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Génie Civil


Génie Civil à l'exposition de Liège 1939

© Daniel
Architecte(s) : Bage Père et fils, Brahy et Martin

Construits dans l'axe de l'entrée principale et de celle de Bressoux, les Palais du Génie Civil, de la Mer et de la Navigation Intérieure étaient les plus en vue de l'Exposition. Ils avaient un développement de façade de 270 mètres et plus de 5.000 m2 de superficie utile. Ils auraient dû être, par leurs proportions et leur emplacement, les bâtiments les plus marquants. Il n'en fut malheureusement rien, mais ajoutons, en toute justice, que les architectes ne peuvent en être rendus responsables. Ils avaient présenté à la Commission Consultative d'Architecture des projets fort bien étudiés. Cest la nécessité de limiter les dépenses qui mit les auteurs du projet en demeure d'en simplifier l'exécution. Par la suite, on essaya de corriger la trop grande nudité des façades par l'application de motifs décoratifs, mais ce fut sans succès. Heureusement, le bon ensemble architectural formé par la tribune centrale et ses grands escaliers, par les gradins fleuris et la galerie supérieure, vint unir quelque peu les trois blocs. Une sculpture « La Déesse de l'Eau », création de Puvrez, rehaussait la façade donnant sur l'entrée de Bressoux.

La décoration intérieure fut digne de l'importance de ces palais. Des vélums aux formes variées, aux tons dorés, bleutés ou blancs, masquaient la couverture d'ondulés « Eternit ». Des fresques de qualité exécutées par le peintre Laforêt, pour le Palais de la Navigation Intérieure, par M. Van der Borght et Mlle Jasinski, pour celui du Génie Civil, et par Gérardy, pour celui de la Mer, décoraient les parois, rappelant l'objet de l'exposition. L'intérieur avait grande allure.


SECTION A. - LES VOIES HYDRAULIQUES ET LES PORTS

Dans le Programme général, l'étude des voies hydrauliques et des ports était judicieusement réparties en cinq classes. La première se rapportait aux Rivières et Canaux (cl. 4), la deuxième aux Fleuves à marée et Mers (cl. 5) et les trois autres respectivement aux Ports intérieurs (cl. 6), aux Ports maritimes (cl. 7) et aux Ports de pêche (cl. 8). Le caractère de l'Exposition autorisait une pareille spécialisation permettant de mettre en relief des problèmes techniques et des réalisations qui, dans les expositions précédentes, n'avaient jamais fait l'objet que de présentations synthétiques.

La place d'honneur revenait tout naturellement aux voies de communication par eau, étant donné qu'un vaste programme de travaux était en voie d'achèvement dans le pays, programme dont le Canal Albert et la Meuse liégeoise étaient les pièces maîtresses.

Depuis quelques années, nos voies navigables ont bénéficié de la sollicitude du Gouvernement. Celui-ci prit l'initiative d'une campagne de travaux publics destinés à améliorer l'outillage économique du pays, surtout en ce qui concerne les moyens de transport. Les voies navigables, abandonnées à un sort injuste depuis à peu près un demi-siècle, furent remises à l'honneur. On se rendit compte qu'elles constituaient un élément important de l'expansion économique du pays.

On sait qu'en 1830, notre réseau de voies navigables était déjà fort développé. Au cours des premières années de notre indépendance, on entreprit la construction de plusieurs canaux importants et des travaux d'amélioration d'anciennes voies. De cette époque datent, pour ne citer que les plus importants, le canal de Charleroi à Bruxelles, la jonction Meuse-Escaut par les canaux dits « de la Campine » et le canal Liège-Maastricht. Cette période relativement heureuse pour la navigation ne fut pas de longue durée. Le chemin de fer dont le réseau commençait à couvrir tout le pays de ses mailles serrées, eut de plus en plus la primauté sur les autres moyens de transport. Il fallut attendre la fin de la guerre 1914-1918 pour qu'on s'intéressât de nouveau plus activement au sort de nos voies navigables.

A ce moment, leur situation était critique. Non seulement beaucoup d'ouvrages étaient détruits ou hors de service par suite des hostilités, mais l'ensemble du réseau, par sa vétusté et son manque d'homogénéité, ne répondait plus aux exigences du trafic moderne.

Divers projets furent mis à l'étude, mais ce n'est qu'après la résolution de la crise monétaire que l'on entra dans la voie des réalisations. En 1927, fut instituée la Commission nationale des Grands Travaux qui dressa un programme définitif d'une rare envergure dans lequel la part réservée aux voies navigables était prépondérante. Les points les plus importants en étaient : l'aménagement de la Meuse et de la Sambre tant pour améliorer les conditions de navigation que pour réduire les dangers des crues, l'établissement d'une meilleure communication par eau entre Liège et Anvers, la mise à grande section du canal de Charleroi à Bruxelles, entre cette ville et Clabecq.

En 1939, le Canal Albert était terminé, il en était de même, du moins en grande partie, des travaux de la Meuse liégeoise. De plus, d'importants ouvrages étaient réalisés sur la Sambre et la mise à grande section du canal de Charleroi, entre Clabecq et Bruxelles, était achevée. En outre, de nombreux travaux hydrauliques avaient été entrepris sur d'autres voies navigables : de sorte que l'Exposition de Liège pouvait présenter un bilan remarquable de l'œuvre gigantesque destinée à doter le pays d'un réseau complètement régénéré de voies navigables.

A l'heure actuelle, celles-ci s'étendent approximativement sur une longueur de 1.700 kilomètres. La part des canaux y est légèrement supérieure à celle des voies naturelles presque toutes canalisées. C'est le réseau le plus dense de l'Europe après celui des Pays-Bas. Toutefois, cette densité est fort inégale : la majorité de nos voies navigables sont comprises dans le bassin de l'Escaut et le long de la côte, tandis que le bassin de la Meuse n'en comporte guère que 375 kilomètres environ. Certaines régions, comme le Brabant méridional et la partie située au sud de la Sambre et de la Meuse, en sont totalement dépourvues. Si, pour des raisons orographiques, il est quasi impossible de remédier à ce défaut, on a, depuis la guerre mondiale, rendu notre réseau beaucoup plus homogène. Lorsque les travaux en cours sur la Sambre et la modernisation du canal de Charleroi à Bruxelles en amont de Clabecq seront terminés, les bateaux portant 600 tonnes pourront pénétrer loin à l'intérieur du pays et accomplir, par exemple, un circuit Anvers-Bruxelles-Charleroi-Namur-Liége-Anvers, pour desservir nos grands centres industriels et nos principales agglomérations. Il en sera de même pour la desserte du Borinage après l'achèvement des travaux du bassin de l'Escaut. Plus de 900 kilomètres seront alors accessibles aux kasts de 600 tonnes qui répondent admirablement aux nécessités de notre trafic.

La fin de ces travaux marquera une nouvelle étape dans l'évolution de notre navigation intérieure : elle permettra une exploitation rationnelle et économique adaptée aux besoins actuels de notre industrie et de notre commerce. La voie navigable pourra alors donner la pleine mesure de ses moyens et prendre la place qui lui revient dans l'ensemble de notre appareil de transport .

Dans un article préliminaire, nous avons précisé le problème particulier du Canal Albert : sa raison d'être, l'importance et les particularités des travaux, de même que l'intérêt des travaux d'amélioration de la Meuse liégeoise. Examinons maintenant comment l'Exposition avait mis tout cela en valeur, en même temps que d'autres travaux importants entrepris un peu partout dans le pays.

1. Les classes 4 (Rivières et Canaux) et 5 (Fleuves à marée et Mers)
Les participations belges ressortissant à ces deux classes étaient abritées en majeure partie au Palais du Génie Civil. Toutefois, elles avaient une telle ampleur qu'elles débordaient dans les deux palais adjacents de la Mer et de la Navigation Intérieure. Cette disposition était heureuse : sans nuire à la présentation propre de chacune des matières, elle marquait leur intime connexité et dégageait une puissante impression générale.

Ces classes réunissaient deux catégories d'exposants : les services intéressés de l'Administration des Ponts et Chaussées et les entreprises de travaux publics, fluviaux et maritimes. C'est dans un esprit de sincère collaboration que s'étaient établies leurs relations réciproques et ce fut au bénéfice de l'ensemble qui apparut parfaitement homogène.

En pénétrant dans le Palais du Génie Civil, une grande fresque se déroulant tout le long des hautes parois, au-dessus des stands latéraux, attirait immédiatement l'attention. Elle figurait, d'une manière particulièrement frappante, d'une part, le Canal Albert de Liège à Anvers, la Meuse et la Sambre avec le canal du Centre, et, d'autre part, Ostende et Zeebrugge, l'Escaut maritime, l'Escaut et le canal de Bruges, le canal Mons-Condé-Escaut et, enfin, l'Yser. C'était une belle synthèse du programme assigné aux deux classes.

Le stand d'honneur était occupé par une grande maquette du Canal Albert; il était complété par deux stands de plans. Tout près, des modèles et des dioramas de grande dimension représentaient entre autres les écluses de Petit-Lanaye et de Genk, le pont Vieren-deel soudé de Beringen, le siphon de la Petite Nèthe à Grobben-donk, le bassin de Strasbourg à Anvers. Cela formait l'essentiel de la participation des deux Services spéciaux du Canal Albert et des Canaux dans les Provinces d'Anvers, de Liège et de Limbourg.

Le Service spécial de la Meuse occupait trois stands relatifs : l'un, au barrage et au complexe d'écluses de Monsin avec une maquette de ce barrage mobile,- l'autre, au barrage éclusé de Ramet-Ivoz avec également une maquette d'une travée de cet ouvrage dont les vannes soudées sont en acier spécial d'un type particulier,-le troisième, aux travaux de normalisation et d'endiguement de la Meuse en aval de Huy.

Le compartiment du Service spécial de la Sambre renfermait principalement une maquette au 1/1006 de l'écluse barragée d'Au-velais.

Un des stands du Service spécial de l'Escaut maritime et de ses Affluents soumis à la Marée renfermait le modèle de l'écluse double en construction à Duffel, qui permettra la liaison du Canal Albert au Rupel par le nouveau canal de la Nèthe, en vue d'une navigation plus rapide entre l'est et l'ouest de la Belgique et vers la capitale.

Ces contributions importantes des services des Ponts et Chaussées étaient complétées par celles des entrepreneurs ayant exécuté les travaux. On remarquait notamment :
- Une maquette de la tranchée profonde de Caster, site impressionnant et caractéristique du Canal Albert où, en 1930, le Roi Albert donna le premier coup de pelle (Entreprises réunies),
- Une réduction des écluses de Genk et d'un des murs-digues dans la traversée Haccourt-Lixhe du canal (Pieux Franki) ,-
- Des maquettes en plan et en coupe en travers de la tranchée d'Eigenbilzen où le Canal Albert coupe la crête de partage des bassins de la Meuse et de l'Escaut, travail d'une conception et d'une exécution particulièrement délicates (S. A. d'Entreprises, anciennement Dumon et Vander Vin);
- Une maquette du groupe d'écluses de Kwaadmechelen montrant leur fonctionnement, et une réduction du groupe d'écluses d'Oolen, permettant de se rendre compte de leur exécution : deux ouvrages importants de la nouvelle voie d'eau (Laboremus) ;
- Une maquette de la vallée de la Meuse depuis le pont d'Ou-grée (en amont) jusqu'au pont de Visé (en aval), une autre du pont de Visé sur la Meuse et une troisième du barrage éclusé de Marcinelle sur la Sambre (Construction, Etude et Ouvraison).

Ajoutons que le stand collectif de la Société belge des Bétons et de la S. A. Cobétons contenait une documentation photographique sur les écluses de Hasselt et de Wijnegem du Canal Albert, que les Entreprises A. Grégoire et J. Abras et la Société métallurgique d'Enghien-Saint-Eloi avaient participé au stand du Service de l'Escaut maritime en présentant l'écluse double de Duffel, enfin que ces stands renfermaient encore de nombreux documents graphiques et photographiques relatifs aux travaux en question. On se rendra compte de l'effort accompli pour informer et documenter le visiteur sur les importants ouvrages exécutés récemment.

Une participation méritait une mention particulière : celle du Service spécial d'Etudes d'Ouvrages d'art, relative aux constructions métalliques et spécialement aux constructions soudées. On sait que les ponts soudés, du type Vierendeel en majeure partie, constituent une des particularités techniques du Canal Albert. Dans des vitrines, les éléments du stand montraient à quel point est arrivé le contrôle officiel de ces constructions, notamment par la radiographie. Il est conforme à l'esprit de l'Exposition de noter que ce service travaille en collaboration avec l'Université de Liège. Il présentait encore des dioramas de divers ponts édifiés en des régions pittoresques sur la Meuse et deux de ses affluents, la Semois et l'Ourthe.

Un stand central très important du Service spécial de la Vesdre montrait une grande maquette, entourée d'un beau diorama, du barrage-réservoir en construction sur la Vesdre, en amont d'Eupen, type de barrage poids de 65 mètres de hauteur environ. A l'avant-plan, une carte en relief de l'est de la Belgique indiquait l'important delta de confluents de la Meuse à Liège et l'étagement de ses affluents et sous-affluents (la Vesdre, l'Ourthe, l'Amblève, la Warche, etc.), jusqu'aux confins de la Haute-Belgique, avec leurs vallées accidentées et les emplacements des barrages-réservoirs existants ou en construction. Image saisissante d'une des principales réserves hydrologiques du pays et de la seule région qui lui fournisse jusqu'à présent de l'énergie hydro-électrique. Cette carte rappelait au visiteur la relation certaine, encore que peu facile à percevoir par les personnes non prévenues, qui existe entre la construction du nouveau barrage sur la Vesdre et les travaux de la région de Liège et du Canal Albert.

La Compagnie belge de Chemins de fer et d'Entreprises qui construit ce barrage, avait dans son stand un diorama de l'ouvrage, une coupe transversale et des échantillons très intéressants concernant les forages, les injections d'étanchement et la nature spéciale des bétons mis en œuvre.

La S. A. « Centrales électriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse et de la Région de Malmédy » exposait dans un stand voisin une maquette du barrage-réservoir de Butgenbach sur la Warche (repéré sur la carte en relief précitée) et un diorama des installations hydroélectriques de Lorcé-Heid de Goreux, sur l'Amblève.

Quatre stands se rapportaient aux travaux des canaux et cours d'eau des provinces de Brabant et du Hainaut. Le Service spécial du Borinage exposait de nombreux documents relatifs au canal de Mons à Condé, au canal du Centre et au nouveau canal de Nimy à Blaton. Au sujet de ce dernier, deux maquettes à grande échelle montraient des coupes transversales du canal en section d'étanchement bétonné et en section d'étanchement bitumeux de la cunette. A proximité, la Société coloniale de Construction présentait une maquette de diverses phases de la construction de cette voie navigable.

Le Service spécial des Canaux houillers avait réalisé une importante exposition concernant la modernisation du canal de Charleroi à Bruxelles. Il s'y trouvait notamment une maquette de vanne à décollement préalable du système Chanteux et une autre de l'écluse de Molenbeek-Saint-Jean. Le service s'occupe également de l'amélioration des conditions d'écoulement des crues de la Senne, auquel le canal de Charleroi participe. De nombreux documents graphiques étaient présentés et l'attention était attirée sur une maquette et un plan relatifs à des ouvrages de caractère moderne et d'inspiration scientifique : le modèle d'une vanne à segment tubulaire entièrement soudée de forme hydrodynamique, système Willems, et le plan de la batterie de siphons-déversoirs auto-amorceurs projetés à Vilvorde, d'après des essais sur modèle effectués au Laboratoire de Recherches hydrauliques des Ponts et Chaussées à Anvers. Un modèle de siphon auto-amorceur en fonctionnement figurait d'ailleurs au stand de ce laboratoire dont il sera question plus longuement un peu plus loin.

D'autre part, la Société « Ponts, Tunnels et Terrassements » présentait un modèle des travaux du voûtement de la Woluwe, affluent de la Senne.

Quant au Service spécial du Bassin fluvial de l'Escaut, il s'était appliqué à faire ressortir l'importance du nœud fluvial de Gand.

De nombreuses firmes d'entreprises et l'Association belge des Entrepreneurs de Travaux publics, des ateliers de constructions métalliques, des ingénieurs-conseils et la Chambre belge des Ingénieurs-conseils de Belgique, des organismes d'assurance et de contrôle pour la sécurité des constructions, enfin des firmes, associations et organismes divers complétaient par des plans, photographies et statistiques l'ensemble de la classe 4, en si grand nombre qu'il est impossible de les citer. Beaucoup de ces participations figuraient dans d'autres pavillons, notamment au Palais des Industries Lourdes où l'on trouvait :
1° La maquette du pont soudé d'Ougrée sur la Meuse et d'un nœud du pont de Haccourt sur le Canal Albert (La Soudure « Arcos »);
2° Un modèle d'assemblage de deux maîtresses-poutres et d'une pièce de pont, en grandeur naturelle, dudit pont d'Ougrée (S. A. d'Ougrée-Marihaye) ;
3° Un beau modèle de pont basculant du type c Strauss » (Les Ateliers métallurgiques de Nivelles).

Au Palais n° 18, on voyait figurer entre autres une magnifique maquette du barrage-réservoir en construction sur la Vesdre exposée par la ville d'Eupen, et un modèle du pont Vierendeel soudé de Vivegnis sur le Canal Albert (Ateliers de La Louvière-Bouvy). Enfin, au Palais de la Navigation Intérieure, l'Administration des Ponts et Chaussées exposait en fonctionnement d'intéressants modèles d'échelles à poissons du système Denil.

Les exposants de la CLASSE 5 s'étaient surtout appliqués à l'Escaut maritime et ses annexes, ainsi qu'à la côte maritime belge.

Les Services maritimes d'Anvers occupaient à juste titre un emplacement central et le plus vaste du Palais du Génie Civil. Un aménagement agréable attirait ingénieusement le visiteur vers le stand le plus scientifique consacré entièrement aux travaux du Laboratoire de Recherches hydrauliques des Ponts et Chaussées, à Anvers. A côté du petit modèle de siphon auto-amorceur en fonctionnement déjà cité, figurait un grand modèle de rivière à marée, avec un appareil producteur de marée en fonctionnement conçu par le laboratoire et réalisé avec le concours de firmes belges. C'était là un centre d'attraction pour le visiteur encore que c'était une gageure réussie de rendre suffisamment compréhensible au public une installation aussi compliquée. Les travaux de ce laboratoire ont été effectués jusqu'à présent dans des locaux provisoires, mais un grand laboratoire hydraulique définitif dont la maquette ornait le stand, est en voie d'achèvement, à Anvers.

Tout près de ce stand scientifique, un autre de moindre étendue, mais du même caractère, renfermait la participation du Laboratoire de Géotechnie relevant du Service spécial d'Etudes d'Ouvrages d'art et installé dans les locaux de l'Université de Gand. De nombreux appareils et diagrammes donnaient des résultats d'investigations sur le terrain. Ce service ressortit autant à la classe 4 qu'à la classe 5. De même que le Laboratoire de Recherches hydrauliques et le Service de Contrôle des Constructions métalliques, il témoigne que l'Administration s'est engagée avec succès dans la voie de l'organisation de services scientifiques.

Le Service spécial de l'Escaut maritime et de ses Affluents soumis à la Marée consacrait deux beaux stands au complexe des nouveaux ponts pour route et chemin de fer sur l'Escaut maritime et la Dendre, au confluent de Termonde. Une maquette reproduisait le plan du complexe, deux autres, les nouveaux ponts sur l'Escaut avec une travée mobile Scherzer, et sur la Dendre, avec une travée mobile levante. Plusieurs firmes avaient contribué à l'édification de ces stands, notamment les Entreprises Mallems et Cornélis, Wegen-bouw, J. Mylle, les Ateliers du Thiriau, les Ateliers métallurgiques, la firme Rouvroy et Fils, etc.

Un stand particulier de l'Office central d'Electricité et d'Electro-mécanique schématisait la manœuvre de divers types de ponts mobiles, dont les deux de Termonde cités ci-dessus et celui sur le Rupel, à Boom.

Le stand de l'entrepreneur Maurice Delens montrait, par un intéressant modèle, le mode de construction d'une pile double de ce nouveau pont sur le Rupel, tandis que le Service des Routes de la Province d'Anvers exposait, en collaboration avec diverses firmes, une imposante maquette de ce pont.

Sous les grands fleuves maritimes, dans certains cas, les tunnels constituent un moyen de passage préféré aux ponts, à raison des inconvénients inhérents à ces derniers pour la navigation. La S. A. Pieux Franki exposait plusieurs modèles de détails des tunnels sous l'Escaut à Anvers construits avec succès par elle, tandis que la S. A. Foraky présentait une maquette relative à l'application du procédé de congélation du sol au creusement, dans les terrains aquifères, des fouilles des puits de ventilation de ces tunnels.

Le Service spécial de la Côte développait en deux stands des plans et photos de divers ouvrages maritimes concernant surtout les épis de défense des côtes, les ouvrages de l'arrière-port de Nieu-port, l'écluse du port de pêche et un mur de quai d'accostage à Ostende, ainsi que le port de pêche de Zeebrugge. Le stand de la firme Van Huele complétait les précédents en ce qui concerne les travaux de défense des côtes. La firme Citravo montrait une intéressante coupe du mur de quai d'accostage à Ostende et les Entreprises Decloedt et Fils, une maquette du port de Zeebrugge.

Au Palais de la Mer, le Service spécial de la Côte exposait aussi un modèle suggestif du complexe des ouvrages de l'arrière-port de Nieuport, dont le rôle fut décisif lors des inondations sur l'Yser, en 1914. Enfin, les Services maritimes de l'Escaut y présentaient des modèles et photographies de bouées et lanternes de balisage du fleuve.

Diverses sociétés d'entreprises avaient tenu à faire état de travaux maritimes exécutés au Congo belge (Société d'Entreprises de Travaux en Béton au Katanga) et à l'étranger : port de Valence, en Espagne (Société belge des Bétons)/ Port Alfred (Afrique du Sud), Tamatave (Madagascar), Afrique équatoriale française (Société d'Entreprises de Travaux en Béton au Katanga), ainsi que la Compagnie belge de Chemins de fer et d'Entreprises, la S. A. Ackermans et Van Haaren, etc.

Les objets de ces stands étaient de telle nature, de telle importance et si nombreux, qu'ils auraient mérité d'être relatés dans un volumineux recueil de monographies, à l'exemple de ce qui fut fait dans le passé au sujet des galeries de machines et de locomotives des expositions universelles.

Si cette description comporte nécessairement de nombreuses omissions, elle n'en sera pas moins édifiante sur l'ampleur des travaux publics hydrauliques et maritimes exécutés en Belgique au cours de ces dix dernières années et sur la puissance de réalisation du pays dans ce domaine.

Considérés dans leur ensemble, ces travaux dénotent, par rapport à ceux des périodes précédentes, une envergure beaucoup plus considérable et un esprit de modernisme très marqué, quoique en général sagement pondéré et dépourvu d'outrance. La tendance à l'application rationnelle des résultats de la recherche scientifique se manifeste par la création récente de services et de laboratoires dont les participations faisaient ressortir un état en voie de développement rapide. On peut exprimer le vœu que, dans les domaines déjà abordés et dans d'autres, l'Administration des Ponts et Chaussées et les Sociétés d'entreprises persévèrent dans cette voie féconde.

On peut constater aussi avec une grande satisfaction la puissance, consacrée tant en Belgique qu'à l'étranger, des moyens de réalisation et de l'expérience des entrepreneurs belges de travaux publics, leur permettant de mener à bien, avec succès et avec rapidité, les travaux les plus difficiles par leur nature aléatoire et par leur importance.
Les participations aux classes 4 et 5 ont été non seulement une remarquable réussite qui fait le plus grand honneur aux exposants, mais constituaient aussi un gage de succès pour l'avenir de l'équipement économique du pays et les perspectives de son industrie des travaux publics.

Le grand travail national du Canal Albert n'aura pas seulement soutenu la prospérité de la Belgique pendant une période de difficultés économiques et réalisé ses buts directs de renforcer l'armature nationale, mais il aura marqué aussi le début d'une véritable rénovation des travaux publics dans le pays.

L'Exposition de Liège peut revendiquer le mérite d'en avoir fait ressortir les résultats par une manifestation impressionnante.


2. Les classes 6 (Ports intérieurs), 7 (Ports maritimes) et 8 (Ports de pêche)
C'était également dans les Palais du Génie Civil, de la Mer et de la Navigation Intérieure que se trouvaient les participations belges ressortissant à ces trois classes, en liaison avec celles relatives aux deux classes précédentes. L'avantage de ce groupement a déjà été signalé. Cependant, ici aussi quelques exposants importants étaient installés dans d'autres palais, notamment le n° 18 et celui des industries lourdes. Enfin, les trois grandes villes maritimes : Anvers, Gand et Ostende exposaient dans leur pavillon respectif.

Les PORTS INTÉRIEURS étaient représentés par les grands ports publics belges : Anvers, Bruges, Bruxelles, Gand, Liège et Merksem. De nombreux ports privés récemment construits ou améliorés en raison de l'exécution du Canal Albert, des travaux de la Meuse et des canaux de la Campine, exposaient des maquettes et des dioramas très suggestifs. Citons les nouveaux ports charbonniers de Zolder, Genk et Beringen, sur le Canal Albert, celui de Cheratte sur la Meuse, de Eisden sur le Zuid-Willemsvaart et les installations métallurgiques de Balen-Wezel et de Hoboken sur l'ancien canal de jonction Meuse-Escaut.

L'outillage est généralement adéquat : ces dernières années ont été marquées par des progrès considérables, grâce à une sage politique d'encouragement de l'Administration. Peut-être eût-il été intéressant de donner de cette initiative une image plus synthétique en caractérisant la situation générale actuelle des principaux ports intérieurs.
Dans l'ensemble, ce sont les ports d'intérieur appartenant à des entreprises privées qui dominent en Belgique. Leur outillage est souvent supérieur à celui des ports publics. Parmi ces derniers, ce sont surtout les ports maritimo-fluviaux, particulièrement Anvers et Gand, qui sont à signaler. A la suite, se classent les deux grands ports intérieurs : Bruxelles et Liège.

Les PORTS MARITIMES belges sont peu nombreux, mais importants. La participation officielle d'Anvers, dans son grand pavillon, était remarquable à tout point de vue. La maquette du port, à assez grande échelle et disposée en contre-bas, était un objet du plus haut intérêt.

De beaux modèles des écluses Royers et du Kruisschans, de cales sèches, de hangars à potasse, de grues de manutention, complétaient l'ensemble auquel s'ajoutaient des participations privées concernant des engins de manutention (Stocatra).

Gand présentait également une belle maquette permettant de se rendre compte de l'étendue et de l'équipement de ses installations maritimes. Dans son pavillon, figuraient aussi une maquette reproduisant le quai Port-Arthur avec le hangar textile à trois étages et entièrement « fire-proof » et un modèle d'une grue de 3 tonnes. Cela donnait une idée exacte des possibilités de manutention de ces installations très modernes. Une abondante documentation graphique contribuait à faire valoir les avantages du port.

Enfin, dans son pavillon individuel également, Ostende ne manquait pas non plus d'attirer l'attention du public sur ses installations maritimes, tandis que l'Administration de la Marine exposait, au Palais de la Mer, une magnifique maquette de ce port. D'autre part, l'Administration des Ponts et Chaussées présentait deux belles maquettes de Zeebrugge et de Nieuport. Naturellement, les Sociétés des Canaux et des Installations maritimes de Bruges et de Bruxelles participaient aussi dans cette section.

En ce qui concerne les PORTS DE PÊCHE, figuraient Ostende, Zeebrugge et Nieuport.

La maquette d'Ostende dont nous venons de parler, faisait particulièrement ressortir l'étendue des installations du port de pêche et l'importance du réseau ferré qui le dessert.

On sait que ce port, de construction récente et considéré comme un des plus modernes de l'Europe, est outillé de façon à ce que toutes les opérations puissent s'effectuer avec le maximum de célérité, d'économie et de propreté. Il est pourvu notamment d'un vaste bassin à flot, d'un bassin à marée (pour les petits bateaux) et de deux chantiers roulants pour nettoyer, peindre et réparer les bateaux en un minimum de temps. En moins de cinq ans, une véritable cité industrielle a pris naissance à proximité de ces bassins et les familles de pêcheurs s'y installent en grand nombre.

Le port de Zeebrugge a également été agrandi et modernisé au cours de ces dernières années, comme le montrait la maquette dont il a été question un peu plus haut.

Enfin, pour les trois classes, diverses firmes exposaient, surtout au Palais des Industries Lourdes, des engins de manutention et des appareils relatifs à l'exploitation des ports et à l'industrie de la pêche.

L'impression d'ensemble de ces classes indiquait à quel haut degré de développement et d'avancement est arrivée l'activité portuaire en Belgique, tant intérieure que maritime, et l'on doit souhaiter que le pays soutienne cet effort en vue de l'extension et du perfectionnement de ce précieux outillage économique.


- Les Centrales hydrauliques et hydro-électriques (cl. 12)

Si, dans notre pays pauvre en houille blanche, il était possible d'entrevoir par des travaux gigantesques une utilisation rationnelle des cours d'eau de la Haute Belgique, l'entreprise ne serait guère justifiable, du moins à grande échelle, dans l'état actuel de nos ressources en charbon.

A l'heure actuelle, une seule réalisation remarquable de ce genre a été faite par les Centrales Electriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse et de la Région de Malmédy. Par l'exécution à Robertville sur la Warche, affluent de l'Amblève, d'un barrage de grande hauteur, et d'un autre de grande retenue, en amont, à Butgenbach, cette société a pu construire un ensemble d'une certaine ampleur groupant trois unités de 5.000 CV. à haute chute (150 m.) et une unité de 3.000 CV. à basse chute (25 m.). D'autre part, deux unités de chute moyenne (45 m.) de 5.000 CV. ont été installées à Heid-de-Goreux, sur l'Amblève partiellement régularisée par l'action des barrages d'amont.

Au Palais du Génie Civil, la société montrait le parti qu'elle a pu tirer de cet ensemble hydro-électrique marchant en parallèle avec des unités thermiques, la station à haute chute de Malmédy intervenant comme unité de pointe. Cette réalisation, unique en Belgique, fait honneur à l'esprit d'entreprise de nos producteurs d'énergie électrique.

De son côté, au Palais des Industries Lourdes, l'Union des Exploitations électriques en Belgique faisait ressortir l'ampleur de l'effort réalisé pour assurer, par interconnexion des réseaux, une meilleure utilisation des unités installées et un abaissement du prix de revient par l'emploi rationnel des gaz de hauts fourneaux à la production de l'énergie électrique.

Là encore, la Belgique ne s'est pas laissée devancer par les autres grands pays industriels et les éléments figurant dans les stands des différentes firmes ayant contribué à la mise au point de ces installations, étaient en tous points remarquables.

Dans cette classe 12, plusieurs constructeurs de matériel électrique présentaient des appareillages blindés servant à équiper plus particulièrement les centrales hydro-électriques.

Enfin, deux grandes firmes montraient l'une les possibilités de sa fabrication au point de vue de la construction des conduites forcées (Société d'Ougrée-Marihaye), l'autre ses réalisations en ce qui concerne l'exécution de centrales hydro-électriques à l'étranger et plus particulièrement au Congo belge (Société d'Entreprises de Travaux au Katanga).

L'impression produite était encourageante parce que les quelques participations belges à la classe 12 mettaient malgré tout en évidence l'esprit d'initiative de nos industriels et de nos entrepreneurs dans un domaine qui, par l'essence des ressources naturelles de notre pays, ne nous paraissait pas à priori particulièrement réservé.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939