Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Belgique

Belgique à l'exposition de Paris 1867

La nature a prodigué le fer et le charbon à ce coin de terre, et les Belges ont su largement profiter de ces richesses cachées. Ici, tout respire la puissance industrielle.

La rue de Belgique s’ouvre entre les deux robustes moteurs horizontaux à deux cylindres, de MM. Houget et Cie; qui distribuent la force à toutes les machines belges et prussiennes.

La plupart des moteurs belges sont très-remarquables par leur solidité, leur simplicité, leur puissance et le fini de leur construction. Outre les machines Houget, nous avons particulièrement admiré la superbe machine de Woolf horizontale1 exposée par MM. Rens et Colson. Sa force est de cent chevaux, le petit cylindre a le même axe que le grand et est placé devant lui.

M. Van den Kerklove a aussi présenté une machine horizontale à deux cylindres, très-digne d’intérêt, maisla palme est à M. Carels, dont le moteur vertical est un des plus originaux et des mieux réussis que nous ayons vus à l’Exposition.

Il se compose de deux machines de Woolf gémellées d’une force totale de cent chevaux au minimum; mais quand on a besoin d’une force plus grande, à l’aide d'un tiroir supplémentaire qui peut être commandé par trois excentriques différents, on peut varier la détente et la force dans trois proportions. Les tiroirs sont équilibrés; les dents de bois du volant peuvent être changées avec la plus grande facilité. Cette excellente machine ne consomme qu’un kilogramme de charbon par cheval et par heure.

M. Carels, qui dirige en personne ses ateliers et dresse lui-même les plans de ses machines, aurait peut-être obtenu mieux encore qu’une médaille d’or : mais il n’occupe que trois cents ouvriers, et le jury a mesuré assez volontiers le mérite des usines au chiffre de leur personnel.

Dans cet ordre d’idées, la société Cockerill aurait pu ne pas se contenter de ses deux médailles d’or, car elle donne de l’occupation à 7227 personnes, auxquelles elle distribue chaque année 6 660 000 francs pour leurs salaires.

Les 7227 ouvriers ont pour collaborateurs 156 machines à vapeur développant une force de 2843 chevaux. Avec de semblables moyens d’action la société Cockerill tire chaque année de ses quatre houillères 260 000 tonnes de combustible, dont elle consomme 220 000 pour son usage particulier, et de ses trente minières 146 000 tonnes de minerai, dont elle extrait 50 000 tonnes de fer.

La Société a exposé une majestueuse machine soufflante1 pour l’alimentation de deux hauts fourneaux; cet appareil est composé d’une machine de Woolf, dont le piston fait mouvoir directement un colossal soufflet cylindrique à double effet, vomissant par son porte-vent un véritable ouragan ; le bruit profond de ce souffle de tempête ébranle au loin la vaste nef du palais.

Tout ce qui se rapporte au traitement et à l’extraction du fer et du charbon est intéressant dans l’exposition belge. Les constructeurs de ce pays ont envoyé deux machines jumelles pour l’extraction de la houille, l’une et l’autre de la force de 200 chevaux et à bâti pyramidal. Chacune d’elles se compose de deux cylindres verticaux renversés, c’est-à-dire dont la tige du piston sort du cylindre par sa face inférieure et agit de haut en bas. Le volant est remplacé par un double et immense treuil, autour duquel deux câbles sont enroulés en sens inverse; par conséquent, l’un se déroule pendant que l’autre s’enroule. Donc, lorsque monte une cage chargée de charbon, une autre cage vide descend, et il n’y a ni force ni temps de perdus. Le treuil étant placé au dessus même du puits d’extraction, on supprime toute poulie de renvoi, et on réalise le système le plus simple possible, ce qui est toujours excellent. Un puissant frein à vapeur permet d’arrêter instantanément la rotation du treuil.

Nous avons distingué bien d’autres instruments ingénieusement imaginés et consciencieusement construits; mais nous ne pourrons plus que citer un marteau et un martinet-pilon tout à fait remarquables, et une très-intéressante série de métiers et de machines à filer, tisser et apprêter la laine. La Belgique est réputée, depuis longtemps, pour ses draperies, et ne laisse péricliter aucune des industries qui ont assuré sa prospérité.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée