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Congo Belge


Congo Belge à l'exposition de Liège 1939

© Daniel
Architecte(s) : Lacoste et Devignée

Composé d'un grand hall d'honneur au centre de deux longues ailes réservées aux différentes sections, le Palais du Congo Belge déployait sa façade ajourée en bordure de la Meuse. Dans l'axe, en plein dans le fleuve, un gigantesque « totem » d'une heureuse fantaisie, le signalait. Tous les détails d'architecture, les motifs décoratifs, s'inspiraient nettement de l'art indigène. Ce qui caractérisait le plus cette construction, c'était l'originalité de son polychromage : le rouge anglais des piliers s'unissait fort bien aux tons « drapeau belge » des boiseries de la façade principale.

L'autre façade était rehaussée par un ton bleu très riche, parsemé d'étoiles d'or, insigne du drapeau congolais. Le « totem » avec ses masques aux couleurs chaudes, parachevait l'ambiance exotique de cette heureuse réalisation.


Le Congo belge se devait pour une double raison de participer d'une façon grandiose à l'Exposition. D'une part, il n'échappe à personne le rôle primordial joué par l'eau dans l'exploitation de notre Colonie, et le Programme n'eût pas été complètement réalisé si cette question n'avait pas été traitée dans une section spéciale. D'autre part, cela permettait une fois de plus de faire une propagande active en vue de renforcer l'esprit colonial chez nos compatriotes. On ne peut perdre aucune occasion propice pour marquer l'importance du Congo dans le développement économique de notre pays.

Cette participation s'était manifestée par l'aménagement d'un vaste palais situé sur la rive droite de la Meuse, à proximité du pont de Coronmeuse. Il est intéressant de remarquer qu'en plus de l'exposition proprement dite se rapportant au thème de l'eau, une large place avait été faite aux techniques si attrayantes de l'art indigène.

Pour mener à bien l'édification et la présentation de cet ensemble, il avait été fait appel à la collaboration de personnalités qui, par leur expérience des choses d'Afrique, ne pouvaient manquer d'apporter un concours précieux au Ministère des Colonies.

La Commission coloniale créée à cet effet, présidée par M. Paul Tschoffen, ancien ministre des Colonies, comprenait de nombreux fonctionnaires, des représentants qualifiés de groupements coloniaux, d'organismes d'étude et de sociétés privées. Par le même arrêté royal, fut constitué le Comité exécutif de la participation, composé d'une dizaine de personnalités et présidé par M. C. Camus, directeur général au Ministère des Colonies.

La matière traitée était comprise essentiellement dans les classes 22 et 23 de la Classification générale. Il doit cependant être mentionné ici que parmi les exposants figurant dans d'autres pavillons et ressortissant principalement à d'autres classes, bon nombre avaient tenu à mettre en évidence leurs produits ou activités concernant spécialement les pays tropicaux. Cette préoccupation a été signalée dans les autres chapitres.

Elle mériterait d'être encouragée et peut-être serait-il recommandable que dans les expositions futures les organisateurs eussent soin de récompenser par une mention spéciale les exposants qui font un effort dans ce sens. Il est heureux que nos producteurs songent de plus en plus à orienter leur prospection vers notre marché colonial qui offre, comme on le sait, des perspectives très intéressantes. Il ne fait aucun doute que, dans un avenir rapproché, la place occupée par le Congo dans nos débouchés aura une telle importance qu'il permettra à lui seul de maintenir beaucoup de nos industries en vie. En outre, notre Colonie pourra nous fournir de nombreuses matières premières dont nos usines ont besoin.

Passons maintenant à la description du Palais qui comportait un salon d'honneur flanqué de chaque côté d'une vaste galerie. Du côté du fleuve, dominant une ample terrasse, se dressait un trophée de 40 mètres de hauteur : boucliers, lances, masques gigantesques s'y entassaient en une vaste colonne jusqu'au grand pavois planant au-dessus des eaux.

Le salon d'honneur dédié à Léopold II, le génial fondateur de notre empire colonial, donnait un aperçu de l'art et des métiers indigènes. Des ouvrages en osier, des statuettes, des fétiches et des armes y étaient disposés.

L'aile gauche était consacrée aux sections suivantes : l'hydrologie médicale, l'étude des eaux souterraines et de surface, l'Institut des parcs nationaux, le tourisme, la pêche, la climatologie et la météorologie.

La section d'HYDROLOGIE MÉDICALE avait comme thèmes l'eau comme facteur utile et l'eau comme facteur nuisible au Congo belge. Deux grands dioramas avaient été réalisés à cet effet. L'un représentait un ravin de Matadi à l'état sauvage c'est-à-dire avec toutes les excavations et dénivellations naturelles où séjournent l'eau et les amas de détritus végétaux propres à faciliter l'éclosion de germes nuisibles et tout spécialement des larves de moustiques,-l'autre, le même ravin drainé par les Européens, sous une pente régulière, pour assurer un écoulement complet des eaux sans qu'il y ait la moindre stagnation et, par conséquent, ne présentant plus les mêmes dangers. Cet ensemble était complété par des photographies et une documentation scientifique sur les parasites ayant leur habitat naturel dans l'eau souillée des colonies (œufs et larves de moustiques, amibes, vers intestinaux, etc.).

Le stand des EAUX SOUTERRAINES ET DE SURFACE était garni de cartes du Katanga et du nord-est du Congo situant les sources thermo-minérales, de panneaux figurant l'exploitation des salines et de documents relatifs aux principales chutes d'eau de la Colonie.

L'INSTITUT DES PARCS NATIONAUX exposait quelques moyens utilisés par les organismes animaux et végétaux pour lutter contre le manque d'eau. Il présentait plusieurs spécimens de protoptères en aquarium et un protoptère en cocon apparaissant dans une coupe de sol desséché. On sait que le protoptère, répandu dans tout le Congo, est particulièrement abondant dans les marécages, ruisseaux et lacs du parc national Albert et dans celui de l'Upemba. C'est un des animaux les plus célèbres de l'Afrique. Survivant d'une faune très ancienne de l'époque primaire, il possède à la fois des branchies typiques du poisson et de véritables poumons. Cela lui permet de vivre dans des eaux boueuses. Lors de la saison sèche, par suite du retrait des eaux, il reste parfois prisonnier dans des mares en voie de dessèchement. Il s'enfonce alors dans la vase et se replie sur lui-même au fond d'une galerie. Le mucilage sécrété par la peau se dessèche au contact de la terre durcie et forme un cocon. Dans celui-ci, le protoptère, en léthargie, respire exclusivement par les poumons. Au retour de la saison des pluies, la vase s'imbibe, se ramollit : l'animal se dégage et bientôt reprend sa vie normale dans les mares reconstituées par les crues.

Le stand comprenait également des plantes xérophytiques (aloès, sansevières, euphorbes) qui concentrent des réserves d'humidité dans leurs tiges et leurs feuilles et constituent des exemples de vie latente réfugiée, pendant la saison sèche, sous la surface du sol.

Au point de vue du TOURISME, parmi les nombreux sites dignes de retenir l'attention et où l'eau joue un rôle prépondérant, le choix s'était porté sur le Mikeno et le lac Kivu.

Si deux niches seulement avaient été spécialement réservées à cette section, il convient de ne pas perdre de vue que, en fait, la propagande touristique s'étendait dans tout le Palais. Les nombreux dioramas et panneaux photographiques garnissant les autres stands et exécutés avec un soin remarquable ne manquaient pas d'attirer l'attention sur les beautés naturelles susceptibles d'intéresser le touriste.

Le problème de la PÊCHE présente une importance considérable pour les populations indigènes, puisque le poisson entre pour une large part dans leur alimentation et que de plus, dans certaines régions, la pêche constitue une véritable industrie indigène pratiquée en vue du ravitaillement des centres.

Un vaste diorama rendait l'atmosphère des scènes quotidiennes de la vie de nombreuses peuplades de pêcheurs du « fleuve ». Des instruments de pêche (nasses, filets, etc.) complétaient l'ensemble.

Enfin, les questions de CLIMATOLOGIE et de MÉTÉOROLOGIE avaient fait l'objet d'une étude toute spéciale. Des cartes portaient les hauteurs annuelles de pluie dans la Colonie et au Ruanda-Urundi. On avait figuré également par région le nombre de mois de saison sèche.

En outre, étaient représentés les deux aspects types de la végétation dont la nature et le développement résultent du régime des pluies. D'une part, les régions à pluies abondantes et à saison sèche courte ou nulle, caractérisées par la forêt équatoriale, dense, luxuriante, peuplée de grands arbres garnis de lianes,- d'autre part, les zones à saison sèche plus longue et à plus faible hauteur de pluie, caractérisées par la savane, vaste étendue herbeuse où poussent de-ci, de-là, à côté de termitières, quelques petits arbres.

Enfin, une grande carte du Congo belge et du Ruanda-Urundi signalait l'emplacement des quelque quatre cent soixante-sept postes météorologiques dont les plus importants se livrent à des observations de climatologie générale. En complément, était exposé, en grandeur naturelle, un abri météorologique type, en matériaux indigènes, tel qu'on le rencontre dans presque tous les postes d'observation. Quelques appareils y étaient disposés : pluviomètres ordinaires et enregistreurs, thermomètres, hygromètres, évaporomètres, etc.

L'aile droite du Palais était réservée aux cinq sections suivantes: l'hydrographie et les travaux hydrauliques, les transports par eau, les travaux urbains et ruraux, l'utilisation des chutes d'eau et les disponibilités d'énergie.

Les sections de l'HYDROGRAPHIE et des TRAVAUX HYDRAULIQUES avaient collaboré pour donner une vue d'ensemble de ce qui a été réalisé dans ce double domaine respectivement en ce qui concerne le Bas-Fleuve ou bief maritime, le Haut-Fleuve et ses affluents, et les lacs, afin de faire ressortir les caractéristiques et les conditions de navigation propres à chacune de ces parties du réseau des voies navigables de la Colonie.

Une carte générale du bief maritime, ainsi que des planches donnant le débit du Congo comparé à celui d'autres fleuves, les pentes, les vitesses et les crues, caractérisaient principalement le régime du Bas-Fleuve. Les difficultés rencontrées par la navigation dans la région divagante située en aval de Fétish-Rock, les travaux exécutés pour améliorer les passes, et les résultats obtenus, étaient illustrés par des cartes et des planches indiquant, d'une part, les modifications principales intervenues dans la route de navigation depuis 1890 et, d'autre part, le creusement de la passe Nisot, en 1924, le cube dragué, le matériel employé et la progression obtenue dans le mouillage offert par la passe, et enfin, la fermeture, au moyen d'un barrage de palplanches métalliques, du faux bras de Mateba.

Cette section était complétée par un diorama de Matadi, le grand port maritime de la Colonie.

En ce qui concerne le Haut-Fleuve et ses affluents, une carte montrait l'étendue du réseau navigable et la classification des rivières suivant le mouillage minimum offert aux bateaux.

Le « chenal », section du fleuve entre Léopoldville et Kwam-mouth, a fait l'objet d'une étude hydrographique dont les résultats étaient reproduits schématiquement sur la carte et sur des planches spéciales.

Pour les ports, la représentation comportait un diorama de Léopoldville avec, à l'arrière-plan, le Stanley-Pool et la rive française, des maquettes de Port-Francqui et de son mur de quai, ainsi que du port de Bukama avec le pont-rail sur le fleuve. Quelques photographies permettaient de se rendre compte des divers types de murs de quai construits dans d'autres ports importants.

Les travaux effectués pour améliorer et aider la navigation étaient illustrés par des maquettes montrant les différents genres d'obstacles rencontrés : roches sous eau, bancs de sable, snags (troncs d'arbres entraînés par le courant), ainsi que les méthodes employées pour le repérage des roches, le balisage de la route de navigation et l'enlèvement des snags.

Enfin, il avait paru intéressant de mettre sous les yeux du public les phases successives de l'envahissement par les îles de papyrus du chenal navigable dans le lac Kisale (bief supérieur du
Lualaba).

Cette importante participation se terminait par un stand consacré aux travaux effectués au lac Tanganika. La carte du lac était complétée par un diagramme montrant les variations subies par son niveau ainsi que l'époque probable à laquelle s'est formé son seul exutoire, la rivière Lukuga, et la baisse du niveau qui en est résultée dans le lac.

En vue de rechercher les moyens de stabiliser ce niveau entre certaines limites, il a été procédé à l'étude hydrographique de la Lukuga. Les résultats de cette intéressante étude étaient exposés.

Une maquette et quelques vues montraient les travaux exécutés au port d'Albertville.

La section des TRANSPORTS PAR EAU avait groupé, en ordre principal, douze maquettes de bateaux en service à la Colonie. On s'était attaché à présenter des unités offrant chacune un caractère particulier en ce qui concerne, soit leur affectation, soit leur champ d'action, soit leur mode de propulsion. En regard de ces unités modernes, étaient exposés deux bateaux de l'époque héroïque : Y « En-Avant » et le • Belgique », construits vers 1880.

Par ailleurs, un carrousel nautique mécanisé illustrait les divers modes de navigation en usage au Congo.

Les progressions de la flottille fluviale et du tonnage exporté par Matadi et transporté par les voies fluviales étaient présentées au moyen d'un autre diagramme animé. Un autre encore montrait l'accroissement pendant ces dernières années du nombre de tonnes-kilomètres du trafic réalisé par les différents transporteurs fluviaux.

Enfin, une carte du Congo faisait apparaître les voies de communication par eau, leur liaison avec les voies ferrées et les routes, ainsi que les grands centres de production et les principaux ports de chargement des divers produits.

Le stand des TRAVAUX URBAINS ET RURAUX avait pour but de faire connaître comment est assurée l'alimentation en eau potable des populations européennes et indigènes.

Sur un panneau décoratif, les modes de puisage antérieurs à l'établissement des distributions d'eau s'opposaient aux systèmes actuels de répartition. Alors que les populations s'alimentaient, il y a peu de temps encore, aux rivières, aux puits, même aux mares voisines des villages, la création de captages, de stations d'épuration et de réseaux de distribution a permis la fourniture d'une eau potable à domicile dans de nombreux centres. L'alimentation des noirs est assurée en outre par les nombreux appareils de puisage publics : bornes-fontaines et lavoirs spécialement conçus pour la Colonie. Des reproductions des divers types d'appareils étaient exposés et de nombreuses photographies évoquaient l'importance des travaux réalisés dans le domaine du captage et de l'adduction des eaux, de leur épuration chimique et bactériologique et de leur distribution aux usagers européens et indigènes. La maquette d'une des installations d'adduction et d'épuration exploitées par la Régie occupait également le stand. Enfin, des industriels exposaient du matériel destiné aux installations de ce genre.

La section de l'UTILISATION DES CHUTES D'EAU synthétisait l'état actuel de cette question au point de vue de la production de l'énergie électrique.

Une carte des chutes d'eau renseignait les centrales hydroélectriques déjà installées, les projets de captation à l'étude et les principales zones de cours d'eau riches en chutes et en rapides. Il y avait également deux dioramas, l'un de la centrale des chutes Cornet (Katanga), l'autre de celle de la Sanga. Un photomontage représentait les principales chutes et un autre certains aspects intérieurs de centrales en activité (centrales du N'Zoro et de la Solé-niama, de la Zizi, de Piana M'Wanga, de la M'Pozo, de la Lufira, de la Sanga). Des diagrammes illustraient allégoriquement, d'une part, les réserves en énergie hydraulique des principaux pays du monde et la place prépondérante — la première — occupée dans ce domaine par le Congo,- d'autre part, les réalisations considérables accomplies dans notre Colonie en matière de transport à distance par ligne à haute tension de l'énergie produite par ses centrales hydro-électriques.

En complément, figuraient quatre maquettes. La première, celle de la centrale des chutes Cornet, permettait de saisir l'importance des installations nécessaires à l'alimentation d'une centrale de 80.000 chevaux. La deuxième reproduisait le barrage et les prises d'eau de la centrale de M'Pozo (Bas-Congo) qui alimente, en ordre principal, les installations du port de Matadi et du chemin de fer du Bas-Congo,- le barrage est du type dit « par gravité », aménagé en déversoir pour l'évacuation des fortes crues. La troisième montrait un élément d'aubage de turbine hydraulique Kaplan, à orientation réglable. Enfin, la quatrième se rapportait à une coupe du barrage des chutes Cornet, du type « par gravité » également.

Nous terminerons la description du Palais du Congo Belge qui, comme on l'aura constaté, abritait une participation dont l'importance et l'intérêt étaient considérables, par la section des DISPONIBILITÉS D'ÉNERGIE traitant de la distribution électrique et de l'industrie du froid.

Les éléments de la partie réservée à la distribution électrique étaient : un plan et des photographies des différentes phases des travaux de pose du câble sous-fluvial mouillé dans le fleuve entre Léopoldville et Brazzaville, en vue de la distribution dans cette dernière ville de l'énergie électrique de la centrale de Sanga,- des agrandissements photographiques relatifs aux diverses installations électriques réalisées et un diorama d'une usine d'électrolyse.

L'industrie du Froid était représentée par des objets ayant trait aux installations de brasserie : maquette de l'Institut Nathan de Zurich avec la démonstration du brevet utilisé en pays tropical dans cette industrie, plan exposant l'application de ce procédé dans la Colonie belge et photographies des installations des Brasseries du Katanga et de Léopoldville.

On aura saisi l'importance de l'effort accompli par les organisateurs de la participation coloniale belge pour lui assurer tout l'éclat et toute la grandeur dignes de notre belle Colonie. Le problème de l'eau tel qu'il se pose au Congo belge était traité dans tous ses aspects. Bien entendu, il ne pouvait être question d'entrer dans trop de détails. Cela n'était d'ailleurs pas nécessaire, car cela eût fait double emploi avec l'ensemble de la Section belge. Il suffisait de faire la preuve que le rôle de l'eau préoccupe sérieusement depuis longtemps nos dirigeants coloniaux et, surtout, de faire ressortir les particularités marquantes de cette question lorsqu'il s'agit d'un pays tropical. Il est à l'honneur des réalisateurs de cette belle participation d'avoir réussi dans cette démonstration et il sied de signaler qu'aucun autre pays n'avait, à l'Exposition, traité le problème de l'eau à ce point de vue, tout au moins dans son ensemble.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939