Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Classe 7 - Papiers peints et la Papeterie

Classe 7 - Papiers peints et la Papeterie à l'exposition de Paris 1867

La plupart de nos grandes industries sont obligées de recourir à des produits exotiques et de payer régulièrement un lourd tribut à l’étranger.

Nous ne nous sentons ni affligé ni humilié de ce genre d’impositions, car la plupart profitent plus à ceux qui les subissent qu’à ceux qui les perçoivent; mais nous sommes heureux cependant d’avoir à signaler une très-grande industrie qui dans la fabrication de ses plus beaux produits trouve dans le pays tous les éléments qui lui sont indispensables.

Est-il besoin de dire que c’est la papeterie que nous voulons désigner? Oui, car ce fait presque singulier est ignoré non-seulement des consommateurs, mais encore de la plupart des agents qui servent d’intermédiaires entre le fabricant et l’acheteur.

Papiers d’impression, papiers de bureau et papiers peints, tous sont affranchis de la nécessité de tirer du dehors les moindres éléments nécessaires à leur plus parfaite exécution.

Cela n’a rien qui étonne quant aux deux premières espèces de papiers, dont les diverses qualités sont obtenues au moyen de chiffons de fil, de coton ou de vieux cordages mis en pâte et soumis à diverses opérations d’épurage et de blanchiment.

Pour les papiers peints, cela peut surprendre davantage; mais qu’on le sache bien, les matières premières employées aujourd’hui dans leur fabrication, la gélatine, les couleurs, l’outremer et même l’or d’Allemagne, dont l’industrie étrangère avait longtemps gardé le monopole, sortent maintenant de nos manufactures.

Parlons donc d’abord des papiers peints.

Cette fabrication, originaire de la Chine et du Japon, fut introduite en Europe par les Hollandais, au milieu du seizième siècle. Ce ne fut que cent ans plus fard qu’eurent lieu nos premiers essais ; ils consistèrent dans la confection d’un papier velouté, qui n’était qu’une très-imparfaite imitation des tentures alors à la mode. Les essais se multiplièrent en France, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne, sans appréciables progrès pour cette industrie; mais enfin; en 1785, un Parisien, nommé Réveillon, chef d’une manufacture établie par lui au faubourg Saint-Antoine, imagina des procédés d’exécution si nouveaux et si ingénieux que cette branche d’industrie en fut, pour ainsi dire, révolutionnée.

On doit le regarder comme le véritable inventeur des papiers de tenture.

Après lui, M. Zuber de Rixheim (Haut-Rhin), dont l’usine date de 1797, inventa la fabrication des rouleaux sans fin, le procédé des teintes fondues, l’impression au moyen de cylindres de cuivre, et l’appareil à faire le papier rayé.

Rien de plus remarquable que l’exposition de cet industriel, qui tient aujourd’hui le rang le plus élevé parmi nos manufacturiers.

Ses nombreux spécimens de papiers de tenture défient toute critique: tous sont aussi purs de dessin que riches de couleurs : le pinceau seul peut reproduire de plus frais paysages, tracer et exécuter de plus riants tableaux. L’industrie peut-elle aller plus loin? Cela nous semble difficile.

La foule ne cesse pas d’admirer ces merveilleux produits que les confrères de M. Zuber reviennent fréquemment visiter dans un sentiment et un esprit de louable émulation.

Le jury a accordé à M. Zuber la première médaille d’or.

C’est la juste appréciation du mérite éminent que les objets exposés par lui mettent en pleine évidence.

Mais pour l’impulsion qu’il a donnée en France, et les progrès qu’il a fait faire à la fabrication des papiers peints, est-ce bien une récompense suffisante?
Si sur les six médailles d’or accordées à l'industrie des papiers peints, la France en a obtenu cinq, si sur les six médailles d’argent quatre lui ont été adjugées, un pareil résultat doit être en partie attribué à l’élan que M. Zuber a imprimé à cette industrie dans laquelle la France n’a aujourd’hui à craindre aucune rivalité sérieuse.

Nous sommes convaincus que M. Rizault et MM. Stoock frères de Paris sent de notre avis, et qu’ils rendent la même justice que nous au confrère avec lequel ils ont partagé les honneurs de la médaille d’or.

Dans aucune autre industrie la supériorité de la France n’a été aussi éloquemment constatée.

Ainsi 22 exposants ont concouru, et 18 ont obtenu une médaille ou ont été honorablement mentionnés.

M. A. Surgers de Paris, dont les tentures de luxe et les papiers en relief ont attiré l’attention du jury, a paru surtout digne d’une haute récompense pour l’invention et le perfectionnement du procédé de frapper l’or et le velouté.

La médaille d’argent qui lui a été adjugée a été doublement méritée par lui.

Les papiers-décors pour murailles et plafonds, les imitations de cartons-pierre, de vieux cuirs repoussés et de boiserie, exposés par MM. Balin frères; les imitations d’étoffes en papiers peints de MM. Follot et Panpette, les papiers pour tentures variées de MM. Riotto et Pacon leur ont mérité la même distinction.

Paris est le grand centre de cette riche industrie. Cent trente usines entassées dans le faubourg Saint-Antoine, qui fut en France le berceau de cette fabrication, occupent près de cinq mille ouvriers. La production annuelle y atteint un chiffre qui dépasse 28 millions.

Rixheim, Lyon, Tours et le Mans concourent très-honorablement aussi aux développements de cette industrie, dont les améliorations doivent profiter au bien-être des classes les moins favorisées de la fortune.

On doit signaler parmi les progrès réalisés depuis douze ans dans l’industrie des papiers peints : le développement des procédés d’impression mécanique qui, bornés autrefois à l’emploi de trois couleurs, en appliquent aujourd’hui jusqu’à vingt avec succès ; l’introduction et la vulgarisation des machines dites à foncer; l’invention d’une foule de genres tout nouveaux, et l’application de très-riches couleurs dont la découverte est due à la science moderne.

Nos fabricants de papier pour impression ont obtenu des succès infiniment plus modestes. Nous le comprenons.

En ce temps, on produit en masse et à bon marché, et Ton sacrifie tout aux nécessités de la consommation quotidienne: aussi fait-on très-peu de livres, et imprime-t-on à la vapeur des milliers de journaux, de revues, de circulaires et de prospectus, tirés les uns et les autres sur des papiers sans nom, et avec une encre que bien souvent M. Morris trouverait de qualité trop inférieure pour l’impression de ses affiches de théâtre.

Nos fabriques de papier, auxquelles l’imprimerie n’adresse d’expresses recommandations que dans des cas très-rares et tout à fait exceptionnels, auraient, depuis longtemps, renoncé à la production des sortes de choix, si les grandes maisons de Paris, qui font le commerce de la papeterie de luxe, ne les eussent maintenues dans la voie de la bonne fabrication, par l’importance et la régularité de leurs commandes, et surtout si toute l’administration publique, la bureaucratie des plus hautes et des plus basses régions, n’eût conservé les anciennes traditions et exigé, pour son service habituel, des fournitures d’une qualité tout à fait exceptionnelle.

Nous devons reconnaître qu’elle a contribué pour la plus large part au maintien et aux progrès d’une de nos grandes industries nationales, et nous serions mal venus, sous le vain prétexte que nous faisons les frais de sa munificence, de discuter le chiffre énorme des sommes qu’elle consacre annuellement à ces encouragements.

Parmi les maisons de Paris qui ont exposé des papiers de luxe, il an est quatre auxquelles le jury a accordé la médaille d’argent, la plus haute distinction qui ait été décernée individuellement dans la classe 7; ce sont MM. Marion, Maquet, Bécoulet et Legrand.

Rien de plus élégant, de plus joli et de plus coquet que les produits exposés par eux : ils réalisent tout ce que peut rêver le bon goût parisien. Où trouver des papiers vergés plus beaux et d’une plus fine contexture, une plus grande variété d’enveloppes, des papiers à lettres et des billets plus richement ornés ? L’imagination appliquée aux plus petits objets, peut réaliser des merveilles et faire des choses les plus vulgaires les éléments féconds d’une immense production industrielle; c’est le prodige qu’ont accompli ces exposants; et comme, sans être chefs d’usine, ils dirigent tous la fabrication des papiers de luxe qu’ils emploient, et qu’ils montrent une intelligence et une habileté infatigable pour satisfaire à toutes les fantaisies et à tous les caprices de notre goût, nous trouvons plus que méritée la distinction qu’ils ont obtenue.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée