Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Parc à poulets

Parc à poulets à l'exposition de Paris 1867

Le Parc à poulets ! Cette exposition, située à l’extrémité de la grande allée qui va du Palais à l’École militaire, a attiré et retenu la plupart des visiteurs du Champ de Mars. Je n’ai pas besoin de la décrire; notre dessin suffit. Mais je puis parler à propos d’elle.

Si l'on calculait ce que coûtent les oiseaux de basse-cour à côté de ce qu’ils rapportent, les gallinacés seraient bien vite revenus à l’état sauvage. Quand on sert aux volailles leur nourriture, soit dans un poulailler, soit dans un clos fermé, cette nourriture coûte fort cher; si on la leur laisse prendre, elle coûte plus cher encore. Pour quelques vers blancs et quelques insectes nuisibles que les
gallinacés détruisent, quels dégâts ils causent dans les vergers, les potagers et les jardins qu’ils envahissent !

Il faut donc que l’attrait de l’élevage prévale sur le calcul du rendement. Rien n’est plus intéressant, en effet, que les mœurs et les manière^ d’être de cette gent emplumée ; et je ne m'étonne point du succès du Parc à poulets au Champ de Mars.

Le coq, d’abord- A tout seigneur, tout honneur. C’est cet être héroïque et vaniteux dont nos ancêtres avaient lait leur emblème. Il est lier, il est beau, il triomphe : il dresse sa crête, marche les ergots relevés et piaffe comme un cheval arabe. Sa tête, toujours en mouvement, ne se baisse que lorsqu’il passe sous une porte cochère, de peur que son panache ne s'accroche à la voûte, A son moindre appel, — et sa voix est aussi provocante que son allure, — toute la basse-egypte range et se groupe autour de lui ; et lui, l’héroïque, ouvre ses ailes comme pour protéger toute la couvée. U distribue royalement ses bonnes grâces ou ses rigueurs ; et il ne souffre pas de rival dans son empire.

Parfois, on voit toute la basse-cour prise d’une terreur soudaine que rien n’explique : c’est le milan qui plane au loin dans les airs, et dont l’admirable instinct de ces animaux a pressenti l’approche. Alors, on voit le coq donner le signal de la retraite à tous ses sujets ; et lui, il reste sur le seuil du poulailler où toute §§ cour est rentrée, longtemps après, on voit, OU effet, le milan planer au haut du ciel; et le coq attend toujours!

Lorsque la ménagère jette la nourriture aux volailles, le coq préside à la distribution; et picore le dernier. Le moineau effronté prend presque toujours part à la curée: il a ses privautés, là comme ailleurs; et il est le seul de la compagnie à qui le coq n’impose pas. Si le coq le savait !

L’amour de la poule pour sa couvée est proverbial. Elle protège ses poussins avec plus de tendresse, mais non pas plus de sollicitude que le coq la protège elle-même.

On a fait des livres très-sérieux et fort instructifs sur la manière d’élever la volaille, et surtout sur la manière de la manger. J’y renvoie nos lecteurs : je n’ai moi-même parlé de cette matière délicate qu’à défaut et en l’absence de notre ami Toussenel, l’homme de France qui connaît le mieux le monde des oiseaux et l’esprit des bêtes, et à l’intention duquel j’avais demandé le dessin qui a fait le prétexte de ces lignes.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée