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Allemagne


Allemagne à l'exposition de Liège 1939

Architecte(s) : Prof. Fahrenkamp

Le PALAIS DE L'ALLEMAGNE offrait un bel exemple de la tendance actuelle de l'architecture officielle du IIIe Reich. On sentait très bien la réaction imposée vis-à-vis de l'architecture dite « rationnelle et fonctionnelle ».

Dans son ensemble, le bâtiment avait grande allure. Très vaste, il exprimait, par sa masse même, un symbole de puissance indiscutablement voulu dans la recherche de sa composition. Son exécution en matériaux riches en faisait un palais somptueux. De lignes très nettes, d'un classique modernisé, il avait des façades coupées de hautes baies tracées entre d'élégants pilastres en Travertin de Bohème, portant une mince corniche terminant parfaitement l'édifice. Peut-être eussions-nous préféré une liaison plus étroite entre l'architecture du hall d'honneur et celle du bâtiment d'exposition.

A l'intérieur, le hall d'honneur laissait une impression de réelle grandeur. Les longues tentures rouges, tranchant sur le blanc immaculé des pilastres, apportaient un élément décoratif splendide. La grande vasque centrale en marbre massif ajoutait encore à l'effet monumental. L'excellente tenue de son exposition, le charme et la recherche dans la décoration et l'ameublement du salon de réception terminaient avec succès un ensemble de haute qualité.

1. INTRODUCTION
L'Allemagne fit construire, à l'Exposition internationale de Liège 1939, un grand palais en matériaux durs, d'une sobriété de lignes vraiment imposante, et qui occupa une place de choix à l'entrée principale de Coronmeuse, à gauche de l'esplanade d'honneur. En y comprenant les espaces occupés en plein air, à côté du palais, la surface totale d'exposition s'éleva à environ 7.000 mètres carrés.

Dans cette surface ne sont pas comptés les bureaux destinés aux différents services du Commissariat, ni les vastes locaux (réfectoire, salle de repos, etc.), agréablement aménagés à l'usage du personnel.

Le problème de l'eau est très important pour l'Allemagne. Pour définir exactement le rôle prépondérant de cet élément dans la vie actuelle et passée de ce pays, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire l'extrait suivant du Catalogue officiel de la Section allemande :
Dès les plus lointaines origines de notre histoire, nous voyons le rôle important que joue l'eau dans la vie de nos ancêtres. Les résultats des fouilles

récentes prouvent que l'art de construire des bateaux était déjà fort développé chez les vieilles tribus germaniques. L'usage de bains chauds sembla si intéressant à Tacite qu'il le mentionne dans sa «Germania». Les Romains établirent leurs camps sur le Rhin en tenant particulièrement compte du cours des rivières et de leur embouchure. De nombreuses villes allemandes (Coblence, Francfort, etc.) tirent leur nom du confluent de deux cours d'eau ou de gués importants. Charlemagne fit construire sa résidence impériale (Pfalz) aux sources chaudes d'Aix-la-Chapelle. Au moyen âge, la Hanse a donné une forte impulsion à la construction navale. Lorsque l'histoire du passé nous parle de grandes réalisations, il est toujours question de la construction de ports, de canaux, de digues, de l'assèchement de marais.
Nous reconnaissons aussi la forte influence exercée par l'eau sur notre vie culturelle dans les innombrables chants populaires et dans les poèmes qui célèbrent les étroits rapports entre l'homme et l'eau, rapports qui se sont encore approfondis dans les temps modernes par la pratique des sports nautiques. L'eau a inspiré non seulement la chanson populaire et la musique, mais aussi l'architecture et les arts plastiques.
Nous ne faisons donc que poursuivre une tradition historique en nous intéressant profondément, en Allemagne, aux questions ayant trait aux rapports de l'homme et de l'eau. La seule différence avec les temps anciens, c'est que nous disposons de moyens plus puissants. Ce ne sont plus, en effet, des individus ou des groupes d'intéressés qui étudient ces questions, c'est l'Etat lui-même qui a reconnu la nécessité d'une application systématique des découvertes modernes dans ce domaine de l'économie. On trouve encore de l'énergie hydraulique inutilisée, d'énormes quantités d'eau s'écoulent toujours à la mer sans avoir profité à l'agriculture et aux transports. Toutefois, la nécessité de les utiliser a été reconnue et nous connaissons aussi les voies à suivre pour mener rapidement à bien cette œuvre pacifique, dans l'intérêt de l'individu et du peuple entier.

Ces quelques lignes font ressortir tous les éléments du problème de l'eau tel qu'il se pose en Allemagne et expriment, en outre, la façon dont il y est posé. L'accent est porté avant tout sur les rapports de l'homme et de l'eau, préoccupation de nature sociale qui sera la caractéristique principale de l'ensemble de la participation. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur ce point dans les conclusions de ce chapitre.

Rappelons que la Section allemande était dirigée par M. le Dr. E. W. Maiwald, Commissaire général du Gouvernement du Reich près l'Exposition et deux Commissaires généraux adjoints : M. l'Oberregierungsrat Knothe et M. le Dr. Keim, attaché d'ambassade. Le directeur de la Section était M. l'architecte E. Walther, et
les services techniques avaient à leur tête MM. Professor Fahren-kamp, Dipl.-Ing. Renner, Dipl.-Ing. Pixis, Reichsbaudirektor Voss et Reichsbauassessor Brinkmann.


2. VUE D'ENSEMBLE
L'entrée monumentale du Palais de l'Allemagne donnait accès à un hall d'honneur d'allure majestueuse dont la décoration ne manquait pas d'impressionner le visiteur. Celui-ci était conduit ensuite vers la salle principale d'exposition et commençait sa visite en s'appuyant toujours sur la droite. Dans le fond, il faisait ainsi le tour d'une autre salle s'étendant perpendiculairement à la première. L'ensemble du bâtiment était, en effet, disposé en forme de T et se visitait suivant un circuit continu.

Les stands que l'on traversait, au nombre de vingt-quatre, se rapportaient chacun à une matière différente dont l'objet était soigneusement mis en évidence. L'ordre dans lequel ils se présentaient ne correspondait à aucun classement idéologique. Le but était d'intéresser le visiteur jusqu'au bout, et il fut atteint. Les éléments d'ordre abstrait (cartes, statistiques, notices, etc.) étaient particulièrement bien présentés.

Les matières passées successivement en revue étaient les suivantes :
1° L'aménagement des eaux, en général, et les travaux hydrauliques agricoles, en particulier,- la pisciculture,-
2° Les transports par eau : les travaux concernant les voies navigables, leur outillage, les problèmes intéressant la navigation,-
3° La construction de machines : moteurs marins, pompes, compresseurs, turbines, appareils de mesure et de contrôle,-
4° La métallurgie : possibilités de rendement des métaux, procédés de galvanisation, placage, etc.;
5° L'alimentation en eau : le captage, l'épuration, la distribution des eaux,-
6° Les eaux usées : leur évacuation, épuration et utilisation,-
7° Les eaux minérales : les sources, les villes d'eaux, les instituts de balnéothérapie. A cet endroit, se trouvait également une grande carte en relief de l'Europe centrale indiquant les voies navigables existantes ou en construction, les barrages établis dans les vallées et les terrains récupérés au profit de l'agriculture à la suite des travaux hydrauliques effectués depuis 1933;
8° L'industrie chimique : l'imprégnation des bois, la protection des métaux, la fabrication des isolants et ignifuges,-
9° La section scientifique : revue saisissante des travaux scientifiques entrepris en rapport avec l'eau,-
10° Les instruments de précision, de l'optique et de l'électro-technique, en liaison directe avec les éléments du stand précédent,-

11° Les modèles les plus récents de bateaux et de navires,-
12° La section historique de la navigation : modèles de bâtiments anciens, documents, sceaux, livres, tableaux, etc.;
13° La bibliothèque technique renfermant une documentation remarquable sur toutes les matières traitées à l'Exposition et surtout sur les progrès de la cartographie,-
14° Les villes d'eaux, stations balnéaires et climatiques du pays (ce stand complétait le n° 7 que l'on rencontrait à l'aller) ,-
15° Les installations d'hygiène dans les villes, dans les campagnes et à la mer, dans les habitations, les hôpitaux et les usines,-
16° L'éducation professionnelle et la prévoyance sociale : ce qui a été fait pour former et protéger le travailleur,-
17° Le sauvetage en mer et sur les voies navigables intérieures : le matériel approprié,-
18° Les sports nautiques : les installations, appareils et accessoires/
19° L'industrie textile : les étoffes spéciales en rapport avec l'eau,-
20° La construction navale : tous les éléments intervenant dans la construction et l'aménagement du navire,-
21° Les constructions du génie civil : le bâtiment et les ouvrages hydrauliques,-
22° Les installations de l'industrie hydro-électrique;
23° Les travaux exécutés sur les côtes,-
24° La pêche en haute mer : le matériel et les installations.

A côté du palais, se trouvait une vaste exposition en plein air de matériel de chantiers de travaux publics, dont notamment une puissante pelle mécanique montée sur chenilles. En outre, dans un petit pavillon spécial, était présentée la maquette d'une région fluviale montrant les divers phénomènes de l'aménagement des eaux.

De plus, quelques exposants présentaient, dans certains palais de la Section belge, des objets de complément : il s'agissait entre autres de matériel non fabriqué en Belgique servant à effectuer des démonstrations, et aussi d'objets rassemblés dans la Section historique de l'adduction des eaux.

Enfin, pour que l'aperçu sur l'ensemble de la participation de l'Allemagne soit complet, il faut signaler que ce pays prit une part importante à toutes les manifestations à caractère international qui se déroulèrent à l'Exposition : congrès et conférences, salons d'art, concours et fêtes, épreuves sportives. Nous reviendrons sur ces différentes collaborations dans les chapitres spéciaux s'y rapportant. La description qui suit concerne exclusivement la Section allemande proprement dite, soit tout ce qui se trouvait dans le palais officiel et aux abords, de même que les objets disséminés dans la Section belge. Tout cela rentrait dans la Classification générale de l'Exposition, et c'est l'ordre des classes qui sera suivi au cours de cette analyse.


3. ANALYSE
La première section que nous avons à examiner était peut-être la plus remarquable de la participation : c'est la SECTION SCIENTIFIQUE (stand n° 9). Elle occupait, avec la SECTION DES APPAREILS ET DES INSTRUMENTS DE PRÉCISION ET DE L'OPTIQUE (stand n° 10), toute l'aile droite de la halle transversale. L'ensemble ressortissait aux classes 1, 2 et 3 de la Classification générale.

A la classe 1, les quatre branches : biologie, physique, chimie et hygiène, étaient traitées. De grands tableaux illustrés et des préparations en bocaux figuraient les résultats de l'analyse biologique de l'eau et les recherches concernant les saprobies, organismes végétaux et animaux qui se trouvent dans l'eau. La marche de ces recherches pouvait d'ailleurs être suivie dans des laboratoires avoisinants, au moyen de nombreux appareils modernes. Une sous-section était consacrée aux méthodes de recherches quantitatives de la vie animale au fond de la mer du Nord. On voyait également l'installation complète d'un laboratoire pour l'étude du plancton à bord d'un navire spécial, et les résultats obtenus.

Les sections de physique et de chimie pures présentaient, outre de nombreux appareils en série, deux intéressants modèles d'une molécule d'eau en bois et en verre, montrant la position de l'atome d'oxygène par rapport aux deux atomes d'hydrogène. En outre, l'Institut allemand de Physique technique exposait un certain nombre de ses propres appareils pour déterminer la pureté de l'eau, la chaleur de vaporisation et la pression de saturation de l'eau. Ce stand était complété par des reproductions des tables internationales de la vapeur d'eau et le diagramme i-x de Mollier qui a trouvé application dans tous les calculs de thermodynamique pour les machines à vapeur.

A la classe 2, les matières suivantes étaient particulièrement développées : la physique des courants, les constructions navales, hydrauliques et terrestres, l'hydrographie, l'hydrométrie.

La physique des courants était représentée par de nombreux appareils en fonctionnement, la plupart mis au point, ou même construits, dans les hautes écoles du pays. Les constructions navales, par des expériences relatives à la traction sur amarres, aux effets de propulsion de l'hélice et de ses rotations, etc. Les constructions hydrauliques, par une documentation abondante et variée qui intéressait d'ailleurs aussi les classes 4 et suivantes. Enfin, les constructions terrestres étaient figurées par la maquette d'une digue élevée sur sol marécageux, par plusieurs appareils pour déterminer le tassement des sols marécageux et du limon putrescent, la vitesse de décomposition des sols consistants, etc.

Le stand de l'hydrographie réunissait de nombreux et précieux appareils de mesure du niveau d'eau et de l'écoulement. De plus, des cartes synoptiques indiquaient les travaux de nivellement effectués sur les cours d'eau, ainsi que la répartition des précipitations atmosphériques dans le pays.

Outre de nombreux éléments communs aux classes précédentes, ressortissait particulièrement à la classe 3, le stand de l'océanographie. Des photographies reproduisaient la machine à calculer les marées de Wilhelmshaven. Des marégraphes, des instruments enregistrant les courants, l'atlas Echolot, une station fluviométrique avec appareil enregistreur électrique à distance et des cartes, complétaient cette section.

L'ensemble, qui serait digne d'être décrit dans un volume important, comprenait donc deux grandes catégories d'exposants : les institutions scientifiques, toutes à caractère public, qui présentaient, soit des travaux de laboratoire, soit des appareils spéciaux construits par elles-mêmes, et des firmes privées qui exposaient du matériel scientifique dont, par exemple, des instruments d'optique. Toute la participation était de premier ordre. Le Jury international des Récompenses lui décerna d'ailleurs 88 % de récompenses de premières catégories. Ce pourcentage fut respectivement de 97 et de 77 pour les institutions scientifiques et les exposants privés.

L'ordre de la Classification générale nous amène ensuite à décrire la SECTION DES EAUX MINÉRALES à laquelle il avait été donné une certaine ampleur par le fait qu'un vaste comptoir de dégustation des eaux du pays y était aménagé. Les principales sources y étaient représentées. En outre, de nombreux éléments graphiques, disposés sur les parois, rappelaient l'activité des instituts de balnéothérapie dont nous dirons quelques mots.

Le pouvoir curatif des sources et des terres fangeuses est connu empiriquement depuis les temps les plus reculés. Ces dernières années, cependant, la balnéothérapie a quitté le domaine de l'empirisme et la science moderne lui a fourni des bases solides, à la suite d'expériences cliniques approfondies.

Le problème était important pour l'Allemagne. Certaines de ses villes d'eaux étaient déjà connues du temps des Romains, et on sait le nombre et la valeur de ses sources minérales et thermales actuellement exploitées. Aussi y voit-on les recherches balnéothérapiques poursuivies par des instituts spéciaux installés dans plus de vingt stations thermales. La centralisation des études est assurée par un institut national dont le siège est à Breslau. C'est celui-ci qui donne l'impulsion à l'ensemble des recherches scientifiques entreprises sur la matière, et cette organisation a réalisé des progrès rapides. Il en est résulté, par voie de conséquence, un essor considérable des villes d'eaux et des stations climatiques du pays.

La participation aux CLASSES 4 (RIVIÈRES ET CANAUX) ET 5 (FLEUVES À MARÉE ET MERS) était très importante également. Elle comprenait, en effet, un effectif de 92 exposants, soit environ 14 % du nombre total d'exposants allemands. Elle occupait les stands nos 1, 2 et 21, ainsi que le petit pavillon annexe dont nous avons déjà fait mention.

On y voyait des plans d'ensemble de canaux achevés ou en construction, des modèles de barrages, de réservoirs, d'écluses, d'ascenseurs de différents types, les constructions spéciales de têtes d'écluses, de sas, de vannes, les constructions de ponts, etc. Il s'agissait autant de travaux exécutés en Allemagne qu'à l'étranger, et notamment en Belgique. C'est ainsi, par exemple, qu'une firme exposait (dans le Palais belge du Génie Civil) le diorama de la partie d'un secteur du Canal Albert construite par elle.

Plus spécialement pour la classe 5, en plus d'appareils scientifiques du domaine de l'océanographie, déjà cités à propos de la classe 3, figuraient des documents et objets ayant trait à des travaux de correction de rivières à marée, à des travaux d'endigue-ment et de dragages, à l'éclairage et au balisage des côtes.

Dans ces deux classes, bien que la participation des services officiels (toutes les directions des voies hydrauliques, par exemple) fût importante, les exposants privés l'emportaient en nombre (53 contre 39). La proportion de récompenses de premières catégories obtenues au Jury prouve que la participation était de premier ordre.

D'ailleurs, dans le domaine de l'aménagement des voies d'eau, un effort considérable avait été fait en Allemagne au cours de ces dernières années. Il n'y eut donc aucune surprise à trouver, à l'Exposition, une documentation abondante mettant en relief les caractéristiques principales des ouvrages réalisés ou en voie de réalisation, avec l'indication des problèmes techniques particuliers résolus ou à résoudre.

Parmi les grands travaux dont il était fait état, il faut citer : la canalisation du Neckar, le canal Rhin-Mein-Danube, le canal Dortmund-Ems, le Mittellandkanal, le canal Elster-Saale, etc., et les nombreux ouvrages d'art y relatifs. Signalons encore : les barrages des vallées de l'Eder et de la Diemel (bassin du Weser) ; le barrage de Kachlet, sur le Danube (en amont de Passau) ; le barrage de Bleiloch, sur le cours supérieur de la Saale (bassin de l'Elbe), d'une-contenance de 215 millions de mètres cubes,- le barrage de la Neisse de Glatz près d'Ottmachau (bassin de l'Oder) , l'écluse Hindenburg de 15 mètres de chute, sur le Mittellandkanal; l'ascenseur de Niederfinow rachetant une dénivellation de 36 mètres, etc.

Les CLASSES 6 (PORTS INTÉRIEURS), 7 (PORTS MARITIMES) ET 8 (PORTS DE PÊCHE) n'étaient pas représentées avec la même importance.

On trouvait cependant des documents intéressants relatifs au port de Duisbourg, à la construction d'un môle dans la mer du Nord, des plans d'un port de pêche dans la mer du Nord et d'un autre dans la Baltique. Quelques firmes exposaient du matériel approprié.

Par contre, un effort extraordinaire avait été fait à la CLASSE 9 (TRAVAUX URBAINS ET RURAUX). C'est dans cette classe que l'Allemagne compta le plus d'exposants, soit 104 ou 16 % du total. Les stands portaient les numéros 1, 5 et 15.

Rappelons tout d'abord que l'Allemagne avait prêté quelques éléments de valeur à la Rétrospective de l'adduction des eaux, installée dans les palais belges et dont nous avons parlé dans la première partie de ce rapport.

En ce qui concerne l'aspect actuel des activités ressortissant à la classe 9, il était présenté à la fois une étude approfondie des problèmes de captage et de distribution d'eau dans leur ensemble, et au point de vue agricole en particulier. Ces recherches étaient illustrées par une collection complète de produits et de travaux industriels.

Les problèmes généraux d'alimentation en eau potable et industrielle étaient rappelés par des modèles d'installations de captage des sources et des nappes souterraines, d'installations de distribution aux usagers, de châteaux d'eau, etc. De grandes cartes renseignaient sur l'aménagement des eaux dans les contrées industrielles et sur les mesures prises à Berlin, à la suite de transformations de la ville.

La question de l'eau dans l'agriculture retenait particulièrement l'attention. On faisait état de travaux de protection contre les inondations, d'assèchement de terrains marécageux (marais de l'Oder), d'endiguement des rivières. L'irrigation des terrains trop secs, de même que le drainage des terres trop humides, étaient traités par des exemples suggestifs. On ne manquait pas de signaler les résultats importants obtenus depuis quelques années dans ce domaine. Enfin, l'accent était porté sur l'importance de la question de l'eau dans les communes rurales en vue d'améliorer les conditions d'existence à la campagne et d'enrayer ainsi l'exode vers les villes.

Quant à l'évacuation des eaux usées, elle était surtout envisagée au point de vue de leur utilisation notamment dans l'agriculture, comme nous le verrons plus loin.

Les autres questions du problème de l'eau urbaine et rurale, les installations sanitaires et d'hygiène, auxquelles on attache de plus en plus d'intérêt, ne manquaient pas d'être développées avec soin. A titre indicatif, un stand renfermait des modèles des différents types d'installations de bassins de natation et de piscines étudiés respectivement pour le petit village, pour la commune d'importance moyenne et pour la ville. Plus loin, le problème de l'emploi de l'eau dans le ménage faisait l'objet de démonstrations très suggestives.

Faut-il dire que ces stands ne contenaient pas seulement des éléments d'ordre abstrait, mais que de nombreux industriels y exposaient, souvent en grandeur d'exécution, une foule d'objets caractéristiques? On trouvait tous les genres de conduites d'eau avec leurs accessoires, tous les appareils et tous les systèmes d'installations sanitaires et de distribution domestique, des appareils de mesure et de contrôle, des tuyauteries, etc. Le matériel d'incendie, qui ressortissait à la deuxième section de la classe 9, était également représenté.

Dans l'ensemble, les exposants allemands de la classe 9 obtinrent au Jury 80 % de hautes récompenses, ce qui prouve la qualité des objets exposés.

C'est dans les stands nos 5 et 6 que l'on découvrait les matières de la CLASSE 10 (ÉPURATION DES EAUX).

Au moyen d'exemples soigneusement choisis, on montrait comment on obtient une eau irréprochable du point de vue hygiénique, comment on améliore une eau dont on n'est pas sûr, en la filtrant, en détruisant les germes pathogènes, comment on en fait disparaître les éléments superflus (manganèse, acide carbonique), comment on abaisse la teneur en calcium ou on la débarrasse des matières organiques, comment on lui enlève certaines propriétés nuisibles aux matières industrielles, etc.

On trouvait une série d'installations et d'appareils pour améliorer l'eau, soit celle destinée aux usages domestiques, soit celle utilisée dans les industries.

On avait tenu à faire ressortir l'effort collectif réalisé par les nombreuses sociétés constituées en vue d'assurer la fourniture d'une quantité suffisante d'eau pure et de recueillir les eaux industrielles nuisibles. En ce qui concerne les eaux usées, une maquette représentait la plus grande installation d'utilisation des eaux d'égouts, en voie d'achèvement à Hambourg, dont l'épandage s'étendra sur 23.000 hectares. Ces eaux seront utilisées pour l'irrigation et la fertilisation des terres de culture.

Au point de vue scientifique et technique, la participation allemande à la classe 10 fut tout à fait remarquable. C'est dans cette classe que le Jury a décerné aux exposants allemands le plus de récompenses supérieures (95 %).

Relativement à la CLASSE 11 (MOTEURS ET MACHINES HYDRAULIQUES), le stand n° 3 comprenait les différents types de pompes dont le haut degré d'efficacité et le caractère économique étaient démontrés pratiquement. Des coupes de compresseurs et de pompes permettaient de reconnaître la haute précision des machines les plus robustes. On remarquait, en outre, l'installation d'une turbine Kaplan et le modèle d'une aube de la roue mobile de la plus puissante turbine à action du monde (85.000 CV.).

Peu de documents se rapportaient à la CLASSE 12 (CENTRALES HYDRAULIQUES ET HYDRO-ÉLECTRIQUES). Signalons cependant qu'une société importante présentait un modèle de génératrice hydro-électrique.

Par contre, la CLASSE 13 (TECHNIQUE DE L'EAU ET L'ÉLECTRICITÉ) comptait une vingtaine d'exposants. Ils ne constituaient pas une section spéciale, mais étaient répartis dans tout le palais, suivant la spécialité à laquelle se référait l'application électrique étudiée.

Quant à la CLASSE 14 (MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE L'INDUSTRIE DU FROID), on aurait pu s'attendre à une participation plus copieuse de la part de l'Allemagne. Citons simplement la maquette d'une patinoire artificielle/ les autres objets étaient de moindre intérêt.

Dans la CLASSE 15 (MATÉRIEL ET PROCÉDÉS METTANT EN RELIEF LE RÔLE TECHNIQUE SPÉCIAL DE L'EAU DANS L'INDUSTRIE) , la participation fut inexistante, en fait.

Par contre, en ce qui concerne la CLASSE 16 (MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE RECHERCHES, D'EXÉCUTION ET DE RÉALISATION DES OUVRAGES REPRIS AUX CLASSES PRÉCÉDENTES), un effort considérable avait été accompli, surtout au sujet du matériel de chantiers.
Dans le domaine des conceptions scientifiques, recherches et essais, quelques éléments intéressants d'études de matériaux ou de procédés de construction, étaient présentés.

En fait de matières et matériaux, le stand n° 4 démontrait le haut rendement de certains métaux, notamment des aciers spéciaux. S'y trouvaient aussi des applications de protection des métaux : procédés de galvanisation, placage, etc. Dans le même ordre d'idées, le stand n° 8, consacré à l'industrie chimique, renseignait sur les procédés d'imprégnation des bois, de protection des métaux contre la rouille, le gel et l'eau, ainsi que sur la fabrication des isolants et des ignifuges.

Mais, disions-nous, l'effort avait porté principalement sur le matériel destiné aux chantiers de travaux publics. Une vaste exposition en avait été faite en plein air, à côté du palais officiel. Une puissante pelle mécanique d'une capacité de 3 mètres cubes, montée sur chenilles, dominait l'ensemble. En outre, on voyait des dragues, compresseurs, grues, etc.

Signalons, pour terminer, qu'aucun exposant allemand n'était inscrit à la 4e section de la classe 16, section réservée aux entrepreneurs de travaux de tout genre.

Le groupe C de la Classification générale intitulé « Navigation » et comprenant les classes 17, 18 et 19 était brillamment représenté.

En commun pour les CLASSES 17 (NAVIGATION INTÉRIEURE) ET 18 (NAVIGATION MARITIME), était organisée une fort belle exposition des services de sauvetage en mer et sur les voies intérieures, avec tout le matériel approprié (stand n° 17).

En commun pour les trois classes dont les deux premières déjà citées et la CLASSE 19 (CONSTRUCTIONS NAVALES), figurait une brillante section historique (stands 11, 12 et 13) : modèles d'anciens navires et bateaux, sceaux, livres, tableaux, documents divers, renseignaient le visiteur sur l'histoire de la navigation et des constructions navales. La bibliothèque technique faisait ressortir les résultats obtenus dans le domaine de la cartographie, et spécialement dans la confection des cartes nautiques.

Rappelons que le stand n° 2, dont nous avons déjà parlé à propos des travaux du génie civil, présentait les mesures prises pour assurer la sécurité de la navigation sur les voies intérieures et en mer, ainsi que les questions de droit concernant la navigation fluviale et maritime.

Enfin, le stand n° 20 était consacré uniquement au domaine de la construction navale. A côté de bateaux spéciaux, de démarreurs, d'installations pour aviron, de porte-gouvernail, de projecteurs, de bouées lumineuses, figuraient des appareils de mesure et de contrôle, des feux à éclipse, des constructions spéciales de parois, portes, escaliers, fenêtres, des installations de radiogoniométrie, de postes émetteurs, et de téléphone. On y voyait aussi différents types de câbles sous-marins, des couteaux spéciaux pour travailler des plaques de blindage, qui voisinaient avec des pièces de machines, outils, dragues en aciers résistant à la corrosion, etc.

Les CLASSES 20 (PÊCHE MARITIME ET D'EAU DOUCE) ET 21 (AQUICULTURE) étaient également bien représentées.

Le stand n° 24 était entièrement consacré à la pêche en haute mer. On sait que, ces dernières années, la pêche maritime s'est fort développée en Allemagne : la flotte a été améliorée et augmentée, et de nouvelles pêcheries ont été aménagées. Le stand montrait des projets d'installation de ports de pêche, un modèle de chalutier à vapeur moderne, les moyens de transport, soit du poisson vivant, soit, par isolement, du poisson frais, de la côte aux régions les plus éloignées. En 1938, la pêche maritime a assuré une production de plus de 7 millions de quintaux métriques de poisson, pour une valeur de plus de 100 millions de Rm. La consommation annuelle par tête s'est élevée dans le pays à 12,4 kilos (contre 5 kilos en 1913).

La pêche fluviale a également pris une grande extension. Son rendement est extrêmement élevé et tend encore à s'accroître dans les lacs et étangs. La pêche industrielle porte actuellement sur 1,25 million d'hectares. Elle assure une production annuelle atteignant 150 millions de kilos représentant une valeur de plus de 100 millions de Rm.

C'est dans le stand n° 1 que le haut niveau atteint par la pisciculture était développé. Les principales espèces de poissons étaient présentées. Figurait aussi une installation conçue pour lutter contre le plus grand ennemi du poisson : la dromie (petit crabe velu). Enfin, des machines empêchant l'envasement et une échelle à poissons permettant au poisson en migration de franchir une hauteur de 4 m. 30, donnaient un aperçu des travaux accomplis pour protéger et favoriser la multiplication du poisson dans les eaux fluviales.

En ce qui concerne les CLASSES 22 et 23 (LA SCIENCE ET LA TECHNIQUE DE L'EAU DANS LES PAYS TROPICAUX ET AUX COLONIES), un seul exposant présentait la construction d'un port dans un pays tropical.

Par contre, dans la CLASSE 24 (ÉCONOMIE SOCIALE), l'Allemagne avait fait une effort remarquable. C'était le thème « L'eau source de santé » qui dominait. Il avait été fait appel aux formules de présentation les plus originales pour mettre en valeur les installations réalisées ou en voie de réalisation dans ce domaine. Nous avons déjà parlé de ces éléments à propos des stands 14 et 15. Nous n'avons toutefois pas encore eu l'occasion de dire que la section comprenait une installation complète d'hydrothérapie pour hôpitaux.

De même, la CLASSE 25 (ŒUVRES SOCIALES - DOCUMENTATIONS DIVERSES) avait réuni un nombre d'exposants imposant.

Le stand 16 était consacré à l'éducation et à l'orientation professionnelles, à la prévoyance sociale. Modèles, maquettes, photos, graphiques abondaient pour documenter le visiteur sur toutes les mesures prises pour protéger la santé du travailleur et pour le former.

En outre, cette classe se rapportait aussi à la documentation de toute espèce concernant les matières comprises au Programme de l'Exposition. La bibliothèque technique (stand 13) était largement fournie à ce sujet.

Enfin, dans le domaine de la CLASSE 26 (ORGANISATION DES ENTREPRISES), deux exposants officiels présentaient des éléments intéressant l'organisation modèle d'une entreprise.

Dans la CLASSE 27b (MODES), l'Allemagne montrait quelques produits de la mode dans ses rapports avec l'eau (stand 19).

Dans la CLASSE 27d (MATÉRIEL SPORTIF), le stand n° 18 faisait une propagande active en faveur des sports nautiques,- des modèles d'installations, des pistes de régates, des bateaux et leurs accessoires étaient présentés.

Enfin, la CLASSE 27é (TOURISME) était également traitée avec un certain éclat. Le tourisme en bateau, ses auberges, ses tentes, ainsi que les auberges de la jeunesse au bord de l'eau, étaient exposés au stand des sports nautiques (n° 18).

Faut-il ajouter qu'en fait la propagande touristique était disséminée dans toute la participation, notamment par le soin artistique apporté dans l'exécution des photomontages? A cet égard, les éléments figurant les villes d'eaux, les stations balnéaires et climatiques étaient particulièrement bien étudiés.


4. CONCLUSIONS
A première vue, on serait tenté de penser que la Section allemande comprenait surtout des participations d'organismes officiels et que les exposants privés n'y intervenaient qu'à titre accessoire, pour compléter ou illustrer certaines démonstrations. Ce n'était cependant pas le cas. Un examen rapide des tableaux de statistiques figurant à la fin du chapitre nous montre, au contraire, que le nombre d'exposants privés fut plus du double de celui d'exposants officiels.

La discrétion avec laquelle le nom du producteur était renseigné sous chaque objet pouvait donner l'impression, au cours d'une visite un peu hâtive, que toute la participation ne formait qu'une vaste collectivité conçue selon un plan bien défini et dédiée à la Science, à la Technique et à l'Industrie du pays.

Certes, l'ensemble était parfaitement ordonné, et l'unité autant que l'harmonie dans la présentation des moindres objets prouvaient à suffisance que les exposants avaient laissé aux dirigeants de la Section, tout le soin de présenter leurs produits. Le résultat fut des plus heureux. La décoration toute de sobriété, la simplicité et la netteté dans la disposition des vitrines et des tables, contribuaient à créer, à l'intérieur du Palais, une atmosphère de distinction et d'équilibre.

Il va de soi que les objets que les industriels furent admis à faire figurer, avaient été soigneusement sélectionnés. Ce principe est actuellement de pratique courante - surtout pour les grands pays — dans les participations aux expositions organisées à l'étranger. Il est parfaitement justifié.

Le plan d'ensemble qui présida à la conception et à la réalisation de la Section allemande de l'Exposition, était basé sur l'idée fondamentale de l'importance du rôle de l'eau dans la vie propre du pays, en mettant l'accent, chaque fois que possible, sur le profit direct ou indirect qui en résulte pour l'homme, pour sa santé, pour son bien-être.

Il paraît donc normal que les efforts se soient portés principalement sur les matières suivantes :
1° Les sciences (classes 1, 2 et 3) ;
2° Les travaux du génie civil (surtout les classes 4, 5, 9 et 10) ;
3° La navigation (classes 17, 18 et 19) ,•
4° Les œuvres sociales (classes 24 et 25).

Que les travaux scientifiques aient été mis à l'honneur, cela semblera tout à fait naturel étant donné la faveur et les encouragements dont ils ont toujours bénéficié dans le pays.

Quant aux ouvrages hydrauliques du génie civil, ils devaient forcément retenir l'attention parce que la question de l'aménagement des eaux en général présente une importance capitale pour l'Allemagne.

La navigation, matière attrayante pour une exposition, devait naturellement tenter un grand pays de commerce tant intérieur, qu'extérieur.

Enfin, les œuvres sociales - ou plutôt les diverses préoccupations d'ordre social - se trouvaient non seulement exprimées par les objets ressortissant particulièrement aux classes 24 et 25, mais étaient mises en relief par bien d'autres manifestations. Les soucis d'hygiène, de santé, de sports, de protection du travailleur, étaient spécialement mis en vue dans presque toutes les parties de la participation, même dans les classes proprement techniques, comme les constructions navales et les ouvrages hydrauliques agricoles.

L'Allemagne aurait pu briller également dans d'autres classes. Certains points du Programme ne furent pas traités dans sa participation. Le cas le plus caractéristique est celui de la classe 15 dans laquelle elle aurait pu développer des thèmes techniques de grand intérêt. Cela aurait permis une utile confrontation avec d'autres sections nationales, notamment la Section belge, dans laquelle la classe 15, pour reprendre l'exemple cité, fit l'objet d'un effort très méritoire de la part de nos industriels.

Nous insérons à la suite un tableau statistique donnant l'état détaillé des récompenses décernées par le Jury international aux exposants allemands. Ce document se passe de commentaires : les chiffres sont suffisamment éloquents et prouvent la qualité exceptionnelle des produits exposés.

Faisons simplement ressortir ici que, pour l'ensemble des classes, les exposants officiels (colonnes O) se sont vu décerner 84 % de récompenses de premières catégories, et les exposants privés (colonnes P), 78 %. En totalisant ces deux catégories d'exposants (colonnes T), le pourcentage général de hautes récompenses s'élève à 80.

Le Jury a également attribué des récompenses à un certain nombre de collaborateurs d'exposants. Ces distinctions, au nombre de 248, se répartissent comme suit : 27 Grands Prix, 96 Diplômes d'Honneur, 112 Médailles d'Or, 12 Médailles d'Argent et 1 Diplôme Spécial.

© Rapport Général - Exposition Internationale de la Technique de l'Eau - Liège 1939