nécessaires à la production, à la livraison du produit fini au consommateur, se déroule tout un cycle d'opérations allant d'un paiement à un encaissement. La vitesse à laquelle ce cycle est parcouru a une influence capitale sur la situation de l'entreprise. Pour que cette vitesse soit optima, il faut qu'à tous les stades du cycle, tout soit organisé avec un tel soin que le maximum de rendement soit obtenu avec un minimum d'efforts et que nulle part ne se produise d'embouteillage.

Deux feux de circulation symbolisaient cette idée. On avait dû se borner évidemment à citer pour chaque stade un seul cas à titre d'exemple.

Le stand de l'administration centralisait la documentation relative à tous les travaux de bureau. Un grand tableau de circulation des documents relatifs à une commande, à travers tous les départements intéressés de l'entreprise, occupait le panneau central. Autour de ce grand schéma et sur les panneaux latéraux, des points d'organisation administrative de chacun de ces départements étaient illustrés.

A droite de la salle, étaient logés trois stands des services d'étude et consacrés respectivement à l'Homme, à la Matière et à la Méthode.

Celui consacré à l'Homme réunissait tout ce qui concerne le facteur humain et comportait trois sections : l'étude des temps et des mouvements, la psychotechnique et les facteurs moraux du rendement.

Quelques exemples de recherches entreprises en vue de l'amélioration du rendement et de l'élimination des causes de fatigue étaient illustrés notamment au moyen de films d'observation du travail montrant principalement la décomposition des mouvements. La sélection des travailleurs était évoquée par des photographies reproduisant une série de tests (test de coordination des mouvements, test de précision et de réaction musculaires, test de dextérité, test d'attention, etc.). Enfin, le caractère humain du travail était mis en évidence et un panneau montrait quelques réalisations intéressantes dans le domaine de l'amélioration du bien-être moral et physique du travailleur.

La Matière fait l'objet de nombreuses recherches que ce soit en vue du meilleur rendement des matières premières, de leur utilisation, de leur récupération, etc. Cette idée était symbolisée sur un panneau faisant apparaître un laboratoire de physique et un laboratoire de chimie. En exergue, les paroles du Roi Albert dans son discours de Seraing instaurant le Fonds national de la Recherche scientifique : « C'est dans les laboratoires de recherche que s'élaborent les rudiments de l'industrie de demain. » Comme application, l'exemple des recherches auxquelles se livrent, dans des domaines très divers, les laboratoires d'une grande société d'électricité.

Les recherches techniques portent également sur le petit outillage et les machines. Les résultats d'importants travaux dans ce domaine, notamment ceux du professeur Schlesinger, étaient exposés sur les panneaux latéraux ainsi que des exemples de normes résultant de recherches scientifiques extraites des cahiers d'instruction d'une grande firme belge.

Enfin, au point de vue de la Méthode, un centre d'organisation, sa structure, ses ramifications, ses travaux, étaient illustrés sur un panneau central. L'un des panneaux latéraux traitait de grandes campagnes générales (lutte contre le gaspillage, respect des délais de livraison), l'autre, des grands organismes de documentation (Comité national belge de l'Organisation scientifique, Association belge de Standardisation, etc.).

Au centre de la classe de l'organisation, la section de la mécanographie servait de complément à toutes les autres : elle traitait de tout le matériel qui, sans être la base de l'organisation, en est néanmoins l'auxiliaire très précieux. Aucune machine n'était exposée,- des dioramas étaient consacrés aux grands groupes de machines suivant leur genre d'utilisation, et des tableaux représentaient des schémas d'application.

S'abstenant de toute manifestation de caractère publicitaire qu'il aurait été normal de rencontrer dans une exposition, et ouvrant largement ses portes aux concours bénévoles qui s'étaient offerts à elle, la classe 26 avait tenu à montrer aux visiteurs les méthodes mises en œuvre dans les entreprises industrielles et commerciales ainsi que dans les institutions publiques et privées, pour en assurer le fonctionnement avec le maximum d'ordre, d'économie et d'efficacité. Il s'agissait bien davantage de promouvoir l'idée de progrès par l'organisation et de faire connaître les moyens d'accéder à ce progrès, que de signaler des résultats exceptionnels ou des réalisations spectaculaires observés dans certains établissements.

En pénétrant dans la salle, le visiteur était frappé dès l'abord par deux grandes compositions décoratives ornant les parois supérieures et qui évoquaient les traits de Descartes, le précurseur, de F. W. Taylor et de H. Fayol, les grands auteurs de l'organisation scientifique, et rappelaient les principes qu'ils ont énoncés.

De Descartes (Discours de la Méthode), on lisait « N'admettre que les faits, diviser les difficultés, aller du simple au composé, ne rien omettre. »

De F. W. Taylor (Principes d'Organisation scientifique) : « Substituer la science au travail empirique, choisir, former et instruire l'ouvrier, réaliser la collaboration intime de l'ouvrier et de la direction, séparer la préparation de l'exécution. »

Enfin, de H. Fayol (Doctrine administrative) : « Administrer c'est : prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler. » L'évocation de ces grands maîtres était frappante et marquait le caractère de la participation. Ses réalisateurs avaient voulu faire œuvre utile, éducative. Ils y ont pleinement réussi.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939