Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Galvanoplastie ronde bosse de MM. Christofle et Cie

Galvanoplastie ronde bosse de MM. Christofle et Cie à l'exposition de Paris 1867

Nous avons eu occasion de décrire la vaste exposition de M. Christofle et Cie, et de suivre dans ses progrès incessants l’orfévrerie galvanique. Nous ne voulons aujourd’hui qu’appeler l’attention sur une spécialité de cette grande industrie, les produits de la galvanoplastie ronde bosse.

Dorer et argenter les métaux, au moyen de la pile électrique, tel était le but que se proposaient MM. Elkington et Ruolz, dont le premier brevet fut pris à Birmingham, le 28 mars 1840. M. Charles Christofle introduisit en France et exploita leurs procédés avec un tel succès, qu’il ne chercha pas tout d’abord à innover. Ses successeurs, M. Paul Christofle, son fils, et Henri Bouilhet, son neveu, ont appliqué l’électro-chimie au moulage de statues, de vases, de groupes, de bustes, qu’ils obtiennent, avec une dépense beaucoup moindre, aussi purs, aussi solides qu’en les fondant par les moyens admis comme seuls infaillibles jusqu’à ce jour.

N’hésitons pas à le dire, le vase de {'Éducation d'Achille, le groupe de la Navigation, sont dignes d’être comparés aux belles pièces d’orfèvrerie que nous a léguées le seizième siècle.

Le vase est en argent, à panse plate; il a a été modelé par MM. Mathurin Moreau et A. Madroux, ornemanistes de la maison Christofle. Il repose sur un pied finement ciselé, dont on ne saurait voir les délicates arabesques sans songer involontairement à Benvenuto Cellini. Une guirlande de feuillage serpente dans le cadre ovale du médaillon central. Sur la panse plate galope le centaure Chiron, entraînant son jeune élève, Achille aux pieds légers. La composition est mouvementée ; le relief, habilement calculé, tantôt s’accentue avec vigueur, tantôt se perd dans les fonds ; la nature et la couleur du métal font valoir le modelé de3 figures.

Deux génies se dressent sur les consoles latérales; l’un, qui tient des éperons, personnifie l'Émulation ; l’autre porte le frein qui dirige la course et modère une trop dangereuse impétuosité. Tous deux ont à la main gauche des palmes qui accompagnent très-heureusement le goulot élancé et chargé de ciselures.
Le vase de l’Éducation d’Achille a été offert par l’Empereur, en 1867, au Cercle des patineurs.

C’est au nom du gouvernement impérial, que M. le marquis de Chasseloup-Laubat, ministre delà marine et des colonies, a offert le groupe de la Navigation à Waller Farquharn Larkins, esquire, membre du Board of Trade. Une plaque commémorative, placée sur le soubassement, rappelle que ce témoignage d’estime et de considération lui a été accordé, au mois de ianvier 1866, en souvenir des services qu'il a rendus pour l’adoption universelle du Code international des signaux, avec le concours de M. de Sallan-drouze de la Mornaix, lieutenant de vaisseau de la marine impériale.

Chacun conçoit combien il est important pour les navigateurs de posséder un moyen international de communiquer avec les terres dont ils s’approchent et les navires qu’ils rencontrent à la mer. Depuis un demi-siècle, plusieurs tentatives ont été faites pour l’adoption d’un Code universel de signaux ; malheureusement, par un amour-propre mal entendu, chacun ne voulait reconnaître comme bon que le Code adopté dans son pays, et s’obstinait à rejeter ceux des autres. Un essai avait’ été tenté en France, il y a plusieurs années :] le système de Reynold Chauvaney, adopté par le gouvernement français, avait été accepté par quelques puissances maritimes, mais l’emploi ne s’en éta t pas généralisé. La France et l’Angleterre viennent de publier un Code rédigé à Londres par une commission spéciale, dont MM. Farquharn et S. de la Mornaix étaient secrétaires. Ce Code, soumis à l’examen de toutes les nations maritimes, a reçu leur approbation, et les différents gouvernements ont signé, avec la France et l’Angleterre, des conventions par lesquelles ils s’engagent à
rendre l’usage de ce Code obligatoire à bord de leurs bâtiments de guerre et de commerce. Des commissions mixtes s’occupent de traduire en toutes langues cet utile et important ouvrage, qui sera ensuite livré au prix le plus bas possible aux navigateurs. Jusqu’à ce jour le Code anglais et le Code français ont seuls paru.

Il n’était pas facile de résumer en une allégorie, d’écrire en sculpture, cette histoire technique, M. Aimé Millet a représenté la-navigation sous la figure d’une femme élégante, court-vêtue, dont la robe aux mille plis est mouillée par les lames et contournée par les vents. Elle est assise sur la proue d’un navire; sa main gauche s’appuie sur une sphère; sa main droite élève une étoile pour guider les marins et les prévenir du danger. Auprès d’elle, est un petit génie qui manie l’aviron. La composition est élégante; la divinité deM. Aimé Millet appartient à la famille des nymphes de Jean Goujon et de Germain Pilon.

Après avoir appliqué aux pièces d’orfèvrerie la galvanoplastie, M. Christofle a voulu l’employer pour des œuvres de la plus grande dimension. Les édifices publics contemporains sont souvent ornés de statues colossales. L’académie impériale de musique, par exemple, a déjà reçu, dans les niches de sa façade, des bustes de compositeurs célèbres; et aux deux extrémités du couronnement, doivent être placés des groupes allégoriques. Ces groupes sortiront des ateliers de la maison Christofle. Le cuivre dont ils seront formés, se déposera dans d’immenses moules de gutta-percha, doublés intérieurement de plomb ; sous l’action puissante de la pile, il acquerra plus de cohésion et de résistance que s’il avait été fondu, et, dégagé de son enveloppe, surgira en gigantesques œuvres d’art.

Ainsi ont été exécutés, pour la façade de l’Opéra, les bustes d’Halévy et de Rossini. Jaloux de prouver toute la puissance de ses procédés, M. Christofle n’a pas craint de se mesurer avec les plus énormes statues que nous connaissions. Il a reproduit, par la galvanoplastie, le Penseroso de Michel-Ange, et le Milon du Puget. L’athlète de Crotone, pris, comme dans un étau, dans la fente de l’arbre qu’il avait voulu briser, désarmé en face du lion qui lui déchire les chairs, nous offre un spectacle aussi émouvant qu’au musée du Louvre, où se trouve l’original.

La galvanoplastie ronde bosse vient de naître, et voilà ce qu’elle fait dès à présent. Elle a reproduit, avec la plus minutieuse exactitude, la belle porte sculptée de la sacristie de Saint-Marc, à Venise. Elle peut, en se généralisant, accomplir une véritable régénération, ouvrir des voies nouvelles à l’industrie, et contribuer, dans une large proportion, à l’embellissement de nos monuments publics.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée