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Grand-Duché de Luxembourg


Grand-Duché de Luxembourg à l'exposition de Liège 1939

© Kessels
Architecte(s) : Montrieux, Rousch, Selerin et Snyers, Thill

Le PALAIS DU GRAND-DUCHÊ DE LUXEMBOURG était édifié en bordure de la grande allée, rive droite, à la suite des palais belges.


Une grande verrière en porte à faux, sectionnée horizontalement par de minces cordons, éclairait le hall d'honneur. Deux gigantesques tubes accrochés à la façade entouraient un magnifique écusson du pays. Un titre très décoratif barrait la partie supérieure. La rampe extérieure, avec son garde-corps original en planches, apportait du relief à un ensemble d'excellente composition architecturale.

L'intérieur, très bien étudié, était richement décoré par des fresques dues à différents artistes luxembourgeois.


I. INTRODUCTION

La série des grands palais industriels belges allant de l'entrée principale de Bressoux vers le Gay Village mosan, était interrompue, à hauteur de la station du téléphérique, par le très attirant Palais du Grand-Duché de Luxembourg. Sa masse elle-même ne heurtait pas l'harmonie de l'ensemble : l'ossature et la construction avaient été établies d'après les mêmes plans que les autres bâtiments. Les travaux en avaient même été exécutés par les soins de la Société coopérative de l'Exposition. Mais les organisateurs de la participation grand-ducale avaient réussi à lui donner un aspect original, par la décoration tant intérieure qu'extérieure. Celle-ci avait été confiée à quelques bons artistes luxembourgeois, sous la direction de l'architecte M. Arthur Thill. A l'extérieur, l'attention était attirée par un grand écusson en ferronnerie d'art et, à l'intérieur, des fresques de valeur représentaient les applications de l'eau dans les industries et dans la vie privée.

Le Palais couvrait une superficie bâtie d'environ 900 mètres carrés. La participation était en fait beaucoup plus étendue car, autour du pavillon, de larges espaces étaient occupés, en plein air, par des exposants. En outre, en face, sur l'esplanade du Lido, se trouvait un vaste restaurant, agréablement aménagé, où les visiteurs pouvaient déguster les spécialités culinaires ainsi que la bière et les vins du pays. Cela ne manquait pas d'ajouter à l'éclat de la participation luxembourgeoise.

Comme on le verra dans la suite, celle-ci fut mieux qu'une représentation officielle. Ce fut une brillante et importante section, abondamment documentée et présentant le plus vif intérêt. L'effort du Luxembourg en vue de donner le plus de relief possible à sa participation à l'Exposition de Liège 1939 est d'autant plus méritoire que le pays n'est pas approprié aux grands travaux d'art hydraulique, thème fondamental de la manifestation.

La participation était dirigée par M. F. Simon, ingénieur en chef au Ministère des Travaux publics luxembourgeois, Commissaire général du Gouvernement. Le Commissaire général adjoint était M. A. Diederich, secrétaire général de la S. A. Minière et Métallurgique de Rodange. M. J. Schroeder, ingénieur des Travaux publics, remplissait les fonctions de Secrétaire général.


2. VUE D'ENSEMBLE

Le Palais comprenait deux parties distinctes se détachant d'ailleurs sur la façade principale : une section technico-scientifique et une section industrielle. L'entrée se faisait par un hall d'honneur, richement décoré, dont les espaces étaient réservés à la première section constituée par les participations des Administrations publiques de l'Etat ainsi que des Communes de Luxembourg et d'Esch-sur-Alzette.

Au centre, une carte topographique en relief montrait l'approvisionnement en eau du pays. Elle permettait de se faire une idée de l'étendue des différentes conduites d'eau et des difficultés de terrain rencontrées dans la pose de ces conduites.

L'Administration des Travaux publics présentait ensuite la réalisation d'un captage avec puits dans la vallée de la Moselle et celle d'une station élévatoire de relai dans un réseau local existant. Ces deux études étaient remarquables par plusieurs applications mécaniques inédites et ingénieuses. Le Service géologique de cette administration exposait des coupes géologiques en rapport avec la formation des sources.

Dans un stand voisin, les deux Syndicats de distribution d'eau du pays, celui du nord et celui du sud, faisaient ressortir toute l'importance de leurs installations d'un intérêt intercommunal et international. Cette participation complétait tout naturellement la carte topographique déjà citée.

Le Service agricole montrait des réalisations dans le domaine des drainages, des régularisations de cours d'eau et des canalisations de cours d'eau au passage des localités,- tandis que l'Administration des Eaux et Forêts attirait l'attention sur des dispositifs de capture de poissons, ainsi que sur des statistiques relatives à la pisciculture.

Cet ensemble des administrations centrales était complété par les participations des Villes de Luxembourg et d'Esch-sur-Alzette. La première, dans un stand particulièrement remarquable, illustrait, au moyen d'un grand tableau lumineux, le chemin parcouru par une eau urbaine, depuis la source jusqu'à son retour au cours d'eau, après avoir servi à tous les usages et après avoir subi un traitement d'épuration. C'est ainsi que, dans son stade final, la maquette représentait la station d'épuration de Beggen.

Quant à la Ville d'Esch, elle faisait état, d'une façon heureuse, de ses efforts dans le domaine de la distribution d'une eau saine et abondante, et dans celui de l'évacuation des eaux usées. Un projet d'établissement de bains était exposé sous forme de maquette.

Signalons encore, dans ce vaste hall, les hautes parois que le Département du Tourisme avait garni de grands tableaux sur toile représentant des vues de la capitale.

Le grand hall qui y faisait suite, sur la droite, était réservé à la deuxième section de la participation luxembourgeoise, c'est-à-dire aux exposants industriels.

En faisant le tour par la droite, on découvrait successivement :
Une grande vanne de 600 mm. de diamètre et une presse hydraulique de dimensions appréciables (Fonderie Duchscher et C°);
Un stand original du Canoë Club de Luxembourg donnant une idée des possibilités des sports nautiques,-
Une représentation, sous la forme d'un grand tableau artistique, de la fabrication de la bière, organisée par la Fédération des Brasseurs,-
Un stand des Eaux minérales d'Echternach;
Des vitrines contenant des robinets d'un type spécial (Céo-deux) et des appareils de mesure (Ateliers de Construction de Diekirch) ;
Un stand des Etablissements thermaux de Mondorf exploités en régie par l'Etat;
Un stand collectif de la Société des Chaux de Contern et de la Société des Ciments luxembourgeois, montrant les rapports de ces industries avec l'eau ;
Un stand réservé aux carreaux céramiques (Cérabati) en application dans le domaine du bâtiment (une cabine de douche était aménagée) ;
— Un emplacement réservé aux ardoisières (Haut-Martelange) ;
- Une participation de la Société de Radio-diffusion « Radio-Luxembourg », avec photos d'appareillage et maquette de la station d'émission.

Signalons aussi qu'il fonctionnait en permanence dans cette salle un bureau de renseignements touristiques avec la collaboration des principaux syndicats d'initiative du pays.

Le centre du hall était occupé par une splendide fontaine lumineuse mettant en valeur toute une gamme de palplanches d'une importante usine métallurgique (Minière et Métallurgique de Rodange). Le mur du fond était garni d'une grande carte du pays reproduisant les cours d'eau avec tout un lot d'industries s'y rattachant, notamment de vieux moulins. Un balcon auquel on accédait de l'extérieur permettait de jouir d'une belle vue d'ensemble du Palais. On y avait installé un beau stand de la Fédération des Comices viticoles.

A l'extérieur, se trouvait une imposante fontaine lumineuse d'une autre grande société métallurgique (A.R.B.E.D.) et servant également à la présentation de palplanches. Cette fontaine placée à gauche du Palais faisait pendant à une autre, en céramique, placée à droite (Cérabati). Une hampe de drapeau, formée par une poutrelle Grey de 16 mètres, constituait une participation caractéristique d'une troisième société métallurgique (Hadir).

Enfin, diverses carrières, ardoisières et fabriques de céramiques avaient contribué à l'ensemble par la fourniture de matériaux servant à l'aménagement des abords du Palais, ainsi qu'au dallage intérieur. Une de ces firmes avait notamment fourni un abreuvoir, modèle Administration des Travaux publics.


3. ANALYSE

Si nous envisageons la participation luxembourgeoise dans l'ordre des matières traitées par la Classification générale de l'Exposition, nous sommes amenés à faire les constatations ci-après.

La CLASSE 3III (EAUX DE CURE ET DE BOISSON) comportait les participations de l'Etablissement thermal de Mondorf-Etat et des Eaux minérales d'Echternach. Deux beaux stands, bien dans la note de l'Exposition, avec photos, reproduction des sources et dégustation des eaux.

Aux CLASSES 4 (RIVIÈRES ET CANAUX) ET 6 (PORTS INTÉRIEURS), figurait seulement l'Administration des Travaux publics présentant des avant-projets de canaux de navigation : Ourthe-Moselle et Moselle-Chiers.

Par contre, à la CLASSE 9 (TRAVAUX URBAINS ET RURAUX), les participations, tant officielles que privées, étaient abondantes.

On relevait celles de l'Administration centrale des Travaux publics et des administrations des Villes de Luxembourg et d'Esch-sur-Alzette, du Service agricole de l'Etat, du Service de la carte géologique et des deux Syndicats de conduites d'eau. En outre, quelques exposants privés montraient des objets fort remarqués. Le détail en a été donné plus haut dans cette étude (voir vue d'ensemble). Il convient de constater que cette participation à la classe 9, sans être fort étendue, était cependant à peu près complète. Tout le programme, d'ailleurs très vaste, de cette classe était traité, depuis le captage des sources jusqu'aux accessoires de la distribution et de la consommation d'eau, sans excepter les problèmes particuliers de la technique hydraulique agricole et les installations de bains et piscines.

Dans la CLASSE 10 (ÉPURATION DES EAUX), nous trouvions un seul exposant grand-ducal (R. Loesch) dont le stand se trouvait à la Collectivité belge de la Défense nationale. Il en a été du reste question au cours de l'analyse de la participation belge à cette classe.

A la CLASSE 11 (MOTEURS ET MACHINES HYDRAULIQUES), s'inscrivait un seul exposant présentant la presse hydraulique déjà citée.

À la CLASSE 13 (LA TECHNIQUE DE L'EAU ET L'ÉLECTRICITÉ), figurait la Compagnie luxembourgeoise de Radio-diffusion (Radio-Luxembourg) , mais cette participation était en réalité en marge du programme de l'Exposition. Il n'y avait, en effet, aucun élément relatif aux rapports de l'eau et de l'électricité.

A la CLASSE 15VI (L'EAU DANS LES INDUSTRIES ALIMENTAIRES) , on notait une belle exposition de la Fédération des Brasseurs, ayant pour objet les diverses phases de la fabrication de la bière. Bien que cette démonstration n'eût pas été faite sous une forme technique, c'était là une des rares participations à la classe considérée qui fût réellement conforme au programme de l'Exposition. Et c'est tout à l'honneur des Brasseurs luxembourgeois dont les produits sont d'ailleurs réputés depuis longtemps.

En plus, il y avait quelques exposants de vins dont une importante collectivité, celle de la Fédération des Comices viticoles.

En ce qui concerne la CLASSE 16II (MATIÈRES ET MATÉRIAUX), le visiteur trouvait des produits métallurgiques, du ciment, de la chaux, des ardoises et de la céramique. Il est à remarquer que l'on avait eu soin, dans la plupart des cas, de montrer le rôle de l'eau, soit dans la fabrication, soit dans l'utilisation de ces produits.

La CLASSE 16III (MATÉRIEL ET OUTILLAGE) comprenait trois belles participations que nous avons déjà soulignées : celles des grandes usines métallurgiques du pays. Deux d'entre elles présentaient des palplanches, la troisième une grande poutrelle Grey.

Dans le domaine des CLASSES 20 ET 21 (PÊCHE ET AQUICULTURE) , on enregistrait l'Administration des Eaux et Forêts avec des maquettes de dispositifs de capture de poissons et des statistiques concernant la pisciculture.

A la CLASSE 24 (ÉCONOMIE SOCIALE), s'inscrivaient l'Administration de la Ville de Luxembourg et celle d'Esch-sur-Alzette.

A la CLASSE 27d (SPORTS), figurait le Canoë Club de Luxembourg. Enfin, à la CLASSE 27é (TOURISME), ressortissaient la belle participation du Département du Tourisme ainsi qu'une partie du stand de la Ville de Luxembourg. En outre, 13 syndicats d'initiative locaux exposaient également, d'une façon plus modeste.


4. CONCLUSIONS

Il ne peut surprendre personne que la participation luxembourgeoise n'ait pas été complète. Certaines classes du Programme général ne pouvaient manifestement tenter les organisateurs de cette section. Il en était ainsi, par exemple, des classes scientifiques (1, 2 et 3), de celles concernant les voies de communication par eau (4 à 8), des autres ayant trait à la navigation et aux constructions navales (17, 18 et 19) et des classes coloniales (22 et 23).

L'effort principal de la participation a donc porté sur :
a)Les travaux urbains et ruraux (classe 9) ,
b)Certains produits métallurgiques (palplanches) et du domaine de la construction (céramiques, etc.) ;
c) Le tourisme.

En outre, mention doit être faite des eaux minérales et thermales, des bières et des vins.

Dans les domaines traités, et qui étaient les seuls que le Luxembourg pouvait aborder dans une compétition internationale de ce genre, les organisateurs ne se sont visiblement ménagé aucun effort et ont réussi à réaliser une représentation bien digne de leur pays. Peut-être, aurait-on pu s'attendre à une participation un peu plus étendue encore du tourisme qui, comme on le sait, constitue une des industries vitales du pays. C'était une matière qu'il eût été facile de développer avec plus d'ampleur : les mystères de quelques belles vallées, qui chaque année attirent une foule de touristes, auraient pu être mieux encore mis en valeur.

Le tableau statistique ci-joint renseigne le nombre de récompenses obtenues par les exposants. On constate que le pourcentage de récompenses de premières catégories s'élève à 88 pour les exposants officiels et à 48 pour les exposants privés. Mais, pour ces derniers, ce pourcentage traduit fort mal la valeur des produits exposés. Cela provient du fait que dans la classe du tourisme (27é), tous les syndicats d'initiative locaux ont été inscrits individuellement. Leur participation était fort modeste et le Jury leur a attribué à chacun seulement la Médaille d'Argent. Leur nombre assez élevé par rapport au chiffre total d'exposants influe fortement sur la moyenne générale. Si l'on excepte la classe 27é, le pourcentage de hautes récompenses décernées aux exposants privés s'élève à 76 au lieu de 48. Cela correspond mieux à la valeur des produits industriels présentés. Ils ne figuraient pas en grand nombre, mais leur qualité était de premier ordre.

Aux collaborateurs des exposants, il a été attribué en outre 37 récompenses dont 2 Grands Prix, 9 Diplômes d'Honneur, 8 Médailles d'Or, 10 Médailles d'Argent, 5 Médailles de Bronze et 3 Diplômes Spéciaux.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939