Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Allemagne

Allemagne à l'exposition de Paris 1867

Nous ne ferons point de chapitres spéciaux pour ces petits États germaniques, qui n’ont guère plus à l’heure où nous écrivons, qu’une existence diplomatique.

La Bavière a remporté, en la personne de MM. Kœnig et Bauer, la médaille d’or accordée à une presse imprimant simultanément en deux couleurs. Sans quitter le même cylindre, la feuille passe successivement sur deux formes se complétant mutuellement, enduites d’encres diverses par deux groupes de rouleaux.
Une seconde médaille d’or a été accordée au pont de bateaux pour chemin de fer, construit sur le Rhin, non loin de Carlsrube, qui est, croyons-nous, le premier de cette espèce. Trente-quatre bateaux, amarrés côte à côte, soutiennent le tablier et les rails au dessus du fleuve rapide. Sans avoir l’air d’y toucher, les placides Allemands ont, les premiers, osé lancer une locomotive sur un pont de bateaux, soumis à tous les caprices des crues. Le modèle, qui flotte sur de l’eau véritable, est excessivement curieux et bien fait.

Du reste, bien des procédés sont employés pour faire franchir le Rhin aux convois. A Kehl, à Cologne, à Coblence, des ponts monumentaux ont été construits; ailleurs les rails s’avancent jusqu’à la rive, et les wagons sont chargés sur d’immenses bacs à vapeur qui les passent d’une rive à l’autre.

L’envoi capital du Wurtemberg est la machine à faire le papier de bois ; ce papier est grossier, mais enfin, au milieu de la disette de chiffons, il arrive comme la manne dans le désert, et nous regrettons que ce vaste appareil soit plaèé dans le Parc, en dehors de la galerie que nous devons nous borner à décrire.

Bade a des machines à travailler le bois dignes d’examen, et la Hesse des machines-outils, exécutées avec un soin particulier dans les nombreux ateliers de Darmstadt.

Mais la palme revient à la Saxe Royale, la Californie de l’Europe, le pays des mines inépuisables d’où l’on extrait tous les métaux, depuis le bismuth jusqu’à l’or, depuis l’argent jusqu’à ce rarissime indium valant actuellement 36000 francs le kilogramme et dont la Saxe a envoyé deux lingots.

Il n’y a pas en Angleterre de plus vastes usines que celles de deux industriels de Chemnitz, MM. Richard Hartmann et J. Zimmermann. Tous deux ont eu la médaille d’or; le premier pour ses machines à filer le lin, honneur qu’il n’a partagé qu’avec l’Anglais Lawson, le second pour ses machines-outils.
M. Zimmermann et quelques autres constructeurs ont présenté des engrenages à roues dentées elliptiques dont la fabrication plus que difficile, aujourd’hui réalisée partout, témoigne des récents progrès de la mécanique.

Certains instruments caractérisent les peuples qui les imaginent. La Prusse expose une cuve à bière, mais une cuve qui est aux autres cuves ce que le canon de cinquante mille kilos est à la vulgaire artillerie, c’est une machine à vapeur qui brasse le malt dans cette cuve à la Bismark.

MM. Otto et Langen ont obtenu la médaille d’or pour leur machine à gaz, et ne pouvaient pas ne pas l’avoir, car leur machine est une des rares inventions complètement nouvelles révélées par l’Exposition. Expérimentalement, en s’en rapportant aux essais, les résultats seraient très-brillants, puisque la machine ne consomme guère, à force égale, que le tiers du gaz brûlé dans les moteurs de Lenoir et de Hugon. Mais, dans la pratique, les résultats seront-ils les mêmes? Les rouages nombreux et assez compliqués absorberont d’autant plus de force qu’ils seront moins bien entretenus, et leur réparation sera difficile et coûteuse. En outre, la machine est destinée à être employée dans les lieux habités, et le bruit qu’elle fait la rendrait entièrement impropre à cet usage. Il est juste d’ajouter que les inventeurs affirment que ce défaut grave est particulier à l’appareil exposé.

Quoi qu’il en soit, le moteur Otto est basé tout à la fois sur le principe des machines verticales à simple effet et sur celui des mouvements d’horlogerie à poids; mais l’effort de la main qui remonte le poids est remplacé par celui de la dilatation d’un mélange d’air et de gaz enflammé par un bec. Le piston, qui est très-lourd, après avoir été soulevé par l’explosion, redescend par son propre poids augmenté de la pression atmosphérique, et communique le mouvement à l’appareil.

Parlons enfin du four annulaire auquel a été décerné le grand prix. Inventé par M. Hoffmann de Berlin, le four annulaire est destiné à la cuisson continue des briques, des poteries, de la chaux, etc.

Pour obtenir un enfournement et défourne-ment continus, M. Hoffmann déplace le feu et fait parcourir au foyer successivement toute la circonférence du four annulaire. Le courant d’air qui alimente le feu pénètre par les portes servant à l’enfournement et au détournement, parcourt la première moitié du four en enlevant aux objets cuits la chaleur qu’ils avaient conservée, ramène au feu cette chaleur, traverse la seconde moitié en chauffant peu à peu les objets à cuire par l’abandon de la chaleur entraînée par lui ; et sort enfin par la cheminée près de son point d’entrée après avoir fait le tour de l’anneau.
De cette façon la section où le grand feu se trouvait la veille est rouge encore, celle où il sera demain est rouge déjà.

L’échauffement et le refroidissement étant graduels, la poterie est bien cuite.

Le foyer faisant lentement le tour de l’anneau, les réparations n’arrêtent pas le travail.

Le combustible étant versé dans un espace très-chaud, s’enflamme aussitôt, quelle que que soit sa qualité. L’air étant échauffé à la température rouge, brûle tous les gaz, et il ne se produit pas de fumée. Le calorique est si complètement utilisé que l’on économise plus des deux tiers du combustible employé par les autres fours.

Nous n'avons point parlé à sa place naturelle, dans la section anglaise, du four à gaz et à chaleur régénérée de Siemens qui a également obtenu le grand prix, parce qu’il nous a semblé plus logique de le rapprocher du four d’Hoffmann, dont l’usage est plus spécial et la construction plus simple, mais qui est également à chaleur régénérée.

Le gaz du four de Siemens est produit par la décomposition de l’eau au contact du charbon incandescent; il se compose d’hydrogène et d’oxyde de carbone, c’est-à-dire de gaz dont tout le monde a observé la flamme bleue au-dessus des réchauds. Après la combustion, les gaz épuisés mais chauds déposent leur chaleur dans un régénérateur de brique. Plus tard les gaz chauds sont dirigés dans un autre régénérateur qu’ils réchauffent, et pendant ce temps l’air et le gaz à l’eau sont dirigés dans le régénérateur chaud, lui enlèvent son calorique, et, étant fortement échauffés, se mêlent et brûlent dans les conditions les plus favorables. Économie de combustible, absence de fumée, élévation de température, flamme pure et claire, tous les avantages sont réunis.

Aujourd’hui, d’ailleurs, c’est là un des grands résultats constatés par l’Exposition, on est complètement maître d’une difficulté réputée insurmontable; on sait, dans presque tous les cas, alimenter une fournaise sans produire de gaz fuligineux. Le proverbe a cessé d’être vrai, la fumée n’est plus l’inséparable compagne du feu.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée