Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Machines Farcot et générateurs

Machines Farcot et générateurs à l'exposition de Paris 1867

Au moment de la fin de l’Exposition, il convient de profiter de l’occasion que nous offre cet article sur les plus magnifiques des machines à vapeur, pour jeter un coup d’œil général sur le service de la force motrice.

La force motrice nécessaire au Palais de l’Exposition, au palais seul, s’élève au total à687 chevaux-vapeur, dont 582 chevaux sont employés à mettre les machines en mouvement et 105 à ventiler le Palais. La vapeur nécessaire est produite en dehors du palais dans neuf bâtiments, placés autour de l’édifice à 45 mètres de distance environ, en reaction avec neuf cheminées de 30 mètres de hauteur. Il y a en outre deux hangars abritant des locomobiles destinées à la ventilation.

Le premier pavillon contient la chaudière de MM. Powell, elle fournit la vapeur à leurs deux machines gémellées qui mettent en mouvement les métiers à filer et à tisser.

Le second pavillon contient deux chaudières, celle de M. Meunier qui alimente de vapeur la machine de M. Le Gavrian, et celle de MM. Laurens et Thomas qui donne la force à la machine de M. Lecouteux. Ces deux moteurs actionnent les presses et les machines servant à la teinture, à l’impression, au filage et à la corderie.

Dans le troisième pavillon nous trouvons les deux chaudières de M. Chevalier, mettant en mouvement la machine de M. Duvergier qui transmet la force aux appareils agricoles.

Une locomobile Farcot mettant en mouvement deux ventilateurs doubles Perrigault, employés à l’aération du Palais, est voisine de ce troisième pavillon.

Le quatrième contient une chaudière de M. Quillacq, en relation avec un moteur de ce constructeur donnant le mouvement aux machines qui servent à la préparation des minerais, etc., et un générateur de MM. Tenbrinck et Bonnet qui alimente la machine de l’usine de Graffenstaden, chargée d’animer les machines-outils.

D’autres machines-outils, des machines à travailler le bois, des appareils divers, reçoivent la vie de deux moteurs, exposés par M. Boyer et Mme V' de Coster, empruntant la vapeur à leurs chaudières respectives logées dans le cinquième pavillon.

Le sixième est occupé par les deux générateurs delà maison prusso-belge üemeuse et Houget, Houget et Teston, dont les deux machines desservent l’Allemagne du Nord et la Belgique. En outre, ces générateurs donnent la vapeur nécessaire à une machine qui met enjeu trois exhausteurs Gargan employés à la ventilation.

Le septième pavillon est occupé par les deux chaudières de M. Farcot, fournissant la vapeur à trois de ses machines dont la première met en mouvement deux grands ventilateurs doubles Perrigault et les machines de l’Allemagne du Sud ; la seconde, les machines de l’Autriche, et la troisième celles de la Suisse.

L’avant-dernier pavillon contient le générateur de M. Flaud, en relation avec la machine de ce constructeur, laquelle met en mouvement tout le secteur américain.

Nous trouvons ensuite une très-forte locomobile agissant sur deux machines sou filantes de M. Philipon qui complètent le service de la ventilation, et nous arrivons enfin aux chaudières anglaises logées dans le neuvième pavillon.

— La première machine de M. Facot est sa locomobile mettant en mouvement deux ventilateurs doubles Perrigault, également construits parM. Farcot.

Le ventilateur double se compose de deux ventilateurs accouplés dont le premier souffle dans le second qui, agissant sur de l’air déjà comprimé, augmente la compression et la vitesse du jet; il en résulte que le courant sort du ventilateur double avec une vitesse de plus de cent mètres par seconde.

On sait que d’après le système de M. Piarron de Mondésir, Lehaitre et Julienne qui viennent d’obtenir la médaille d’or pour la ventilation du Palais, les jets des appareils d’insufflation sont dirigés dans les seize galeries rayonnantes ménagées sous les rues du Palais; ces jets d’air comprimé entraînent une masse d’air énorme qui pénètre dans les galeries souterraines par seize puits d’aérage de trois mètres de diamètre creusés dans le Parc à vingt mètres du promenoir couvert; le Raide entraîné s’échappe des galeries souterraines par les grilles de bois qui, de distance en distance, mettent les canaux du sous-sol en communication avec l'intérieur du Palais; l’air vicié, expulsé par l’air frais qui afflue incessamment, sort par les persiennes disposées au sommet de la toiture. Sept cent mille mètres cubes d’air sont refoulés par heure dans l’immense édifice et, grâce à cette ventilation, il y a toujours régné une température délicieuse également éloignée de la chaleur et du froid.

J^a locomobile Farcot est à condensation et à faisceau tubulaire mobile pour le nettoiement, comme leurs grandes chaudières dont nous allons parler ; sa force est de quinze chevaux.

Tous les constructeurs de chaudières cherchent avant tout à, utiliser toute la chaleur que le combustible peut rendre et, partant, à le brûler intégralement, ce qui implique la suppression de la fumée noire. Ce résultat aujourd’hui est complètement atteint, les fournaises des grandes machines ne consomment pas plus de un à deux kilogrammes de charbon par heure et par cheval, ce qui est la cinquième partie de la consommation ancienne, et les foyers de plusieurs constructeurs ne produisent pas du tout de fumée.

Les chaudières anglaises ont brillé au premier rang sous ce rapport, mais la plupart de nos nation aux, MM. Powel en tête, ont obtenu des résultats presque aussi concluants. Le3 chaudières de MM. Farcot ne laissent guère plus à désirer sous ce rapport . Les générateurs Farcot se composent de deux cylindres superposés réunis par deux large3 tubes; le cylindre inférieur, le plus gros, contient le foyer suivi du faisceau de tubes que traverse l'a flamme et que l’eau entoure de tous côtés.

L’eau dépose, en s’évaporant, des matières incrustantes qui font le désespoir des mécaniciens. Il est souvent nécessaire de nettoyer les générateurs. Dans ce but, M. Farcot fixe aux deux faces du cylindre, par deux joints facilement démontables, le foyer et les tubes attenants, quand la chaudière est encrassée,, on en peut aisément retirer le foyer tubulaire pour le nettoyer. Le cylindre supérieur sert de réservoir d’eau et de vapeur. La chaudière et le réservoir sont enveloppés dans une vaste chemise en tôle à doubles parois renfermant entre elles une substance isolante. Les gaz chauds, après avoir traversé les tubes, circulent entre les cylindres et la chemise avant de se rendre à la cheminée. Il résulte de cette disposition que douze ou quatorze heures après avoir éteint la fournaise, la vapeur est encore, dans l’intérieur de la chaudière, à deux atmosphères, et qu’il y règne une température de 120°.

La vapeur de ces chaudières se rend aux trois machines de 17, 20 et 40 chevaux employées par M. Farcot pour la mise en mouvement de deux ventilateurs doubles et des machines des trois pays qui leur ont confié leur service mécanique. Ces machines sont horizontales, à enveloppe de vapeur, à condensation et à détente variable par l’action du régulateur. Le système de la détente et celui du régulateur sont de l’invention de M. Farcot, comme celui de ses fameuses chaudières. Le régulateur est à bielles et à bras croisés, il agit instantanément avec assez d’énergie pour ramener la machine à sa vitesse normale, même si on cesse brusquement de lui opposer toute résistance.

Outre ces machines en mouvement, MM. Farcot ont exposé deux machines horizontales, accouplées sur le même arbre, d’une force totale de 160 chevaux. Ce double moteur est, peut-être, le plus parfait de l’Exposition, Aussi, personne ne s’est-il étonné de voir, cette année, le jury confirmer son vote de 1855 en donnant le grand prix à la maison Farcot, comme au concours universel précédent il lui avait décerné la grande médaille d’honneur.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée