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Palais n°34 (dit des Industries Lourdes)


Palais n°34 (dit des Industries Lourdes) à l'exposition de Liège 1939

© Daniel
Architecte(s) : I. Falise

Edifié derrière le Lido, il terminait, de sa masse imposante, la série des palais de la grande allée.

Architecture fonctionnelle, commandée par un emploi rationnel de la charpente standard. Revêtement en matériaux « secs » (éternit ondulé), système adopté en général, à l'Exposition, pour permettre une construction rapide et une récupération certaine après le démontage. Composition de volumes rectilignes puissants, répondant bien à la destination du palais.

L'entrée, bien distribuée, était surplombée d'un auvent en tôle d'aluminium très original. Il est regrettable que sa forme, un peu trop relevée, soit venue alourdir les proportions des grandes baies. Le grand titre, composé de lettres métalliques très bien étudiées suffisait, à lui seul, comme élément décoratif de la façade principale.


- Les Moteurs et Machines hydrauliques (cl. 11)

La participation belge dans le domaine de la classe 11 était groupée principalement au Palais des Industries Lourdes (n° 34).

Elle se limitait presque exclusivement aux pompes hydrauliques et il ne pouvait guère en être autrement. Les installations de force motrice hydraulique sont tellement réduites en Belgique, que nos constructeurs n'ont pu étendre leurs recherches et leur fabrication dans cette direction.

Peut-être la possibilité de pouvoir satisfaire à des demandes futures de la Colonie aurait-elle pu inciter les grandes entreprises à étudier la question. Nous savons que plusieurs d'entre elles ont eu l'occasion d'y réaliser des unités importantes, mais en utilisant les études faites par des firmes étrangères spécialisées.

Quoi qu'il en soit, s'il est vrai que nous n'avions à présenter en matière de turbines hydrauliques aucune réalisation transcendante, nous pouvons dire que, dans cette compétition internationale, les firmes belges figuraient en bonne place en ce qui concerne les pompes et, en particulier, les turbo-pompes.

Ce domaine à lui seul est d'ailleurs extrêmement vaste et varié. Sous l'effet des besoins accrus par le développement considérable de notre industrie chimique notamment, la construction des pompes à piston, puis des turbo-pompes, s'est développée et orientée vers la réalisation de modèles spéciaux à revêtement interne, ou bien construits en matériaux résistant à la corrosion et à l'érosion par les agents chimiques. Dans cette branche, le rendement n'est pas l'élément essentiel, bien que haut rendement signifie faible perte par remous et que réduire ceux-ci, c'est restreindre l'activité chimique et les détériorations qui en résultent.

Ce qui compte avant tout, c'est la robustesse, la facilité d'accès, de démontage, du remplacement aisé et peu coûteux des parties usées : c'est, en fin de compte, la diminution des frais d'entretien et d'exploitation. Il y a là un champ d'activité pour la recherche méthodique des solutions adéquates qui ne peut être exploré que par l'expérience directe, car les connaissances scientifiques dans ce domaine ne sont pas assez avancées pour pouvoir discerner à priori, et avec une certitude suffisante, les matériaux appropriés. La question des bourrages est de grande importance ici et, dans les turbo-pompes, le problème est à l'heure actuelle résolu d'une manière satisfaisante, même pour les hautes pressions et les températures élevées.

Les pompes spéciales dont nous parlerons en tout premier lieu, parce qu'elles représentent une réelle contribution aux progrès de l'industrie chimique, comportent des revêtements en plomb, en ébonite, en caoutchouc d'une dureté appropriée. Pour certaines applications, on utilise des fontes à forte teneur en manganèse dont la dureté conduit à des usinages laborieux et obligent le constructeur à rechercher des formes simplifiées pour le corps principal. Des modèles fort bien étudiés figuraient à l'Exposition, de même que des pompes de dragage, qui ne sont pas nouvelles, mais auxquelles on est conduit à donner aujourd'hui des dimensions et une puissance considérables.

Les pompes pour travaux hydrauliques qui doivent être robustes, sont de nos jours construites de façon soignée,- elles comportent des tracés de roues hélico-centrifuges convenant aux débits élevés et aux faibles hauteurs, et à haut rendement. Seules, des portes de visite les différencient des pompes courantes. Pour l'irrigation et le démergement, on est arrivé aux pompes hélicoïdes : une véritable hélice est logée dans une enveloppe appropriée avec un organe destiné à la récupération de l'énergie cinétique à la sortie (Ateliers de Constructions électriques de Charleroi).
Des pompes semblables sont utilisées dans la région pour le pompage des eaux d'égouts : la station de la Ville de Liège de la rive droite de la Meuse comporte notamment cinq unités de 5.000 m3/heure chacune à 2 mètres de hauteur de refoulement, à attaque directe à 320 t/m par machine à vapeur (Ateliers de Construction d'Ensival).
Par contre, la nouvelle station sur la rive gauche incorporée dans l'Exposition et utilisant comme force motrice des moteurs électriques et des moteurs Diesel, comporte des pompes hélico-centrifuges.

Après les pompes destinées à l'industrie chimique et au génie civil, il reste à examiner celles plus courantes utilisées notamment dans les charbonnages et les centrales électriques : pompes d'exhaure, pompes pour la circulation, pompes pour l'alimentation des centrales qui doivent surtout assurer un excellent rendement. En effet, ces appareils ont une durée d'utilisation considérable et la moindre amélioration dans le rendement a des répercussions sur les trais d'exploitation. Ils doivent répondre aux conditions de service les plus variées et les exposants faisaient ressortir les progrès réalisés dans ce domaine depuis une vingtaine d'années. Des rendements de 0;80 et même 0,85 sont actuellement possibles avec des débits de 5 à 6.000 m3/heure et des hauteurs d'élévation de 7 à 8 mètres, en utilisant l'attaque directe à 585 t/m.

Un rotor d'une pompe semblable qui témoigne de l'importance des recherches effectuées pour arriver à la solution optimum, figurait dans un des stands de la classe 11. On pouvait voir également une pompe complète adaptée à ce genre de circulation pour l'alimentation des condenseurs de navire.

Dans la centrale moderne, le problème de l'alimentation des chaudières à haute pression est résolu au moyen de pompes multicellulaires à 7 ou 8 roues à 3.000 t/m lorsqu'il s'agit de débits moyens et à un nombre de tours plus élevés, lorsque les débits sont de 10 à 15 m3/heure. Au-dessous de 7 à 10 m3/heure, la solution par pompe centrifuge multicellulaire devient discutable et l'on a recours aux pompes à piston dont il sera question plus loin.

On sait que le problème de l'exhaure des mines est à l'origine de tous les progrès en matière de pompes centrifuges. Actuellement on utilise la pompe multicellulaire et de nombreux exemplaires en étaient présentés par les différents constructeurs. Le système qui prévaut actuellement est celui à éléments séparés sous enveloppe, bloqués ensemble par des boulons logés dans celle-ci (Ateliers de Constructions électriques de Charleroi).

L'équilibrage de la poussée axiale, problème important dans ce genre d'application, est résolu par l'utilisation d'un piston d'équilibrage automatique qui diffère fort peu d'un constructeur à l'autre. Par l'utilisation de cet organe, les deux bourrages sont soustraits à l'action de la haute pression, et il suffit par une circulation d'eau appropriée d'empêcher les rentrées d'air à l'aspiration, pour satisfaire à toutes les exigences pratiques.

Nous venons de parcourir un certain nombre de domaines d'application des turbo-pompes, mais il en reste de nombreux autres, les applications à la marine notamment, et celles, moins importantes mais tout aussi intéressantes, aux services de l'habitation.

Dans la marine, les pompes doivent être fort robustes et facilement accessibles. Généralement du type vertical, elles sont conçues de telle sorte que leur démontage puisse se faire sans toucher au moteur. De plus, elles doivent être à amorçage automatique et résister à l'eau de mer. Les Ateliers de Constructions électriques de Charleroi et la Société Rateau en présentaient des types.

L'amorçage automatique s'impose pour l'alimentation d'une habitation ou d'un réseau de distribution. Le problème se pose comme suit : lorsque le niveau dans le réservoir de régularisation descend au-dessous d'une valeur donnée, la pompe doit se mettre automatiquement en marche et assurer l'alimentation. Or la pompe centrifuge ne peut s'amorcer que si le corps est entièrement rempli d'eau et pour qu'il en soit ainsi on ne peut compter sur l'étanchéité suffisante et permanente du clapet de pied. Dans ces conditions, le problème de l'auto-amorçage est résolu par une pompe auxiliaire à tore liquide susceptible de faire le vide et de provoquer la montée de l'eau dans la pompe proprement dite. Pour les petites installations des habitations, la pompe centrifuge peut être remplacée par une série de pompes en tension du type à tore liquide. Le rendement en est médiocre, mais c'est là un défaut peu grave étant donné la durée réduite d'utilisation.

Différentes firmes présentaient des solutions très bien étudiées de l'auto-amorçage. Les Ateliers de Constructions électriques de Charleroi notamment exposaient en fonctionnement une installation de démonstration de pompe multicellulaire auto-amorçante, d'un système intéressant.

Dans le domaine des pompes à piston, plusieurs exposants présentaient des appareils bien adaptés pour les moyennes et hautes pressions avec attaque par courroie à section triangulaire multiple avec carter fermé et graissage continu, bourrage accessible, du type horizontal. Des pompes triplex du type vertical à trois coudées pour des pressions très élevées, étaient exposées par plusieurs constructeurs.

Les Ateliers des Pompes Dia présentaient plusieurs modèles de pompes spéciales à diaphragme pour les liquides chargés : vidange de bassins à schlams, évacuation de bassins de décantation, pompes pour lavoirs à minerais, etc.

Plusieurs groupes de pompes centrifuges commandées par moteurs à essence et adaptés au service d'incendie étaient également présentés; ils étaient munis d'une pompe auxiliaire d'amorçage généralement du type rotatif. Celles de ce dernier type étaient d'ailleurs peu nombreuses : elles ne peuvent se justifier que pour des applications spéciales, telles les pompes pour pâte à papier.

Dans tout cet ensemble, on pouvait distinguer un grand souci d'assurer la robustesse en même temps que la présentation élégante des appareils avec leur moteur d'attaque : moteur électrique, moteur à essence ou Diesel, ou encore turbine à vapeur.

L'utilisation de l'acier soudé avait donné lieu à un très bel essai de réalisation par la Société Rateau. La solution peut s'indiquer dans les grandes dimensions, en vue d'éviter les frais de modèle et de diminuer le poids du groupe,- malgré les difficultés de découpage et de cintrage de certaines parties de la volute et du joint horizontal relativement très compliqué de forme, le constructeur était arrivé à respecter des tracés rationnels et à constituer un ensemble très élégant. Il y a là une voie intéressante lorsqu'il y a intérêt à réduire le poids, soit en cas de transport à grande distance (colonies), soit pour les pompes marines.

Par la variété des types exposés, le soin apporté dans les études et dans la réalisation, les constructeurs belges ont montré qu'ils pouvaient satisfaire à toutes les exigences de notre industrie. Nous signalerons en passant que certains constructeurs spécialisés dans les turbo-pompes, présentaient des réalisations importantes dans le domaine des turbo-soufflantes et des ventilateurs.

D'autre part, on pouvait se rendre compte que les principes rationnels apportés dans l'étude des pompes à piston modernes, étaient appliqués à la réalisation de compresseurs de faible puissance et de pompes à vide bien étudiées : carter fermé à graissage continu de tous les organes, bourrages aisément accessibles, attaque par courroie avec moteur porté sur le carter et facile à déplacer pour assurer le maintien sous tension convenable de la courroie de commande.

Signalons ici l'importance prise par les installations hydrauliques de l'Exposition pour l'alimentation des jeux d'eau. Toutes ces installations étaient munies de groupes de pompes centrifuges dont certaines très importantes. Là encore des résultats atteints prouvaient que l'industrie belge est à même de réaliser dans ce genre d'application de la mécanique tout ce que la technique la plus perfectionnée peut atteindre dans la puissance comme dans la beauté de ses créations. Au paragraphe suivant, nous donnerons quelques détails au sujet de ces remarquables réalisations, la plupart inédites, qui contribuèrent pour beaucoup au succès de l'Exposition.
Si, passant au domaine de l'adduction et du contrôle, on était amené à parcourir les stands de quelques grandes firmes qui y sont spécialisées, une impression aussi réconfortante se dégageait de cette visite. Non seulement on pouvait aisément se rendre compte de la puissance des moyens de fabrication, mais encore du souci d'établir un contrôle permanent de la valeur du produit et d'entretenir une activité constante dans le domaine des recherches techniques susceptibles d'amener des progrès.

La question du choix des matériaux pour s'opposer à l'érosion et à la corrosion était abordée par plusieurs exposants qui présentaient des échantillons remarquables de pièces les plus diverses pour la construction des pompes, des vannes et des soupapes, capables de résister aux eaux acides ou alcalines et à la vapeur surchauffée.
De grands progrès ont été faits dans les appareils enregistreurs de niveau d'eau à distance qui sont nécessaires dans l'exploitation des centrales ou sur les voies navigables.

La mesure des débits totalisés, des débits instantanés avec enregistreurs, la mesure des pressions, ont donné lieu à la création d’instruments de précision maniables et durables qui sont aujourd'hui suffisamment au point pour que l'industriel puisse les utiliser pour déceler les déficiences même faibles dans le rendement des installations. Certains stands faisaient clairement ressortir la valeur de notre industrie à ce point de vue.

Chemin faisant, nous avons cité la plupart des exposants belges de pompes de divers modèles. Rappelons que l'industrie belge des appareils de mesure et de contrôle était représentée par l'Automatique électrique de Belgique, la Compagnie des Compteurs et Manomètres, la Société E. G. E. A. et la Société Intégra. Quelques autres participants étaient également inscrits à cette classe pour des éléments accessoires.

- La Technique de l'Eau et l'Electricité (cl. 13)

L'électricité qui joue un rôle de plus en plus important dans la vie domestique et sans laquelle on ne conçoit plus guère d'exploitation industrielle, se devait d'occuper une place marquante à l'Exposition. Elle n'a pas failli à cette obligation. Plus de quarante firmes belges étaient représentées. Il faut citer notamment l'Association des Constructeurs de Matériel électrique de Belgique (A. C. M. E. B.) qui avait amené la plupart de ses membres à exposer, et les participations collectives de deux autres groupements importants : l'Union des Exploitations électriques en Belgique (U. E. E. B.), comptant quarante-sept membres parmi les entreprises de production et de distribution d'énergie électrique, et l'Association des Centrales électriques industrielles de Belgique (A. C. E. I. B.), dont les cent trois affiliés producteurs ou usagers de courant appartiennent à presque tous les genres d'industries. On peut donc avancer, sans risque d'être contredit, que tout ce qui en Belgique touche au domaine de l'électricité était représenté.

Le programme de la classe 13 prévoyait six sections où, d'une manière simple et concrète, les rôles les plus immédiats de l'eau devaient être mis en évidence. La plupart des exposants belges étaient réunis au Palais des Industries Lourdes (n° 34). Quelques-uns figuraient ailleurs notamment au Palais du Génie Civil et dans celui dit « de la Mer ».


a) L'eau et la production de l'énergie électrique

L'eau agit dans la production de l'énergie électrique :
1° Comme agent moteur direct, soit sous son état liquide naturel dans les centrales hydro-électriques, soit à l'état de vapeur dans les centrales thermiques,-
2° Comme agent auxiliaire pour la condensation de la vapeur et la réfrigération des moteurs.

Ce double rôle était clairement illustré au Palais n° 34 par un panneau synthétique montrant l'eau coulant de la source à la rivière et puisée par l'industrie pour alimenter les turbines hydrauliques, les chaudières, les condenseurs de vapeur et pour refroidir les moteurs à explosion.

Le visiteur pouvait se faire une idée de l'importance de la production d'énergie électrique en Belgique par la lecture de cartes et tableaux synoptiques lui montrant qu'en 1938 une puissance totale installée de 2.462.000 KW. avait produit 5.278 millions de KWH.
La Belgique n'est pas riche en « houille blanche ». Cependant, certaines sources y ont été rationnellement utilisées comme on s'en rendait compte par l'examen de maquettes et photographies diverses des installations hydro-électriques de Butgenbach et de Heid-de-Goreux (Centrales de l'Entre-Sambre-et-Meuse et de la Région de Malmédy).

Par contre, riche en charbon, le pays a concentré la majeure partie de la production d'énergie électrique dans des centrales thermiques d'une puissance moyenne élevée, dotées de fortes unités génératrices économiques. De plus, toutes les énergies de déchet, notamment les gaz de hauts fourneaux, sont complètement récupérées. Les derniers progrès de la science, tant en ce qui concerne la thermodynamique et l'écoulement des fluides, que la connaissance des matériaux, entre autres le comportement des métaux aux hautes températures, ont été mis en pratique par les constructeurs toujours soucieux de faire marcher de pair la science et la technique.

De nombreuses représentations en relief ou photographiques, des panneaux descriptifs et des appareils de démonstration mettaient en évidence les réalisations les plus modernes dans la construction des turbines à vapeur avec soutirages, des moteurs à explosion à cylindres compartimentés avec chemises refroidissantes et d'importantes installations de réfrigération et de condensation.

D'autre part, tous les éléments accessoires intervenant dans les installations de centrales et notamment les appareils de contrôle d'eau, de gaz et d'électricité, ainsi que les appareils électriques de commande à distance, étaient présentés de manière très intéressante par leurs constructeurs.


b) L'eau et la distribution de l'énergie électrique

D'un court passage au Palais n° 34, le visiteur en lisant une carte et quelques tableaux emportait une impression nette de l'œuvre accomplie par l'initiative privée dans le domaine de l'électricité en Belgique.

Si, désireux de s'en instruire plus à fond, il prenait place au cinéma mis à sa disposition au stand de l'U. E. E. B., il ne manquait pas d'être tout à fait initié à l'organisation de la production, du transport et de la distribution de l'électricité dans le pays, et à ses applications industrielles et domestiques.

Des réseaux aux mailles serrées de conducteurs, haute et basse tensions, couvrent le territoire et transportent l'énergie dans des conditions optima de sécurité et d'économie vers la presque totalité des communes belges. Avec une consommation annuelle de 650 KWH. par habitant, la Belgique se classe actuellement en tête des pays pauvres en chutes d'eau, comme elle occupe un des premiers rangs entre toutes les nations par la coordination rationnelle et économique de ses moyens de production.

Si le visiteur cherchait quel est le rôle de l'eau dans la distribution de l'énergie électrique, il avait lieu de satisfaire sa curiosité et de s'étonner, peut-être, que l'élément liquide au lieu d'être ici un auxiliaire bienfaisant, remplit un rôle qui, pour n'être pas toujours néfaste à proprement parler, crée cependant des difficultés qu'il ne fut pas aisé de vaincre dans certains cas.

La traversée de vallées profondes et l'escalade à flancs de coteaux escarpés des lignes aériennes, le passage des fleuves par des câbles immergés étaient illustrés par des photographies montrant souvent beaucoup de hardiesse de construction. De même, les effets du givre sur les conducteurs et l'action de la pluie sur les isolateurs étaient bien imagés. Il sied de citer en particulier une maquette remarquable montrant comment, par drainage et sectionnements électriques, il est possible de protéger les canalisations souterraines contre les courants vagabonds résultant du retour par la terre du courant électrique (participation des Sociétés Distrigaz et Traction et Electricité, au Palais n° 19).

Signalons aussi combien les constructeurs s'évertuent à combattre l'action nuisible de l'eau dans la distribution de l'énergie électrique par la création de matériel blindé ou spécialement isolé. Nombre d'appareils de ce genre étaient à la portée du visiteur.


c) L'eau et l'utilisation de l'énergie électrique

C'est vraisemblablement dans le domaine de l'électrolyse que l'électricité et l'eau se sont, en premier lieu, trouvées en présence, industriellement parlant.

Cependant, les applications tardèrent à prendre un développement considérable et se limitèrent à la galvanoplastie. Mais l'Exposition a montré combien, en ces derniers temps, les phénomènes électrolytiques ont pris d'importance dans le domaine de la métallurgie et de la chimie.

Traitement de minerais, raffinage de métaux, dépôts électro-lytiques épais, zingage électrolytique, décapage électrolytique, fabrication de sels chimiques, dépôts d'aluminite, accumulateurs, etc., dont de multiples échantillons étaient exposés, donnaient une idée du développement rapide de ces nouveaux consommateurs d'énergie électrique.

Il convient de signaler ici, car l'eau y joue son rôle réfrigérant, les applications de l'électrothermie dont l'importance ne le cède en rien aux précédentes. Le souci de jour en jour plus impérieux d'obtenir des produits purs ou affinés de haute qualité, a mis en évidence ce mode de chauffage. La possibilité d'atteindre des températures extrêmement élevées dépassant 3.000 degrés, la facilité de réglage de la température, la réalisation d'un milieu chimiquement neutre en font un système de chauffage idéal.

L'électrométallurgie à elle seule a consommé, en 1937, 41 milliards de KWH., soit près de 10 % de la production mondiale d'énergie électrique.

Bien que, dans les pays riches en combustible et pauvres en chutes d'eau comme la Belgique, l'emploi de l'électricité pour susciter des réactions thermiques et chimiques soit apparu jusqu'à présent comme un détour anti-économique, un examen précis plaide cependant souvent en faveur de cette utilisation.

Les fabrications électrochimiques et électrothermiques ne sont pas l'apanage des seules contrées riches en houille blanche et il est certain que, dans notre pays, l'électrométallurgie peut jouer un rôle considérable. L'objection du prix trop élevé du KWH. tombe devant le fait que la récupération rationnelle de tous les produits de déchets et l'organisation générale de la production et du transport de l'énergie électrique telle qu'elle existe en Belgique, mettent à la disposition des usagers de l'énergie à des prix nullement prohibitifs.

La nouveauté et l'importance des sujets qui précèdent ne nous font pas oublier que, dans le domaine plus connu de l'utilisation de l'énergie électrique comme force motrice, les constructeurs de pompes de tous genres avaient, à l'Exposition, des participations importantes présentant un vif intérêt. Le jet d'eau record du monde de 100 mètres de hauteur, construit par les Ateliers de Constructions électriques de Charleroi, en était une belle application.

La soudure électrique avait également ses représentants spécialisés en soudure à arc, par point, soudure continue, soudure par galet, soudure effectuée sous pression, soudure sous eau, etc. avec tout le matériel accessoire. Au Palais n° 34 figurait en service, un appareil de construction belge pour le contrôle des soudures par radiographie (Usines Balteau).

Enfin, il n'est pas possible de terminer cet exposé sans faire mention des fontaines lumineuses, des jardins d'eau et de la roseraie de l'Exposition où l'électricité et l'eau s'étaient associées dans des ruissellements de perles et de couleurs pour l'émerveillement des milliers de visiteurs.


d) L'électricité et l'hygiène de l'eau. - e) L'électricité
et les grands travaux hydrauliques

Les installations commandées par l'hygiène publique et celles se rapportant aux grands travaux hydrauliques étaient exposées, en ordre principal, dans les départements du Génie Civil et de la Santé Publique. Le visiteur y constatait l'importance des réalisations effectuées à ce jour dans notre pays et à l'étranger. Son attention était attirée sur le fait que, dans toutes ces installations, l'électricité intervient comme auxiliaire obligé.

Renoncer à cette forme d'énergie dont la souplesse n'est égalée par aucune autre, ce serait exposer d'avance toute réalisation à un surcroît de difficultés et de dangers ainsi qu'à des délais d'achèvement plus longs. Les distributions d'eau, captages de sources, évacuations d'eaux usées, l'utilisent principalement comme force motrice et accessoirement comme moyen de commande automatique à distance des appareils.

Une application particulièrement intéressante en avait été faite aux installations de démergement des eaux d'égout de Liège qui rendent des services incalculables en temps de crue du fleuve et dont une sous-station avait été construite à l'Exposition. Notons également que la généralité des écluses, barrages, ponts, ascenseurs, transbordeurs, sont commandés électriquement comme en faisaient foi divers plans et maquettes du Palais du Génie Civil. Il y était montré aussi que l'opération très délicate du rabattement des nappes aquifères peut s'effectuer électriquement avec le maximum de facilité et de sécurité.

Au Palais n° 19, était faite une démonstration des procédés électrolytiques pour le conditionnement de l'eau et la réduction de son degré hydrotimétrique (voir section C de ce chapitre).

Enfin, l'hygiène domestique consomme une quantité d'énergie électrique en constante progression dans les appareils stérilisateurs d'eau, chauffe-eau, boilers, frigidaires, lessiveuses, etc., dont l'usage se développe considérablement. La plupart des applications ci-dessus impliquent l'emploi d'appareillage blindé, hermétique, à refroidissement naturel ou forcé, que les visiteurs pouvaient examiner.


f) L'électricité et la navigation

Primitivement l'électricité n'a été utilisée à bord des navires que pour des services auxiliaires, l'éclairage par exemple.

Mais, depuis l'introduction des moteurs à explosion dans la marine et notamment des moteurs Diesel employés à la propulsion des bâtiments, l'électricité a remplacé la vapeur dans la plupart des applications. Tous les services du bord (éclairage, pompage, signalisation, manutention, etc.) sont électrifiés et dans certains navires modernes ce sont des moteurs électriques qui attaquent les arbres de couche. Une mention spéciale doit être faite d'un appareil à gouverner, commandé par moteur continu, dont un spécimen figurait à l'Exposition (Ateliers de Constructions électriques de Charleroi) .

Aux ports et sur les côtes, l'emploi de l'énergie électrique s'est également généralisé tant pour l'éclairage ordinaire, le balisage, les phares et les bouées, que pour les engins les plus divers servant aux manutentions. Enfin, pour la sécurité des navires, citons les applications chaque jour plus nombreuses et plus perfectionnées de la radiogonioscopie et de la radioélectricité auxquelles des milliers de marins doivent la vie sauve. Il en sera d'ailleurs question plus longuement au chapitre suivant (sections B et C).
Il eût fallu à cet aperçu un développement considérable pour pouvoir rendre compte de façon détaillée de la participation de chacun des exposants : la place nous en fait défaut.

De ce qui précède, il résulte à suffisance que l'électricité a occupé à l'Exposition une place digne de son importance tout en s'attachant cependant à répondre aux désiderata du programme imposé, c'est-à-dire en ne sortant pas du domaine de ses rapports avec l'eau.
L'excellence des produits exposés faisait le plus grand honneur à l'industrie électrique belge. Leur haute qualité a été sanctionnée par le Jury international des Récompenses qui a attribué aux exposants belges de la classe 13 de nombreuses récompenses supérieures.

- La Classe 16

La classe 16 de l'Exposition concernait « le matériel et les procédés de recherches, d'exécution et de réalisation des ouvrages repris aux classes précédentes ». Elle se divisait en quatre sections :
1° Les conceptions scientifiques, recherches et essais,
2° Les matières et les matériaux,
3° Le matériel et l'outillage,-
4° Les réalisateurs et les modes de réalisation des ouvrages se rapportant à la technique de l'eau.

Elle couronnait le vaste panorama des travaux du génie civil que constituait l'ensemble des participations ressortissant aux classes 4 à 15.

Programme très vaste et d'un intérêt capital pour l'industrie belge. Aussi, cette classe comprenait-elle de loin les participations les plus nombreuses et les plus importantes. Les stands qui s'y rapportaient se trouvaient dans tous les palais de la Section belge.

La première section consacrée aux CONCEPTIONS SCIENTIFIQUES, RECHERCHES ET ESSAIS était principalement représentée au Palais du Génie Civil. Il était normal que les bureaux d'études et les organismes de contrôle et d'assurance se fussent rapprochés des entrepreneurs dont ils sont les collaborateurs les plus précieux. On remarquait la participation de la Chambre des Ingénieurs-conseils de Belgique et celle d'une collectivité de Compagnies d'Assurances et de Bureaux de Contrôle. Le thème en était la sécurité des constructions civiles, leur contrôle et l'assurance couvrant la responsabilité des entrepreneurs. En plus, quelques exposants, principalement au Palais des Industries Lourdes (n° 34), présentaient des éléments comme : le contrôle des soudures et des matériaux par rayons X (Usines Balteau), du matériel d'essais et de laboratoire hydraulique (Compagnie des Conduites d'eau), des études et applications industrielles de la vibration (Vibrogir). Dans un esprit purement scientifique, les Sociétés Distrigaz et Traction & Electricité avaient aménagé, au Palais 19, au centre de la section de la corrosion dont il sera question un peu plus loin, une démonstration très suggestive de la protection des conduites souterraines contre les courants vagabonds.

Il est nécessaire de rappeler à cet endroit l'activité des services d'études et de recherches du Ministère des Travaux publics. Il s'agit du Service spécial de Géotechnique, du Laboratoire de Recherches hydrauliques et du Service spécial d'Essais et Radiographie dont les participations, au Palais du Génie Civil, ont été commentées à la section A du même chapitre.

La deuxième section groupant LES MATIÈRES ET LES MATÉRIAUX, se subdivisait en plusieurs sous-sections suivant la nature des produits.

Pour les métaux ferreux et non ferreux, les participations étaient très abondantes. Epinglons celle du Groupement des Hauts Fourneaux et Aciéries belges qui avait édifié, au Palais 34, un stand d'une parfaite réussite à la gloire de la métallurgie belge. Venait ensuite, dans le même palais, un stand plus modeste de l'Union des Lamineurs belges de Zinc. On devrait enfin mentionner toutes les aciéries, tous les laminoirs, tous les fondeurs qui, en des stands privés parfois impressionnants, retenaient l'attention du visiteur, nonobstant pour beaucoup d'entre eux leur contribution à la participation collective du Groupement des Hauts Fourneaux déjà citée.

L'utilisation des métaux rencontre inévitablement comme corollaire la lutte contre leur corrosion, phénomène dans lequel l'eau joue cette fois un rôle néfaste. Cela appelait forcément la figuration à l'Exposition de toutes les firmes se préoccupant de combattre ce mal universel. Nous rencontrions dans cette deuxième sous-section, groupée entièrement au Palais 19, les spécialistes dans les revêtements par vernis, émaux et peintures,- les ateliers s'occupant de métallisation, chromage, nickelage et cadmiage,- les producteurs d'asphaltes, bitume, hydrofuge, enduits gras, etc. Certaines présentations, comme celle de la Fabrique nationale d'Armes de guerre, permettaient au visiteur de comparer les diverses phases du traitement d'une même pièce de fer, notamment en vue de la protéger contre les agents agressifs.

Cet ensemble comprenant trois séries importantes de collectivités (les couleurs et vernis, les asphaltes et bitumes, les procédés divers de protection des métaux), était remarquable par l'ampleur des participations. Les exposants s'étaient concertés pour assurer le maximum de réussite dans la présentation. Nous ne pouvons pas ne pas citer l'amusante frise décorative qui ornait tout le fronton des stands des fabricants de couleurs et vernis. Au point de vue scientifique, nous avons déjà relevé plus haut la participation des Sociétés Distrigaz et Traction & Electricité. Rapprochons-la de celle de la Commission belge pour l'Etude de la Protection contre la Corrosion (ABEM IV) dont la contribution au problème en question devient de jour en jour plus efficace. Enfin, quelques fabricants d'hydrofuges avaient apporté leur concours à la collectivité « Eau et Santé » (Palais 20) dans une démonstration pratique de la lutte contre l'humidité dans les habitations.

Il n'est plus nécessaire d'insister sur le fait que nos carrières, briqueteries et sablières donnent des produits de toute première qualité en marbre, petit granit, grès, calcaire, porphyre, briques, tuiles, sables, graviers, grenailles et autres matériaux pierreux. Et notre pays possède de grandes cimenteries livrant toute la gamme des ciments Portland, métallurgiques ou spéciaux à haute résistance et s'opposant à l'attaque des eaux.

Ces entreprises prirent une part importante à l'Exposition. Elles s'éparpillèrent cependant pour la raison bien simple que chaque branche chercha la meilleure formule de présentation.

Dans son magnifique pavillon particulier, la participation de la Collectivité cimentière belge était tout à fait complète. Le grand panneau du fond, face à l'entrée, rappelait l'importance de l'industrie cimentière belge dont la capacité de production atteint actuellement 5 millions de tonnes par an et dont les produits sont universellement réputés pour leur qualité. D'ailleurs, la Belgique est le plus grand pays exportateur du monde (1/5 du commerce mondial) ; une planisphère montrait du reste les pays qui importent du ciment belge.

La participation comprenait en outre des maquettes, des vitrines et plusieurs panneaux schématiques. Elle avait pour but de faire apparaître l'importance du rôle de l'eau dans toutes les utilisations du ciment.

Une grande maquette sur table, placée devant le panneau du fond, représentait une usine moderne. Un schéma permettait de suivre aisément le processus de fabrication des différentes sortes de ciment.

Un grand panneau, à gauche de l'entrée, faisait ressortir le rôle de l'eau dans la prise du ciment. Des échantillons et des études faites en laboratoire illustraient cette démonstration. Sous une forme semblable, à droite, on avait schématisé l'influence de la quantité d'eau de gâchage sur la plasticité et la résistance du béton. On montrait également comment la plasticité est réglée suivant le mode de transport au lieu d'utilisation et la manière dont le béton est mis en œuvre.
Un troisième panneau était consacré à l'influence de l'humidité extérieure pendant le durcissement. Ici aussi, des échantillons et des essais au laboratoire complétaient cette démonstration fort intéressante sur les variations du retrait et de la résistance du béton, suivant que l'atmosphère est humide ou sèche.

La résistance aux eaux agressives faisait de même l'objet d'une exposition particulière prouvant que les bétons confectionnés avec les soins voulus et les ciments appropriés résistent parfaitement.

Enfin, deux grands panneaux étaient consacrés, l'un, aux grands travaux réalisés en béton et où l'eau joue un rôle, l'autre, à la normalisation des ciments et à leur contrôle au laboratoire. Un meuble-pupitre portait tous les renseignements concernant les normes et spécifications définies des ciments fabriqués par le Groupement : rapidité de prise, stabilité, finesse de mouture, résistance à la traction et à la compression.

La participation de la Collectivité cimentière belge fut une des belles contributions privées à l'Exposition.

Non moins remarquable fut celle des carrières de grès, petit granit et calcaire qui en commun aménagèrent dans les jardins, face à l'entrée principale de Bressoux, un ensemble décoratif réellement impressionnant. Une pareille collaboration mériterait d'être poursuivie et devrait servir d'exemple dans les prochaines expositions. C'est la meilleure façon d'assurer la défense professionnelle d'un groupe d'industries dont les produits sont appelés à se compléter l'un l'autre dans leur utilisation réelle.

En outre, quelques exposants se présentaient dans des stands particuliers. Au Palais 18, le Comptoir tuilier de Courtrai, vaste organisme de vente de produits de briqueteries et tuileries des Flandres, avait aménagé un beau stand d'une parfaite conception architecturale et décorative. Les plaques de revêtement créées récemment par cette firme, furent utilisées dans la construction du Palais des Fêtes de l'Exposition. Egalement au Palais 18, se trouvait la participation déjà citée à la classe 15 du Groupement des Carrières et Fours à Chaux de la Vallée de la Meuse. A la section « Eau et Santé », quelques producteurs de matériaux avaient collaboré à titre d'exposants à certaines démonstrations. Mentionnons également le coquet pavillon édifié dans les jardins par l'Union belge des Marbritiers et, enfin, quelques participations individuelles portant sur des ciments métallurgiques, briques de laitier et bétons.

Une dernière subdivision de cette importante section de la classe 16 était réservée au bois et au verre.

Le commerce des bois de construction, des bois spéciaux pour travaux hydrauliques, des bois imprégnés résistant à l'action de l'humidité, avait trouvé place à la Section internationale (Palais 22). Les industries belges y voisinaient avec quelques exposants étrangers. Dans le domaine du verre, signalons la participation des Glaceries réunies qui, au Palais 18, faisaient une démonstration des avantages de l'application de la glace Sécurit sous toutes ses formes.

La troisième section de la classe concernait LE MATÉRIEL ET L'OUTILLAGE. De tout temps, le matériel et les procédés généraux ont déterminé et limité les possibilités d'exécution des constructions et plus particulièrement des travaux hydrauliques, en raison des difficultés considérables et des sujétions pénibles résultant de l'eau et de ses effets. De grands progrès ont été réalisés au cours des derniers lustres par suite du développement des industries métallurgiques, mécaniques et électriques. Les réalisateurs ont promptement apprécié les avantages qu'ils pouvaient en tirer. Il en est résulté de tels changements dans les possibilités d'exécution, que les ingénieurs des administrations publiques et des bureaux d'étude ont dû en tenir compte dans la conception de leurs projets. Ceux-ci en ont été profondément influencés dans leurs formes générales, dans leur ampleur, leur hardiesse et leur efficacité, cependant que l'exécution même gagnait en sûreté et en sécurité, en économie et en rapidité. Les grands travaux exécutés en Belgique au cours de ces dernières années ont mis cela en évidence d'une manière frappante, particulièrement ceux du Canal Albert, de la Meuse, des tunnels sous l'Escaut, de la Jonction Nord-Midi.

L'Exposition de Liège ne pouvait séparer cet objet de celui des travaux hydrauliques considérés en eux-mêmes. Au point de vue national, l'intérêt de cette section de la classe 16 résidait dans une sorte de revue de la puissance du matériel et de l'outillage de nos entrepreneurs et dans une confrontation de la production des industries spéciales belges et de ses concurrents étrangers. Il serait vain de celer que la Belgique utilise beaucoup de matériel et d'outillage importés et que les fabricants nationaux ne sont pas encore maîtres du marché intérieur. Cependant, de grands progrès ont été enregistrés au cours des dernières années non seulement pour le petit matériel mécanique d'usage général, mais encore pour certains procédés très spéciaux et tout à fait modernes. L'impression d'ensemble produite par la participation belge était très favorable et l'on peut espérer que notre industrie, encouragée par de saines mesures administratives, pourra bientôt non seulement défier la concurrence étrangère sur le marché intérieur, mais sera même capable, par la qualité éprouvée de ses produits autant que par ses prix avantageux, de prendre pied sur les marchés d'exportation.

En raison de la diversité des branches intéressées et de la subdivision très poussée de la Classification, la participation belge à cette section se trouvait dispersée dans de nombreux palais. Cette dispersion, évidemment défavorable en général à une impression synthétique, accusait l'absence d'un groupement industriel spécial qui se justifierait cependant amplement.

Le matériel flottant de chantier et de dragage était représenté surtout aux Palais du Génie Civil et de la Navigation Intérieure, par de belles collections de modèles réduits de dragues de diverses espèces, de pontons-bigues, de grues flottantes, de sonnettes, etc., exposées par des Sociétés d'entreprises et de dragages. La puissance du matériel de nos entrepreneurs était ainsi prouvée, et elle est bien connue, mais on remarquait qu'un grand nombre de ces engins était d'origine étrangère. Cependant, les industries belges produisent toutes les pièces de ce matériel, qu'il s'agisse de godets de dragues en aciers spéciaux, de maillons de chaînes à godets, de tubes de succion, de joints flexibles, de treuils et de cabestans, de chaînes, de câbles et d'ancres, de moteurs, de pompes et de transmissions, de carènes et de charpentes, etc. En bonne justice on doit reconnaître que l'industrie nationale est techniquement et industriellement à même de construire du matériel flottant de haute qualité pratique : l'Exposition en donnait plus d'une preuve. Peut-être, les conditions propices à une spécialisation ne sont-elles pas encore favorables?

En ce qui concerne le matériel d'excavation et les moteurs de chantier ainsi que les accessoires, les mêmes remarques sont à faire mais à un degré moindre et seulement au sujet du matériel de grande puissance. Le matériel d'abattage, notamment pneumatique et électrique, le matériel mécanique d'excavation de dimensions moyennes dont l'usage est le plus répandu, les engins de manutention et de levage, les bulldozers et les tracteurs, les explosifs, les moteurs divers et treuils, les tuyaux, vannes et accessoires, les transmissions, les isolants thermiques, le matériel de battage et d'arrachage, les concasseurs, pulvérisateurs, classeurs et cribles, les transporteurs et tapis roulants, les trémies oscillantes, les presses, le matériel électrique, les pompes et les ventilateurs, le matériel de transport et de voies ferrées en général, étaient généreusement représentés d'une manière qui faisait honneur à la qualité et au fini de la production nationale.

Le matériel de bétonnage et de maçonnerie était assez peu nombreux en raison sans doute de la spécialisation de l'Exposition. L'abstention des firmes spécialisées était certes regrettable, car le rôle du béton dans les ouvrages hydrauliques et les qualités spéciales que le matériel moderne est susceptible de lui conférer dans ses applications, justifiaient, nous semble-t-il, une participation importante. Les bétons compacts exposés au Palais des Universités (stand du génie civil) et au Palais du Génie Civil (barrage de la Vesdre - Compagnie belge des Chemins de fer et d'Entreprises) constituaient des nouveautés capables, au jugement de spécialistes étrangers de la plus grande valeur, d'ouvrir des voies nouvelles à la technique du béton massif et ne sont possibles que grâce à la vibration et à la pervibration. Une firme belge (Vibrogir) exposait du reste des vibrateurs au Palais 34. En ce qui concerne l'outillage, citons au même palais les échafaudages métalliques tubulaires (Usines à Tubes de la Meuse).

Mais on ne peut laisser subsister l'impression que l'industrie belge, tant en raison de ses conditions particulières que de la spécialisation du thème de l'Exposition, ne présentait pas dans la troisième section de la classe 16, une participation de premier plan. Au contraire, nous avons réservé pour la fin ce qui, dans la technique de l'eau, lui confère une place prédominante : le matériel et les procédés de fondations hydrauliques. Cela se rapporte précisément à la partie essentielle et la plus difficile des ouvrages hydrauliques. Dans ce domaine, l'industrie belge occupe un rang international et elle a pu, à l'Exposition, faire valoir les mérites de ses remarquables réalisations en Belgique et à l'étranger.

Au Palais des Universités, un chantier naval exposait la maquette d'un grand caisson à air comprimé. Ce procédé de fondation n'est cependant plus utilisé qu'en cas de nécessité, à raison des avantages des autres procédés plus récents.
Les palplanches métalliques de grande longueur permettent, avec les procédés modernes d'épuisement, d'établir des fouilles de fondations à ciel ouvert ou souterraines asséchées, à grande profondeur sous le niveau de la nappe phréatique et de les soustraire aux pressions ascendantes des nappes captives sous-jacentes. L'industrie belge a permis des applications remarquables de cette méthode si avantageuse et si sûre, aux grands travaux récents (Canal Albert, tunnels sous l'Escaut, etc.). De très belles maquettes d'un chantier de la Jonction Nord-Midi à Bruxelles, en montraient un impressionnant exemple.

Une société métallurgique, spécialiste de palplanches (Société d'Ougrée-Marihaye), exposait son importante collection de profilés au Palais 34 elle avait d'ailleurs tiré un heureux parti de ce matériel dans l'aménagement de son stand. D'autre part, les fabricants belges de pompes avaient des participations étendues, d'ailleurs décrites au premier paragraphe ci-dessus. Les puits filtrants de rabattement de la nappe aquifère étaient également exposés et le Palais du Génie Civil en contenait de nombreux exemples d'application.

Les fondations profondes en terrain aquifère ou non par pieux, spécialement par pieux moulés dans le sol, étaient également exposées dans le même palais par des firmes belges de réputation internationale, tant en ce qui concerne le matériel proprement dit que ses applications. Il est intéressant de signaler que c'est selon le procédé d'une de ces firmes (Compagnie des Pieux Franki) que les fondations des pylônes du téléphérique de l'Exposition nationale Suisse de 1939, contemporaine de celle de Liège, avaient été établies. Elles étaient réalisées dans un terrain difficile, au bord du lac de Zurich, que le téléphérique devait franchir.

Egalement au Palais du Génie Civil, une maquette représentait l'application du procédé de congélation du sol au creusement des puits profonds de ventilation du tunnel pour véhicules sous l'Escaut, à Anvers. La Société Foraky qui a réalisé ce travail est aussi spécialiste de la consolidation et de l'imperméabilisation des terrains aquifères par la cimentation et la méthode chimique. La Société Franki exposait aussi le procédé d'injection de bitume pour les étanchements souterrains.

Tous ces procédés spéciaux soigneusement mis au point et dont les firmes belges ont effectué des applications nombreuses et couronnées de succès, conféraient à la participation nationale une valeur exceptionnelle, particulièrement adaptée au thème de l'Exposition et qu'il importait de mettre à l'honneur.

Dans un domaine moins en rapport direct avec l'eau, il importe aussi de signaler la remarquable participation des industries de la soudure, du coupage igné et de la construction soudée. Ces techniques, fort répandues chez nous, y ont même pris parfois un caractère d'avant-garde, et leurs applications aux éléments métalliques des ouvrages hydrauliques sont devenues tout à fait courantes et presque indispensables. Il en a été fait largement usage dans les travaux du Canal Albert, de la Meuse et des autres voies d'eau, pour les barrages, les écluses et les ponts.

Enfin, la QUATRIÈME SECTION de la classe 16 devait mettre à l'honneur les entreprises de travaux publics qui peuvent s'enorgueillir à juste titre de récentes réalisations remarquables par leur ampleur inaccoutumée et leur exécution avec une maîtrise et un rythme tels qu'il serait profondément injuste de les dénigrer en raison de quelques accidents auxquels l'opinion publique a donné un écho exagéré. C'est le cas ou jamais d'affirmer que si la critique est aisée, l'art est difficile.

Par la nature des choses, le compte rendu de la participation belge à cette section a été détaillé à propos des classes précédentes.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939