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Palais n°19


Palais n°19 à l'exposition de Liège 1939

© Daniel
Architecte(s) : Montrieux, Rousch, Selerin et Snyers

Ces quatre palais, 17-18-19-20 dits « de la Belgique », étaient construits le long du jardin d'eau. Ils formaient un des ensembles les plus réussis de l'Exposition. Quoique traitée avec simplicité, la composition architecturale décelait beaucoup de recherche dans l'équilibre des masses, dans la bonne distribution des pleins et des vides. Les matériaux de revêtement des façades furent judicieusement choisis. Les idées originales ne manquaient pas, tels ces grands auvents surplombant les toitures, supportés par d'élégantes poutrelles Grey dont la nudité soulignait la hardiesse de la composition. Citons également ce graphique du commerce belge, courant à travers les grandes verrières, lequel, par son seul tracé, suffisait à faire vivre celles-ci. Les vitrages, composés de verres « Thermolux », avaient leur ossature principale franchement accusée, ce qui rompait la monotonie de cet immense quadrillage. Les entrées, en forme d'avant-corps ou de rotonde, encadrées de hauts pilastres, étaient rehaussées de bas-reliefs, oeuvres des sculpteurs Van Neste et Wybaux. Il nous parut que, pour la rotonde, une fresque décorative eût été mieux à sa place que les trois figures un peu perdues sur cette grande surface.


L'ÉPURATION DES EAUX

On connaît les trois phases (évaporation - condensation -précipitation) du cycle continu accompli par l'eau sur la terre.
L'eau météorique provient de l'évaporation qui se produit, sous l'action des rayons solaires, à la surface des mers, des lacs et des cours d'eau. La vapeur s'élève et atteint des zones plus froides où elle se condense et forme des nuages, et ensuite la pluie ou la neige. L'eau des précipitations reprend son cycle naturel en un temps dont la longueur dépend des conditions atmosphériques et de la nature du sol. Evidemment, lorsqu'elle retombe à la surface d'une nappe liquide, le cycle peut recommencer immédiatement. Il en est de même d'une certaine quantité d'eau qui atteint les parties solides du globe et qui se transforme tout de suite en vapeur. Le reste suit un chemin qui diffère suivant la nature des terrains. Sur les roches imperméables ou sur les terres devenues impénétrables (à cause de revêtements, bâtisses, etc.), l'eau ruisselle à la surface et s'écoule vers les points bas en formant les cours d'eau. Si le terrain est perméable, l'eau pénètre à plus ou moins grande profondeur dans le sol et forme les nappes aquifères dont le trop-plein s'écoule au jour sous forme de sources. Celles-ci contribuent à l'alimentation du réseau hydrographique au même titre que l'eau de ruissellement. En même temps, une partie de l'eau qui a pénétré dans le sol regagne directement l'atmosphère par évaporation lors des saisons sèches.

Selon les cas, c'est à l'un ou l'autre point de ce parcours souterrain ou à l'air libre de l'eau que sont effectués les captages en vue de l'alimentation des habitations et des industries. De même, après son utilisation, l'eau est évacuée et rendue à son cours d'écoulement naturel, généralement aux rivières et aux fleuves. Les problèmes du captage, de la distribution et de l'évacuation des eaux ont fait l'objet de la section précédente de ce chapitre. Ce sont en somme des questions de transport de liquide. Nous pouvons rappeler ici également certains ouvrages de génie civil (les barrages par exemple) destinés à régulariser le régime de certaines eaux de ruissellement. Ils servent à constituer des réserves d'alimentation.

Toutefois, même dans les usines, l'eau est rarement utilisable telle qu'on la capte : elle doit généralement subir un traitement approprié.

Théoriquement, l'eau météorique peut être comparée à une eau distillée puisqu'elle provient de la condensation de vapeur. Déjà, en traversant l'atmosphère, elle se charge de poussières et de germes pathogènes en proportion variable suivant les endroits. Mais l'eau se souille surtout lorsqu'elle vient en contact avec le sol et qu'elle s'infiltre dans la partie superficielle du terrain. Elle se charge alors, en quantité plus ou moins grande, d'éléments organiques et de matières minérales en suspension ou en dissolution.
On ne peut toujours compter sur l'auto-épuration qui se produit, soit à la surface du sol sous l'action de l'air et de la lumière, soit à l'intérieur des terres par filtration à travers les roches dites « perméables en petit » qui constituent d'excellents filtres, pour la débarrasser de toutes ces matières, tout au moins dans la mesure où elles sont nuisibles. La « production » d'eau ainsi épurée naturellement ne peut couvrir les besoins croissants de nos agglomérations et de nos centres industriels. Leur développement considérable nécessite des captages toujours plus étendus et d'un débit en progression constante. En outre, il ne peut être perdu de vue que l'eau industrielle doit généralement répondre à des conditions particulières, ce qui exige de toute manière un traitement préalable.

Au moment du captage, les eaux contiennent donc des impuretés de nature organique ou minérale, dont la composition et l'importance résultent à la fois de l'origine des eaux (eaux de surface, eaux superficielles, eaux des nappes profondes), de la constitution des terrains qu'elles ont traversés et du trajet plus ou moins long qu'elles ont parcouru à l'air libre avant d'être puisées. Il est bien évident que si ces eaux naturelles entrent en contact avec des eaux usées, leur charge en matières nuisibles peut s'accroître dans des proportions considérables au point de les rendre inutilisables sans un traitement prolongé et énergique. Les réserves aquifères doivent par conséquent être sérieusement protégées à cet égard.

D'autre part, en ce qui concerne les eaux résiduaires (ou usées), il s'en faut de beaucoup que le phénomène d'auto-épuration qui se produit dans les cours d'eau soit suffisant pour rendre inoffensifs les effluents de plus en plus considérables qui y sont rejetés. En bref, c'est avant comme après leur utilisation que les eaux potables et industrielles doivent être traitées d'une manière convenable.

Cette matière était le thème de la classe 10 qui était divisée en quatre sections dont les titres suffisent à préciser les objets :
1° Eaux résiduaires,-
2° Eaux pour usages industriels, d'hygiène et d'agrément;
3° Eaux potables,-
4° Eau distillée.

Tel qu'il se pose à l'heure actuelle, le problème de l'épuration des eaux ne date pas depuis longtemps. Il est notoire que son importance échappe encore au grand public et que celui-ci est bien peu mis en garde contre les dangers de l'eau impure. C'était une obligation pour l'Exposition de Liège 1939 d'exercer une action énergique dans ce sens. Elle n'y a pas manqué. Entre autres, au Palais des Universités et au stand « Eau et Santé » du Ministère de la Santé publique (voir les chapitres I et VII), l'attention était portée sur les dangers des eaux impropres à la consommation et sur les inconvénients résultant de l'évacuation massive d'eaux résiduaires provenant de nos agglomérations et de nos centres industriels. En outre, un ensemble groupé au Palais 19 avait été constitué par les participations d'organismes publics et d'industriels intéressés.

L'épuration des EAUX RÉSIDUAIRES, objet de la première section de la classe, se justifie pour plusieurs raisons, notamment pour des raisons hygiéniques et économiques.

La salubrité de nos villes et de nos campagnes exige, comme des travaux scientifiques viennent de le mettre en évidence, que les eaux souillées par leur passage dans les habitations et dans les usines ne soient plus rendues en quantités de plus en plus grandes, à la terre ou aux cours d'eau, sans subir un traitement d'épuration. Celui-ci aura pour but d'éviter les émanations nocives ou nauséabondes, d'écarter les dangers de contamination des réserves aquifères, de parer à la menace de destruction de notre faune aquatique par la pollution des rivières.

Dans son stand au Palais 19, l'Office de l'Epuration des Eaux usées du Ministère des Travaux publics, dont les initiatives ont déjà retenu l'attention, faisait ressortir, d'une manière suggestive, le bienfait des rivières pures opposé aux dangers des cours d'eau malpropres et des sources contaminées. L'étude des rivières belges, quant à leur degré de pollution, faisait l'objet de cartes et de commentaires,- une maquette représentait l'aménagement des stations expérimentales projetées.

Au point de vue économique, le traitement des eaux usées peut se concevoir de trois façons différentes : soit par leur utilisation en agriculture ou en pisciculture (épuration naturelle), soit par la récupération de certaines matières provenant d'une fabrication, soit encore, dans certains cas, en vue de la récupération directe de l'eau elle-même.
En agriculture et en pisciculture, on peut, sous certaines conditions, tirer profit des matières fertilisantes contenues dans les eaux d'égouts et dans certaines eaux industrielles. Dans ces cas, leur utilisation permet en outre d'économiser et de protéger les réserves aquifères souterraines si précieuses pour l'alimentation des centres urbains et industriels. Dans certains pays, l'utilisation rationnelle des eaux et des boues d'égouts est, depuis quelques années, en voie de développement rapide et systématique. Notons à ce sujet, qu'au Palais de la Pêche, l'Administration des Eaux et Forêts attirait l'attention sur l'intérêt de l'alimentation des étangs par les eaux d'égouts au point de vue du rendement piscicole.

Dans certaines industries, les eaux ayant parcouru les cycles de fabrication entraînent bien souvent des matières ayant encore une certaine valeur, sans compter que leur élimination allège d'autant l'épuration de la canalisation dans laquelle ces eaux seraient rejetées. Une récupération de ce genre peut présenter un intérêt dans les sucreries, les distilleries, les cokeries, les fabriques de produits chimiques, les industries textiles, et d'autres encore.

Enfin, il arrive même qu'il soit intéressant d'épurer les eaux de décharge en vue de les remployer, en circuit fermé, dans la même fabrication ou de les diriger vers d'autres centres d'utilisation pour lesquels une eau de qualité moindre peut convenir. L'emploi de l'eau en circuit fermé présente un gros avantage pour certaines industries consommant beaucoup d'eau. Cela se pratique couramment pour les eaux de réfrigération et de condensation. Cela s'impose en papeterie, par exemple, où pour la fabrication proprement dite d'un kilo de papier, il faut jusqu'à 200 litres d'eau, sans compter les quantités nécessaires à la production de la force motrice et à la préparation des matières premières.
En matière de traitement d'eaux résiduaires, la Belgique ne pouvait guère faire état de réalisations importantes, du moins dans le domaine public. Bien entendu, de nombreuses industries possèdent des installations d'épuration établies moins par mesure d'hygiène, que pour les raisons économiques que nous venons de développer.

Au point de vue de la salubrité publique, certains projets d'envergure ont été élaborés ou envisagés par les pouvoirs publics compétents. Il y a bien longtemps qu'on parle de l'épuration des eaux du Grand-Bruxelles. Bien que dans ce domaine une solution s'impose de plus en plus, il semble bien que l'on soit encore loin de la réalisation. A l'Exposition, rien ne rappelait le projet en question.

En ce qui concerne les procédés de traitement et le matériel approprié, l'Institut provincial d'Hygiène et de Bactériologie du Hainaut exposait, au Palais 19, son matériel de laboratoire pour les analyses d'eaux résiduaires. De son côté, au Palais du Génie Civil, la Société Franki présentait une maquette de la station d'épuration des eaux de l'Espierres, fortement polluées, et une synthèse de son système d'épuration par procédé chimique. Les autres procédés étaient évoqués également : procédés biologiques par lits bactériens (Assainissement Rationnel - Sobelco - Triclair), procédés par boues activées (Jadoul), procédé électro-chimique (Eubioclar). Citons aussi un système spécial d'égouts avec auto-épuration (Tubes de la Meuse). Tous ces exposants figuraient au Palais 19. L'un d'eux (Sobelco), en plus de son stand dans ce palais, avait édifié un pavillon indépendant dans les jardins.

Dans divers palais et dans des stands se rapportant principalement à d'autres matières de la Classification, se trouvait le matériel des installations d'épuration : appareillage de mesure des débits, pompes de circulation, grilles, décanteurs de toute forme, bassins à boues activées, filtres percolateurs, appareils de stérilisation, fosses septiques, etc. La Société Intégra, au Palais des Industries Lourdes, exposait des appareils de mesure et de réglage automatique du pH, ainsi que ceux enregistrant les traces de certaines impuretés dans les eaux. Le matériel de ce genre est chaque jour utilisé davantage en raison des exigences croissantes dans la qualité des eaux et du développement des installations automatiques de correction : l'opération tout en offrant plus de garantie autorise le contrôle.

Certains métaux non ferreux intéressaient cette section en raison de leur résistance à des agents agressifs pouvant entrer dans la constitution des eaux polluées.

La deuxième subdivision de la classe était consacrée aux eaux pour usages industriels, d'hygiène et d'agrément, communément appelées EAUX INDUSTRIELLES, par opposition aux eaux potables.

Les eaux utilisées par les industries proviennent, soit des distributions urbaines, soit, dans la majorité des cas, de captages établis par les entreprises elles-mêmes dans les nappes, aux sources ou dans les cours d'eau. C'est évidemment dans un but d'économie que les industries puisent elles-mêmes les eaux dont elles ont besoin, surtout que certaines d'entre elles en consomment des quantités considérables. Nous avons vu précédemment que certains barrages avaient été réalisés spécialement à cet effet (voir section A du même chapitre). Quelle qu'en soit l'origine, les eaux doivent souvent être traitées avant leur utilisation dans les procédés de fabrication, principalement à cause des matières minérales dont elles sont chargées.

Cependant, certaines eaux possèdent des qualités naturelles convenant particulièrement pour des industries déterminées. On connaît depuis longtemps les propriétés caractéristiques des eaux de la Lys et de la Vesdre indiquées particulièrement, les premières pour le rouissage du lin, les secondes pour le lavage des laines et la préparation des peaux des tanneries.

Parmi les eaux industrielles, on distingue habituellement celles destinées à l'alimentation des générateurs à vapeur (eaux de chaudières) et celles qui interviennent directement dans les procédés de fabrication. Ces dernières doivent répondre à des conditions différentes suivant le genre d'industrie. Ce n'est pas la même eau qui peut convenir aux industries textiles, chimiques, photographiques, ou aux tanneries, papeteries et fabriques de produits alimentaires. Le traitement varie donc aussi bien d'après la provenance des eaux, par conséquent suivant leur composition, que d'après le genre d'industrie où elles doivent être utilisées.

Parmi les usagers, la Section belge de l'Exposition ne comportait guère que deux participations dignes d'être signalées : celles de la Société nationale des Chemins de fer belges et de la Société des Charbonnages d'Hensies-Pommeroeul, toutes deux installées au Palais 19.

La première avait tenu à donner une idée synthétique de ses réalisations en ce qui concerne les eaux pour locomotives. On sait que l'alimentation de celles-ci est un problème fort complexe tant par suite des quantités considérables d'eaux nécessaires, que des qualités qu'elles doivent avoir pour éviter la détérioration prématurée du matériel et assurer le meilleur rendement d'exploitation.

D'autre part, les Charbonnages d'Hensies-Pommeroeul faisaient état de leur station de traitement pour leurs installations hygiéniques et industrielles. L'eau utilisée provient du canal de Mons à Condé fortement pollué. C'est un exemple typique d'installation privée procurant une eau convenable à un prix de revient peu élevé.

D'un autre côté, les organismes et industriels spécialistes étaient bien représentés, surtout en ce qui concerne le traitement des eaux de chaudières. L'Association Vinçotte attirait l'attention sur une collection d'échantillons montrant les phénomènes auxquels l'eau et la vapeur peuvent donner lieu dans les générateurs. L'Institut provincial du Hainaut, déjà cité ci-dessus, présentait ici également son matériel de laboratoire d'analyse.

Chez les installateurs, on relevait les procédés utilisant la chaux, la soude, les phosphates. Mentionnons parmi les nouveautés, la préparation d'eau douce par filtration sur masses spéciales (Zéo-Carb de Phillips et Pain). D'autre part, deux systèmes particuliers de traitement méritaient notre attention. Leur but n'était pas d'adoucir l'eau, mais de faire en sorte que le dépôt qui se produira fatalement dans la chaudière ne soit plus incrustant. Ces procédés font appel, le premier à une action de courants alternatifs de faible intensité (O. C. P.), le second à l'effet de « décharges électriques » (R. Loesch). L'action de ces curieux traitements se manifesterait par une modification de la structure cristalline du carbonate calcique précipitant dans les générateurs à vapeur.

Pour mémoire, rappelons certains produits adoucisseurs destinés au traitement immédiat de petites quantités d'eau dans les ménages (Dubois). Pour ceux-ci d'ailleurs, il ne manque pas d'appareils adoucisseurs pratiques, filtres, etc.

En plus, la Société Sihi présentait des pompes spéciales pour chaudières et chaufferies et la Compagnie des Conduites d'eau, des indicateurs de pertes de charge dans les filtres. Rappelons que les exposants déjà cités pour le traitement des eaux résiduaires, présentaient du matériel à mentionner ici (pompes, filtres, débit-mètres, etc.).
Il ne nous paraît pas sans intérêt de signaler qu'il convient de rapprocher cette section du traitement des eaux industrielles de celle relative à la protection des métaux contre la corrosion (voir section E à suivre). En effet, c'est un moyen parfois commode de lutte contre la corrosion que de faire en sorte que les eaux soient moins agressives.
Le problème des EAUX POTABLES faisait l'objet de la troisième section de la classe 10. Ces eaux, de même que celles utilisées dans les industries, sont également captées à différents points de la circulation naturelle souterraine ou à l'air libre de l'eau et doivent le plus souvent subir une correction avant d'être livrées à la consommation.
Pour les eaux utilisées pour l'alimentation humaine (ou dans certaines industries alimentaires aussi) c'est surtout la présence des matières organiques et particulièrement des microorganismes et germes pathogènes qui présente du danger. Les procédés d'épuration les plus courants sont : la filtration, l'ozonisation et l'épuration par les procédés chimiques (généralement par le chlore). A la classe 9 (voir section B précédente), nous avons pu nous rendre compte du développement croissant des installations de distribution d'eau potable dans toutes les régions du pays. Les quantités de plus en plus considérables consommées exigent de la part des autorités responsables une surveillance vigilante des qualités bactériologiques des eaux distribuées.

Il arrive que les eaux captées puissent servir directement à la consommation. Ce cas, plutôt rare en Belgique, se présente pour l'alimentation de la Ville de Liège dont la plus grosse partie des eaux provient de la Hesbaye. Ces eaux, parfaitement filtrées par leur passage à travers l'épais manteau de limon et de sable recouvrant la craie du plateau, se classent au point de vue bactérien, parmi les meilleures du pays. Le Service des Eaux de la Ville a cependant fait établir un autre captage dans le second gravier de la Meuse, dont les eaux sont déferrisées, démanganisées et stérilisées à la station du parc de la Boverie, à Liège. Cette activité était schématisée au stand de la Ville, au Palais 19. De son côté, Tournai, dans le même palais, présentait ses installations de déferrisation en vue de l'alimentation de la cité.

Certaines eaux destinées à la distribution urbaine doivent subir des traitements prolongés et méticuleux. C'est le cas notamment pour la Ville d'Anvers dont les eaux proviennent de la Nèthe, à Waelhem. Au début de l'exploitation, elles pouvaient parfaitement convenir après un simple filtrage. Elles se sont peu à peu polluées par suite du développement des industries de la Campine et de l'extension des effluents d'eaux usées que l'agglomération bruxelloise déverse dans la Senne, car la Nèthe, sujette à marée, est envahie à chaque marée haute par les eaux du Rupel qui reçoit les eaux de la Senne.

Au Palais de la Ville d'Anvers, les « Antwerpsche Waterwerken » faisaient état de leurs importantes installations de décantation, de filtrage et de javelisation. Elles figurent parmi les plus importantes du pays et fournissent journellement 80.000 mètres cubes d'eau parfaitement épurée. Faut-il ajouter que la qualité des eaux distribuées est sévèrement contrôlée?

Dans certains stands, il était encore fait mention d'aménagements divers concernant les eaux potables. La station déjà citée des Charbonnages d'Hensies-Pommeroeul fournit une eau potable. Mentionnons également au Palais du Génie Civil, le barrage de la Warche avec station d'épuration à l'ozone et de déferrisation pour l'alimentation de la Ville de Malmédy. C'est l'installation la plus complète du pays. Signalons également les installations de l'Intercommunale bruxelloise qui doit stériliser une partie de ses eaux (par le procédé dit à la chloramine).

Enfin, les industriels groupés au Palais 19 montraient, outre des dispositifs communs aux sections déjà décrites, des appareils de stérilisation. Les procédés au chlore étaient à cet égard les plus nombreux, le procédé Bunau-Varilla en particulier. Pour la désodorisation, on trouvait principalement le traitement au charbon actif.

Une quatrième section de la classe se rapportait à l'EAU DISTILLÉE. Il s'agissait de l'appareillage divers de production de l'eau en somme dépourvue de toute matière soluble, pour des usages divers (laboratoires, certaines industries) ou dans des circonstances particulières (distillation de l'eau de mer).

La plupart des dispositifs exposés ont déjà été cités. Une mention revient à la préparation d'eau absolue au moyen des allassions (Société SEMIC), soit le passage de l'eau au contact de masses spéciales absorbant les unes les anions, les autres les cathions. Les élément libérés étant des ions H+ et des ions OH“, ces masses peuvent être aisément régénérées.

La distillation par « électro-osmose » est à retenir également, de même que les procédés « Zéo-Carb-Déminéralite » déjà signalés (Phillips et Pain).
La distillation classique dans les appareils modernes avait donné lieu à une présentation bien réussie (Sobelco).

Nous croyons pouvoir affirmer que l'Exposition de Liège 1939 a exercé une action méritoire en faveur d'une solution complète du problème de l'eau urbaine et industrielle. Elle a montré que si le pays est doté de puissantes installations de captage, de distribution et d'évacuation d'eau, il lui manque encore, surtout pour des raisons d'hygiène publique, un outillage approprié pour le traitement des eaux résiduaires.

Un outillage de ce genre existe et fonctionne d'une manière satisfaisante à la tête du circuit, pour la correction des eaux avant leur utilisation dans les habitations et les industries. Il fait à peu près complètement défaut à la sortie, c'est-à-dire que les eaux souillées sont généralement abandonnées à leur écoulement naturel vers nos cours d'eau ou dans le sol, sans aucune épuration préalable.

Le thème de l'Exposition se prêtait à merveille pour attirer efficacement l'attention du public sur les dangers d'une pareille situation : dangers directs sur la salubrité urbaine et rurale à cause des émanations nocives provenant des eaux usées, dangers indirects de contamination de nos réserves aquifères avec lesquelles ces eaux chargées risquent de venir en contact.

Dans un pays comme le nôtre, ces réserves naturelles, bien alimentées par un réseau hydrographique excellent, constituent une richesse nationale qu'il convient de sauvegarder. Les autorités responsables doivent y être attentives et prendre les mesures énergiques qui s'imposent.

L'étude sommaire que l'on vient de lire suffit à se rendre compte que l'importance de la question dépasse les limites des intérêts d'une commune, voire d'une agglomération même étendue. C'est sur un plan régional, ou de préférence national, que la solution doit être conçue, car notre système hydrographique est trop étroitement lié pour que des mesures d'ordre local puissent être considérées comme suffisantes.

Le problème présente des aspects variables d'un pays à l'autre. On constate cependant que dans certains pays étrangers, on est entré résolument dans la voie des réalisations par le traitement rationnel ou même l'utilisation des eaux résiduaires. La nécessité d'une législation sévère, et appliquée soigneusement, s'y est révélée indispensable. Chez nous, comme ailleurs, il faut agir sans faiblesse.

La participation belge à la classe de l'épuration des eaux a rempli le rôle qui lui était dévolu : elle a situé exactement les problèmes qui se posent et indiqué les voies à suivre pour leur résolution. Dans le domaine industriel, elle a montré, par l'ensemble des appareillages exposés, qu'il existe actuellement des dispositifs à toute échelle convenant aussi bien pour les besoins d'une ville entière que pour la correction des eaux d'un ménage. Notre industrie, relativement jeune dans cette branche, donnait des garanties qu'elle sera à même de faire face aux demandes croissantes qui ne manqueront pas de se manifester prochainement sur le marché.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939