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La Vieille Belgique


La Vieille Belgique à l'exposition de Anvers 1930

© Exposition d'Anvers 1930

Dés qu'Anvers fut désignée pour organiser une des deux expositions internationales de 1930, on entendit surgir de partout la même question : «Y aura-t-il un Vieil Anvers?»

C'est que, après trente six ans, le souvenir de la mémorable cité factice, qui fut comme une apothéose inoubliable de l'exposition de 1894, était resté si vif dans l'esprit des Anversois que personne dans la Métropole, ne pouvait se faire à l'idée d'une "world's faire", sans reconstitution de la ville ancienne.

Immédiatement, des enthousiastes unirent leurs efforts. Les archives du «Vieil Anvers» furent consultées, un comité fut constitué, mais, malgré toute la bonne volonté des promoteurs, on ne put aboutir à reprendre en 1930 l'œuvre conçue en 1894 par feu l'échevin Van Kuyck, et qui connut à cette époque une renommée artistique mondiale. Peut-être était-ce le succès retentissant remporté par le premier «Vieil Anvers» qui fut la pierre d'achoppement à la réussite du second. A diverses reprises, dans d'autres villes, on avait tenté de refaire la glorieuse petite ville temporaire. On n'était parvenu qu'à en réaliser de pâles caricatures. Aussi, depuis la guerre, les mœurs ont évolué. Pour réussir en 1930 ce qu'on avait pu faire en 1894, il fallait retrouver le grand dévouement, l'amour de l'art et l'esprit de sacrifices qui avaient animé les réalisateurs de la première œuvre. Sans doute, ces vertus se rencontrent encore, mais dans notre siècle de vie intense, le «struggle for life» réclame tous les instants des hommes les mieux intentionnés.

Fallait-il donc se résigner à ne pas voir revivre le «Vieil Anvers» ou quelque chose d'analogue en 1930?

Non, d'autres dévoués avaient repris la tâche et cette fois avec une décision que rien ne pourrait rebuter. Alors qu'on ne s'y attendait plus — le temps semblait en effet faire défaut pour reprendre le projet — les journaux annoncèrent que la construction d'une cité ancienne était décidée en principe. Nous étions alors en juillet 1929, à peine neuf mois avant la date arrêtée pour l'ouverture officielle de l'exposition. D'aucuns, considérant qu'on n'en était encore qu'au principe et que tout était à réaliser, haussèrent les épaules, incrédules, et crièrent à la folie. Comment faire quelque chose de bien en si peu de temps, alors qu'aucun plan d'ensemble n'était arrêté, que rien n'était prévu ni étudié! La société qui devait exécuter le projet n'était même pas constituée. Ceux qui parlaient ainsi ignoraient que le promoteur de l'œuvre était M. Willy Friling. Celui-ci, en effet, avait réuni quelques personnalités appartenant au monde des affaires et aux milieux dirigeants de l'exposition pour leur exposer son idée. Il n'eut pas de peine à les convaincre qu'il fallait, coûte que coûte, doter l'exposition d'une attraction grandiose, autre qu'un Luna-Park ou qu'une foire. On ne pouvait mieux faire que de réédifier la jolie ville ancienne imaginée par feu l'échevin Van Kuyck, mais en lui donnant un tout autre aspect. La nouvelle conception était toute indiquée. Pour célébrer l'indépendance de la Belgique, la cité ancienne a ériger, rappellerait la Belgique entière. Cette idée, inspirée par un beau sentiment d'union nationale, fut unanimement approuvée. C'est ainsi que naquit la «Vieille Belgique». Une fois le principe admis, il ne restait pas une minute à perdre, le temps étant strictement limité. L'idée avait enthousiasmé tous ceux qui avaient assisté à cette première réunion, mais d'aucuns ne purent cacher leur crainte de voir la «Vieille Belgique » inaugurée vers l'époque où l'exposition allait fermer ses portes. C'est que tout restait à faire, absolument tout. On ne disposait pas encore d'un terrain, il fallait entreprendre les démarches nécessaires près des autorités, élaborer des plans et des projets, désigner des architectes, chercher des entrepreneurs, songer à ces mille petits riens, si encombrants et si importants dans une pareille entreprise où la moindre négligence peut compromettre le succès. Et il restait à peine neuf mois pour réaliser ce travail énorme. On conviendra que cela n'était pas trop pour faire sortir du néant toute une petite ville, même en staff. Avec la belle assurance qui le caractérise M. Friling avait tôt fait de tranquilliser les plus craintifs. Il avait foi dans la réussite et communiqua sa confiance à ses amis qui n'hésitèrent plus à se ranger à ses côtés.

Sans plus tarder, la société coopérative «Vieille Belgique» fut fondée dans le but de créer un ensemble de rues et de places publiques où seraient érigées les façades anciennes les plus remarquables des villes belges. Le quartier de ville ancienne ainsi formé serait à la fois un centre d'attractions populaires et un centre d'art, car les réjouissances publiques empruntées au folklore des neuf provinces alterneraient avec des manifestations hautement artistiques, des concerts de musique religieuse et profane ancienne, des cortèges historiques, des kermesses, des représentations de théâtre ancien, des danses, etc.

Après que la société se fut assurée la disposition d'un terrain d'environ quatre hectares aux portes mêmes de l'exposition, les talentueux architectes MM. Jos de Lange et Frank Blockx furent chargés de dresser les premiers plans d'ensemble.

Déjà le 6 août, au cours d'un déjeuner offert aux autorités et à la presse, les promoteurs purent exposer leur projet en détail. Entretemps, les architectes voyageaient dans toute la Belgique, visitant l'une ville après l'autre, se documentant sur les édifices anciens, relevant les détails les plus caractéristiques de notre architecture ancienne. Le but n'était-H pas de réunir dans un espace limité, les plus intéressantes façades, témoins d'un passé glorieux? Ne fallait-il pas que la «Vieille Belgique» constitue, en quelque sorte, une exposition d'archéologie, d'architecture ancienne, complétant l'admirable exposition de l'Art flamand ancien? Cette idée a guidé les artistes; elle a assuré le succès de leur œuvre.

Au bout d'un mois, les architectes avaient réuni une documentation suffisante pour dessiner dans ses grandes lignes le caractère que prendrait la cité éphémère. Tout le monde fut enthousiasmé de leur conception. Sur le terrain nivelé, les rues et les places publiques furent tracées et bientôt on put commencer la construction des premières maisons. Ce n'était pas une mince besogne. En effet, cette petite ville, toute éphémère qu'elle devait être, n'en devait pas moins présenter toutes les garanties de sécurité et d'hygiène qu'on exige des grandes villes modernes. Il fallait établir la canalisation de l'eau, des égouts, du gaz, de l'électricité, car dans ces maisons de carton et de plâtre allaient vivre pendant des mois, des centaines de personnes au même titre qu'on vit dans des maisons construites en matières durables. Bien plus, dans ces magasins on allait exercer des métiers nécessitant l'emploi du gaz et de l'électricité; les cafés et restaurants étaient appelés à donner à boire et à manger à des milliers et des milliers de visiteurs. 11 fallait donc être doublement prudent, car le moindre sinistre dans cette cité toute de bois, de carton, de toile et de plâtre pouvait entrai-ner la destruction par le feu de tout le quartier et provoquer une catastrophe épouvantable. Tout cela fut prévu, étudié, approfondi, et les mesures les plus efficaces furent prises pour prévenir un tel désastre sans nuire aucunement à l'aspect général de l'entreprise. Cela fut surtout possible grâce à la bienveillante collaboration des pouvoirs publics et des dirigeants de l'exposition. Il fallut, de même, songer à la sécurité ef au confort de ceux qui seraient appelés à occuper pendant six mois ces maisons, prévoir les intempéries de notre climat humide, les tempêtes et même les rayons brûlants d'un soleil trop ardent. Tous ces problèmes ont été résolus à la satisfaction générale, et les maisons en staff ont victorieusement résisté aux assauts du soleil, du vent, de la pluie... et de centaines de milliers de personnes qui, durant six mois, ont défilé par les rues de la « Vieille Belgique ».

Le 19 octobre 1929, M. le Baron Georges Holvoet, Gouverneur de la Province fut prié par le conseil d'Administration de la «Vieille Belgique» de poser la première pierre. Ce fut en réalité un baptême, car la cérémonie eut lieu par une pluie battante et les personnalités officielles qui y prononcèrent des discours, le firent à l'abri de leur parapluie. Mais cette pluie, pour désagréable qu'elle fut, ne put refroidir ni la bonne humeur ni la confiance des promoteurs. Ceux-ci, plus que jamais, avaient foi dans leur œuvre. La «Vieille Belgique» était en marche, elle irait jusqu'au bout. Il est vrai qu'on ne voyait encore que quelques rares charpentes et quelques pieux enfoncés dans le sol, mais à partir de ce moment, les maisons sortirent de terre comme par enchantement. Et déjà les visites officielles s'annoncèrent. Son Altesse Royale le Duc de Brabant vint voir les travaux et complimenta sans réserve, les administrateurs et les architectes. Ce furent ensuite les Conseillers Provinciaux et Communaux d'Anvers qui visitèrent les chantiers, puis les actionnaires de la Société Anonyme de l'Exposition, les représentants officiels des Pays-Bas, les délégués de la Municipalité de Venise, les journalistes néerlandais, français et italiens, les Députations Permanentes et les Conseils Provinciaux, d'autres corps constitués encore.

Pendant ce temps, dirigeants, architectes, entrepreneurs et ouvriers travaillaient d'arrache-pied pour faire surgir de nouvelles maisons, élever des monuments, jeter un pont sur l'étang, achever l'ensemble et lui donner l'aspect d'une ville réelle.

Grâce au dévouement de tous, à la fermeté des promoteurs, à leur décision et à leur esprit d'initiative, ceux qui avaient douté malgré tout de la réussite, furent confondus.

La «Vieille Belgique» qui devait s'ouvrir le même jour que l'Exposition Internationale Maritime, Coloniale et d'Art Flamand, le 26 avril 1930, fut inaugurée le 25 avril, veille de la date fixée, par un grand banquet officiel. Elle était entièrement achevée et toutes ses maisons étaient occupées par leurs locataires. Dès cette ouverture s'avéra le succès.
Lorsque le 26 avril, après avoir présidé à l'inauguration de l'Exposition Internationale Coloniale, Maritime et d'Art Flamand, Leurs Majestés le Roi et la Reine, accompagnées de Leurs Altesses Royales, le Duc et la Duchesse de Brabant et le Comte de Flandre, suivies de tous les dignitaires de la Cour, visitèrent la « Vieille Belgique », les Souverains et les Princes Royaux trouvèrent la jolie cité en fête. Tout était terminé, rien ne manquait et une foule énorme acclama les Augustes Visiteurs comme nos pères ont dû fêter leurs princes lors des joyeuses entrées. A plusieurs reprises, le Roi et la Reine exprimèrent Leur satisfaction de voir si admirablement réuni en un espace relativement restreint, les plus jolis édifices du Royaume.

La «Vieille Belgique» était réellement belle avec ses jolies façades, ses tourelles, ses pignons, ses clochetons, son église, son beffroi, ses places publiques, ses rues et ses ruelles si pittoresques. Tantôt on se croyait dans une de nos vieilles villes médiévales flamandes, pour avoir aussitôt après, l'impression de se promener dans une de ces rustiques et vieilles cités wallonnes. C'était bien la Belgique de nos pères, une et indivisible.

Les architectes avaient réussi leur œuvre au delà de toute espérance. Non seulement, ils avaient copié fidèlement les plus belles façades de la Flandre et de la Wallonie, mais encore avaient-ils relié ces édifices de style parfois si dissemblable et d'époques si différentes, par des compositions originales pour former un tout aux lignes gracieuses, tout en restant le plus près possible de la vérité. Souventefois aussi, ils ont été obligés, afin d'obtenir un ensemble homogène, de réduire certaines proportions, de modifier quelque peu une façade, d'ajouter une porte par-ci, d'aveugler une fenêtre par-là. Le résultat obtenu fut une véritable révélation. Avec des éléments disparates, ils sont parvenus à former un quartier de rues et de places publiques d'un effet très pittoresque, d'une originalité parfaite tout en respectant le détail artistique de la plupart des constructions.

Dès que le visiteur eut franchi la belle porte d'entrée donnant accès à la «Vieille Belgique» par l'exposition, il fut ébloui par l'agréable perspective qui s'offrait à son regard. Cette porte d'entrée elle-même, reproduction de la fameuse porte romaine de Trêves provoquait l'admiration par ses lignes sobres, sa noblesse, ses colonnades superposées et ajourées, ses tours massives et son corps de garde. Mais le regard fut aussitôt sollicité par d'autres constructions plus intéressantes encore. Dans cette petite cité, on allait de surprise en surprise, d'enchantement en enchantement. Ici ce sont les arcades gothiques qui charment la vue, là ce sont les belles façades flamandes, souvenirs d'Ypres, comme cette Halle aux Viandes, aux lignes sobres, pures et élégantes, ou cette curieuse maison de bois, également détruite, hélas, dans l'incendie de la ville martyre. Et puis ce sont encore des reproductions de maisons d'Anvers, de Bruges, de Gand, de Furnes, de Malines, de Louvain, d'Hasselt, de Diest, de Maeseyck, de Lierre, de Turnhout et de tant d'autres communes de Flandre et de Campine, ou de la Wallonie comme celles qui reproduisent des éléments de l'Hôtel de Ville de Braine-le-Comte, de Tournai, de Stavelot, des motifs empruntés à des maisons originales de diverses communes wallonnes ou luxembourgeoises. Il y a là la ce Bouscherie » de Theux, le Bailliage de Bouvignes près de Dinant, des façades de Verviers, de Mons, la Halle aux Blés de Durbuy. Et voici des façades inspirées par les superbes monuments avoisinant la Grand'Place de Bruxelles, et là des façades namuroises si caractéristiques. Et ici la maison du Drossaert de Meerhout, et plus loin des petites maisons dont on retrouve encore l'original dans les ruelles d'Anvers, de Liège, de Bruges, de Gand, de Mons, de toutes les villes belges.

Les styles de toutes les époques y étaient représentés, les maisonnettes du pauvre et de l'artisan y avoisinaient avec les maisons bourgeoises ou les riches demeures patriciennes. Il y avait des hostelleries, des boutiques de dentelières, des charcuteries, des cabarets, des auberges, des édifices publics, des chapelles, des musées, des théâtres, des orfèvres, des armuriers, des échoppes de bazar et de gagne-petit. Et voici encore l'altière demeure de Rubens, et le magnifique beffroi, fidèle reproduction du beffroi de Lierre, un des plus beaux du pays. Et là encore la chapelle, si curieuse avec son porche imposant rappelant celui de l'Hospice Civil de Louvain et son gracieux pignon à colonnades ogivales. Et puis c'est le grand pont à dos d'âne, jeté sur l'étang et bordé de maisonnettes comme le Ponte Vecchio à Florence. Et voici la Porte Sainte Croix, massive et lourde comme il convient à une place fortifiée. Puis ce sont, sur les places publiques, des reproductions jolies de monuments comme ce perron liégeois, fidèle réplique de l'exquise colonne que l'on conserve au Musée royal du Cinquantenaire à Bruxelles, et cette admirable copie du pilori, érigé en 1521 au milieu de la Grand'Place de Braine-le-Château, par ordre de Maximilien de Hornes, seigneur de Gaesbeek.

Tout en cette jolie cité évoquait un passé glorieux et artistique. Tout y rappelait la Belgique ancienne, la vie de nos ancêtres, leurs joies et leurs peines, leurs richesses et leurs revers. Jusqu'aux noms des rues et des places publiques étaient une évocation de l'histoire de nos provinces, comme cette place de la Joyeuse Entrée, la rue de l'Indépendance, la rue des Métiers, la place des Gildes, la place du Bourg, la Montagne-au-Corail, la rue du Prince-Evéque, la place du Grand Conseil, le quai de Bourgogne, la rue des Tisserands, la rue de la Besace, la rue de la Toison d'Or, le quai de la Réforme, la Grand'Place, la rue du Change, le quai des Patriotes, etc.

C'était bien la reconstitution des neufs provinces Belges que les architectes avaient superbement réussie. D'emblée, leur œuvre conquit la faveur du public, de la population belge entière et de l'étranger. Les commerçants et les détaillants se disputaient la location des maisons pour y ouvrir boutique ou cabaret, cependant que de nombreuses familles de la bonne société anversoise installèrent de confortables appartements aux étages des principales maisons, qu'ils meublèrent avec goût dans le style de l'époque. Des sociétés sportives et des cercles privés établirent leur siège dans cette cité éphémère et certaines administrations publiques, comme la municipalité de Venise, le Conseil provincial d'Anvers et l'Administration communale de Liège, prirent en location des immeubles en staff pour y installer des salons de réception ou des musées.

En fort peu de temps la renommée de la «Vieille Belgique» était devenue mondiale. Les journaux de tous les pays, les revues les plus artistiques lui consacrèrent des articles des plus élogieux, abondamment illustrés de photographies, de dessins et d'aquarelles. Le résultat ne se fit pas attendre, des quatre coins du monde les étrangers affluèrent. Durant l'exposition, nul étranger n'aurait quitté Anvers sans avoir visité la « Vieille Belgique ». Tous les soirs, on put voir arriver des automobiles et autocars, amenant des Bruxellois, des Liégois, des Gantois et surtout des Hollandais, venant uniquement à Anvers, pour diner en ce lieu enchanteur, y passer la soirée et rentrer ensuite chez eux.

Le succès fut tel que bientôt, d'aucuns songèrent à imiter à l'étranger l'œuvre si habile, si intelligente et si belle, conçue et exécutée à Anvers. Une haute personnalité américaine engagea, avec la société, des pourparlers suivis pour reconstruire la cité antique à l'exposition de Chicago de 1933 cependant qu'une grande entreprise cinématographique fit des propositions d'achat dans le but de tourner de grandes productions dans ce centre si artistiquement ancien.

Ce fut un véritable musée architectonique, riche en enseignements, et toutes les écoles, tous les établissements d'instruction, demandèrent comme une faveur l'autorisation de montrer à leurs élèves cette ville factice.


Malheureusement, la «Vieille Belgique» dut subir le sort de toutes les entreprises éphémères. Elle ne put survivre à l'exposition avec qui elle était née, et avec qui elle est tombée sous la pioche du démolisseur. Il n'en reste que le souvenir, mais ce souvenir est un des plus beaux qui soit et vivra toujours dans l'esprit des visiteurs innombrables qui virent ce lieu charmant, à la fois historique, folklorique, populaire et artistique.

C'est par centaine de milliers que se sont comptés ces visiteurs qui se recrutèrent dans toutes les classes de la société. On n'y vit pas seulement le peuple, la bourgeoisie et l'aristocratie. Les grands de la terre se montrèrent tout aussi friands d'une visite à la « Vieille Belgique » ou il n'était pas rare de rencontrer des groupements de savants, des hommes politiques, des généraux, des ministres, des ambassadeurs, même des princes de l'Eglise, des présidents de République ou des rois.

Les fêtes qui ont été organisées à la «Vieille Belgique» sont extrêmement nombreuses. Dès le début, on installa un bourgmestre, on nomma des échevins, un secrétaire communal et des conseillers communaux, chargés de veiller à la bonne marche des affaires et à la bonne entente entre les habitants de la cité. Ils prirent leur tâche à cœur. La direction générale était assurée par Monsieur Jos. Ullens de Schooten qui fut le dévoué et avisé Administrateur-Délégué de la Société qui lui est redevable d'une très grande part du succès. Il y eut également un Comité de fêtes qvii organisa les réjouissances publiques, fêtes breugheliennes et séances artistiques. Plusieurs de celles-ci furent réellement grandioses. Les congrès scientifiques succédèrent aux fêtes populaires. On assista à des exécutions remarquables de la fameuse «Rubenscantate», de P. Benoit ; du ballet de Coppelia, de Delibes ; des opéras «Quinten Matsys», de Wambach et «Princesse d'Auberge», de J. Blockx, interprétés dans l'admirable cadre archaïque de la Grand'Place. Il y eut d'autres ballets, de nombreux concerts de carillon, comme il y eut des fêtes breugheliennes, des représentations théâtrales et des concerts en plein air ou dans la chapelle, des fêtes de gymnastique et sportives, des bals, des fêtes mondaines et populaires, des lâchers de ballons et des jeux et concours pour enfants. Il y eut surtout le merveilleux et inoubliable cortège historique, représentant l'entrée de Marie de Médicis en notre bonne ville d'Anvers, comme il y eut les belles fêtes populaires russes, les fêtes lettonnes, vénitiennes, romaines et les joutes anciennes à l'épée. Il y eut à la «Vieille Belgique», tout ce qu'on peut imaginer comme divertissement public, depuis la cérémonie du mariage de deux habitants de cette joyeuse cité, jusqu'à la réception de Miss France et Miss Belgium, en passant par toutes les fêtes folkloriques, les manifestations sportives, les championnats internationaux, les tournois sur l'étang, les démonstrations de sauvetage, sans oublier les grands feux d'artifices et les embrasements au ben-gale qui, dans ce quartier si pittoresque, produisirent un effet féerique. Oui, rien ne manquait pour rendre la visite de la «Vieille Belgique» vivante et agréable, et si les scènes breugheliennes déchaînaient le rire robuste du Flamand comme elles provoquaient les réparties spirituelles du Wallon, les manifestations artistiques et intellectuelles, les concerts de musique sacrée ancienne à la Chapelle, les séances de sociétés savantes à la Maison Rubens et d'autres manifestations artistiques et scientifiques n'ont pas manqué aux esprits cultivés.

Ainsi, la « Vieille Belgique » a entièrement répondu au but que ses promoteurs s'étaient assignés : réunir dans un centre foncièrement belge, toute la Belgique, par son peuple, ses artisans, ses artistes, sa bourgeoisie et ses savants, et affirmer ainsi dans la joie, le travail, l'art et la science, l'union indéfectible de tous, dans une étroite collaboration pour la grandeur du pays.

Ceux qui créèrent la «Vieille Belgique» et la dirigèrent ont admirablement réussi ; ils peuvent être fiers de leur œuvre.


LE « TORENHUIS ».

C'est dans le « Torenhuis », l'admirable beffroi de la pittoresque cité éphémère dont la fine silhouette inspirée par le charmant Hôtel de Ville de Lierre s'élançait dans le ciel, haute et claire comme une fusée, que s'était établie — qualité oblige — la célèbre chocolaterie belge Martougin.
Ses marques fameuses : Jemma, Galba, Minerva, Pif-Paf — pour ne citer que les coryphées si favorablement connus et appréciés par la Belgique de nos jours — se devaient de prouver qu'elles auraient pu, tout aussi bien, être les premières de la Belgique d'antan. Elles ne s'en firent pas faute et comme c'était à prévoir, il leur suffit de venir à la « Vieille Belgique » pour triompher.

Installées au cœur même de la cité, elles eurent tôt fait de transformer les plâtres et les bois des ce magasins » qui leur étaient destinés en un véritable manoir seigneurial, garni et meublé avec le goût exquis qu'on leur connaît et d'autant plus respectueux de l'authentique style flamand ancien qu'elles se savent elles-mêmes de descendance purement wallonne.

Il n'en fallait pas plus — leurs charmes parfumés faisant le reste — pour se concilier d'emblée la faveur de tous les Belges de bon aloi et de bon goût.

Aussi leurs salons ne se désemplirent-ils pas de toute la durée du séjour triomphal dans l'inoubliable cité de rêve. Les accortes jeunes filles, si ravissantes en leurs riantes toilettes 1830, par lesquelles elles eurent encore l'heureuse inspiration de se faire servir et de fleurir leur demeure, peuvent en témoigner : il n'est pas de visiteur de la «Vieille Belgique», vraiment connaisseur qui n'en soit reparti ravi de sa visite et des marques Martougin.


MAISON PHARAÏLDE.

La maison Pharaïlde fut fondée en 1907 à Harlebeke. Ensuite elle s'est installée à Bruxelles, rue St. Jean.
A l'exposition internationale d'Anvers nous avons eu le plaisir de la retrouver rue de la Besace, 2-6, à la Vieille-Belgique où sa brillante participation a été très remarquée.
C'était un charme pour les yeux que de voir toutes ces dentelles véritables de Bruges, des Flandres et de Bruxelles rivalisant de beauté et d'originalité. Aussi était-ce un des coins les plus enchanteurs de cette cité éphémère.

En dehors de ces superbes dentelles la maison Pharaïlde possède la grande spécialité de la fine lingerie, du linge de table, de la broderie à la main, des couvre-lits et des stores flous. Ses trousseaux sont uniques.

Il est intéressant de savoir que Pharaïlde fait tout croquis et dessin sur simple demande pour la lingerie fine et qu'elle se rend à domicile.

Toutes ces jolies choses lui ont valu d'être diplômée par la « Vieille Belgique ».

Actuellement la maison Pharaïlde se trouve établie au n° 5, de l'Avenue de Keyser, à Anvers.

©Le livre d'or de l'Exposition Internationale Coloniale, Maritime et d'Art Flamand - Anvers 1930