Retour - Liste Pavillons

France


France à l'exposition de Liège 1939

© Jacoby
Architecte(s) : Allix, Lemoine, David, Rogister, Devignée, Libois, Reuter, Tonnard et Wathelet

Les PALAIS DE LA FRANCE se dressaient sur la rive droite à la suite du Palais de la Navigation Intérieure, en bordure de la grande esplanade. Ils se composaient de trois corps de bâtiment dont le dernier, en arc de cercle, avançait sa rotonde jusqu'à la berge du fleuve.

C'était un merveilleux ensemble architectural s'affirmant par l'élégance et la séduction. Les façades, presque entièrement vitrées, laissaient franchement apercevoir les charpentes standard, mettant ainsi en valeur leur application rationnelle. Coupant ces immenses verrières, des pleins judicieusement répartis apportaient l'équilibre indispensable à cette architecture aux lignes très pures.

Deux rotondes, tout en verre, formaient avec élégance les extrémités des palais. Aux angles, des pans coupés, harmonieusement incurvés, étaient rehaussés de magnifiques fresques composées par Fontanarosa, Jérôme, Troublan, jeunes élèves au talent prometteur, tous trois de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Deux gigantesques statues dues au ciseau des sculpteurs Diderori et Dussour, ornaient la partie centrale des palais. Du côté de l'esplanade, les longs gradins fleuris unissaient et soulignaient magistralement les trois bâtiments. Flottant à la pointe de deux très hauts mâts, les pavillons des différentes compagnies maritimes françaises composaient une note vivante et joyeuse.

L'intérieur, lumineux du fait des grandes verrières, était aménagé et décoré avec un goût parfait. Tout avait été mis en œuvre pour présenter avec distinction, tous les produits de l'art et du génie français.


1. INTRODUCTION

Il revient à la France l'honneur d'avoir été le premier pays à répondre à l'invitation du Gouvernement belge à participer à l'Exposition internationale de Liège 1939. Cet empressement lui valut l'avantage de pouvoir se réserver une place privilégiée pour l'édification des palais qui allaient porter, pendant de longs mois, son pavillon tricolore sur les rives majestueuses de la Meuse.

La Section française se composait de trois grands bâtiments alignés bout à bout, sur la rive droite de la Meuse et parallèlement à celle-ci, reliés entre eux par des galeries couvertes. En y comprenant les rotondes, les galeries aux étages et le restaurant, elle développait une surface brute de plus de 10.000 mètres carrés. Côté fleuve, dans la même ligne que les Palais belges de la Mer, du Génie Civil et de la Navigation Intérieure, les trois palais français formaient fond à la grande esplanade dont les gradins s'appuyaient à leur base. Quant aux grandes façades postérieures, elles donnaient sur le prestigieux jardin d'eau. Le dernier bâtiment, à l'aval, s'incurvait dans la direction du fleuve, épousant la courbe majestueuse du grand hémicycle du Lido dont il fermait une des extrémités.

Dans ses grandes lignes, l'architecture rappelait l'allure générale des palais belges environnants. L'utilisation de la même ossature métallique standard y contribuait pour beaucoup. La note caractéristique fut donnée par les grandes verrières qui constituaient les éléments principaux des façades et des rotondes. L'ensemble, tout de simplicité et de clarté, rehaussé de deux grands mâts de marine de 35 mètres de hauteur entre les bâtiments, produisait une impression qui ne manquait ni de grandeur, ni d'élégance.

La Section comprenait essentiellement deux parties bien distinctes : d'une part, la participation des services publics, de loin la plus importante, et d'autre part, celle des firmes privées, organisée par le Comité français des Expositions. Ces deux groupes d'exposants occupaient des emplacements indépendants.

Comme pour la plupart des autres sections nationales, le thème de l'Exposition offrait à la France un vaste champ d'exploration, se prêtant admirablement à des démonstrations de prestige. Les études scientifiques, les captages d'eaux minérales et thermales, les travaux du génie civil, la navigation, la pêche, la mise en valeur des colonies, le tourisme, fournissaient une ample matière pour illustrer les problèmes variés de la technique de l'eau. Nous verrons, dans la suite, comment elle fut développée à l'Exposition.

Le Commissaire général du Gouvernement français était M. Ch. Crescent, inspecteur général des Ponts et Chaussées, directeur des Voies navigables et des Ports maritimes au Ministère des Travaux publics de France. Il était assisté de M. Sarrien, consul général de France à Liège, Commissaire général adjoint. L'architecte en chef était M. Louis Allix, S.A.D.G., architecte des Bâtiments civils et des Palais nationaux. La Section industrielle et commerciale était présidée par M. Paul Chaleil, président du Syndicat des Industries mécaniques de France.


2. VUE D'ENSEMBLE

Malgré la distribution de la Section française en trois palais distincts, la matière avait été répartie de telle façon que la visite ne laissait aucune impression de morcellement, ni d'incohésion.

Les inconvénients inhérents à l'existence de galeries assez élevées étaient largement compensés par les belles perspectives qu'elles ménageaient tant sur les intérieurs, que vers les jardins et la grande esplanade. Il est à remarquer que par suite de la forte différence de niveau entre le jardin d'eau et l'esplanade, de celle-ci on accédait directement aux galeries des palais, tandis que le rez-de-chaussée se trouvait au niveau du jardin d'eau.

Le Palais central était affecté à l'exposition des travaux publics de tout l'empire français. Quatre grands services publics y avaient collaboré. C'étaient les Ministères des Travaux publics, des Colonies et des Affaires étrangères, ainsi que le Gouvernement général de l'Algérie. Le Palais latéral courbe groupait les participations des Ministères de l'Air, de l'Agriculture, de l'Intérieur, de la Santé publique et des Marines marchande et militaire. En outre, il s'y trouvait des éléments provenant du Musée historique de la Marine et un stand du Centre national d'Expansion du Tourisme, du Thermalisme et du Climatisme. Enfin, le Palais latéral droit abritait la Section industrielle et commerciale réservée aux exposants privés ainsi que la brillante participation de la Ville de Paris. La rotonde et une partie de l'espace adjacent étaient occupées par le restaurant de la Section avec une salle de dégustation des vins.

En commençant la visite par le Palais courbe, on trouvait successivement les stands suivants :
A l'étage
1° L'aéronautique maritime : maquettes animées d'hydravions transatlantiques, base d'hydravions et modèles divers,-
2° La marine militaire : essais relatifs à l'hydrodynamique, appareils de bord produisant ou véhiculant l'eau, instruments de navigation, travaux hydrographiques, rétrospective de maquettes de navires de guerre,-
3° La marine marchande : maquettes de bateaux, trafic des principaux ports, grandes lignes de navigation, croisières et pêche,-

An rez-de-chaussée
4° L'aéronautique maritime (2e stand) : recherche sur la corrosion, mécanique des fluides, navigation aérienne,-
5° L'agriculture : les ressources en eau, expériences sur le débit des sources et des puits, l'eau au village et à la ferme, le drainage, l'irrigation, l'érosion et le reboisement, la pisciculture et la pêche,-
6° L'urbanisme, l'hygiène des villes, la santé : protection des sites urbains, alimentation en eau et assainissement, l'eau comme source de santé,-
7° Le tourisme : les beautés naturelles et artistiques du pays, la gastronomie et les eaux de source,-
8° La marine marchande (2e stand) : bassin de port marchand, deux grands dioramas d'ensemble,-

Dans le Palais central, on découvrait ensuite :
A l'étage
9° Un grand stand des Travaux publics : la Machine de Marly opposée à une turbine Kaplan moderne, une pompe à déblais, les phares et balises, les ports maritimes (Dunkerque, Boulogne, Calais, Saint-Nazaire, Le Havre, Marseille), les ports fluviaux (Strasbourg, Bordeaux, Rouen),-

Au rez-de-chaussée
10° Les colonies françaises : l'eau dans la nature, l'hydrographie, la météorologie, l'hydraulique, l'irrigation, les forages et adductions d'eau, les ouvrages d'art, les ports maritimes et fluviaux, la navigation fluviale, la pêche
11° L'Algérie : les eaux souterraines, les distributions d'eau, les grands barrages-réservoirs, l'hydraulique agricole, les ports maritimes, les voies de communication avec la métropole, le tourisme,-
12° Le Maroc : les barrages-réservoirs et l'électrification, les ports modernes, la pêche fluviale et maritime,-
13° La Syrie-Liban : les barrages et l'électrification, l'irrigation,-
14° Les travaux publics dans la métropole (2e stand) : les grands barrages du Massif Central, des Pyrénées, des Vosges et des Alpes,-les divers modes de traction dans la navigation intérieure, les efforts des lames et les effets de la houle, le plan des phares du Finistère.
Enfin, dans le troisième palais, on présentait :
A l'étage
15° La Ville de Paris : les eaux de Paris (historique), l'alimentation en eau, le contrôle et l'épuration des eaux d'alimentation, la protection contre les inondations, l'assainissement de la ville, son port, ses installations de pisciculture,-
Au rez-de-chaussée
16° La Section industrielle et commerciale comprenant les branches ci-après :
La construction des barrages et écluses, les travaux hydrauliques,-
Le matériel de distribution et d'utilisation des eaux,-
Les appareillages pour l'épuration des eaux,-
Les turbines hydrauliques et l'industrie hydro-électrique,-
Les métaux spéciaux, les machines et moteurs,-
La navigation : matériel et exploitation.
Nous ne pouvons omettre d'ajouter que dans le passage couvert reliant, au niveau du rez-de-chaussée, le Palais courbe au Palais central, était logé un stand important de monnaies et médailles où une presse frappait, sous les yeux des visiteurs et à leur intention, une breloque-souvenir intitulée « La Meuse », œuvre du médailliste Marcel Renard. Dans la galerie correspondante, entre les deuxième et troisième palais, était installée une belle exposition du livre français : les ouvrages de vulgarisation, les revues techniques y voisinaient avec une collection remarquable d'éditions maritimes et géographiques.

La participation de la France ne se limitait pas à ses trois grands palais officiels. Comme beaucoup d'autres nations, elle était brillamment représentée dans les deux Sections internationales des Beaux-Arts (Art ancien et Art moderne). En outre, elle prit une part importante à toutes les manifestations internationales de l'Exposition, comme les congrès et les conférences, les concours et les fêtes.

Enfin, il faut signaler la collaboration capitale que la France a apportée à la Section historique de l'adduction des eaux, organisée dans les palais belges. Par le prêt d'éléments historiques de la plus grande valeur, par le concours éclairé de bon nombre de ses spécialistes réputés, elle s'y est fait des titres à notre plus vive reconnaissance.


3. ANALYSE

Dans le domaine scientifique, faisant l'objet des CLASSES 1, 2 ET 3, la participation française comprenait quelques éléments de valeur dans les stands de l'aéronautique maritime et de la marine militaire. L'attention était attirée en particulier sur les problèmes de mécanique des fluides, présentés par les Instituts de Mécanique des Fluides de Lille, Marseille, Paris, Strasbourg et Toulouse, sur des études relatives à la corrosion des métaux, développées par le Groupement pour le Développement des Recherches aéronautiques, et sur des essais concernant l'hydrodynamique et des travaux hydrographiques, exposés par la marine militaire.

En ce qui concerne les EAUX DE CURE ET DE BOISSON (CLASSE 3, SECTION III), le stand du tourisme renfermait une belle carte de la « France Thermale », rappelant les principales stations du pays réputées pour la qualité de leurs eaux et l'importance de leurs installations thérapeutiques.

Relativement aux TRAVAUX DU GÉNIE CIVIL, la documentation était beaucoup plus abondante : les matières des classes 4 (rivières et canaux) et 7 (ports maritimes) étaient particulièrement bien traitées.

Les objets ressortissant à la classe 4 se trouvaient dans le grand stand des travaux publics métropolitains et dans ceux consacrés aux territoires coloniaux. On se référait spécialement aux grands travaux d'art hydraulique entrepris, au cours de ces vingt dernières années, soit en vue de la production de l'énergie hydro-électrique, soit pour l'irrigation de certaines terres de culture.

En France, le développement de la production de l'énergie hydro-électrique constitue, depuis quelques années, un point essentiel du programme des grands travaux publics. Le but visé est surtout de réduire les importations de charbon pour lequel le pays est fortement tributaire de l'étranger. Des résultats significatifs ont déjà été obtenus. En 1938, sur une production globale de 19,2 milliards de KWH., la part de l'énergie hydraulique représentait déjà 55 %, contre 40 % de la production totale en 1923. Un vaste programme est encore en cours comportant des travaux dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans la région des Alpes. En fait de construction de barrages, la section de la France métropolitaine pouvait faire état de réalisations tout à fait remarquables, se distinguant autant par l'ampleur des entreprises que par la hardiesse et la nouveauté dans les conceptions.

Pour des travaux analogues, le stand de l'Algérie n'en présentait pas moins d'intérêt. Les grands travaux hydrauliques mis en chantier depuis 1921 y étaient naturellement présentés avec soin. Ici, la production de l'énergie hydro-électrique constitue un but secondaire, car il s'agit surtout de la mise en valeur de grandes surfaces que la nature du climat et le régime irrégulier des cours d'eau rendaient impropres à la culture, par manque d'eau. Le programme comportait la construction de neuf grands barrages dont les caractéristiques sont toutes remarquables, surtout eu égard à la nature du sol. Le plus grand est celui du Ghrib qui forme un réservoir de 280 millions de m3, capacité pouvant même facilement être portée dans l'avenir à 350 millions de m3. Cette réserve d'eau servira à irriguer une étendue de 30.000 hectares dans la grande plaine du Chéliff (département d'Alger). L'ensemble des travaux permettra de constituer une réserve de 700 à 900 millions de m3, susceptible d'assurer l'irrigation de 100.000 à 140.000 hectares de bonnes terres!

De leur côté, les exposants privés de la classe 4, au nombre de sept, présentaient de la documentation technique d'un vif intérêt sur les travaux hydrauliques récents, notamment sur la construction des nouveaux barrages et de certaines écluses. Il est à noter que, dans cette classe, tous les exposants français participant à l'attribution des récompenses ont obtenu au moins la Médaille d'Or.

A la classe 7, on notait une participation abondante des ports maritimes français, tant de la métropole que de ceux établis aux colonies.


La France dont environ les deux tiers du commerce extérieur s'effectuent par la voie maritime et qui occupe une situation privilégiée sur les routes transocéaniques, a tenu à maintenir ses installations portuaires à la hauteur du progrès. La participation ne manquait pas d'attirer l'attention sur l'importance du port de Marseille, le premier port maritime français, ainsi que sur les travaux récents effectués au Havre (approfondissement du chenal de navigation, déplacement de la digue sud de l'avant-port), sur l'établissement d'une nouvelle passe à Bordeaux et l'équipement modernisé du port de Dunkerque. Les ports de Calais et de Saint-Nazaire, ce dernier avec la grande forme de radoub destinée au paquebot « Normandie », étaient également représentés.

Dans les territoires d'outre-mer, les travaux portuaires ont aussi été poussés au cours de ces dernières années. Le port de Dakar était bien représenté, de même que Tamatave (Madagascar), Pointe-Noire (A.E.F.), Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et Djibouti (Somalie).

Un effort avait visiblement été fait dans cette classe où la France compta la moitié du nombre total d'exposants de tous les pays.

Les classes 5 et 6 figuraient plus modestement. A la CLASSE 5 (FLEUVES A MARÉE ET MERS), le Service des Phares et Balises exposait du matériel d'éclairage et de balisage des côtes, et trois entreprises privées montraient des travaux hydrauliques. A la CLASSE 6 (PORTS INTÉRIEURS), il y avait un ensemble de ports fluviaux de l'Association des grands Ports français et, au stand de la Ville de Paris, des documents concernant le port qui est, comme on sait, le port fluvial le plus important, se classant avant Strasbourg et Rouen.

Enfin, à la CLASSE 8 (PORTS DE PÊCHE) figurait le port de Boulogne dont les installations complètement transformées et agrandies en ont fait le premier port de pêche du continent.

Dans un autre domaine des travaux du génie civil, la CLASSE 9 (TRAVAUX URBAINS ET RURAUX) ne pouvait manquer d'attirer un assez grand nombre d'exposants français.

En matière historique, nous avons déjà signalé la contribution importante de la France à la Section historique de l'adduction des eaux, installée dans les palais belges. En outre, se trouvait au stand de la Ville de Paris, une belle documentation sur la période galloromaine, l'île de Lutèce à travers les âges et les problèmes de l'alimentation de la ville en eau jusqu'à nos jours. Une belle reproduction de la Machine de Marly, due au Liégeois Rennequin-Sualem, figurait au stand des Travaux publics.

La période contemporaine comprenait notamment une fort belle participation de l'agriculture dans laquelle toutes les questions de la technique de l'eau étaient envisagées : le drainage, l'irrigation, l'érosion, le reboisement, etc.

L'alimentation en eau des villes était traitée au stand général des villes et à celui de la Ville de Paris. Dans la section coloniale, il en était question également à certains endroits, entre autres à l'Algérie.

Quelques industriels exposaient du matériel approprié (tuyauteries, appareils de distribution et d'utilisation des eaux) dans la Section industrielle et commerciale.

Dans le domaine de la CLASSE 10 (ÉPURATION DES EAUX), on remarquait particulièrement la reproduction de la station d'épuration d'Achères (stand de la Ville de Paris) et un petit ensemble ayant trait à l'assainissement des eaux (stand de l'hygiène). Peu d'exposants privés figuraient dans cette classe.

Par contre, la CLASSE 11 (MOTEURS ET MACHINES HYDRAULIQUES) comprenait assez bien d'exposants privés. Le matériel présentait un réel intérêt, surtout les pompes. Au stand des Travaux publics, se trouvait un modèle de turbine Kaplan.

Aux CLASSES 12 (CENTRALES HYDRAULIQUES ET HYDROÉLECTRIQUES) ET 13 (LA TECHNIQUE DE L'EAU ET L'ÉLECTRICITÉ), un contingent important d'exposants privés ou mixtes présentaient des éléments de valeur. En plus du matériel hautement perfectionné des centrales électriques et des installations de transport et de distribution de l'énergie, il était fait état de nombreuses réalisations récentes en vue de l'extension des réseaux distributeurs, qui comportent actuellement plus de 11.000 kilomètres de lignes à haute tension, et du développement de la consommation d'électricité principalement dans la sidérurgie, l'électro-chimie et aussi dans les usages domestiques. Le développement remarquable de l'élec-trification des chemins de fer, qui porte à l'heure actuelle sur environ 3.300 kilomètres de lignes, était également mis en évidence.

Dans la CLASSE 14 (L'INDUSTRIE DU FROID), la Section française n'était pas figurée et, à propos de la CLASSE 15 (L'EAU DANS L'INDUSTRIE), on notait seulement quelques participations dans le domaine de l'électrométallurgie (aluminium, etc.).

A la CLASSE 16 (MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE RECHERCHES, D'EXÉCUTION ET DE RÉALISATION DES OUVRAGES DU GÉNIE CIVIL), on découvrait quelques recherches de laboratoires, des études sur des métaux spéciaux, des moteurs et la participation d'entrepreneurs de travaux publics, ces derniers étant inscrits à la quatrième section de la classe.

La participation à la CLASSE 17 (NAVIGATION INTÉRIEURE) était plus copieuse. Au stand des Travaux publics, étaient figurés notamment les divers modes de traction sur les voies navigables intérieures, domaine dans lequel des progrès récents pouvaient être mis en relief. De nombreuses sociétés de remorquage et de transports fluviaux faisaient ressortir le champ de leur activité et les problèmes de navigation fluviale étaient également assez bien développés dans les stands des possessions d'outre-mer.

D'autre part, par la surface occupée, les CLASSES 18 (NAVIGATION MARITIME) ET 19 (CONSTRUCTIONS NAVALES) formaient un ensemble très impressionnant dans la Section française. Presque tout le Palais courbe, étage compris, leur était réservé. Il y avait là, en effet, deux grands stands de l'aéronautique maritime, deux de la marine marchande et un autre de la marine militaire. Manifestement, la France fit un effort considérable dans ces différents domaines. Le public s'intéressa vivement aux belles maquettes animées des hydravions transatlantiques et, en particulier, de l'hydravion transatlantique stratosphérique. Ces pièces, d'une technique remarquable, constituaient les éléments les plus attractifs de la Section.

D'un autre côté, les principales compagnies de navigation étaient représentées et schématisaient leurs grandes lignes mondiales qui occupent une place enviable dans les transports maritimes. Au stand de la navigation militaire, on découvrait des instruments de navigation, et quelques firmes privées exposaient du matériel de construction navale.

En ce qui concerne les CLASSES 20 ET 21 (PÊCHE ET AQUICULTURE), les éléments dignes d'intérêts se trouvaient dans les stands de la marine marchande, de l'agriculture, de la Ville de Paris et aux colonies.
L'analyse des matières ressortissant aux classes précédentes nous a déjà conduit souvent à faire allusion aux stands réservés aux territoires d'outre-mer. Ces participations, dans ce qu'elles avaient de particulier à la technique de l'eau dans les pays tropicaux, ressortissaient aux CLASSES 22 ET 23. Tous les aspects de cette technique toute spéciale étaient envisagés. L'accent était naturellement porté sur la construction des grands barrages-réservoirs et l'électrification. Les ports, l'agriculture, la pêche, y faisaient également l'objet d'études bien documentées.

Il y avait quatre grands stands : trois respectivement pour l'Algérie, le Maroc et les Etats du Levant sous mandat français, et un quatrième pour les autres territoires. Ils occupaient tout le rez-de-chaussée du Palais central. Leur aménagement, soigneusement étudié, contribuait à rendre l'ambiance des différentes régions représentées.
A la CLASSE 24 (ÉCONOMIE SOCIALE), figuraient quelques ensembles au stand de l'urbanisme et à celui de la Ville de Paris. La protection des sites urbains traversés par des rivières faisait l'objet d'un stand particulier, et les problèmes d'assainissement des villes étaient envisagés également.

A la CLASSE 25 (DOCUMENTATION - ŒUVRES SOCIALES), ressortissait le grand stand de librairie situé dans l'intervalle de deux palais. Cette documentation assez abondante sortait, d'une manière générale, du cadre de la Classification,- elle ne manquait cependant pas de valeur scientifique et didactique.

Rien n'était exposé dans la CLASSE 26 (ORGANISATION DES ENTREPRISES) et, en fait de MODES (CLASSE 27b), quelques exposants français était compris dans la Collectivité de la Parfumerie, au Lido.
Pour le MATÉRIEL SPORTIF (CLASSE 27d), un exposant français de moteurs de bateaux sportifs exposait dans la Section belge, au Palais des Sports. C'est également à cette classe que ressortissait la très belle participation de l'Administration française des Monnaies et Médailles qui alignait une brillante collection de médailles sportives, aux reliefs variés.

Enfin, au TOURISME (CLASSE 27e), un stand d'une certaine ampleur avait été consacré. On y rappelait les principaux monuments historiques de France, et ceux de Paris en particulier, les stations thermales, de même qu'on y faisait une propagande en faveur de la carte touristique. Une carte gastronomique était fort bien mise en évidence. Un effort touristique important avait également été réalisé dans les stands de l'Algérie et du Maroc.

Mais le tourisme était partout dans la Section française. Ici, la photographie technique d'un barrage faisait découvrir une vallée enchanteresse. Là, un château d'eau modèle dominait un paysage plein de charme. Plus loin, la vue d'un port caractéristique était l'occasion de montrer dans le fond, quelque belle cathédrale, ou tel monument classé. Tous les photomontages, tous les dioramas, même les plus techniques, parlaient aux amateurs de voyages et servaient à mettre en valeur les beautés naturelles et artistiques du pays, et l'attrait des paysages coloniaux.


4. CONCLUSIONS

Chemin faisant, nous avons fait ressortir les éléments les plus caractéristiques de la participation française. Le programme de l'Exposition convenait à merveille pour faire valoir l'ampleur des travaux entrepris récemment dans le pays afin de tirer profit de ses importantes disponibilités en énergie hydraulique. On sait que la France occupe dans ce domaine une des premières places parmi les pays d'Europe. De plus, au cours de ces dernières années, le pays a consacré également une part importante de ses ressources à l'expansion économique de ses possessions d'outre-mer, principalement pour y étendre les cultures et développer leurs relations commerciales avec la métropole. Ces réalisations fournissaient des matières qu'il était tout indiqué de mettre en relief à l'Exposition de Liège, puisqu'elles comportent essentiellement des travaux du domaine de l'eau, comme la construction de barrages-réservoirs, l'aménagement de ports de commerce et l'amélioration des conditions de navigation maritime.

Une pareille spécialisation allait forcément amener à des stands dans lesquels les éléments d'ordre abstrait (cartes, dioramas, statistiques, etc.) seraient en majorité par rapport aux objets sensibles, souvent animés, dont le public se montre le plus friand. Ces grands problèmes de la technique hydraulique ne sont pas toujours fort accessibles à la masse, ni faciles à présenter sous une forme qui soit à la fois synthétique et attrayante. On courait le risque d'avoir un ensemble un peu aride, d'un abord quelque peu déconcertant pour le visiteur. Disons tout de suite qu'il n'en fut rien.

La décoration générale, et celle de chaque stand en particulier, avaient été traitées de telle sorte que partout se créait une atmosphère agréable, susceptible d'attirer et de retenir l'attention du visiteur. Tous les murs au-dessus des entrées étaient garnis de grandes fresques décoratives dues aux talents de jeunes élèves de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Les sujets « Les Joies de l'Eau », « L'Eau, Force industrielle », « L'Eau vue par l'Ingénieur », « L'Eau tranquille », « L'Eau en mouvement », « L'Eau dans le Port de mer », « L'Eau dans la Ville », évoquaient avec bonheur les interventions multiples de l'élément liquide dans la vie de l'homme. En outre, pour décorer les stands, les musées français avaient prêté un grand nombre de toiles de peintres réputés ayant choisi l'eau pour sujet.

Que dire ensuite de la note de fraîcheur et de gaieté donnée par les fleurs et les plantes, disposées en grappes touffues dans tous les coins?

Que dire, enfin, de certains stands comme celui de la Ville de Paris, orné dans le fond par un vaste paysage représentant l'Institut, les quais de la Seine avec, en grandeur nature, les boîtes des bouquinistes contenant, outre des spécimens d'éditions rares, des estampes et des bibelots d'art?

L'Art avait envahi les Palais de ses expressions sensibles et coloriées, rehaussant l'ambiance et donnant l'impression la plus favorable pour accueillir le visiteur, l'invité de la France.

Par rapport à la surface occupée, la Section française ne comportait pas un nombre élevé d'exposants. Cela s'explique aisément par le fait que les services publics occupaient de loin les plus grands espaces et que, en général, c'est en favorisant les participations privées qu'un pays parvient à aligner un grand nombre d'exposants. Le tableau inséré à la suite renseigne sur les récompenses que le Jury international a décernées aux exposants français. Les résultats reflètent assez exactement la valeur de la participation. Pour certaines classes, ils trahissent quelques faiblesses qu'il faut imputer probablement au fait que les objets ne furent pas toujours sélectionnés avec le maximum de sévérité. On constatera également que, malgré le nombre relativement peu élevé de ses exposants, la France participa dans toutes les classes du Programme, sauf dans trois seulement. Cela marque une certaine dispersion des efforts pouvant avoir une répercussion sur la qualité des objets, surtout si ceux-ci, comme ce fut le cas à Liège, sont jugés d'un point de vue purement scientifique ou technique. D'autre part, on ne comprend pas pourquoi la France ait négligé certaines classes comme celle des eaux de cure et de boisson dans laquelle il ne lui aurait pas été difficile de briller avec éclat.

Dans l'ensemble, elle se vit décerner 72 % de récompenses de premières catégories. Les exposants d'ordre public, au nombre de 95, obtinrent 83 % de hautes récompenses et ceux d'ordre privé, au nombre de 120, 63 %.

Aux collaborateurs des exposants, le Jury attribua au total 146 récompenses, dont 14 Grands Prix, 44 Diplômes d'Honneur, 50 Médailles d'Or, 28 Médailles d'Argent, 8 Médailles de Bronze et 2 Diplômes spéciaux.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939