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Mer



Construits dans l'axe de l'entrée principale et de celle de Bressoux, les Palais du Génie Civil, de la Mer et de la Navigation Intérieure étaient les plus en vue de l'Exposition. Ils avaient un développement de façade de 270 mètres et plus de 5.000 m2 de superficie utile. Ils auraient dû être, par leurs proportions et leur emplacement, les bâtiments les plus marquants. Il n'en fut malheureusement rien, mais ajoutons, en toute justice, que les architectes ne peuvent en être rendus responsables. Ils avaient présenté à la Commission Consultative d'Architecture des projets fort bien étudiés. Cest la nécessité de limiter les dépenses qui mit les auteurs du projet en demeure d'en simplifier l'exécution. Par la suite, on essaya de corriger la trop grande nudité des façades par l'application de motifs décoratifs, mais ce fut sans succès. Heureusement, le bon ensemble architectural formé par la tribune centrale et ses grands escaliers, par les gradins fleuris et la galerie supérieure, vint unir quelque peu les trois blocs. Une sculpture « La Déesse de l'Eau », création de Puvrez, rehaussait la façade donnant sur l'entrée de Bressoux.

La décoration intérieure fut digne de l'importance de ces palais. Des vélums aux formes variées, aux tons dorés, bleutés ou blancs, masquaient la couverture d'ondulés « Eternit ». Des fresques de qualité exécutées par le peintre Laforêt, pour le Palais de la Navigation Intérieure, par M. Van der Borght et Mlle Jasinski, pour celui du Génie Civil, et par Gérardy, pour celui de la Mer, décoraient les parois, rappelant l'objet de l'exposition. L'intérieur avait grande allure.


Ainsi qu'il a déjà été dit, la Section belge comprenait un grand palais (le Palais de la Mer) spécialement réservé au domaine de la navigation maritime. Il était établi en liaison directe d'une part, avec celui du Génie Civil et d'autre part, avec un pavillon tout aussi important consacré à la construction navale.

La classe 18 était divisée en six sections : historique de la navigation maritime, hydrographie, technique et sécurité de la navigation, transports maritimes, juridiction maritime, statistiques-trafics et propagande maritime. Nous passerons successivement en revue comment fut réalisée la participation nationale à chacune d'elles.

La SECTION HISTORIQUE, commune à la navigation maritime et aux constructions navales, occupait la vaste galerie intérieure du Palais des Constructions Navales. Elle présentait une collection judicieusement choisie de modèles d'embarcations, de navires et de bateaux révélant les modes de construction des âges révolus. De nombreux documents puisés aux archives des Villes d'Anvers et de Liège rappelaient les anciennes activités belges dans la navigation maritime : expéditions d'armateurs anversois au XVIe siècle vers les côtes d'Afrique, participation de Belges aux voyages remarquables entrepris au cours des siècles passés par des Espagnols, des Portugais, des Hollandais, les faits d'armes sur l'Escaut lors du siège d'Anvers en 1584-1585, la constitution et la vie de la Compagnie d'Ostende et de la Compagnie des Indes, ainsi que leurs établissements d'outre-mer.

Des bannières anciennes dénotaient la splendeur des corporations anversoises participant à la vie maritime et de multiples documents ranimaient le souvenir des corporations de bateliers d'Anvers et de la région de Liège.

Une carte de l'Escaut, de la mer à Rupelmonde, datant du XVe siècle, des cartes d'Ortélius et de Mercator, des dessins de la rade d'Anvers en 1515 et en 1610, enfin de nombreuses vues anciennes de la Meuse à Liège méritaient un examen attentif des détails très fouillés qu'elles portaient. Elles révélaient le développement de la science cartographique en Belgique dans les siècles passés.

La section présentait également une collection unique d'instruments anciens de mathématiques et de navigation dont l'usage s'est quelque peu perdu de nos jours : sphères armillaires du XVIe siècle, sphère céleste persane, théodolites, astrolabes, cercles, quadrants, équerres, boussoles. Beaucoup de ces objets étaient des exemplaires uniques de grande valeur.

Notons enfin que ce beau stand, sur lequel nous reviendrons à
la section suivante, était orné de quelques toiles choisies des peintres de la mer.

On sait que l'HYDROGRAPHIE est la connaissance et la description des eaux ouvertes à la navigation maritime. Le service d'Etat qui pratique cette science est chargé d'étudier les fonds, les courants, la composition des eaux et de dresser les cartes servant au navigateur. Suivant les indications qu'il recueille au sujet des fonds, se placent les balises, les bouées, les feux fixes et flottants, enfin tous les repères délimitant les passes navigables entre les hauts-fonds de la côte, et dans les fleuves.

Pour l'initiation des visiteurs aux opérations et aux méthodes de travail, le service de l'hydrographie avait exposé les appareils dont il fait usage, avec des notes explicatives, des photos montrant les préposés au travail en mer, des diagrammes tracés et, enfin, les cartes, résultats finals des opérations.

En comparant les cartes anciennes, dont une remonte au commencement du XIXe siècle, aux cartes les plus récentes : on se rendait compte des améliorations apportées aux voies navigables grâce aux travaux judicieux effectués suivant les indications du service hydrographique.

Venait ensuite la section de la TECHNIQUE et de la SÉCURITÉ DE LA NAVIGATION.

Une distinction est à faire entre la navigation en haute mer et l'acheminement du navire vers le port.

Pour la première, le capitaine doit s'en rapporter à sa propre science et s'aider des instruments, cartes et ouvrages mis à sa disposition. Il acquiert ses connaissances dans les écoles spéciales.

Les instruments, constituant d'ailleurs le matériel didactique des écoles de navigation, étaient exposés avec notices explicatives dans les stands de l'enseignement maritime. Ils voisinaient avec les maquettes des navires-écoles à bord desquels les futurs officiers reçoivent leur formation pratique. Des travaux d'élèves écrits et manuels, des photos prises sur le vif pendant les exercices de classe et à l'extérieur, permettaient de se faire une idée de cet enseignement, de ses procédés et des résultats obtenus. On remarquait aussi la série de mappemondes sur lesquelles étaient tracés les voyages successifs des navires-écoles.

Trois écoles gérées par l'Etat étaient représentées : l'Ecole supérieure de navigation d'Anvers, l'Ecole de navigation d'Ostende et l'Ecole de marine. La première est affectée à la formation des officiers de pont et de machine pour le long cours, la deuxième forme le personnel des navires pratiquant le cabotage ou la pêche maritime, la dernière s'occupe du personnel subalterne.

Les appareils dont le fonctionnement est basé sur les ondes hertziennes étaient exposés au stand de la S. A. Internationale de Télégraphie sans fil en coopération avec 1' « International Marine Sounding Device ». C'était : un radiogoniomètre et un radiogonioscope, appareils qui permettent, par repérage des signaux radio-électriques émis par des postes fixes connus, à terre ou en mer, de connaître la position du navire et la direction à lui imprimer,- le sondeur ultra-sonore avec indication optique des profondeurs de la mer sous le navire ; les postes émetteurs et récepteurs de télégraphie et de téléphonie sans fil, sur ondes longues ou courtes, spécialement construits à l'usage des bateaux de pêche,- l'appareil auto-alarme qui doit permettre aux navires dispensés de l'écoute permanente, de recevoir à toute heure le signal S. O. S., conformément à la Convention internationale de Londres de 1929 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer.

Quant au pilotage, l'Administration de la Marine présentait dans ses stands, sous forme de maquettes, le matériel flottant d'avant la guerre 1914-1918 qui était uniquement propulsé à la voile ou à l'aviron. En regard, figuraient les derniers modèles de bateaux-pilotes à vapeur ou à moteur ainsi que les vedettes et canots à moteur utilisés pour le transbordement des pilotes.

Un matériel important utilisé pour l'éclairage et pour le balisage des eaux maritimes était mis sous les yeux du public, l'objet principal étant une bouée lumineuse, feu à éclats allumé, alimentée au gaz propane. A côté de quelques bouées d'usage courant, des maquettes au dixième représentaient tous les modèles de bouées placées dans les eaux belges, avec leur orin et les pierres d'ancrage.

Le système de balisage et d'éclairage de l'Escaut était expliqué sur un modèle en réduction, avec allumage des feux, montrant les différentes combinaisons de bouées et de feux qui délimitent les passes navigables du fleuve.

Les ports belges étaient représentés par d'importantes maquettes de leurs installations, des engins et bâtiments mis à la disposition du commerce maritime; les ports d'Ostende, de Bruges-Zeebrugge et de Nieuport, dans le Palais de la Mer, ceux d'Anvers et de Gand, dans les palais respectifs de ces villes.

Dans le cadre de la sécurité de la navigation, se place aussi l'aide aux naufragés organisée en Belgique par l'Etat, sous forme de service côtier de sauvetage comportant sept stations échelonnées le long du littoral. Le matériel de ce service, complètement modernisé, figurait dans les stands de la Marine par des maquettes montrant les progrès réalisés par la mécanisation des moyens d'action. On renseignait le visiteur sur la nature du service, sur le matériel en usage et sur son activité.

La section des TRANSPORTS MARITIMES groupait les armateurs qui avaient tenu à produire les modèles de leurs unités les, plus récentes qui font honneur au pavillon belge.

En premier lieu, il convient de citer le paquebot « Baudouin-ville » que la Compagnie maritime belge vient de mettre en service sur sa ligne Anvers-Congo et qui constitue la plus importante unité de notre flotte marchande. Un tableau synoptique figurait les relations entre les multiples services du bord sous la haute direction du commandant responsable.

Généralement sous forme de dioramas, les armements renseignaient les visiteurs sur les lignes desservies par leurs navires, sur la fréquence des départs et la durée des voyages. On apprenait ainsi que des services réguliers sous pavillon belge existent au départ d'Anvers vers New-York, le Golfe du Mexique, le Brésil, La Plata, vers le Congo, vers la Méditerranée, desservant les ports de Palestine, d'Egypte, d'Algérie, de Tunisie, d'Italie, d'Espagne, vers Bordeaux, Bayonne, Dunkerque, vers Hambourg, vers les ports du Royaume-Uni, etc.

Citons encore les modèles de pétroliers, tous de type très récent, qui, sous pavillon belge, assurent l'approvisionnement du pays en carburants et en huiles qu'ils vont charger en mer Noire, dans les ports de l'Amérique du Nord et du Golfe du Mexique.

Le service des paquebots de l'Etat assurant la liaison Ostende-Douvres présentait en modèles une collection des types de bâtiments qui ont desservi la ligne depuis son origine. Les caractéristiques de ces navires progressent d'une longueur de 46 mètres, d'une puissance de 850 chevaux et d'une vitesse de 14 noeuds assurant en 1846 la traversée en cinq heures, à la longueur de 108 mètres avec 17.000 chevaux permettant une vitesse de 25 nœuds et ramenant la durée moyenne actuelle des traversées à 2 h. 50. Des photos montraient par ailleurs les installations ultra-modernes des derniers navires à moteurs assurant le meilleur confort aux passagers.

La sixième et dernière section se rapportait aux STATISTIQUES et TRAFICS ACTUELS et à la PROPAGANDE MARITIME.

Les statistiques étaient surtout fournies par les administrations des ports d'Anvers, de Gand et de Bruges qui s'étaient appliquées à détailler leur trafic de façon figurative, en attirant l'attention sur les spécialités qui se traitent dans chacun d'eux, sur l'outillage et les installations appropriés aux diverses marchandises : pour Anvers, les grains, les fruits, les minerais, le charbon, les huiles minérales, les marchandises générales,- à Gand : les cotons, le pétrole, les bois de mine, les fers,- à Bruges et à Zeebrugge : les charbons de soute, les matières premières utilisées dans les industries établies le long du canal maritime et les produits de ces usines.

D'autre part, la propagande maritime était représentée par les participations du « Vlaamsche Scheepvaartbond » et de la Ligue maritime belge. Le premier s'attachait à faire ressortir les divers aspects sous lesquels l'idée maritime est à considérer, le second exposait son activité, ses procédés de propagande et ses publications qui englobent le pays entier.

En matière de propagande signalons encore le stand de la Fédération du Yachting belge où des cartes très bien présentées renseignaient le visiteur sur les possibilités de voyage offertes par les voies d'eau de Belgique et des Pays-Bas et sur les clubs de yachting existant un peu partout dans le pays.

Ainsi, sous la haute direction de l'Administration de la Marine et avec le concours efficace d'un grand nombre d'industriels et d'organismes privés, cette classe aura pleinement rempli la mission qui lui était dévolue : montrer que dans le domaine de la navigation maritime, la Belgique s'efforce de se tenir à la hauteur des progrès de la technique et des nécessités du trafic mondial.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939